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obtient la préférence surses compétiteurs moins heureux. Vous ne devez pas pourtant induire de là , que les femmes, icicomme en Europe, se laissent diriger plutôt par les avis de leurs parens , que par leur propre inclination , lorsqu’il est question, pour elles, du choix d'un époux. Ce serait une induction très-erronnée ; car lorsqu'une belle Canadienne a atteint l’âge de 18 ans, elle pensera plutôt à consulter les étoiles, qu’à demander l'approbation de son père ou de sa mère pour contracter un engagement matrimonial : à dater de ce moment, elle se considère comme indépendante , et trèscapable de choisir par elle-même ; et, par conséquent, elle agit uniquement d’après sa propre impulsion ; mais jusqu’à la dix-huitième année , elle est considérée par le père comme sa propriété, bond fide ; et il consent rarement à la marier avec un homme qui n'en agit pas à son égard de la manière que j'ai décrite cidessus.
Lorsqu'un jeune homme a atteint sa majorité, il est rare qu’il continue à demeurer sous le toit paternel ; s’il y reste, il est obligé d'y parer son logement et sa nourriture , lors-
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qu'il n’y travaille pas; et s’il y est occupé, son travail lui est régulièrement payé comme il pourrait l'être à un étranger. Il est naturel de supposer que les jeunes gens qui se trouvent dans une semblable position , doivent être très-impatiens d'en sortir :.aussi à peine ontils acquis la liberté d’agir pour leur propre compte, qu'ils songent à se marier. Pour que ce changement puisse avoir lieu , la construction d'une maison est un préliminaire indispensable. Une fois cet important ouvrage ter- ’ miné , ils s'associent aussitôt à tous les soucis et à tous les plaisirs de la vie conjugale.
Le mariage en Canada est invariablement un acte de convenance, et même de première nécessité, dans lequel le choix ou le goût n'exercent pas une grande influence : les affections sont rarement engagées : il est même presque impossible que cela soit. Car à peine les femmes de ces contrées ont-elles quitté les vêtemens de |’ enfance, et pris les regards à prétentions, les attitudes un peu coquettes d’aspirantes au mariage, que , semblabies aux fleurs nouvellement écloses , elles sont enlevées à ia tige qui les a vu naître, et pressées sur le sein
Fo LETTRE XXV,
de quelque jeune amant impatient d'en obtenir la. possession. Il serait fort inutile, pour quel homme que ce fût, de diriger ses pensées vers une femme en particulier, avant la semaine même où il se propose de se marier ; car chaque femme de cette classe est achetée , pour ainsi dire, aussitôt qu’elle paraît au marché. Aujourd’hui ce sont des enfans : demain elles sont des femmes, le jour suivant des épouses ; et souvent elles sont mères avant l'expiration d’une semaine.
Lorsqu'un Canadien part pour aller faire une demande matrimoniale, il est rarement accompagné d'un ami. Seul et sans se faire présenter, il va rendre visite au bel objet sur lequel il veut fonder toutes ses espérances de bonheur dans ce monde. En arrivant à la maison du père, il se présente comme garçon, et si l'accueil qu'il reçoit lui paraît favorable, ‘il fait familièrement la conversation avec toute la famille jusqu'au soir. Lorsqu'il commence à être tard, il lui est permis d’avoir un entretien avec la jeune demoiselle, seulement pour savoir si elle lui permet de réitérer sa visite le lendemain soir ou tout autre jour suivant. Si
elle n’a point d'engagement antérieur, il est rare qu'elle rejette l’humble supplique.de ce
‘ nouvel adorateur. Lorsque le moment fixé ar-
rive, il paraît seul comme la première fois, ct il est reçu avec des attentions marquées : tous les mets délicats que fournit la saison, sont préparés pour fêter son retour. Jusqu'au moment où l’on prend le thé, il a rarement l’oc-. casion de s'entretenir avec sa belle future, occupée à préparer les innombrables articles qui composent un banquet canadien. Aussitôt après le thé ou le repas de l'après-midi, ainsi qu'on l'appelle , la famille se retire pour se reposer, laissant le héros et l’héroïne en pleine possession de la chambre où s’est fait le repas, dans laquelle, pour le plus grand agrément de semblables visiteurs , un lit occupe invariablement un coin. Ils restent dans cet appartement jusqu’au lendemain matin. Je ne suis pas compétent pour juger comment se passe cette première nuit ; s'ils l'emploient à former des plans pour la prospérité de leur race future, ou à philosopher sur la meilleure manière d’accroitre la population, ou bien s'ils font des recherches. et des définitions sur l'origine des
passions. Quoiqu'il en soit, on s'ajourne toujours à une époque très-rapprochée; et notre héros retourne chez lui reprendre ses occupations ordinaires, promettant de revenir dans
un temps déterminé, pourvu toutefois qu'ils
aient été mutuellement satisfaits l’un de l’autre dans cette première nuit.
À cette première entrevue, le prétendant fait des questions sui le caractère et le nombre des premiers amans de la demoiselle, et en même temps sur les causes qui ont empêché qu’elle s’unisse à l’un d'eux; s'il est satisfait des explications qu'il reçoit . une nouvelle soirée est indiquée pour le second rendez-vous ; mais si le mécontement vient de la demoiselle, elle lui fait connaître avec candeur qu'elle ne peut plus le recevoir en qualité d’amant. Le gentleman en agit avec moins de franchise; car, s’il est déterminé à ne plus la revoir, il s'éloigne sans en rien témoigner, et la laisse ainsi dans une incertitude pénible.
S'il y a convenance mutuelle, ils ont deux ou trois autres réunions de la même nature, après lesquelles, st leur amour s'accroît, le jeune homme informe le magistrat voisin qu’il
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a l'intention de conduire à l’autel sa bien-aimée ; le magistrat en fait la notification à tous ceux qu'elle Seut intéresser, en attachant une publication écrite sur les portes de tous les monumens publics des résidences respectives des deux futurs ; ces fonctions sont remplies par un ministre de l’église anglicane, s’il en existe dans un rayon de dix-huit milles du domicile d’une des parties contractantes. La publication demeure ainsi placardée pendant trois semaines consécutives ; à l'expiration desquelles , si personne ne se présente pour faire connaître quelque obstacle légal à l'union projetée des deux futurs conjoints , ils sont solennellement déclarés mari et femme:
D’après mes précédentes remarques sur la conduite ct le caractère des femmes du Canada, il est extrêmement probable que vous regarderez la vertu comme entièrement bannie de cette partie du monde; mais vous ne devez me considérer que comme parlant en général ‘et non en particulier, et ne pas croire que je n’admets pas d'exception. Je puis dire au contraire que j'ai connu dans ces contrées plusieurs femmes respectables qui pourraient être Tour IT. 6
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reçues dans les cercles les plus distingués en Europe sans les déparer L'influence du climat peut sans aucun doute produire quelque effet sur le caractère et la conduite des femmes, aussi bien que des hommes. Mais, en admettant cette opinion, je n’en suis pas moins convaincu que les circonstances dans lesquelles nous sommes placés, et les exemples de ceux qui nous eniourent ont un ascendant beaucoup plus puissant pour nous rendre vertueux ou vicieux :
je vois un exemple frappant toutes les fois que je compare les femmes d'Irlande avec celles du Canada. Souvent l'esprit et la beauté sont le partage des premières; mais la vertu est toujours à leurs yeux le plus précieux des biens, et il est bien rare qu’on les voie s’en écarter. On ne peut en dire autant de la généralité de celles du Canada.
