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temps futur. Ses paroles sont prononcées d'un ton d'autorité absolue, lon^^-temps même avant qu'il soit capable de pourvoir lui-mêaie à ses propres besoins: toutes ses volontés sont exécutées, quelque déraisonnables qu'elles soient ; et tout ce qu'il dit , même déplus déplaisant , est accueilli avec les plus grands applaudissemens. Ses parens, qui semblent conspirer contre sa raison , ne peuvent concevoir l'idée de l'envoyer à l'école , de crainte que sa maie indépendance n'ait à souffrir du ton magistral d'un instituteur, et que l;i contradiction n'irrite son caractère.
Aussitôt que le jeune homme a atteint sa septième ou sa huitième année , il est pourvu d'une hache au lieu d'un alphabet , et lorsqu'on vante l'habileté avec laquelle il se sert de cet instrument, il se croit un personnage important dans la société ; il prend le maintien d'un homme fait, et entre familièrement en conversation sur tous les sujets , avec les personnes de tout âge. N'ayant jamais été contrarié par ceux qui auraient dû veiller sur ses jeunes années, il s'irrite de la moindre contradiction ; il s'indigne contre ceux qui ne par
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tagent pas ses opinions, si extravagantes qu'elles soient. Héritant de son père d'une disposition à spéculer, il commence de très-bonne heure à entrer dans la carrière des affaires, et devient souvent possesseur d'une propriété considérable, avant d'avoir atteint son troisième lustre ; il reçoit de ses parens des instructions habituelles , qui le mettent à même de pouvoir acquérir des richesses ; et toutes les fois qu'il est assez adroit pour tromper ses imprudens compagnons , ses amis lui prodiguent les plus grands applaudissemens. Ainsi ^ initié de bonne heure" dans l'art de tromper et de spéculer, il entre dans le monde avec une âme complètement étrangère à tout principe d'honneur, et inaccessible à tous sentimens généreux. Etant accoutumé à ne témoigner à ses parents ni respect ni déférence , absolument dégagé de toute espèce.de subordination, il prétend être aussi libre que l'air de la montagne , aussi indépendant que le soleil de Ta voûte azurée. Ne connaissant aucune contrainte^ il va où il lui plaît ^ fait ce qui lui convient, et ne se croit justiciable d'aucun tribunal supérieur. 11 lâche les rênes à ses passions.
€t professe le plus souverain mépris pour lesopinions et les suffrages des membres les plus respectables de la société. Placé sous une aussi fatale influence , il quitte le toit paternel sans avoir jamais eu un sentiment de respect et de vénération pour ceux qui l'habitent, et, par conséquent, sans regret. 11 est bien difficile d'espérer qu'un jeune homme élevé sous d'aussi funestes auspices, puisse jamais faire honneur à la société, dont cependant il est destiné à faire partie intégrante.
Comme il est rare qu'un Canadien reçoive , avant la mort de son père , aucune portion de riiéritage paternel, aussitôt qu'il a atteint sa vingt-unième année, il va dans le désert^ et après avoir choisi un lot de terre convenable, il en obtient la concession du gouvernement, ou l'achète àlongteiJuc de quelque particulier. Après avoir rempli ces préliminaires, il se met immédiatement à l'ouvrage : d'abord il bâtit une maison ; ensuite il se marie, et eniin s'adresse à lui-même l'importante question : (Comment pourvoirai- je à inrs besoins? Mois la réponse est toujours prête : voici un sol i'ertilc. un climat favorabl(^ : cultivons le premier avec
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soin ; le dernier secondera nos efforts , et la terre me prodiguera ses fruits en temps convenable. Convaincu de cette vérité , il commence à se mettre en ménage , souvent sans un dollar dans la poche ^ ou sans rien d'équivalent en sa possession, comptant uniquement, pour la subsistance d'une année , sur le crédit de son nom : de telles circonstances seraient décourageantes pour tout autre que pour un Américain, et éteindraient presque partout ailleurs Tardeur des individus qui s'y trouveraient exposés. Mais ces difficultés , qui paraissent presque insurmontables dans tout autre région, sont regardées comme très-peu importantes en Amérique , et sont toujours vaincues par la persévérance qui leur est opposée. L'espoir de l'indépendance et la certitude d'y parvenir, soutiennent le courage , donnent de la vigueur au plus faible , et de l'émulation à celui qui , sous tout autre rapport, en serait le moins susceptible.
C'est souvent un jour bien sombre et bien nébuleux que celui où un jeune Canadien , devenu maître absolu de ses actions, entre sur la scène orageuse de la vie; mais il a déjà assez
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long tcn^ps vécu surla terre de ses ancêtres, pour avoir obtenu , par quelques observations passagères , un léger aperçu de Taspect des cieux. Quelque sombres que soient les nuages , il sait que les brillantes étoiles de l'indépendance les auront bientôt dissipés. Aninné de semblables dispositions , il ne se passe pas généralement cinq ou six années avant qu'il ait obtenu le but qu'il s'était proposé. A cette époque, il a souvent , par le seul produit de ses travaux, acquis les moyens de payer sa ferme, et d'acquitter ses propres dettes ; de se pourvoir de tous les instrumens nécessaires à l'agriculture, et d'acbeter tout ce qu'il lui faut pour satisfaire ses besoins journaliers. Il est certain que, pour arriver à un pareil résultat^ il faut qu'il se livre à un travail pénible: six jours, et, je le dis à regret, souvent sept jours de la semaine, se passent en fatigues continuelles , en soins exclusivement donnés à l'extension de sa ferme et à l'agrandissement de sa grange : mangeons ^ buvons et travaillons , parce que demain nous vivroiis ; tel est est son langage mental. Il est vraiment délicieux d'observer avec quelle satisfaction il rentre chaque soir à la chaumière,
lorsque les travaux du jour sont finis >> et avec quel empressement , lorsque le sommeil bienfaisant a rafraîchi ses sens , il retourne ^ au lever de l'aurore, reprendre ses pénibles travaux. La hutte primitive lui offre un asile pendant les premières années, et rarement il manifeste le désir d'en embelHr l'extérieur. Ses meubles ne sont jamais d'un grand prix, ni très-nombreux : un bois de lit grossièrement tra,v aillé avec la hache ; un coucher formé de joncs ; une table, qu'on pourrait prendre pour le bloc d'un marchand de viande cuite ; quatre ou cinq bancs aussi grossièrement ébauchés ; les ustensiles nécessaires pour faire la cuisine et pour manger : voilà ce qui compose l'ameublement du ménage d'un Canadien.
11 semble n'avoir pas l'idée d'une habitation plus commode , et montre rarement le désir d'ajouter quelques agrémens à la sienne. Elle est souvent tellement percée à jour, que le soleil du matin, ou le souffle de l'hiver^ suivant la saison, vient saluer ses habitans long-temps avant que les portes ou les volets en soient ouverts. Dans l'été , néanmoins , c'est un avantage ; et dans l'hiver, un excellent feu diminue
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les incoiivëniens qui pourraient résulter d'une clôture si imparfaite.
Si un Canadien peut s'assurer sa provision de porc , de mélasse, de chou-croutes^ de thé et autres articles de nécessité ou d'agrément, pour sa subsistance journalière, (ce qu'il est rare qu'il n'obtienne point ) , il montre beaucoup d'indifférence pour les contrariétés ouïes privations du ménage qui ne portent pas sur des objets aussi utiles. Sa femme , espérant comme lui une prochaine amélioration dans leur situation, se résigne patiemment à son humble condition , qui ne doit être que momentanée ; surtout si elle peut obtenir la permission de se montrer quelquefois dans les bals où elle est reçue, sinon comme propriétaire actuelle , du moins comme maîtresse présomptive d'une maison splendidc ; maison qui, bien qu'elle ne soit encore qu'un château en Tair, n'en aura pas moins un jour une existence réelle.
