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nomie, nourrir une famille ; mais le propriétaire de ce petit établissement sera dans une position à peu près semblable à celle d'un paysan Irlandais : comme lui, il sera forcé de se livrer tout le jour à de pénibles travaux , et Je soir, il trouvera à peine chez lui de quoi prolonger son existence. Ce scra à peu près comme la ration accordée à un prisonnicr:elle l'empêche de mourir de faim ; mais elle est bien loin de satisfaire son appétit. D'ailleurs, le pauvre colon n’a pas, comme ce dernier, l'espoir d'améliorer sa situation , ni de parvenir à cette indépendance , pour laquelle i] a bravé tant de dangers. Sa possession est trop resserrée, et 1] n’a aucun moyen de l'étendre.
Il est généralement convenu par tous ceux qui connaissent le Canada , que cent acres de terre sont dans ce pays une étendue trop limitée, pour qu'un agriculteur consente à les mettre en culture. Cela pourra paraitre étonnant à un fermier Anglais ou Irlandais ; mais le fait n’en est pas moins constant et facile à prouver. La rigueur de l'hiver met tous les fermiers dans la nécessité de se pourvoir d'une
grande quantité de fourrages pour leurs chevaux
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et leur bétail ; et l’excessive chaleur de l'été, la grande sécheresse rendent les prairies presque arides. Le haut prix des journées de travail, et Ja brièveté de la saison propre au labourage, ne permettent pas de cultiver les terres avec les soins et l'excellente méthode qui les rendraient aussi productives que le sol anglais. Cesdiverses. circonstances , la faible valeur des produits, et le prix exhorbitant des marchandises anglaises, nécessitent pour le maintien d’une famille, de grandes exploitations , et rendent, pour ainsi dire , impossible , son existence sur une concession de cinquante , etmême de cent actes.
Le froment et le maïs sont les récoltes sur lesquelles les fermiers Canadiens comptent le plus : l'orge, l’avoine et les patates, sont aussi cultivées, mais en petite quantité. Les négocians qui, seuls, achètent le grain dans les campagnes, le paient en général d'une manicre très-peu satisfaisante poar les vendeurs. Ils donnentenviron 55 pour cent en marchandises , et le reste en argent. Dans ces dernières années , le prix du grain , et celui du bœuf et du cochon salés , ont étéextrémeinent bas. En 1818 , le froment était un article avantageux,
170 LETTRE XXXai.
parce qu'on pouvait le vendre cinq schellings le boisseau : il s'est soutenu au même prix en 1819, dans le district de Londres, et dans quelques autres parties du pays. Mais en 1822 ct 1823, ce n'est qu'avec beaucoup de peine qu'on en pouvait obtenir une demi-couronne.
Le prix de l'orge varie peu , parce que la quantité que l'on en sème dans la haute province, est à peine suffisante pour la consommation des familles qui la récoltent : le prix en est ordinairement de deux schellings par boisseau.
Le porc salé vaut ordinairement dans cette province douze dollars (60 fr. de France), par baril de deux cents livres : le bœuf salé se vend deux pences la livre. Il y a eu aussi, pendant les quatre dernières années une très-forte baisse dans le prix des bestiaux de toute espèce. On peut avoir aujourd’hui pour quinze livres sterl., des chevaux qui, en 1819, en auraient coûtc 25. Les bœufs qui se vendaient alôrs 25 livres sterling la paire, se donnent aujourd’hui pour
la moitié de cette somme, et les vaches, trèsrecherchées à cette époque, pour sept liv. st., se vendent très-fréquemment aujourd'hui à trois liv. sterl. et demi.
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LETTRE XXXIT. 151
Il résulte de la délibération ci-après, prise par un comité de la Chambre d’assemblée du Bas-Canada , que cette province a également souffert dans ces derniers temps, de la dépréciation des produits agricoles.
« Déclaré que les gages des laboureurs et le »prix des produits du sol, ont diminué d’en- »viron moitié, l’année dernière, de ce qu'ils »étaient pendant les deux années précédentes.