I n’est pas vraisemblable , il est même presque impossible que la vertu puisse se conserver pure et sanstache, dans un pays où les infractions à la chasteté ne sont point considérées comme des fautes graves. On est si loin d'y attacher de l'importance , dans le Haut-Canada ou dans les États-Unis, qu’une femme non ma-
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riée, portant un enfant dans ses bras, n’est ni moins respectée ni plus exposée à l’animadversion publique , que si elle avait conservé la pureté d’une vestale. Vous serez peut-être disposé à en douter ; mais le fait n’est pas moins vrai : une femme canadienne, surtout dans les nouveaux établissemens, qui a deux ou trois enfans prêts à être élevés , est plus fondée à espérer de former une alliance avantageuse que celle qui n’en à qu'un; et, si on comparait ses prétentions matrimoniales à celles d’une pauvre fille solitaire qui n’a pas les ménes droits au titre de mère, on les trouverait infiniment supérieures. Je pense qu’on doit principalement attribuer cet état de choses au prix élevé du travail. Un homme assez heureux pour trouver une feme qui, le matin de son mariage, lui présente deux petis garçons d’une santé florissante , réfléchit avec complaisance que, dans un petit nombre d’années, ils le dédommageront amplement par leur travail du sacrifice qu'il fait de quelques absurdes préjugés importés d’Europe.
C'est une maxime générale en Europe que, si un homme ne se marie pas par intérêt, il se
marie par amour; mais ici, il en est peu qui se mariént par l'influence d’une de ces deux passions. Convaincu que la solitude est nuisible à l’homme, suriout dans les déserts de l'Amérique, le jéuñé Canadien s’empresse de former de bonne heure la chaîne indissolublé du mariage. Cependant cette chaîne n'est pas toujouré indissoluble : souvent l’homme ou la femme a su trouver le moyen de s’y soustraire, avant qu'une douzaine de luñes ait succédé à celle qu'ils appellent la lune de miel. Il s'imprime à peine dans ces contrées un journal où on ne lise l’avertissement, donné par quelque époux abandonné , qu'il n’entend répondre en aucune manière des engagemens souscrits par sa femme.
Les Canadiens sont néanmoins lés plus indulgens de tous les époux. Ils souffrent patiemment leurs injures et attachent si peu d’importance à la légèreté de leurs épouse; que les séparations, quoique trèscommunes , ne peuvent que très-rarement être attribuées à quelque traitement sévère de la part du mari. Si leur côte fragile montre des dispositions à concourir à la prospérité domestique, ils souffrent le
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plus patiemment du monde l'ornement reconnu pour être le symbole de l’infidélité conjugale. Je me rappelle un exemple frappant de la vérité de ce que je viens de dire : Un respectable fermier, avec lequel je suis fort lié , revenant chez lui, après un voyage de quelques cents milles, trouva sa femme dans les bras d’un ancien ami, qui avait entrepris de la consoler de l’absence de son mari. Au moment où l'époux outragé fit cette découverte, il s’adressa à l’usurpateur de sa couche nuptiale avec un calme supérieur à celui de la philosophie la plus stoique, et lui fit la harangue suivante : « Voisin H..., vous savez que depuis long- »temps nous vivons, vous et moi, dans la plus » parfaite intimité, et Dieu me préserve de tout » évènement qui pourrait rompre ou seulement »affaiblir nos liens. Vous ne pouvez nier que » vous avec indisnement traité Polly ; j'en ai »été témoin oculaire. J'ai néanmoins une telle » opinion de votre honneur , que j’ai l'entière »conviction de vous trouver disposé à nous » offrir à l’un et à l’autre,une compensation des injures que vous nous avez faites. Vous savez » que les lois de notre pays seraient en notre
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» faveur dans cette occasion , si nous y avions » recours; mais je calcule que c’est un très-mau- »vais moyen à employer, et je ne vois pas »pourquoi deux anciens amis ne règleraient » pas ensemble, à l'amiable , une affaire aussi » peu importante, sans jeter deux ou trois cents » dollars à ces gredins de gens de loi. » M. H... qui avait écouté avec beaucoup d'attention cet appel véhément fait à son honneur, s’empressa de répondre à son ami qu'il était prêt à adhérer à sa proposition. On convint sur-lechamp d’un armistice ; et peu de temps après, il demeura arrété que le couple outragé recevrait, à quinze jours delà, deux cochons bien gras, et pesant au moins trois cents livres, comme une pleine et suffisante compensation de l’injure que l'éj;oux avait soufferte en la personne de sa chère et chaste épouse. Les cochons
. furent envoyés avec une extrême ponctualité.
M. H... continua à être le commensal de la maison , jusqu’à ce que le dernier morceau des victimes expiatoires eût été mis dans la poële ; époque à laquelle il retourne chez lui, trèssatisfait du résultat de sa campagne. Je peux vous garantir la vérité de cette petite anecdote ;
il s'en présente tous les jours de la même espèce, sous des formes différentes.
Les femmes du Haut-Canada tiennent beaucoup à la réputation de bonnes ménagères , et comme il est très-difficile de se procurer des domestiques dans le pays, elles ont de fréquentes occasions d'exercer leurs talens , « remplissant les différentes fonctions du :
nage : mais elles sont tellement occupées leurs personnes , qu’elles forcent leurs pauvres maris à faire la plus grande partie de l'ouvrage. qui ne devrait concerner qu'elles. Dans le fait, un Canadien est l'esclave de sa femme , dans toute la latitude qu’on peut donner à cette expressions il est obligé de répondre à tous les appels , d'obéir à tous les ordres , et d'exécuter, sans se pérmettre le moindre murmure , toutes les commissions qu'il plaît à son maître de lui donner. Il n’est point dans les Indes Occidentales de conducteur d'esclaves qui transmette d'une manière plus despotique ses ordres absolus aux noirs enfans de l'Afrique, qu’une belle Canadienne, en s'adressant à celui qui est à la fois son seigneur et son esclave.
Il arrive très-souvent en Canada, et même
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dans toute l'Amérique, aux voyageurs, de s'arrêter pour se rafraîchir dans des maisons particulières , lorsque les tavernes offrent peu de ressources ou d'agrément. On peut obtenir dans une maison particulière ; tout ce qu'on demanderait dans une taverne, à l'exception des liqueurs spiritueuses. On est , il est vrai, obligé d'y payer, mais un peu moins qu'on ne paierait dans la taverne. Je revenais, il y à quelque temps, avec MM. Talbot, de visiter les cascades de Niagara : nous nous arrêtâmes un soir dans une maison particulière très-respectable du district de Londres. Comme j'avais un peu connu le maîtreet la maîtresse de cette maison.avant-qu'ils se mariassent , celle-ci mit tous ses ‘soins à bien recevoir MM. Talbot , d'autant plus que c'était la première fois qu'ils paraissaient dans cette partie de l'Amérique. Lorsque nous arrivâmes , le mariétait occupé à quelques travaux d'agriculture ; dans une partie éloignée de la ferme; mais leson du cor l’eut bientôt rappelé chez lui: à peine avait-il eu le temps de: saluer et de présenter ses respects à MM. Talbot, que’sa bonne femme lui ordonna de mettre nos chevaux à l'écurie, et de revenir le
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plutôt possible. Pendant son absence, elle fut très-affairée à mettre la nappe pour le souper, quoique les matériaux, dont il devait être composé , fussent encore dans un état très-peu propre à la mastication : le pain était encore dans le pétrin ; les poulets mangeaient paisiblement à la porte de la ferme : le thé était dans la boîte de l'épicier, et la crême dans le pis de la vache : mais dans une contrée comme l'Amérique, la transition du néant à l’existence, est presque instantanée. Ce n'était là que de légers obstacles , et avant qu’une heure se fût écoulée , on nous servit un souper de fort belle apparence. | Lorsque notre hôte revint , après avoir pris soin de nos chevaux , il reçut successivement de sa femme les ordres suivans, qui furent exécutés sans retard avec la plus scrupuleuse ‘exactitude.