Lorsque six ou sept ans au plus se sontpassés dans l'humble cabane , notre héros est parvenu à acquitter toutes ses dettes, /ilors il a prouvé son industrie et l'énergie de son ca-
ractère , et il se trouve placé dans la meilleure position , pour réaliser une fortune considérable. Mécontent de son genre de vie actuel, il se détermine a construire une maison plus conforme à son goût que sa modeste chaumière : pour exécuter plus promptement son dessein, il hypothèque sa ferme à quelque négociant voisin , qui , à cette condition^ lui fournit des matériaux de toute espèce , et l'aide de tous ses moyens pour l'exécution du magnifique plan qu'il a conçu. La maison est bientôt achevée : construite dans le meilleur goût,' elle est meublée d'une manière analogue. La famille s'y transporte : pendant un ou deux ans, les choses vont assez bien ; mais notre nouveau triptolème , possesseur d'une belle maison , au milieu d'une ferme bien défrichée^ devient un gentleman, parce qu'il croit que son travail n'est plus nécessaû^e pour soutenir sa famille. D'ailleurs, ses bras, énervés parles rudes travaux des cinq ou six années précédeiites , ne les continuent qu'avec répugnance et dégoût ; surtout lorsque ses occupations agricoles ne lui paraissent phis un moyen sur de réaliser la grande fortuiicà laquelle il aspire.
Il se détermine donc à chercher, pour arriver à l'opulence , une voie plus rapide et plus ngréable : pour atteindre ce but , il essaie du jeu , des courses et de divers autres expédiens de cette espèce; et quand il voit que bien loin de lui réussir, ces moyens ne sont pour lui que des élémens de ruine , pour la compléter, il a recours à la taverne. Là , il passe les journées et souvent les nuits , au milieu de la société la plus abjecte ; ses terres se couvrent de mauvaises herbes ; ses bestiaux sont négligés ; sa famille même n'obtient plus de lui un seul regard d'intérêt. Dans ces circonstances fatales, le négociant , créancier hypothécaire , se présente ; il demande avec instance le paiement de sa dette : il faut vendre la ferme. Avec ce qui lui reste, ses dettes payées, notre Canadien se livre A de nouvelles spéculations , dans lesquelles il échoue : enfin , lorsqu'il lui reste à peine un schelling , il retourne de nouveau dans le désert, et commence le défrichcmonl d'jinc nouvelle ferme; dans le même état de dénuemeut où il était en défrichant la prenucre ; mais avec des charges déplus, [)ui«-
qu'il doit pourvoir aux besoins d'une famille, ToiMi; 11. ()
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composée quelquefois d'une demi douzaine d'enfans.
C'est ainsi que s'écoule l'existence de la majeure partie des habitans du Canada , sans qu'ils obtiennent jamais cette aisance durable et cette indépendance si fortement désirée, qui deviendraient bientôt le partage de tout autre peuple > dans une contrée aussi fertile. Un observateur qui traverserait accidentellement ce pays, voyant tant de belles fermes et d'excellentes habitations » imaginerait sans doute que ses habitans sont dans la position la plus heureuse. Mais un examen plus approfondi de leur situation réelle le convaincrait du contraire. Je crois pouvoir dire, sans exagérer^ que malgré la fécondité du sol et la salubrité du climat , qui sont éminemment le partage du Haut-Canada , sur vingt fermiers , on en trouverait à peine un qui , ses dettes payées , possède la valeur d'un schelling. Cet état de choses peut être justement attribué à leur paresse , à leur immoralité , à leur goût poLi- les spéculations hasardeuses. Après avoir travaillé pendant plusieurs années avec la plus grande activité , ainsi que je l'ai précédemment ob-
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serve , au moment où ils devraient être convaincus par leur propre expérience que le travail et l'industrie sont les seules richesses véritables , ils contractent des habitudes vicieuses , qui causent la ruine de tous ceux qui s'y livrent, comme grand nombre d'exemples l'a déjà prouvé. Il est vrai qu'on peut citer aussi quelques exemples d'individus , qui , ayant commencé leur carrière de la manière que j'ai décrite , sont bientôt parvenus à une heureuse indépendance; mais ces derniers cas sont rares: ils sont tout au plus dans la proportion d'un à mille.
Il est également déplorable de réfléchir que ceux qui , avec plus de patience et de persévérance à suivre les travaux ruraux , sont parvenus à acquérir une propriété plus considérable ^ partagent à la fm le même esprit d'imprévoyance 5 et voyent en général la chute do leur fortune avant d'être arrivés au terme de leur vie. Ils laissent leurs enfans dans le même état de dénuement auxquels ils étaient personnellement réduits , en commençant leur carrière ; et ceux-ci sont obliges d'aller se créer de nouvelles propriétés dans l'immensité des déserts.
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Un fermier dont les travaux ont réussi , devient ordinairement un aubergiste, et par suite un profond spéculateur ; il emploie la valeur de sa propriété à élever de vastes bâtimens, devient un grand buveur, néglige ses affaires , et trouve bientôt le fond de sa bourse, qui malheureusement pour lui ne ressemble pas à la boîte de Pandore , au fond de laquelle était l'espérance. Quant au vice de l'intempérance , il est généralement reconnu que les dix-neuf vingtièmes des Canadiens qui réussissent à acquérir des propriétés dans leur jeunesse , non-seulement les prodiguent ensuite en liqueurs spiritueuses , mais encore abrègent leur vie par Tusage immodéré qu'ils en font. Je pourrais citer plusieurs exemples de ce funeste abus.
11 n'y a pas de pays dans le monde où l'on trouve plus de facilités qu'en, Canada pour acquérir une honnête aisance et une entière indépendance ; et cependant un examen impartial de la condition actuelle de ses habitans , démontrera ciairenient que dans l'acceptation anglaise de ces mots, il n'existe pas beaucoup d'individus dans cette cathégoric^ du moins
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dans le Haut-Canada. La tendre sollicitude d'un père pour le bien être futur de sa famille, est rarement sentie par un Canadien : il a commencé^ dit-il en lui-même, sam^ te secours de personne ; et pourquoi ses enfans n agiraient-ils pas de même ? Pourquoi n' obtiendraient-ils pas ainsi les mêmes succès qui ont été son partage^ et qui doivent se perpétuer tant que le sol conservera sa fertilité, et quon pourra acheter des terres à des conditions modérés et faciles à remplir? L'indépendance d'un tel individu n'a point de fondement stable ; parce qu'un pays si fertile et si peu peuplé , présente tant de chances de succès , qu'un homme n'y envisage jamais l'avenir avec effroi ou inquiétude , et qu'il ne trouve aucune occasion de déplorer son imprévoyance jusqu'au moment où sa santé et ses forces commencent à décroître : alors son indépendance si vantée ressemble au roseau brisé qui ne peut plus se soutenir. Les Canadiens n'ont pas de justes notions sur cette indépendance réelle qui fait la gloire d'un Anglais.
Au lieu d'avancer graduellement vers la civilisation , ce qui serait extrêmement facile , le peu[)le de cette belle province parait rétro-
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grader chaque jour dans tout ce qui contribue à répandre quelque charme sur l'existence. Ce n est qu'avec un chagrin réel que j'ai traité ce sujet ; je n'y réfléchis jarnais sans une douleur aussi sensible que profonde. Bien connaître la véritable situation des habitans de cette province si richement dotée , et réfléchir au bonheur dont ils pourraient jouir, s'ils étaient sous la salutaire influence d'une instruction morale et reHgieuse , ne peut qu'affecter douloureusement l'âme de tout véritable ami de l'humanité.
LETTRE XXX. l35
Suite des mœurs et usages du Haut-Canada.
— Mangue d'encouragemens pour la culture
de l'esprit. — Défaut général d'éducation. —
Ses causes, — Mesures législatives pour f encouragement des écoles.
