‹ Cinq années de résidence au Canada [microforme]Chapitre 13 sur 32 · RU · texte numérisé non relu

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composée quelquefois d'une dei douzaine d'enfans. |

C’est ainsi que s'écoule l'existence de la majeure partie des habitans du Canada, sans qu'ils obtiennent jamais cette aisance durable et cette indépendance si fortement désirée, qui deviendraient bientôt le partage de tout autre peuple, dans une contrée aussi fertile. Un observateur qui traverserait accidentellement ce pays, voyant tant de belles fermes et d'excellentes habitations , imaginerait sans doute que ses habitans sont dans la position la plus heureuse. Mais un examen plus àpprofondi de leur situation réelle le convaincrait du contraire. Je crois pouvoir dire, sans exagérer, que malgré la fécondité du sol et la salubrité du climat , qui sont éminemment le partage du Haut-Canada, sur vingt fermiers, on en trouverait à peine un qui, ses dettes payées , possède la valeur d’un schelling. Cet état de choses peut être justement attribué à leur paresse , à leur immoralité , à leur goût pour les spéculations hasardeuses. Après avoir travaillé pendant plusieurs années avec la plus grande activité, ainsi que je l’ai précédemment ob-

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servé , au moment où ils devraient être convaincus par leur propre expérience que le travail et l’industrie sont les seules richesses véritables , ils -eontractent des habitudes vicieuses , qui causent la ruine de tous ceux qui s’y livrent, comme grand nombre d'exemples l’a déjà prouvé. Il est vrai qu'on peut citer aussi “quelques exemples d'individus, qui, ayant commencé leur carrière de la manière que j'ai décrite , sont bientôt parvenus à une heureuse indépendance; mais ces derniers cas sont rares: ils sont tout au plus dans la proportion d’un à mille.

Il est également déplorable de réfléchir que ceux qui , avec plus de patience et de persévérance à suivre les fravaux ruraux , sont parvenus à acquérir une propriété plus considérable , partägent à la fin le même esprit d’impré-

* voyance , et voyent en général la chûte de leur

fortune avant d’être arrivés au terme de leur vie. Ils laissent leurs enfans dans le même état de dénuement auxquels ils étaient personnellement réduits, en commençant leur carrière ; et ceux-ci sont obligés d'aller se créer de nouvelles propriétés dans l'immensité des déserts.

192 LEITRE XXIX.

Un fermier dont les travaux ont réussi , devient ordinairement un aubergiste, et par suite un profond spéculateur ; il emploie la valeur de sa propriété à élever de vastes bâtimens, devient un grand buveur, néglige ses affaires , et trouve bientôt le fond de sa bourse, qui mialheureusement pour lui ne ressemblé pas à la boîte de Pandore, au fond de laquelle était l'espérance. Quant au vice de l’intempérance , il est généralement reconnu que les dix-neuf vingtièmes des Canadiens qui réussissent à acquérir des propriétés dans leur jeunesse , non-seulement les prodiguent ensuitc en liqueurs spiritueuses, mais encore abrèent leur vie par l'usage immodéré qu'ils en font. Je pourrais citer plusieurs exemples de ce funeste abus. :

I n'y a pas de pays dans le monde où l’on trouve plus de facilités qu'en Canada pour acquérir une honnête aisance et une entière indépendance ; et cependant un examen impartial de la condition actuelle de ses habitans, démontrera clairement que dans l'acceptation anglaise de ces mots, il n'existe pas beaucoup d'individus dans cette cathégorie, du moins

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le peuple de cette belle province parait rétro-

dans le Haut-Canada. La tendre sollicitude d’un père pour le bien être futur de sa famille, est rarement sentie par un Canädien : il a commencé, dit-il en lui-même, sans le secours de personne ; et ponrquoi ses enfans n'agiraient-ils pas de même ? Pourquoi n'obtiendratent-ils pas ainsi les mêmes succes qui ontété son partage, et qu doivent se perpétuer tant que le sol conservera sa fertilité, et qu'on pourra acheterdesterres à des conditions modérés et faciles à remplir ? L'indépendance d’un tel individu n’a point de fondement stable ; parce qu’un pays si fertile et si peu peuplé, présente tant de chances de succés , qu'un homme n’y envisage jamais l'avenir avec cffroi ou inquiétude , et qu'il ne trouve aucune occasion de déplorer son imprévoyance jusqu'au moment où sa santé et ses forces commencent à décroître : alors son indépendance si vantée ressemble au roseau brisé qui ne peut plus se soutenir. Les Canadiens n’ont pas de justes notions sur cette indépendance réelle qui fait la gloire d’un Anglais.

Au lieu d'avancer graduellement vers la civilisation , ce qui serait extrêmement facile ,

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