« M. X., je vois maintenant qu'il faut que » vous alliez tuer une paire de poulets. » Il partit sur-le-champ, et revint en moins de cinq minutes avec les deux victimes ensanglantées.
«A présent , M. X., il faut que vous les plu-
» miez. » L'ordre fut sur-le-champ exécuté , et il reparut encore une fois pour recevoir de nouelles instructions.
1] lui fut ensuite commandé de préparer ces . poulets ; de porter de l'eau ; d'aller chercher les vaches, et après cela de les traire.
Ces travaux n'étaient que le prélude de.ceux qui lui restaient à faire. Il reçut l'ordre d'apporter le lait; de remplir le pot de crème ; d'aller chercher du beurre à la laiterie ; de suspendre la chaudière , etc.
Pendant tout ce temps, madame X. s'amusait à parcourir la chambre , arrangeant les plats, et chassant les mouches de dessus. la nappe, sans porter le moindre secours à son malheureux époux , dans les nombreuses fonctions dont elle l'avait chargé. Lorsqu'il eut suspendu la chaudière, il prit modestement la liberté de suggérer la-nécessité où. il était prendre un siége, et de se reposer quelques instans ; mais au même moment, madame X.
lui intima l’ordre d’aller chercher une livre de. thé chez l'épicier.
Pendant qu'il était absent, elle eût la condescendance de descendre au cellier pour y
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prendre des patates , qu'elle plaça dans un vase à la porte; et au retour de son mari, elle le pria de les laver sur-le-champ ; l'époux soumis les emporta très-tranquillement, et les rapporta bientôt après bien lavées et bien raclées : on lui dit d’allumer du feu pour faire cuire les poulets.
Lorsque cela fut fait, il jouit d'un moment
de repos, et il lui fut permis de s'asseoir, jusqu’au moment de placer le souper sur la table. Il fut alors mis de nouveau en mouvement avec un despotisme qui surpasse toute description.
” J'observais en silence ce tableau mouvant des douceurs et du bonheur de l’union conjugale ,etje me félicitai sincèrement de ce que ma fémme n'était pas née en Amérique. J'étais en ce moment d'autant plus fondé à m'enréjouir, que j'avais remarqué avec une véritable satisfaction l’improbation que manifestaient mes compagnons de voyage, en voyant une pareille conduite. | |
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Suite des mœurs et coutumes des Canadiens. — Origine de la population. — Sa dépravation , son ignorance et sa curiosité. — Course de chevaux. — Singulière manière de parier. —
Détestable coutume de boxer.
La grande masse des habitans du Haut-Canada est composée des émigrans des Etats- Unis , et des descendans de ceux qui se réfugièrent dans cette province , aussitot après que la guerre révolutionnaire fut terminée. Ces derniers conservent généralement les mêmes notions absurdes d'égalité et d'indépendance qui caractérisent les républicains leurs voisins;
inais ils ne manifestent aucun attachement par-
ticulier pour leur contrée natale. Entreprenans et ambitieux à l'excès , ils sont toujours pressés
de saisir les occasions de s'enrichir ; malheureusement pour eux, il leur arrive trèssouvent de ne saisir que l'ombre; et de perdre la réalité, faute d’être bien pénétrés d’un esprit de modération, ct desavoir diriger leur zèle. Quoique possesseurs absolus d’un sol qui, convenablement cultivé , pourrait leur procurer un sort digne d'envie, ils parviennent rarement à acquérir la véritable indépendance personnelle qu’ils ne connaissent que de nom. Se livrant sans cesse à de fausses spéculations, à des espérances incertaines , ils se lancent dans des entreprises hasardeuses , qui finissent par détruire en eux tout sentiment de rectitude et de probité. De là résulte qu'on ne peut pas compter sur leurs engagemens , ni ajouter foi à leur parole ; car ils promettent sans avoir l'intention de tenir, et contractent des obligations qu'ils.se proposent de ne jamais remplir. Leur dépravation égale leur ignorance , et toutes les deux sont souvent surpassées par leur vanité sans bornes et leur invincible opiniâtreté. Semblables aux . républicains leurs voisins, ils se croient le peuple le plus éclairé de la terre, et il serait tout aussi inutile de leur offrir des ren-
seignemens sur quelque sujet, que de tenter d’apprivoiser un zèbre.
La curiosité est leur défaut le plus enraciné ; elle est poussée si loin , qu’elle devient un fléau insupportable aux étrangers : je n'ai jamais rien rencontré de plus fâcheux. On \est sans cesse assailli des questions les plus oiseuses et les plus impertinentes. ‘
Les Canadiens aiment beaucoup les boissons de toute espèce ; comme les liqueurs ne sont pas chères, ils en prennent souvent jusqu'à l'ivresse. Les jeux de cartes , les courses de chevaux, la lutte .et la danse, sont leurs amusemens favoris. Le doux tintement des dollars se faisant plus rarement entendre à leurs oreilles, que le mot de liberté à celles d’un Algérien , les paris se font ordinairement en béstiaux , et s'élèvent quelquefois à des valeurs extravagantes. Le sort d’üne vache, d’une paire de bœufs ou de chevaux , dépend souvent de la couleur d’une cärté; et un grand nômbre de fermiers se voient quelquefois privés, par une heure de jeu, des fruits péniblement acquis par vingt années de travail et d'industrie.
Lorsque les courses sont finies, les luttes commencent, et sont bientôt suivies de combats de boxeurs, dans le style moderne. Cet usage détestable est'commun en Canada ; cependant rien dans le monde ne doit paraître plus dégoûtant aux yeux des hommes raisonnables. Au lieu de combattre comme des ennemis qu'une passion violente anime momentanément , ce qui sous tous les rapports serait
- déjà assez fâcheux , ils s'attaquent éomme de
vrais dogües , et paraissent ne viser qu'à se défigurer , ét à rassasier leurs yeux du sang de leurs adversaires. Le combat commence toujours par un tour de lutte ; car ils ne pensont jamais à faire usage de leurs poings.
Celui qui à le malheur d’être une fois abattu, est presque toujours vaincu. Le principal but descombattans paraît être le calcul des éclipses, ou ; en d’autres termes, ils cherchent mutuellement À se crever les yéux. Pour y parvenir, ils portent l'index de la main droite dans les yeux de leur antagonïiste , afin de leur fermer la lumière du jour , ( gouge out the daylights) , selon leur expression favorite : s'ils échouent dans leur entreprise, ils ont recours
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à leurs dents pour s'assurer la victoire ; une fraction de nez, la moitié d’une oreille, un
morceau de lèvre , sont les trophées des vain-
queurs. La bataille ne finit que lorsqu'un des combattans s'écrie assez; ce qui arrive trèsrarement , à moins qu'il ne se sente extrêmement affaibli par la perte de son sang , ou par une rude invasion dans ses nerfs optiques ou olfactoires , ou dans ceux de l’ouie.