Doués , comme le sont les habitans du Haut Canada , d'une grande intelligence naturelle , ils se croient en état de lutter avec avantage dans le monde , sans avoir besoin de posséder un grand fonds d'instruction : si un fermier est en état de dire combien un boisseau de Winchester contient de livres de blé , si l'ouvrier en mécanique peut démontrer la différence qui existe entre un carré long et un triangle équilatéral , et si le négociant sait faire des addi-
K)6 LEïTllt XXX.
tions et des multiplications , ils croient les uns et les autres avoir acquis toutes les connaissances nécessaires à leurs professions respectives. 11 résulte de là^ que la littérature et tous les avantages qu*elle procure sont inconnus en Canada , où l'on s'occupe plus de défricher les terres, que de cultiver l'esprit.
Ainsi les bienfaits inapréciables de l'éducation dont jouit une population éclairée , ne peuvent encore , de plusieurs années , être ressentis dans le Canada. La grande nriasse du peuple y est dans l'ignorance la plus complète de tous les élémens d'instruction; Il y a peu de Canadiens qui sachent lire et écrire : lesparens très-ignorans eux-mêmes, et n'ayant pas le moindre goût pour la littérature , ne connaissant pas son utilité , n'ont aucunement à cœur de voir leurs enfans plus instruits qu'ils ne •Tont été eux-mêmes ; ils ne croient pas à cet axiome d'un grand philosophe , qui a dit que la science est la véritable puissance. Convaincus qu'il vaut mieux que leurs fils apprennent à fendre du bois , et leurs filles à filer, que d'acquérier quelque instruction , ils regardent ^ço|Timc mal employé^ tout l'argent qui pour-
LETTHE XXX. IJ-J
rait être consacré à réducation. Aussj pendant une résidence de plus de cinq ans dans le Canada , je n'ai vu que deux personnes ayant des livres en niain ; encore l'une d'elles consultait alors un livre de médecine sur une maladie dont elle élait attaquée. On doit convenir , il est vrai , que les livres sont aussi rares dans plusieurs parties du Canada , surtout dans l'intérieur, que les pommes sur le sommet des montagnes couvertes de neige.
Plusieurs circonstances se réunissent pour mettre les Canadiens dans Timpossibilité de donnerde l'éducation à leurs enfans , lors même qu'ils en auraient la volonté et les moyens. La difficulté de se procurer des bras , difficulté dont j'ai déjà parlé , force le fermier, nonseulement à se consacrer exclusivement à la culture de ses terres, mais aussi à réclamer les secours de ses enfans , aussitôt qu'ils sont en état de l'aider. En Canada, on fait travailler les petits garçons dès l'âge de 7 à 8 ans, et ils continuent ensuite pendaut le reste de leur vie, ù moins qu'ils ne se livrent ^ cette indolence (jue j'ai précédcmuicnt décrite , et qui est quelquefois portée jusqu'à les détourner de tout('
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profession honorable. Les bœufs et les cheraux sont si bien dressés, et d'ailleurs si peu vigoureux , qu'un enfant peut les conduire. Ainsi un enfant de dix ans est presque aussi utile à son père :, que peut l'être celui de dix-huit; mais lors mên^e qu'un père aurait assez d'aisance pour se passer du travail de ses enfans , les écoles sont généralement trop éloignées de sa maison pour qu'il puisse les y envoyer. La résidence au milieu d'une population rapprochée et bien organisée , offre autant d'avantages que l'on éprouve d'inconvéniens, lorsqu'on est condamné à passer sa vie dans des pays peu habités et presque déserts.
Lorsque la province du Haut-Canada était encore dans son enfance , le gouvernement suprême manifesta le désir de s'occuper du bonheur des colons, en appelant l'attention du général Simcoé , premier lieutenant gouverneur, sur l'établissement de plusieurs écoles dans les différentes parties du pays. Cela paraît résulter d'une lettre adressée par le duc de Portland , au général Simcoé, en 1796. Il y est dit que le général s'efforçait de satisfaire aux désirs du gouvernement de S. M. Dans la
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session de 1797 , la législature provinciale présenta un mémoire au général Simeoé, pour supplier Sa Majesté de consacrer une certaine partie des vastes domaines de la couronne à former un fonds pour l'instruction et l'entretien d'une bonne école grammaticale dans chaque district. En réponse à ce mémoire , le duc de Portland , alors un des principaux secrétaires-d'état , instruisit la législature que S. M. accédait à ses vœux. En conséquence , la concession fut faite ;mais comme jusqu'alors, il avait été très-facile de se procurer des terres sans les acheter , cette concession produisit peu de résultats ; et depuis lors , les choses sont toujours restées dans le même état.
Pendant plusieurs années ^ il n'y a eu dans tout le Haut-Canada que deux écoles qu'on puisse citer : celle de /ÎLin^s/^?/!^ dirigée par l'honorable et révérend docteur Straciian , écossais très-instruit, et une autre à Niagara, sous la direction de M. Cokerel , anglais, qui passe pour être très-versé dans les mathématiques.
En 1 807 , il fut rendu un statut provincial pour établir dans chaque district un séminaire, dans lequel on serait oblige d'apprendre les
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mathématiques, classiques et pratiques. Le lieutenant-gouverneur y attacha un certain nombre d'instituteurs, avec des appointemens annuels de cent livres sterling. Maintenant ces écoles commencent à être en activité : nous pouvons assurer que le paj^s retirera de grands avantages des connaissances que ces écoles devront nécessairement répandre , malgré la médiocrité des appointemens des instituteurs, qui , sans doute , ne tarderont pas à être augmentés dans une juste proportion avec les dépenses et les besoins de la vie.
En 181 Q, il fut rendu une autre loi pour l'établissement d'écoles communales dans chaque territoire ; mais ce bill contient une clause qui détruit en grande partie l'effet de la mesure , en ce qu'il déclare qu'il y aura une école dans chaque ville ou village , et autre lieu , où on peut réunir vingt élèves. Vingt-cinq livres sterling devaient être affectées à la dépense de chaque école. Admettez maintenant qu'à' cette époque la population fut de cent mille âmes , on peut supposer que le cinquième est composé d'enfans susceptibles d'aller a l'école. Il faudrait donc une somme de vingt-cinq nii])e
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livres sterling pour réaliser ce plan , et c'est trois fois plus que la somme à laquelle s élevait le revenu provincial à cette époque. Le fait est que le bill manqua totalement son effet. Tl y avait aussi une autre clause portant que le salaireproposé serait donné à des instituteurs an^ glais : ce qui excita tant de jalousie parmi les Canadiens, qu'un grand nombre d'entre eux aima mieux n'avoir aucune école , que de les voir sous l'inflence des Européens , et surtout des anglais.
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Etat de la Religion et de la inorale dans le Haut- Canada, — Coupable habitude de jurer. — Causes de la démoralisation de plusieurs Colons* — Réflexions sur ce sujet — Conduite des prédicateurs méthodistes. — Bruyantes assemblées de ces sectaires. — • Leurs réunions en plein champ. — Graves inconvétiiens qui en sont les suites. — Moyens employés par quelques pasteurs pour les éviter.
Je suis forcé de vous apprendre, quelque regret que j'en éprouve, que la religion est encore plus négligée en Canada , que la plus
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simple éducation. C'est un sujet que je n'aborde qu'avec une extrême répugnance , parce que je sens combien il est au-dessus de mes forces. Mais je n'en suis pas moins déterminé à dire très-impartialement ce que je sais, et à attester ce que j'ai vu.
Si on connaît l'arbre par ses fruits ( et je sais que c'est le seul moyen de juger sainement de sa santé ou de sa vigueur ), le Canada offre un tableau affligeant du peu d'efficacité de l'évangile sur les mœurs et les coutumes de ses liabitans. Si une indifférence presque totale sur l'observation religieuse du sabbat , si un penchant incorrigible à jurer souvent sur le nom de Djeu , si la constante habitude d'horribles imprécations et de blasphèmes abominables , si une violation journalière de toute décence et un mépris bien marqué pour tout ce qui porte le caractère de la vertu; si toutes ces circonstances réunies offrent l'empreinte d'un peuple dégénéré et dépravé, le Haut-Canada doit préseutcr à l'homme capable de réflexion un aspect bien douloureux.