» Que le prix des terres et de toutes les autres » propriétés immobilières, a éprouvé, à la même
»époque , une baisse proportionnée.
» Qu'en conséquence , de grands embarras , » des sacrifices ruineux , et une déteresse inévistable, ont frappé toutes les classes indus- »trieuses de cette population.
» Que, d’après les reçensemens exacts, les »exportations de la province ont été réduites, sde 766,785 livres sterling à 511,592 livres, ret les importations , de 1,294,734 livres à » 863,156.
» Enfin, que le revenu de la province, qui »est presque entièrement produit par les taxes »surles importations, est tombé , dans le cours
» de l’année dernière, de 102,142 liv. sterl. à 350,0 »73,/54 livres. » 4, proch Cette déplorable diminution des exporta- prend tions et des importations, et le déficit qui en état résulte dans les revenus publics, sont attribués remé aux changemens introduits dans la législation qui $’ anglaise , sur l'importation dansles royaumes- adopt unis de la fleur de farine, et de la farine ordi- manie naire : changemens qui excluent de fait les de la blés du Canada des marchés de la Grande- grand Bretagne. Les Canadiens se plaignent, et je ports pense que ce n’est pas sans fondement , d’être colon obligés de dépendre uniquement de l’Angle- À quant terre pour une grande quantité d'objets de ses mais manufactures, en échange desquels ils don- K parle naient autrefois l'excédant de leurs produits ter les agricoles ; et de ce qu'il ne leur est pas permis vous de porter cet excédant exclu des marchés an- de no glais , dans des contrées d’où ils pourraient libert tirer en échæage les marchandises qui leur raisse manquent. perm Il ne faut pas une grande perspicacité d’es- pour
prit , pour juger qu'une colonie où les impor- avec tations, s’élevant seulement à 865,156 livres cultu sterl., excèdent cependant les exportations de enco
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350,000 livres, marche à une banqueroute prochaine et inévitable, si on ne se hâte de prendre des mesures qui fassent cesser un pareil état de choses. Je crois qu’il serait facile de remédier aux m:ux dont on se plaint, (maux qui s'étendent chaque jour davantage), sans adopter des dispositions qui fussent en aucune manière préjudiciables aux intérêts agricoles de la mère-patrie. Il serait, j'en conviens, grandement impolitique d'admettre dans les ports des royaumes-unis, aucun des produits coloniaux que vous pouvez tirer de votre sol en quantité suffisante pour votre consommation ; mais aussi, il est bien pénible pour nous, (je parle comme Canadien), d’être obligés d’acheter les produits de vos manufactures, lorsque vous ne voulez pas admettre en échange ceux de notre agriculture. D’après les principes de la liberté du commerce, principes que vous paraissez disposés à protéger, il doit nous être permis de profiter des avaniages que nous pourrions retirer des relations commerciales avec les marchés étrangers. Peut-être si la culture du chanvre et celle du tabac étaient encouragées en Canada, la balance du com-
174 LETTBK XXXII.
merce , qui est aujourd'hui si fort à notre préjudice , nous deviendrait bientôt favorable. On a déjà dit que l'Angleterre paie annuellement à une puissance étrangère plus de 1,500,000 livres sterling pour le chanvre, et l'empire britaunique pourrait s'affranchir de ce tribut, en encourageant la culture de cette plante dans le Canada.
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rie LETTRE XXXIII.
tribut, | :
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Emigration. — Mode suivi pour obtenir des
concessions du gouvernement. — Travaux indispensables pour former un établissement. — De la meilleure manicre de les mener à fin.
—Conseils sur la construction d’une cabane.
— Gages à donner aux laboureurs et autres ouvriers. — Premier défrichement. — Com-
paraison entre le sort des paysans Irlandais,
et celu: des colons du Canada. — Avantages que les premiers trouveraient dans ce pays, s’ils pouvaient y être facilement transportés. —" Divers plans pour secourir les pauvres émt-
grans. — Examen d'un de ces plans.
Avant de iraiter plus particulièrement le sujet de l’émigration , je dois faire quelques ob-