Personne ne tente d'intervenir dans ces féroces querelles ; et ceux qui le feraient , exposeraient eux-mêmes leur vie; mais du moment que le cri, assez, s’est fait entendre, les combat: 18 se lèvent , si cela leur est possible, etexibent aux yeux des spectateurs leurs formes meurtries et lacérées. Par suite de cette ma-
. nie, barbare, un grand nombre de personnes
sont défigurées. N’êtes-vous pas étonné qu'un peuple qui a les plus hautes prétentions à la civilisation , prenne quelque plaisir à ces dégoûtans spectacles , et aux tristes cffets qui en sont les résultats. Cependant je suis informé, de manière à ne pouvoiren douter, qu'il existe encore en Angleterre , dans les comtés de Lancaster et d'York, des usages à peu près sem-
la No rencoI Ja plac marqu
LETTRE" XXVIS 97
blables. Je ne dois donc pas être surpris que cet exemple soit imité parles Canadiens, dont la civilisation est si peu avancée. Lorsque dans quelque société Américaine j'ai pi blâmer
cet usage cruel, ét en déihohtrèr lès incon-
véniens, j'ai rougi, je l'avoue, en entendant ceux qui l’excusaient, s'appuyer sur ce que l'Angleterre en donnait l'exemple + cette manie de boxer est tellementien, vogue dans les Etats du Sud, que lorsque les habitans de la Nouelle-Angleterré où eëux du Cänäa, rencontrent un individif qui n’a qu'un œil:,\et la place de l’autre vide, ils disent qu'il ane marque Virginienne, a Virginian brand.
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Suite Lio Del ni des usages du Haut-Ca-
nada. — "Défaut d’hospitalité chez les Cana- | diens. — y isites d'hiver. — Leur avarice et leur cupidité. — Observations du docteur
NN TS di Howison, sur ces divers sujets.
NANTES MONNETEET
Le docteur Howison dit que les Canadiens sont en général hospitaliers envers les étrangers. Gomme je suis de son avis sur plusieurs points, je regrette sincèrement que mon amour pour Ja vérité me force à ne pas penser comme lui dans cette circonstance , et à courir le risque de voir mes intentions mal interprétées.
Vous m'excuserez néanmoins, si vous vous rappelez .que j'ai formellement promis de vous donner avec franchise, sur tout ce que j'ai pu
it-Ca- Canarice et
docteur
adiens y étranlusieurs amour comme r le risprétées.
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#, LIÈTRE XV ; 09 observer , mon opinion et non éelle des autres Il est possible d'ailleurs que le docteur Howison et votre correspondant diffèrent sur la signification du mot hospitalité. ,
Je considère l'hospitalité comme une vertu du premier ordre , dont la pratique a été prescrite par le-Sauveur des hommes , et fortement recommandée par tous ceux qui l'ont immédiatement suivi. Quoique je puisse éprouver quelque difficulté à définir exactement ‘ce qu'elle est , je puis dire facilement ce qui n’est pas elle. Inviter un étranger qui se présente à votre porte à entrer chez vous , partager avec lui les bons mets qui sont sur votre table, l’abriter sous votre toit , le faire reposer sur votre lit, pour recevoir le lendemain matin avec ses adieux le paiement de toutes vos attentions, ce n’est pas assurément ce qu'on peut justement nommer hoëpitalité. Je ne peux non plus accorder ce nom à des échanges réciproques de fêtes qui se répètent fréquemment chez toutes les nations civilisées, dans les hautes classes; et dont l'extension aux classes inférieures sert seulement à prouver que l’homme est fait pour. vivre en société. Non, la véritable hospitalité
porte avec elle un caractère plus noble et plus élevé : elle est entièrement désintéressée, et celui qui la pratique n’a d’autre objet en vue que d’adoucir et d'améliorer le sort de ses semblables.
A la vérité, si vous entrez dans la maison d'un Canadien au moment où il prend un de ses repas , il vous invitera à le partager ; mais cela avec tant de froideur et d’une manière si peu engageante, que si vous n'êtes pas abso-
*lument pressé par la faim, il ne vous viendra pas même l’idée d'accepter son invitatinn.
En lisant ces remarques , vous devrez vous rappeler que je ne parle que de la grande masse des Canadiens, et non de la première classe, où J'on trouve beaucoup d’urbanité et de bienveillance pour les étrangers. Je n’entends pas consigner ici l'éloge du petit nombre de personnes recommandables par qui j'ai été parfaitement accueilli. Mon intention est uniquement de vous faire connaître le pays et de vous peindre la généralité de ses habitans.
J'ai déjà observé que les Canadiens n'aiment point les petites réunions. Il est cependant
d'usage en hiver de se réunir au nombre de
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einq ou six familles qui montent dans leurs traîineaux et parcourent dix ou douze milles pour se rendre chez quelqu'une de leurs connaissances. Là on prend le thé, on raconte quelque anecdote scandaleuse , et on revient chez soi le même soir. Ces sortes de visites qui ne sont ni attendues ni provoquées, ne seraient pas très-agréables dans des contrées plus sociables et plus hocpitalières. La soudaine arrivée de vingt ou trente convives , même dans quelques-uns des châteaux les mieux disposés pour recevoir une société nombreuse , occasionnerait, je pense, un peu d'embarras au maître et à la maîtresse de la maison. Mais il n’en est pas de même en Amérique. Dans cette terre d’abondance , tout homme doué d'une honnête industrie’, est en tout temps armé de pied en cap pour recevoir convenablement de pareils hôtes. Il est pourvu avec tant de profusion de tous lés biens de la terre, qu'il suflit à un fermier d’être prévenu une heure à l’avance pour pouvoir offrir \un nombre considérable de convives une table dont les mets satisferaient un prince. Le baril de fleur de farine est rarement vide : le saloir n'est jamais dépourvu
de cochon. La volière est toujours bien approvisignnée. Les pâtés, les tartes, les confitures, sont des mets de tous les jours ; et mille autres petites friandises sont toujours disponibles pour décorer le banquet.
Il n’y a pas de peuple sur la terre, qui se nourrisse mieux que les Canadiens, soit en boissons , soit en comestibles. On peut dire avec vérité, qu'ils vivent d'une manière somptueuse. Il n’est pas rare que leur déjeùner se compose de douze ou quatorze ingrédiens différens, tous de la nature la plus hétérogène : thé verd, le porc frit, rayons de miel et saumon salé, concombres confits et patisseries, poulets bouillis et tarte aux pommes , mélasse d'érable et puddings de pois , gâteaux au gingembre et choux-croutes, se trouvent sur presque toutes les tables. Le dîner ne diffère en rien du déjeûner, et le repas de l'après-midi qu'on appelle le souper n’est pas moins substantiel.