J'étais venu dans cette contrée avec de fortes
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préventions en faveur du caractère de ses habitans; mais à mon grand regret, j'eus bientôt découvert que les Canadiens étaient plus dépravés dans leur morale , plus dégradés dans leur conduite, plus dépourvus d'affabilité dans leurs actions, qu'aucun autre peuple que j'aie eu occasion de connaître. Sans être exposés à aucune tentation extraordinaire qui les porte à dévier du sentier de la justice et de la vertu , on les voit constamment^ et presque sans exception^ marcher dans la route de l'impiété et des vices. Quoique d'un tempérament naturellement froid et flegmatique , ils vivent en général dans des habitudes criminelles , que l'on pardonnerait à peine à des hordes sauvages, et qui ne peuvent être excusées chez, des peuples déjà en pleine jouissance des bienfaits de la civilisation.
L'habitude de jurer est plus ou moins commune à toutes les nations; mais je dois dire que dans l'espace d'une semaine j'ai plus entendu jurer en Canada, que dans vingt ans en Irlande : cette habitude est poussée au point défaire craindre que quelque terrible commo-
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tion de la nature ne vienne imposer un éternel silence à ces , langues blasphématrices ^ qui semblent rie proférer des paroles que pour combler la mesure de leurs iniquités : et cela sans avoir aucun motif qui puisse leur servir d'excuse.
Il n'existe dans aucune partie du monde , un exemple aussi frappant que celui qu'on trouve dans l'Amérique du nord , de la vérité de cet adage des philosophes : « Les hommes » placés dans la décroissance de la civilisation «sont toujours plus vicieux et plus brutaux que «ceux qui sont placés à l'autre extrémité et «qui cherchent à s'y avancer. » Les hommes bien nés et bien élevés , qui ont ^ dans les premiers temps de leur vie, fait partie des hautes classes de la société.dans leur pays natal, et qui ont ensuite été obligés de les abandonner, soit par inconduite, soit par suite de malheurs non mérités, oublient bientôt leurs anciens ciémens , s'ils se confondent avec les classes inférieures de la société nouvelle dont ils sont entourés ; et acquièrent une teinte extraordinaire de férocité qui donne quelque probabililc à la première partie de l'adiige. Mais il doit Tome II. h»
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s'écouler un grand nombre d'années, avant que l'assertion relative à la seconde classe puisse complètement s'accomplir. Ceux qui , dans leur pays natal , ont fait partie des classes intérieures et qui se trouvent ensuite placés au point correspondant opposé, ne se montrent cependant ni moins vicieux , ni moins brutaux que leurs supérieurs déchus de leur ancienne existence. Mais , dégagés de la contrainte qui leur était autrefois imposée par les habitudes d'une population avancée dans la civilisation, ils paraissent user très-amplement d'une liberté qui les exempte de toute obligation morale, et semblent demander avec insolence : Quel est le maître qui a le droit de nous commander ? Notre langue n est-elle pas à notre entière disposition. Une pareille génértïtion d'hommes ne peut recevoir de salutaires amendemens , que par le secours et la puissante influence de la religion; mais les enfans deviendront sensiblement meilleurs à mesure que les idées se rectifieront , et que de sages institutions amélioreront successivement l'état de la société.
Une observation des plus importantes et qui ne saurait échapper à l'homme qui réfléchit,
c est que les mauvaises liaisons corrompent le goût , et altèrent le cœur aussi bien que 1 esprit. Je ne l'ai que trop souvent reconnu dans ces contrées. Les émigrans des différentes parties de l'Europe , qui, pendant leur séjour dans leur pays natale étaient remarquables par la rigidité de leurs principes et la rectitude de leur conduite , à peine arrivés en Canada ^ sont bientôt atteints par la contagion : ils embrassent avec autant de chaleur que d'empressement les opinions dominantes chez les habitans du pays. Je n'entends pas dire qu'il en soit ainsi de tous les émigrans qui arrivent en Canada : loin de moi cette pensée ! j'espère charitablement et je crois même fermement que plusieurs ont échappé à cette contagion et ont conservé leur intégrité primitive.
Avant mon départ pour le Canada, j'avais beaucoup entendu parler de la piété des méthodistes Américains et des glorieux effets qui aient résulté de leurs réunions et des sermons prononcés en plein champ : mais pendant une longue résidence dans le poj^s , j'ai vainement cherché ces traits do sainteté par lesquels on m'avait assuré que la conduite de ces sectaires
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était si éminemment distinguée. Pour dire lu vérité sur leur compte et rendre à chacun ce qui lui est dû , ils ne sont hypocrites que quand ils sont dan^ un lieu consacré au culte : dans toute autre situation , ils sont sans déguisement, et s'avouent ouvertement sectateurs de Mammon, Dans les premiers temps de mon séjour dans le pays, j'avais l'hahitude de me rendre à leurs réunions : mais après avoir vu avec dégoût la grossièreté , et je pourrais dire l'impie irrégularité de leur conduite dans ces assemblées^ je me déterminai à ne phis les fréquenter. Je n'oublierai jamais les premières impressions dont mon âme fut pénétrée à la première assemblée de cette espèce que je vis en Canada.
Voyageant dans le'coiîité de Talbot, surla côte nord du lac Érié , à la fin de 1818 , je m'arrêtai à une taverne , fatigué d'une longue journée de voyage dans undésert aride, et dans l'intention d'y passer la nuit. Au moment où j'y entrai, quelques-uns des habitans delà maison se préparaient à aller entendre prêcher un méthodiste. Étranger, isolé, dans ce lieu, l'àme affectée ù cette époque d'une pénible anxiété 5
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je témoignai le désir de les accompagner. J'appris que rassemblée devait se tenir à quatre milles; nous y arrivâmes, environ une heure avant le coucher du soleil. En entrant dans la maison , je fus frappé du souvenir des paroles de notre Sauveur sur le désordre qui régnait dans le temple de Jérusalem ; car tous ceux qui étaient déjà assemblés fumaient du tabac, causaient entr eux et faisaient fréquemment entendre des éclats de rire très-déplacés en pareil lieu. Je fus très-su rp ris de ce que je voyais et entendais; je regardai autour de moi sans pouvoir découvrir aucun individu qui ressemblât le moins du monde à un membre du clergé. A la fui , un homme vêtu d'un habit brun et d'un pantalon gris, se plaça derrière un fauteuil et entonna un hvmne : les chants commencèrent immédiatement, mais eu formant la musique la plus discordante qui eut jamais déchiré mes oreilles : elle était parfaitement en harmonie avec la conversation qui avait précédé. Le ministre commença ensuite la prière, et tous les assistansse joignirent à lui. D'abord le t(m de leurs voix ne fut que médiocrcuK'îit élevé ; ninis il devint graduellement
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plus fortparreffetderémulationgénérale. Après que cinq minutes se furent écoulées , le bruit s'accrut à l'excès. Bientôt la moitié des auditeurs parut être dans un accès de rage. Les yeux étaient fixement dirigés vers le toit de la maison et ils s'écriaient d'une voix de stentor: Le voilà qui vient ! Le voilà qui vient ! L'extérieur de ceux qui criaient de cette manière , manifestait un tel effroi , que je commençai à partager la terreur générale et à craindre quelque apparition surnaturelle : je dirigeai donc aussi mes yeux vers le ciel : mais découvrant point d'ouverture par laquelle une descente pût s'effectuer, je me tournai naturellement vers la cheminée, m'attendant à chaque instant à jouir de la noire présence de Sa Majesté Satannique. Nous fûmes tous également trompés , ou si un émissaire de Pluton fut réellement sur le point de nous rendre sa visite ^ il en aura été certainement détourné par l'extrême confusion qui régnait dans l'assemblée ; car une semblable apparition n'eut pas lien , du moins sous la forme mortelle. Les assistans qui s'étaient mis à genoux se rele-
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vèrent, et prenant leurs cliaises par le dos , ils les lancèrent contre le plancher, avec la fureur de véritables maniaques. Dans le nombre, une femme surtout se montra réellement frénétique: elle arrachait alternativement ses cheveux et frappait contre la terre son malheureux corps , comme si elle eut cherché à découvrir par ces expériences le plus cruel mode de châtiment qu'elle pouvait s'inflif^er : tantôt on la voyait étendue sur le plancher , tordant ses mains et s'arrachant les cheveux : puis elle se relevait et jetait les bras autour d'une de ses voisines , la renversait avec violence , et la retenant dans cette posture , elle lui demandait pourquoi elle ne criait pas? Et ces interpellations avaient quelquefois lieu ^ ejc jwst facto; car la pauvre femme criait déjà assez, fortement, par suite des contusions douloureuses qu'elle avait reçues dans sa chute.
L'assemblée se prolongea pendant plus d'une heure avec le même tunmlte. On chanta ensuite un autre hymne qui termina cette farce reHjg;ieuse. De retour à la taverne avec les jeunes gens que j'avais accompagnés, je demandai quels étaient les motifs qui avaient pu induiri^
j52 LETTRE XXXI.
ceux qui composaient cette réunion à se conduire d'une manière si irrespectueuse et si extraordinaire : ils me répondirent avec beaucoup de gravité, que leurs assemblées se tenaient toujours de la même manière et qu'ils ne s'y plaisaient que quand l'esprit agissait sur eux aussi puissamment.
Il serait très-inutile d'entreprendre d'expliquer une pareille conduite par des motifs raisonnables ; car on ne peut certainement rien y trouver qui ressemble à la raison. Comment pouvons-nous donc la qualifier? pourrait-elle provenir de la conviction imprimée dans l'âme par l'esprit sain , qu'ils étaient en proie aux passions et à l'iniquité ? non : ce n'est pas ainsi que s'exprime une douleur bien sentie. Mais le- plus ignorant des prédicateurs désespérerait du succès de son sermon, s'il ne venait frapper les oreilles de ses auditeurs d'un bruit pareil à celui du tonnerre ; et les auditeurs eux-mêmes sont trop souvent accoutumés à confondre les gémissemens et les lamentations avec les véritables signes de l'effusion de la gr^ce.
Les réunions en plein champ sont aussi très-
LETÏP.K XXXI. l55
communes en Canada: j'en ai entendu parler favorablement en Europe par des personnes qui , sans chercher à se convaincre de la réalité de leurs bons résultats, avaient jugé de leur utilité par le nombre de conversions qu'on leur disait avoir été opérées de cette manière. J*ose dire néanmoins que le démon est bien plus vénéré que Dieu dans la plupart de ces campemens modernes ; ils ont ordinairement lieu dans l'automne, et un voyage de cent milles est considéré comme une bagatelle , lorsqu'on l'entreprend dans uri but aussi louable. On forme alors des campemens réguliers ; des familles entières quittent les plaisirs que peut leur offrir l'intérieur de leur résidence pour le bonheur inappréciable de passer huit à dix jours à entendre un bruit continuel , semblable à celui du tonnerre, de la part de ceux qui y prêchent l'évangile américain. Là vous pouvez, voir des hommes de tous les pays et de toutes les croyances, réunis ensemble; et pourquoi? «pour adorer en commun le souverain des cieux » , disent les défenseurs de ces réunions. Mais o charité ! toi qui rouvres du voil^ du Tïiystère un si grand nombre^ de péchés , peux-
l54 LETTRE XXXI.
tu , si indulgente que tu sois , étendre ton vaste manteau sur ces réunions irrégulières (pour ne pas me servir d'expressions plus sévères et sans doute plus méritées). Soutiendrat-on que les protestans et les catholiques , les juifs et les athées, les arméniens et les calvinistes, tous individus d'opinions et de croyances différentes , ajournent momentanément leurs discussions ; et qu'oubliant Ijes points sur lesquels ils diffèrent , ils se réunissent ainsi pour adorer dans les mêmes formes , le même Dieu , et pour manifester par de saintes contorsions la puissance de cet esprit dont la majeure partie, dans les autres circonstances de leur vie, semble nier même l'existence.
On forme, comme je l'ai déjà observé des campemens réguliers : il est rare qu'une réunion de cette espèce dure moins d'une semaine. Un grand nombre de personnes portent dans ces lieux des provisions prêtes à cuire ; mais celles qui neveulentpasse donner cet embarras peuvent en acheter dans le camp : on y trouve aussi à un prix modéré de l'aile , du porter, de la bierre et du cidre; néanmoins la vente des liqueurs spiritueuses y est expressément dé-
LETTRE XXXI. * l55
feadue. Chacun doit se munir de sa bouteille d eau-de-vie, proportionnée dans sa dimension à l'étendue de son gosier, ou à l'urgence présumée de sa soif. Les tentes forment une espèce de carré creux , au centre duquel se place le prédicateur entouré de ses auditeurs ; un grand nombre d'autres orateurs se tiennent près de lui ; et aussitôt que celui qui parle a épuisé son sujet , ou ses poumons , il est remplacé par un autre de ses frères , auquel succède un troisième. Aussitôt que l'orateur prend la parole , commence une scène de la plus horrible confusion et qui est vraiment révoltante. Rien dans le monde ne peut égaler la variété des tons , des gestes et des grimaces , que chacun affecte avec la plus complète hypocrisie comme des signes visibles et extérieurs des émotions intérieures que produit l'éloquence pastorale du prédicateur. Il faut en convenir, il est bien aflligeant de voir ainsi la grâce divine, si licencieusement mise en scène.
En voyant les Américains ainsi réunis dans un camp, vous vous imagineric/. que c'est de l'eau de-vie et non du sang q:n' coule dans leurs veines; mais dans toute autn^ circonstance vous
l56 *LETTRÎi XXXI.
serez porte à supposer que les cavités de leur cœur sont converties en glacières.
J'ai toujours considéré ces assemblées immenses et confuses, consacrées aux cérémonies religieuses, comme tenant à un système encouragé par les prédicateurs eux-mêmes ; soit par le désir de complaire au peuple , soit pour substituer un culte errant à un mode de prier plus sédentaire. Dans tous les nouveaux établissemens des Etats-Unis et de l'Amérique anglaise, les pasteurs judicieux de chaque secte , lors même qu'ils ont une congrégation fixé dans le lieu de leur résidence , considèrent comme une partie essentielle de leurs laborieux travaux de visiter les cantons négligés qui sont placés le plus à leur portée, et de venir, à des époques déterminées, prêcher la parole de Dieu à leurs habitans. Cette méthode est infiniment préférable à ces réunions en plein champ dont il ne peut jamais résulter que des désordres et des abus.
LETTRE XXXT. 1^'J
Emigration. — Avantages du Haut-Canada.
— Situation des concessions du gouvernement.
— Augmentation des droits mis sur les concessions. — Combien cette mesure est impolitique— Les Colons pj'éfèrent acheter aux propriétaires des terres à plus bas prix. — Désappointement du grand nombre d'émigrans ^ en trouvant un droit imposé sur les concessions.
— Insuffisance de cinquante acres pour faire vivre un pauvre Colon. — Dépréciation de la valeur des produits de l'agriculture. — Montant des importations et exportations.
C'est une tàclic 1res -difficile que celle de faire connaître les avantages qu'olTrc le Canada aux. différentes classes d'cniigrans de la
l58 LETTRE XXXII.