Il n’est peut-être pas de passion qui, portée à un certain degré chez un peuple, indique mieux le défaut d'éducation ou de connaissances que ne le fait l’avarice. C'est une observation dont la justesse est confirmée par
une expérience de tous les jours. Par exemple, entre les artisans, ceux dont l'éducation a été primitivement mieux soignée et plus libérale , ne sont jamais aussi cupides de gros gains que les individus dont les notions sont plus bornées, soit faute d’avoir reçu de l'éducation dans leur jeunesse , soit. à raison de leur incapacité réelle d’acquérir des connaissances utiles. Cette circonstance se reproduit d'une manière frappante chez les Canadiens. Ainsi que je l’ai déjà remarqué , ils n’ont aucun goût pour la lecture ; et en supposant que, par miracle , il y en eût qui désirassent de s'instruire, il faudrait une autre miracle pour les décider à bien apprendre à lire. Les hommes ne savent pas s’apprécier à leur juste valeur ; et en conséquence, ils attachent trèspeu d'importance à l'instruction qu'ils pourraient acquérir. De là naît l’ascendant que les passions prennent sur eux : leur conception étant très- faible , ils se laissent aisément subjuguer. Les notions les plus erronées de l’indépendance individuelle sont greffées sur cette complète ignorance. On leur donne une portion de terre, qu'ils ont le droit d'appeler leur
propriété, et dont le produit suflit à leurs besoins : et parce qu'ils ne sont pas obligés d’importuner leurs voisins pour quelle chose que ce soit, ils ne peuvent pas concevoir pourquoi leurs voisins viendraient les importuner. Bientôt ils ressemblent au limaçon isolé dans sa coquille, etils finissent par devenir aussi envieux que le dernier des misérables.
Cette nuance se montre si évidemment dans le caractère national des Canadiens, qu'il est, selon moi, impossible à tout homme intelligent qui voyage dans le pays, de ne pas s'en apercevoir. Dans le fait, l'amour du gain est leur véritable dieu : ils lui sacrifient tout principe et toute vérité ; et lorsque la religion et la morale pure sont mises en opposition avec cette idole, elles sont regardées comme des objets de nature secondaire, et entièrement subordonnées aux considérations terrestres.
Le plus fin , le plus adroit , est regardé , parmi les Américains , comme le plus honnête.
Les Canadiens ne sont pas fort irascibles, et leur ressentiment ne les pousse jamais à de grands excès. Leur cœur froid est peu susceptible des impressions délicates de l'amour
un
LETTRE XXVIL. 103
et de la reconnaissance. Le défaut d’ättraits, et les dispositions volages et peu chastes du beau sexe, ne sont guërepropres à exciter l'amour, et la reconnaissance a peu d'occasions des’exercer en Canada. Aucun homme n’y a la plus légère obligation à son voisin. L'action de prêtér et celle d'emprunter sont également inconnues dans ce pays : une faveur n’y est jamais accordée sans la perspective assurée d’une immédiate rémunération. Chaque chose a son prix déterminé. Si quelqu'un a besoin de la charrue , de la herse, du chariot- ou du traineau de son voisin , ne füt-ce que pour une heure, il lui est impossible de l'obtenir à titre de prêt ; mais il l'obtiendra facilement à titre de location. Les hommes mêmes qui, dès leurpremière jeunesse ne se sont pas perdus de vue, sont si peu disposés à s'obliger sans une compensation actuelle, qu'un individu ne peut emprunter à un autre une bride, une selle, un harnais, ou tout autre objet, sans être convenu. d'avance , non-seulement de payer tout le dommage qui pourra y être fait, mais encore de donner une certaine rétribution pour chaque jour qu’il lui conviendra de le
garder. Une charrue , un chariot, un traîneau, sont loués chacun deux schellings et demi par jour ; et tout autre ustensile, depuis la dent d’une herse jusqu’à une aiguillée de fil, l’est également à un prix proportionné.
Il est aisé d'apercevoir combien cette singulière manière d’agir est destructive de toutes Jes
dispositions amicales, qui, dans les autres.
pays , attachent les hommes les uns aux autres. En Canada , rien ne porte un individu à considérer son voisin comme un ami, puisqu'il est obligé de se procurer, à prix d'argent , tout ce qui dépendrait de l’amitié ou du secours d’un autre. L'on trouve difficilement accès auprès d’un cœur qui n’est accessible à aucune autre considération que celle de l'intérêt. Ici l’homme ne veut vivre que pour lui seul ; et son intérêt personnel est l’anique base de sa conduite et de ses actions.
« Le premier aspect d’un nouvel établissement, dit le docteur Howison dans ses esquisses, excite des émotions agréables : c'est avec un plaisir extrême qu'on voit des forêts entières disparaître devant l'industrie de l’homme, et la solitude du désert prendre l'aspect d'une contrée aussi active qu’animée.On prévoit d'avance les
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latio com:
men cara avar par cess pèce poss étai
LETTRE KXVIT.
us momens de bonheur que procurera un sol fertile par à ceux qui les premiers auront fécondé son ai sein. Une nouvelle carrièrede jouissancesemble ” l'est s'ouvrir à l'espèce humaine , surtout pour cette portion que l'observateur suppose ne s'être di-bei expatriée qu’afin de se soustraire au malheur et s les à la pauvreté ; mais un examen plus profondet tres: plus réfléchi a bientôt dissipé ces impressions tes: agréables et ces idées de félicité. Celui qui es examine en détail un nouvel établissement , qu'il peut facilement se convaincre que le plus faut grand nombre de ses habitans est tombé dans rs un état de dégradation complète, et ne sait LRU apprécier aucun des avantages que lui a pro- Une curés son changement de position. Une popu- Ici lation sans lois et sans principes moraux, 5 et composée du rebut du genre humain , récem- HeA ment affranchie de cette subordination qui caratérise particulièrement les sociétés plus PPS avancées en civilisation, jouissant d’une égalité on parfaite de droits et de possessions, doit nécessairement composer une démocratie de l’esss pèce la plus révoltante : aucun individu n’y t 1a
possède plus d'influence qu'un autre; et s’il en était quelqu'un à qui des talens supérieurs
108 LETTRE XXVIL
donnassent la prétention de prendre quelque ‘ascendant sur les autres, il éprouverait surle-champ une opposition générale. C'est ainsi que tous les habitans d’un nouvel établissement s'avancent indolemment du même pas dans la carrière de la vie. Pour peu que l’un d’entr'eux veuille dépasser les autres, il est ordinairement repoussé dans l’intérieur des rangs. »
uelque it surst ainsi ablisseme pas e l’un il est ur des
LETTRE XXVIIL.
Suite des mœurs et usages du Haut-Canada.
— Point de base sûre pour juger sainement
des crimes commis. — Séductions fréquentes.
— Triste exemple de séduction. — Sa fatale
issue. r
En Angieterre , le calendrier judiciaire est ordinairement considéré comme le meilleur moyen d'apprécier sainement l’état de la morale dans le pays ; parce que le caractère des Anglais les porte à ne souffrir ni envahissement de leurs droits , ni diffamation de leur réputation, ni aucune espèce d'outrage, de spoliation ou d'oppression , sans chercher à s'en venger, en recourant, à cet effet, aux lois et aux tribunaux.
Il n'est pas facile d'employer le même
moyen pour constater la condition morale des Canadiens, relativement aux autres peuples:
parce que les bases que je viens d'indiquer comme en harmonie avec le caractère anglais, ne le seront jamais avec celui des habitans des régions Trans-Atlantiques. Le nombre des procès portés devant les tribunaux n'est pas proportionné aux crimes commis. Les actions pour criminelle conversation , pour séduction, ou pour infraction à une promesse de mariage, sont presqu'entièrement inconnues dans toutes les parties du Nord de l'Amérique. Pendant tout le temps de ma résidence en Canada, il n’est pas venu à ma connaissance qu'il ait été intenté un seul procès de cette espèce. Vous ne devez pas induire de là, que ces crimes ne s'y commettent pas, et que l’innocence dans toute sa pureté a trouvé un asile dans ces contrées étrangères à la corruption. Malheureusement il faut en tirer la conclusion contraire : ces délits contre la société s’y renouvellent tous les jours, et sont devenus si communs, qu'ils ne surprennent ni n'affligent presqu'aucun des individus qui y sont directement intéressés.