Grande-Bretagne et de llrlande : pour bien s'en acquitter, il faut être parfaitement instruit de tous les détails relatifs à ces contrées , et apporter beaucoup d'attention à un pareil travail. C'est donc avec liésitation que j'entreprends de traiter un sujet aussi grave , qui a déjà souvent été discuté par des personnes plus capables et plus instruites que moi ; mais qui n'en a pas moins besoin d'un nouvel examen également impartial et approfondi.
Je suis loin de réunir toutes les notions qui seraient nécessaires pour remplir compiètement ce but important ; mais une longue résidence dans le Canada m'a mis à même de bien examiner les ressources présentes , les avantages particuliers et les privations auxquelles sont exposés les individus qui vont former des établisssemens dans ces pays nouvellement habités. Je dirai avec franchise tout ce que je sais, sans rien y ajouter ni diminuer. C'est tout ce qu'on doit raisonnablement attendre de moi.
Quoique le climat du Haut-Canada tende vers les deux extrêmes de froid et du chaud ^ il est, comme je l'ai déjà observé , très-beau
LETTRE XXXII. l^Ç)
et trèS'-favorable à la culture des grains et des légumes , et à la production des plus beaux fruits. Bien qu'il soit mal cultivé, le sol ne le cède en fertilité à aucune partie de l'Amérique de la même étendue : Toutes les espèces de grains que produit la mère-patrie, sont cultivées ici avec le plus étonnant succès ; et plusieurs des fruits et des autres végétaux qu'on ne recueille en Angleterre et en Irlande, qu'à la suite de dépenses et de travaux immenses , atteignent en Canada , sans le secours de l'art , un degré de perfection inconnu dans la plupart des pays septentrionaux.
Les exportations des deux provinces s'élèvent
annuellement à environ sept cent mille livres sterling. Elles consistent principalement en bois , potasse , bœufs , cochons , bled et fourrures. Les importations qui se composent communément de produits des manufactures anglaises et de liqueurs des Indes Occidentales, montent à près de douze cents mille liv. sterl. par an. Le rev(;nu du Bns-Canada , qui consiste presque entièrement en droit sur les marchandises importées, excède cent mille livres sterling par an.
l6o LT-ÏTnE XXX II.
Nous ne payons pas de dîmes et nos taxes sont fort légères ; on n'exige de nous ni rente de quint , ni rente de la couronne , ni aucune espèce de redevance à quelque titre que ce soit. Nous sommes sans contestation les héritiers du sol ; nous ne reconnaissons point de seigneurs féodaux ; nous ne devons obéissance qu'à nos propres lois , allégeance et respect qu'à notre souverain sous lequel nous nous glorifions de vivre. Ces avantages inappréciables et la facilité de se procurer des terres à un prix modique semblent inviter l'industrie à venir se fixer dans cette heureuse contrée.
Mais indépendamment des inconvéniens que j'ai précédemment exposés, il en est d'autres encore qui doivent être pris en considération par les emigrans , s'ils veulent avoir une idée exacte dî.\s avantages que ce pays paraît leur offrir. La situation des terres qu'on peut obtenir du gouvernement', la difficulté de les mettre en culture ^ et les dépenses énormes que le défrichement exige ; la rareté et l'éloignement des marchés pour la vente des produits ; le prix élevé des journées de travail ; celui des marchandises d'Europe dont les
LETTRE XXXII. l6l
fermiers peuvent avoir besoin : voilà les objets importans que doivent connaître , et sur lesquels doivent mûrement réfléchir ceux qui se déterminent à quitter leur pays natal pour aller se fixer dans une terre étrangère.
Quant à la situation des terres dans le Haut- Canada, tous ceux qui se proposent d'en obtenir du gouvernement, doivent se résigner à aller s'établir au milieu des déserts et des forêts sans bornes qui ne leur offrent guère d'autres avantages que celui d'un sol fertile et d'un climat favorable à la végétation. Ces terres sont généralement éloignées de toutes les rivières navigables, et à une trop grande distance des marchés pour que les cultivateurs puissent espérer de pouvoir convertir en argent, l'excédant de leurs produits sur leur consommation. Cet inconvénient , 'il est vrai , subsiste également pour tous les établissemens dans leur première enfance et se prolonge rarement au-delà de leur minorité.
A l'époque où l'on commença à coloniser
cette contrée, les bords du Saint-Laurent et
des lacs Erié et Saint-Clair furent choisis par
les premiers arrivans, comme il était naturel de
ToMr. II. 11
s'y attendre, et devinrent leur propriété. Les bords des rivières qui se jettent dans ces lacs , et les contrées adjacentes , ont été successivenient occupés , et sont complètement peuplés depuis la fin de la dernière guerre. En sorte qu'il est maintenant impossible de se procurer (autrement que par voix d'achat), dans aucune partie du Haut-Canada, des terres avantageusement situées ; mais cet obstacle est de peu d'importance , excepté pour la classe la plus pauvre des émigrans. 'Ceux qui portent leurs amis dans leur poche, peuvent acheter des terres dans les territoires les plus agréables et les plus favorisés, et cela à un prix moins élevé que celui des terres qu'ils obtiendraient par concession du gouvernement au milieu des forêts. Cette assertion pourra surprendre ceux qui ne connaissent pas le pays , et blesser peut-être quelques uns de ceux qui le connaissent bien : mais elle n'en est pas moins exacte , et il est facile de le prouver jusqu'à l'évidence par des argumens qui ne sont pas susceptibles d'être réfutés.
Avant radministralion du lieutenant gouverneur actuel j, toute personne qui se préseu-
LETTRE XXXir. l63
tait pour demander des terres , obtenait une concession plus ou moins étendue suivant sa volonté, en payant les droits mentionnés dans le tarif ci-après t
Acres, liv. st. schel. den.
3oo 13 i3 1 i/ri
4oo 16 17 6
5oo .21 1 10 i/a
Au mois de janvier 1819, ces droits furent élevésaux sommes ci-après ; et l'on alloua ù la classe pauvre des émigrans cent acres seulement.
Acres. liv. st. schel. den.
5oo 24 11 7
l64 LETTRE 2^XXII.
4oo» • • * 32 5 S
5oo 09 l3 9
600 47 iS 1<>
laoo 93 18 4
Aujourd'hui 3 comme si les malheureux émigrans pouvaient se procurer de l'argent plus facilement qu'autrefois j les droits ont été énormément accrus , ainsi qu'on peut le juger par le tarif ci-dessous , et le pauvre obtient seulement cinquante acres de terre gratis.
Acres. liv. st. scheL dcn.
flOO. 3o o o
3oo. 60 O o
5oo. • 125 0 o
lETTUli XXXII. l65
8oo 200
1200 5oo
Ces sommes sont payables en trois termes égaux; le premier, à la réception de l'avis que la concession est accordée : cet avis est donne aussitôt que le conseil a examiné les titres du demandeur, et déterminé la quantité de terres à laquelle il a droit. Le second paiement s'effectue au moment où Ton fournit son obligation de former un établissement sur les terres concédées ; et le troisième , lorsqu'on reçoit le /tat pour une patente. Tout sujet anglais, quelle que soit sa croyance^ en arrivant au siège du gouvernement du Haut-Canada, a droit à une concession de douze cents acres de terre dans les limites de la province , s'il a les moyens de les mettre en culture , et s'il consent à payer les droits requis.
Je ne conteste pas au gouvernement le droit d'imposer des taxes aussi énormes sur des terres qu'il a bien chèrement achetées , et dont , par
conséquent, il peut disposer de la manière qu'il juge la plus convenable à l'accomplissement de ses desseins ; mais si le gouvernement anglais veut accroître la population du Canada , et rendre la possession de ce pays profitable à la mère-patrie , je doute que les mesures adoptées par le gouvernement Canadien soient dictées par la sagesse et par une saine politique. Depuis l'accroissement des droits , j'ai vu beaucoup d'émigrans arriver en Canada dans l'intention de s'y fixer ; mais lorsqu'ils ont vu que le gouvernement, au lieu d'accorder gratuitement des terres à ceux de ses sujets qui sont dans la pauvreté , a établi l'usage de ie$ vendre a un prix extravagant , ils ont immédiatement quitté cette colonie anglaise , et ont été augmenter le nombre^ et accroître les forces de nos rivaux , déjà si formidables. Vous ne devez pas cependant supposer que j'aie voulu peindre le lieutenant-gouverneur et le conseil comme une compagnie de spéculateurs terriens^ qui disposent de leurs forêts de la même manière que le feraient des propriétaires. Loin de là, il y a une grande différence dans la conduite et la méthode des
LETTRE XXXIÎ. 1 67
lins et des autres. Si vous êtes disposé à donner au gouvernement vos capitaux^ vous devez, humblement le supplier de vous accorder des terres en échange , et recevoir avec gratitude ce don de sa munificence ; si , au contraire , vous préférez traiter avec des particuliers , propriétaires de terres , les rôles sont changés. Au lieu de supplier, c'est vous qu'on supplie ; au lieu de recevoir une grâce, c'est vous qui accordez une faveur : enfin , au lieu d être à la discrétion du lieutenant- gouverneur cl du conseil , pour le choix des terres et de leur position , c'est vous qui dans le dernier cas, choisissez la localité et les terres à votre cor.venance.
Quant aux concessions gratuites de cinquante acres en faveur des pauvres émigrans , ceux qui connaissent le Canada savent que cette quantité est insulFisante pour lïiirc subsister convenablement une famille même peu nombreuse. En conservant vingt acres pour le chaulïagc pendant un nombre égal d'années , et partageant les autres trente/en paccages . prairies et terres labourables, cela pourra rigourousomcnt , nvoc boau'-onpde soinset dVco-
l68 LKTTÏIE XXXI r.
nomie , nourrir une famille ; mais le propriétaire de ce petit établissement sera dans une position à peu près semblable à celle d'un paysan Irlandais : comme lui , il sera forcé de se livrer tout le jour à de pénibles travaux , et le soir, il trouvera à peine chez lui de quoi prolonger son existence. Ce sera à peu près comme la ration accordée à un prisonnier : elle l'empêche de mourir de faim ; mais elle est bien loin de satisfaire son appétit. D'ailleurs , le pauvre colon n'a pas , comme ce dernier^ l'espoir d'améliorer sa situation ,ni de parvenir à cette indépendance , pour laquelle il a bravé tant de dangers. Sa possession est trop resserrée, et il n'a aucun moyen de l'étendre.
Il est généralement convenu par tous ceux qui connaissent le Canada , que cent acres de terre sont dans ce pays une étendue trop limitée , pour qu'un agriculteur consente à les mettre en culture. Cela pourra paraître étonnant à un fermier Anglais ou Irlandais ; mais le fait n'en est pas moins constant et facile à prouver. La rigueur de l'hiver met tous les fermiers dans la nécessité de se pourvoir d'une grande quantité de fourrages pour leurs chevaux
LETTRE XXXir. 1 69
et leur bétail ; et l'excessive chaleur de l'été, la grande sécheresse rendent les prairies presque arides. Le haut prix des journées de travail, et la brièveté de la saison propre au labourage , ne permettent pas de cultiver les terres avec les soins et l'excellente méthode qui les rendraient aussi productives que le sol anglais. Ces diverses circonstances , la faible valeur des produits , et le prix exhorbitantdes marchandises anglaises, nécessitent pour le maintien d'une famille , de grandes exploitations , et rendent^ pour ainsi dire , impossible , son existence sur une concession de cinquante , et même décent acres. Le froment et le maïs sont les récoltes sur lesquelles les fermiers Canadiens comptent le plus : l'orge , Tavoine et les patates , sont aussi cultivées , mais en petite quantité. Les négocians qui, seuls, achètent le grain dans les campagnes , le paient en général d'une manière très-peu satisfaisante pour les vendeurs. Ils donnent environ ^5 pour cent en marchandises , et le reste en argent. Dans ces dernières années , le prix du grain , et celui du bœuf et du cochon salés , ont été extrêmement bas. En 1818 , le froment était un article avantageux .
1 \]0 LETTRE XXXir.
parce qu'on pouvait k vendre cinq schcllings le boisseau : il s'est soutenu au même prix en 1819, dans le district de Londres, et dans quelques autres parties du pays. Mais en 1822 et 1820, ce n'est qu'avec beaucoup de peine qu'on en pouvait obtenir une demi-couronne. Le prix de l'orge varie peu , parce que la quantité que l'on en sème dans la haute province , est à peine suffisante pour la consommation des familles qui la récoltent : le prix en est ordinairement de deux schellings par boisseau.
Le porc salé vaut ordinairement dans cette province douze dollars (60 fr. de France), par baril de deux cents livres : le bœuf salé se vend deux pences la livre. Il y a eu aussi , pendant les quatre dernières années une très forte baisse dans le prix des bestiaux de toute espèce. On peut avoir aujourd'hui pour quinze livres sterl. , des chevaux qui, en 1819, en auraient coûté 25. Les bœufs qui se vendaient alors 25 lin-es sterling la paire ^ se donnent aujourd'hui pour la moitié de cette somme , et les vaches , trèsrecherchées à cette époque, pour sept liv. si se vendent très-lTéquemmcnt aîïjourd'hu! à trois liv sterl. et demi.
LETTRE XXXir. l^î
Il résulte de la délibération ci-apres , prise 3ar un comité de la Chambre d'assemblée du Bas-Canada , que cette province a également îouffert dans ces derniers temps , de la dépréciation des produits agricoles.
« Déclaré que les gages des laboureurs et le
► prix des produits du sol, ont diminué d'en-
► viron moitié, l'année dernière, de ce qu'ils
► étaient pendant les deux années précédentes.
» Que le prix des terres et de toutes les autres
• propriétés immobilières, a éprouvé, à la même
• époque , une baisse proportionnée.
«Qu'en conséquence :, de grands embarras , » des sacrifices ruineux ^ et une déteresse inévi- » table, ont frappé toutes les classes indus- » trieuses de cette population.
>Que^ d'après les reçensemens exacts, les «exportations de la province ont été réduites,
• de 766,787 livres sterling à 511,092 livres, »et les importations , de 1,294,734 livres à p 865,1 56.
» Enfin, que le revenu de la province, qui
• est presque entièrement produit par les taxes » surles importations , est tombe , dans le cours
»de Tannée dernière, de 103^142 liv. sterL ù » 73^4*^4 livres. »
Cette déplorable diminution des exportations et des importations , et le déficit qui en résulte dans les revenus publics , sont attribués aux changemens introduits dans la législation anglaise , sur l'importation dans les royaumesunis de la fleur de farine , et de la farine ordinaire : changemens qui excluent de fait les blés du Canada des marchés de la Grande- Bretagne. Les Canadiens se plaignent , et je pense que ce n'est pas sans fondement , d'être obligés de dépendre uniquement de l'Angleterre pour une grande quantité d'objets de ses manufactures, en échange desquels ils donnaient autrefois l'excédant de leurs produits agricoles ; et de ce qu'il ne leur est pas permis de porter cet excédant exclu des marchés anglais ^ dans des contrées d'où ils pourraient tirer eu écha»nge les marchandises qui leur manquent.