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LETTRE XXVII. lit
Quant à la criminelle conversation , l'opinion de la parfaite indépendance d'une femme est si généralement répandue, que je doute beaucoup que l'ontrouvât, sur tout le continent , deux Américains. natifs, qui ; en qualité de membres d’un jury, voulussent accorder une indemnité de six pences.pour un cas de cette espèce ; quelles que fussent l'évidénce , la gravité des circonstances, ou la richesse du dé-
fendeur. -Accoutumés eux-mêmes à supporter
patiemment de pareilles injures , qui ne portent atteinte; ni à la fortune, ni au caractère persannel de l'offensé ;-ils ne sauraient se résoudre à en: ordonner la punition.
:. D'après ma correspondance antérieure, vous avez:pu jugef que la séduction n’estpas connue en Canada ; mais-élle! n’y est point considérée comme-un délit aésez grave: pour provoquer l’animadversion:des lois, ni celle des habitans. Jci la. séduction peut:selivrer à son odieux penchant ;javec impunité. Le séducteur ne craint nid'exciter le mécontentement des parens dont iltrotnpe la fille ;mi de s’exposer. à la colère de l'époux dont là femme ,: cédant à ses sollicitations; se laisse entraîner à souiller le lit nuptial. |
112 LUTYRE XVI.
Depuis mon arrivée en Canadaÿ jé n'ai entendu citer qu'un exemple dé l'affiction éprouvée par des parens ot des époux dans une pâteille circonstatice * éoriime télui-ci a eu une fin très-déplorable ;'eti qu'il établit là dif: férencé qu'il y a sous ce rapport ;'ehtre la manière de vivre des fermes; qui sont seulement venues s'établir danslepaysyet celles qui sont nées de familles Américaines, jeprendrai là liberté de vous en faire un récit suvbinct.
I! y a environ deux ans, que M. W. "res:
pectable émigrant irlandais; autrefois propriéétaire d’un domaine’ cotsidérable! dans son pays natal, vint cherchérduns lesfertiles, mais incultesrégions du Haut-Cimada, an asile qui le miît à l'abri des dangers auxquels les dernières divisions qui ont agité l’IHanide, avhient exposé un grand nombre dé familles honorables et exemptes de tout reprothe: Les compagnons de son exil étaiènt thé 'fémmme añmaäble ét
une nombreuse famille; :cémposée ‘d'enfans
charmans. De ce ndinbres était une ‘fille jeune, innocente ,\aimablé} estimée: dé itous ceux qui la connaissaient ; adorée] dé ses px.
rens ; et chérie de la famille à ltquelle elle pro-
ce
LRTTRÉ XXVIL. 113
diguait les plus tendres soins pour alléger le fardeau de sa mère.
Bientôt après l’arrivée de cette famille , naguère si heureuse dans sa patrie adoptive,; un jeune homme; né de parens recommandables, fut présentés Miss, W.... ; elle était alors dans sa dix-huitième année ; époque à laquelle le cœur des femmes est peut-être le plus sujet à recevoir des impressions profondes et indélébiles. Il avait entendu parler des vertus de notre belle compatriote. Mais avec un septicisme qui n'appartient qu'aux âmes dépravées , il ne pouvait croire à leur existence. Sachant que les femmes de son pays n'étaient jamais extrêmement scrupuleuses , il ne pouvait concevoir qu’il n’en fût pas de même dans les
autres régions, et qu'un autre sol fût plus
favorable au développement et à la pratique des principes vertueux. Dans cette occasion, l'expérience le convainquit que, s’il n'était pas entièrement impossible , il était du moins trèsdifficile de détourner une jeune demoiselle du sentier de la vertu. Le séducteur de profession quiattache une gloire honteuse à déshonorer les familles , ne se laisse pas déconcerter par les Tome Il. 8
114 LETTRE XXVLI.
obstacles; ilsredoublent au contraire son ardeur et son audace. Ce fut malheureusement ce qui arriva dans cette fâcheuse circonstance : l'exécrable destructeur de la paix et du bonheur de la famille W... , regardaitla vertueuse et innocente fille, comme un objet dont la ruine lui ferait un honneur infini aux yeux de ses compagnons de débauche ; excité bien plus que découragé par les difficultés qu'il rencontrait , il résolut de développer toute son infernale adresse. pour faire réussir son affreux dessein. Le premier pas qu'il fit pour y parvenir, fut de cultiver l’amitié de la famille, et d'inspirer aux parens la plus grande confiance en son honneur ; le second, d'agir sous le masque hypocrite qu'il savait si bien prendre, pour captiver les affections de la jeurie demoiselle : il finit par se présenter comme aspirant à sa main. À dater de cette époque, il eut pour elle les plus grandes attentions , et saisit avec ‘ empressement toutes les occasions favorables pour la convaincre que, dès le premier moment où elle s'était offerte à sa vue , elle lui avait inspiré une passion aussi pure que la rosée du ciel; aussi ardenté que les rayons
LETIRE XXVIHT. | 115
dun soleil d'été. Elle était trop pure, trop innocente, pour s’apercevoir de ses artifices et de la perversité de ses intentions.
Etant un des plus habiles adéptes dans l'exécution des plans de la nature de celui qu'il avait tramé , il ne lui fut pas difficile de séduire une jeune victime, qui, d’ailleurs, avait une entière confiance en sa probité, et qui croyait toucher au moment où une union sanctionnée au pied des autels, couvrirait d’un voile épais un moment de faiblesse ; mais elle avait trop présumé de son perfide suborneur , qui l’abandonna hientôt après avoir assouvi ses désirs, et lorsqu'il eut acquis. la certitude qu'elle allait devenir mère. Le désespoir ne tarda pas à s'emparer d'elle : l’idée de survivre à son déshonneur ne put entrer dans son âme.
Mais avant d'exécuter son funeste dessein , cette infortunée adressa à son vil. séducteur une lettre touchante pour lui peindre l’agonie à laquelle son cœur était en proie; elle lui rappela sa promesse, et fit un appel à ses sentiwens ; à son humanité et à son honneur. Mais
son âme était insensible : son humanité ne fut point émue par l’éloquence de sa victime : son honneur était celui d'un misérable , pour qui il n'existait rien de sacré. Il répondit.de la manière dla plus barbare qu'il n'avait jamais eu le dessein de l’épouser. L'effet de cet atroce refus fut de confirmer la malheureuse fille dans la résolution. désespérée qu'elle avait précédemment formée. Sous prétexte d'aller faire un tour de promenade avec une jeune dame, elle s’avança vers le lieu qu'elle avait choisi pour le plus tragique et le dernier acte de sx vie: 6e fut le bord d’une rivière rapide ; doïit Ha '‘hauteur perpendiculaire était au moins de cent pieds au-deësus de son lit rocailleux. Cette pauvre victime de la séduction et de la honte s'était munie d’une plume et d’un encrier, et usant, vis-à-vis de sa compagne, de quelque prétexte plus ou moins plausible , elle s’assit sur le gazon , et écrivit à la hâte quelques lignes qui expliquaient les motifs de son affreuse résolution : elle plaça ensuite soigneusement le papier dans son sein, sc leva précipitamment , prit la main de son
amie , et lui disant adieu , elle se précipita , la tête la première , dans le rapide torrent.
Succombant sous le poids de l’étonnement et de la terreur , sa compagne resta quelques instans immobile à la même place ; mais ensuite, ayant repris assez de force pour approcher du bord escarpé de la rivière, et regardant en bas, elle vit sa malheureuse amie, luttant contre l’agonie de la mort, sur une roche découverte. Elle vola aussitôt vers la maison, et instruisit les amis de la jeune demoiselle de ce triste évènement : ils ne perdirent pas un instant pour se rendre sur les lieux de cette déplorable catastrophe , accompagnés d’un- médecin. Mais ses secours , et ceux des parens de la jeune victime, arrivèrent trop tard : quoïqu'alors toute étincelle de vie ne fût pas encore éteinte, déjà la langue était silencieuse ; les yeux avaient perdu leur éclat, et les traits avaient pris la pâle empreinte de la mort. On employa tous les moyens possibles pour la rappeler à la vie; ils furent tous inutiles : peu de momens après qu'elle eut été retirée de l'effrayant abîme, son pouls cessa
ss 2
LE
"+ Dia - tigre + ne - et
118 LETTRE XXVEII.
de battre ; et l'infortunée alla rendre compte de sa vie aux pieds de l'Éternel, trop juste , sans doute, pour ne pas infliger tôt ou tard le plus terrible châtiment à celui qui fut la
première cause de ce tragique évènement.
Education d'un Canadien. — Indulgence avec laquelle il'est traité dans les premières années.
— Son adresse naturelle. — Son entrée dans la vie active. — Mariage et établissement. — “Chauinière ét ameublement. — I nädépendance et imprévoyance. — Leur résultat.
1lest impossible de donner une explication satisfaisante de la dégénération du caractère des Canadiens , sans remonter aux principes dont leur âme est empreinte dès leurs plus jeunes ans. Une légère esquisse de la vie et des aventures d’un fermier Canadien, servira nonseulement à jeter du jour sur les observations contenues dans les lettres précédentes , mais aussi à fournir de nouvelles instructions à ceux qui désirent connaître d’une manière plus par-
ticulière les mœurs et l'existence actuelle des habitans du Canada. Je décrirai donc avec au-
tant de clarté et de simplicité qu'il me sera .
possible, la marche d’un Canadien natif, dans la carrière de la vie.
Dans un pays dont tous les habitans sont à peu près au même niveau, tant pour l'existence sociale que pour les propriétés, et professent avec la plus grande opiniâtreté les principes d’une parfaite indépendance , le jeune Canadien, ayant constamment devant lui l'exemple et le précepte , rivalise naturellement avec son père, et se pénètre promptement
des mêmes notions absurdes d'égalité et d’indépendance. À peine at-il appris À bégayer le nom de sa mère, qu'il commence à sentir sa précoce importance, et dédaigne tacitement de se soumettre même à ses parens. À table, il
veut être le mieux servi, et l'objet principal
de l’attention générale. Accoutumé à voir tous ses désirs satisfaits, et tous ses ordres ponctuellement exécutés , il apprend bientôt à dédaigner le langage de la supplique ; il aime à employer le mode impératif, et il se sert rarement de l'indicatif, excepté au premier
institu caract
Au sa se pourv lorsqu de cet impor tien d en Co perso!
trarié jeune tradic
temps futur. Ses paroles sont prononcées d’un ton d'autorité absolue, long-temps mêmeavant qu'il soit capable de pourvoir lui-même à ses propres besoins: toutes ses volontés sont exécutées, quelque déraisonnables qu’elles soient ; et tout ce qu'il dit, même de plus déplaisant , est accueilli avec les plus grands applaudissemens. Ses parens, qui semblent conspirer contre sa raison, ne peuvent concevoir l’idée de l’envoyer à l’école, de crainte que sa mâle indépendance n'ait à souffrir du ton magistral d'un instituteur, et que la contradiction n'irrite son caractère.
Aussitôt que le jeune homme a atteint sa septième ou sa huitième année, il est pourvu d’une hâche au lieu d'un alphabet , et lorsqu'on vante l’habileté avec laquelle il se sert de cet instrument, il se croit un personnage important dans la société ; il prend le maintien d'un homme fait, et entre familièrement en conversation sur tous les sujets, avec les personnes de tout âge. N'ayant jamais été contrarié par ceux qui auraient dû veiller sur ses jeunes années, il s’irrite de la moindre contradiction ; il s’indigne contre ceux qui ne par-
122 | LEXTRE XXIX.
tagent pas ses opinions, siextravagantes qu'elles soient. Héritant de son père d'une disposition à spéculer, il commence de très-bonne lreure à entrer dans la carrière des affaires, et devient souvent possesseur d'une propriété considéfable, avant d’avoir atteint son troisiètne lustre ; il reçoit de ses parens ‘des instructions habituelles, qui le mettent à même de pouvoir acquérit des richesses ; et toutes les fois qu'il est assez adroît pour tromper ses impru-
dens compagnons , ses amis lui prodiguent |
les plus grands applaudissemens. Ainsi, initié de bonne heure dans l’art de tromper et de spéculer , il entre dans le monde avec une âme complètement étrangère à tout principe d'honneur, ‘et inactessible à tous sentimens généreux. Etant accoutumé à ne témoigner à ses parents ni respect ni déférence:, absolument dégagé de toute espèce desubordination,
il prétend être aussi libre que l'air de là mon:
tagne , aussi indépendant que le soleil de la voûte azurée. Ne connaissant aucune contrainte , il va où illui plaît, fait ce qui lui con-
vient, et ne se croit justiciable d'aucun tribunal supérieur. I lâche les rènes à ses passions,
et pre opini respe fatale avoir vénét consé
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si, initic er et de vec une principe -ntimens moigner , absoludination,
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eil de la ine conlui conan tribu- ‘assions ,
et professe le plus souverain mépris pour les opinions et les suffrages des membres les plus respectables de la société. Placé sous une aussi fatale influence, il quitte le toit paternel sans avoir jamais:eu un sentiment de réspect et de vénération pour ceux qui l'habitent, et, par conséquent, sans regrèt. Il'est bien difficile d’es-
‘pérer qu'un jeune homme élévé sous d'aussi
funestes auspices, puisse jamais faire honneur à la société, dont cependant il est destiné à faire partie intégrante.
Comme il-est rare qu'un Canadien reçoive, avant Ja mort de son père , aucune portion de
l'héritage paternel, aussitôt qu'il a atteint sa
vingt-unième année , il va dans le désert, et après avoir choisi un lot de terre convenable, il en obtient la concession du gouvernement , ou l’achète à longterme de quelque particulier. Après avoir rempli ces préliminaires, il se met immédiatement à l'ouvrage : d’abord il bâtit une maison ; ensuite il se marie, et enfin s’adresse à lui-même l'importante question : Comment pourvoirai-je à mes besoins ? Mais la réponse est toujours prête : voici un sol fertile, un climat favorable : cultivons le premier avec
soin ; le dernier secondera nos efforts , et la terre me prodiguera ses fruits en temps convenable. Convaincu de cette vérité, il commence à se mettre en ménage , souvent sans un dollar dans la poche , ou sans rien d’équivalent en sa possession, comptant uniquement, pour la subsistance d'une année , sur le crédit de son nom : detelles circonstances seraient décourageantes pour tout autre que pour un Améri- Cain, et éteindraient presque partout ailleurs l’ardeur des individus qui s'y trouveraient exposés. Mais ces difficultés , qui paraissent presque insurmontables dans tout autre région, sont regardées comme très-peu importantes en Amérique, et sont toujours vaincues par la persévérance qui leur est op'osée. L'espoir de l'indépendance et la certitude d'y parvenir, soutiennent le courage , donnent de la vigueur au plus faible , et de l'émulation à celui qui, sous tout autre rapport, en serait le moins susceptible.
C’est souvent un jour bien sombre et bien nébuleux que celui où un jeune Canadien, devenu maître absolu de ses actions, entre sur la scène orageuse de la vie; mais il a déjà assez
long-te avoir O gères »
Quelq que le:
auron:
dispos cinq o qu'il s vent ,] ies mc ses pre instru cheter besoir arrive àaun t regret passel clusiv et à 1 buvon vivro
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, Ct la convemence Q dollar nt en sa pour la de son écoura- Amériailleurs eraient raissent tre réimporrs vain- LL08Ée.
ude d’y nent de lation à serait le
et bien ien, dere sur la jà assez
long-temps vécu surla terre de ses ancêtres, pour avoir obtenu , par quelques observations passagères, un léger aperçu de l’aspect des cieux. Quelque sombres que soient les nuages , il sait que les brillantes étoiles de l'indépendance les auront bientôt dissipés. Animé de semblables dispositions , il ne se passe pas généralement cinq ou six années avant qu'il ait obtenu le but qu’il s'était proposé. À cette époque, il a souvent , par le seul produit de ses travaux, acquis jes moyens de payer sa ferme, et d’acquitter ses propres dettes ; de se pourvoir de tous les instrumens nécessaires à l’agriculture, et d’acheter tout ce qu'il lui faut pour satisfaire ses besoins journaliers. Il est certain que, pour arriver à un pareil résultat , il faut qu'il se livre à un travail pénible : six jours, et, je le dis à regret, souvent sept jours de la semaine, se passent en fatigues continuelles , en soins exclusivement donnés à l'extension de sa ferme et à l'agrandissement de sa grange : mangeons, buvons et travaillons , parce que demain nous vivrons ; tel est son langage mental. Il est vraiment délicieux d'observer avec quelle satisfaction il rentre chaque soir à la chaumière,
lorsque les travaux du jour sont finis , et avec quel empressement , lorsque le sommeil bienfaisant a rafraîchi ses sens , il retourne , au lever de l'aurore, reprendre ses pénibles travaux. La hutte primitive lui offre un asile pendant les premières années, et rarement il manifeste le désir d'en embellir l'extérieur. Ses meubles ne sont jamais d’un grand prix, ni très-nombreux : un bois de lit grossièrement travaillé avec la hache ; un coucher formé de joncs ; une table, qu'on pourrait prendre pour le bloc d’un marchand de viande cuite ; quatre ou cinq bancs aussi grossièrement ébauchés ; les ustensiles nécessaires pour faire la cuisine et pour manger : voilà ce qui compose l’'ameublement du ménage d’un Canadien.
H semble n'avoir pas l'idée d’une habitation plus commode, et montre rarement le désir d'ajouter quelques agrémens à la sienne. Elle est souvent tellement percée à jour, que le s0leil du matin, ou le souffle de l’hiver, suivant la saison, vient saluer ses habitans long-temps avant que les portes ou les volets en soient ouverts. Dans l'été, néanmoins, c’est un avantage ; et dans l'hiver, un excellent feu diminue
les inco clôture Si un de porc et autre pour sa rare qu coup d' privatio des obj comme leur sit:
humble mentan mission bals où taire act somptiv bien qu l'air, n tence ré Lors sés dan parven à prouv
ur. Ses riX, ni ement Ed de re pour quatre uchés ; la cui- )mpose \adien.
bitation le désir 1e. Elle e le s0suivant temps ent ouh avaniminue
les inconvéniens qui pourraient résulter d’une clôture si imparfaite.
Si un Canadien peut s'assurer sa provision de porc, de mélasse, de chou-croutes, de thé et autres articles de nécessité ou d'agrément, pour sa subsistance journalière, ( ce qu'il est rare qu'il n’obtienne point ) , il montre beaucoup d'indifférence pour les contrariétés ou les privations du ménage qui ne portent pas sur des objets, aussi utiles. Sa femme , espérant comme lui une prochaine amélioration dans leur situation, se résigne patiemment à son humble condition, qui ne doit être que momentanée ; surtout si elle peut obtenir la permission de se montrer quelquefois dans les bals où elle est reçue, sinon comme propriétire actuelle, du moins comme maîtresse présomptive d'une maison splendide ; maison qui, bien qu'elle ne soit encore qu’un château en l'air, n'en aura pas moins un jour une existence réelle.
Lorsque six ou sept ans au plus se sont passés dans l’humble cabane, notre héros est parvenu à acquittèr toutes ses dettes. Alors il a prouvé son industrie et l'énergie de son ca-
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ractère , et il se trouve placé dans la meilleure À Is position , pour réaliser une fortune considé- à | rable. Mécontent de son genre de vie actuel, ag il se détermine à construire une maison plus jeu conforme à son goût que sa modeste chau- de mière: pour exécuter plus promptement son de 1 dessein, il hypothèque sa ferme à quelque négo- que ciant voisin, qui, à cette condition , lui fournit ila des matériaux de toute espèce, et l’aide de tous el ses moyens pour l'exécution du magnifique Æ ciéte plan qu'il a conçu. La maison est bientôt mau achevée : construite dans le meilleur goût. sa f: elle est meublée d’une manière analogue. La rega famille s’y transporte : pendant un ou deux le n ans, les choses vont assez bién ; mais notre sent nouveau triptolème, possesseur d'une belle de
maison , au milieu d’une ferme bien défrichée, qui devient un gentleman, parce qu'il croit que son dién travail n’est plus nécessaire pour soutenir sa lesq famille. D'ailleurs, ses bras, énervés par les à pd rudes travaux des cinq ou six années précé- dan: dentes , ne les continuent qu'avec répugnance d'ui
et dégoût ; surtout lorsque ses occupations dén agricoles ne lui paraissent plus un moyen sûr miè de realiser la grande fortune à laquelle il aspire. qu'i
eilleure ‘onsidéactuel, on plus te chauent son ue négoi fournit e de tous \gnifique bientût ur goût.
logue. La ou deux ais notre ine belle léfrichée, t que son utenir sa s par les es précéugnance cupations oyen sûr il aspire.
LLTTRE XXIX. 120
Il se détermine donc à chercher, pour arriver à l’opulence , une voie plus rapide et plus agréable : pour atteindre ce but , il essaie du jeu , des courses et de divers autres expédiens de cette espèce; et quand il voit que bien loin de lui réussir, ces moyens ne sont pour lui que des élémens de ruine , pour la compléter, il a recours à la taverne. Là , il passe les journées et souvent les nuits, au milieu de la-s0ciété la plus abjecte ; ses terres se couvrent de mauvaises herbes ; ses bestiaux sont négligés ; sa famille même n'obtient plus de lui un seul regard d'intérêt. Dans ces circonstances fatales, le négociant, créancier hypothécaire , se présente ; il demande avec instance le paiement de sa dette : il faut vendre la ferme. Avec ce qui lui reste, ses dettes payées, notre Cana-
dien 6e livre à de nouvelles spéculations , dans
lesquelles il échoue : enfin, lorsqu'il lui reste à peine un schelling, il retourne de nouveau dans le désert, et commence le défrichement d’une nouvelle ferme ; dans le même état de dénuement où il était en défrichant la premiére ; mais avec des charges de plus, puis-
qu'il doit pourvoir aux besoins d’une famille. Tome Il. 9