Il ne faut pas une grande perspicacité d'esprit j, pour juger qu'une colonie où les importations, s'élevant seulement à 865, 1 56 livres sterlc , excèdent cependant les exportations de
LETTRE XXXir. 175
55o,ooo livres , marche à une banqueroute )rochaine et inévitable , si on ne se hâte de )renclre des mesures qui fassent cesser un pareil îtat de choses. Je crois qu'il serait facile de •emédier aux maux dont on se plaint, (maux jui s étendent chaque jour davantage ) , sans idopter des dispositions qui fussent en aucune nanière préjudiciables aux intérêts agricoles le la mère-patrie. Il serait , j'en conviens , grandement impolitique d'admettre dans les )orts des royaumes-unis, aucun des produits coloniaux que vous pouvez tirer de votre sol en quantité suffisante pour votre consommation ; nais aussi, il est bien pénible pour nous , (je ' parle comme Canadien), d'être obligés d'acheter les produits de vos manufactures , lorsque ^ous ne voulez pas admettre en échange ceux de notre agriculture. D'après les principes de la liberté du commerce, principes que vous paraissez disposés i\ proléger, il doit nous être permis de profiter des avantages que nous pourrions retirer des relations commerciales avec les marchés étrangers. Peut-être si la culture du chanvre et celle du tabac étaient encouragées en Canada , la balance du com-
1^4 LETTIIE XXX 11.
merce, qui est aujourd'hui si fort à notre préjudice 5 nous deviendrait bientôt favorable. On a déjà dit que l'Angleterre paie annuellement à une puissance étrangère plus de 1,500,000 livres sterling pour le chanvre , et l'empire britannique pourrait s'affranchir de ce tribut, en encourageant la culture de cette plante dans le Canada.
LITTKE XXXIII. î^5
Emigration. — Mode suivi pour obtenir des concessions du gouvernement. — Travaux indispensables pour former un établissement
De la meilleure manière de les mener à fin. — Conseils sur la construction d'une cabane.
— Cages à donner aux laboureurs et autres ouvriers. — Premier défrichement. — Comparaison entre le sort des paysans Irlandais , et celui des colons du Canada. — Avantages que les premiers trouveraient dans ce pays , s'ils pouvaient y être facilement transportés.
— Divers plans pour secourir les pauvres émigrans. — Examen d'un de ces plans.
Avant de traiter plus particulicrcinent le sujet de rémiirration . ie dois hirc quelques ob-
servations préliminaires sur la manière dont on obtient des terres de la couronne dans le Canada ; sur les obligations auxquelles les colons sont assujettis , le prix du travail , la manière de construire les habitations au milieu de ces déserts ^ et les dépenses que ces constructions exigent.
Les émigrans à leur arrivée à Québec , s'ils ont l'intention de former un établissement dans le Canada , s'adressent au gouverneur général pour en obtenir des terres ; mais toutes les démarches faites à Québec dans cet objet 5 sont toujours inutiles et souvent infructueuses, parce que le gouvernement général se soucie peu d'intervenir dans l'administration de la proyince supérieure. Si l'émigrant ne veut pas aller jusqu'au siège du gouvernement du Haut-Canada^ il peut faire connaître ses intentions au bureau terriiorial du district d^ns lequel il veut se fixer. Ces bureaux ont une pleine latitude pour accorder toutes les demandes qui n'excèdent pas cent acres ; mais si on veut obtenir une concession plus étendue , il faut nécessairement s'adresser au lieutenant gouverneur et au Conw'L
Votre demande doit êtje présentée sous la forme d'une pétition. Si vous désirez obtenir de la couronne une concession de 1 200 acres , vous éprouverez peu de difficultés , pourvu que vous consentiez à remplir les conditions dont j'ai parlé précédemment.
En général , les émigrans de la classe inférieure arrivent à York dans les mois d'août et de septembre: aussitôt qu'ils ont obtenu leur lettre de concession , ils se dirigent vers le lieu qui leur est assigné , et commencent la pénible tache de défricher leur domaine encore sauvage. Deux années / sont accordées au colon , pour remplir les obligations attachées à la concession : elles consistent à construire sur chaque lot , une maison de vingt pieds de long et de seize de large , à pratiquer un cliemin sur le front de l'établissement, à abattre les arbres sur trois acres et demi de terre dans chaque lot de cent acres. Ces trois acres et demi de terrain, et celui qu'occupe le chemin , qui est d'environ 120 perches de \on'^ sur deux de large , sont à peu pics la ao.™* partie de la concession. Quand ces premières conditions sont remplies, et que les droits établis Tome II. i:^
1^8 LETTRi: XXX III.
pour chaque concession ont été acquittés entièrement, le colon reçoit son titre, et prend rang parmi les propriétaires terriens. Si l'émigrant veut que tous les travaux préliminaires de rétablissement soient exécutés avant de conduire sa famille dans le désert inculte , il peut les faire faire pour la somme de 25 liv. st.; mais il doit prendre la précaution de faire un marché spécial pour chaque espèce. de travail, et ne payer qu'après que les conditions du marché ont été pleinement exécutées. Il doit aussi prendre garde de ne traiter qu'en présence de personnes dignes de foi, et dont il puisse , au besoin , invoquer le témoignage ; ou bien faire écrire les articles par une personne intègre , et au courant de ces sortes d'affaires. Quand on arrive sur une terre étrangère, on ne saurait trop prendre de précautions contre la mauvaise foi et l'esprit de chicane des fripons qui abondent en tous lieux.
Si un émigrant, à son arrivée à York^ n'a pas à sa disposition au moins ^5 livres sterl. , il ne doit pas faire faire les premiers travaux de l'établissement à prix d'argent : ce qu'il a de mieux à faire , quand ses ressources sont
bornées , c'est d'établir sa famille dans le logement le plus voisin qu'il pourra trouver du lieu où est située sa concession , et d'aller ensuite, aidé de quelques personnes expérimentées^ camper dans les bois jusqu'à ce que sa maison soit construite. Une cabane telle qu'il la faut à la famille d'un colon , pour son premier établissement, peut être achevée dans dix jour par quatre hommes, avec l'aide de quelques voisins.
Il est très-prudent de ne construire , dans îfe principe de l'établissement , qu'une modeste cabane , et cela pour plusieurs raisons , dont il suffira d'indiquer quelques-unes. 11 arrive souvent que les colons , à leur arrivée , ne connaissant pas bien le pays , construisent dans une localité peu convenable, et qu'ils reconnaissent ensuite la nécessité tie changer la situation du bâtiment : ne connaissant pas les prix des matériaux , ou des objets à employer dans la construction , ils sont exposés à gCtre dupés ; ainsi tant qu'ils n'ont pas acquis une certaine expérience , ils ne peuvent élever une maison commode , qu'en faisant des dépenses excessives et onéreuses. Ils éviteront ce^
l80 LETTRE XXXIIT;
dépenses , en ne construisant d'abord qu'une cabane dans laquelle la famille pourra s'établir pour une année ou deux ; après cette époque ils pourront juger d'une manière plus sûre le lieu convenable pour y fixer le principal manoir ; alors la modeste cabane sera convertie en étable , ou consacrée à quelque autre usage domestique.
Les gages ordinaires des ouvriers, dans le Haut-Canada, sont de deux schellings et six pinces par jour, outre la nourriture et le logement. Les charpentiers et autres ouvriers en bois reçoivent le double de cette somme, et quelquefois davantage. L'émigrant qui va construire son habitation , doit se pourvoir d'une paire de bœufs , se faire accompagner d'un charpentier et de deux ouvriers , et se munir de provisions pour dix jours ; du pain , du cochon salé et des pois , une certaine quantité de whiskei ou d'autre liqueur spiritueuse , sont les alimens dont on fait usage d^ns ces campemens.
En arrivant au lieu fixé , la première chose à faire est de construire un abri ou petite baraque, que l'on couvre de gazon ; en faisant un
L12TTU1Î JCXXIII. 181
grand feu à l'extérieur , du côté opposé à l'entrée , l'intérieur de cette demeure improvisée est supportable pour le peu de temps qu'on doit l'habiter. 11 faut ensuite abattre les arbreSj nettoyer le terrain sur lequel on veut construire la maison , et en creuser les fondemens. Cette opération terminée , on coupe et on façonne les arbres destinés à former la carcasse du bâtiment : ces arbres ne doivent pas avoir plus d'un pied de diamètre, et on les coupe à la hauteur convenable. On fait avec ces arbres^ des linteaux et des chevrons ; le tout est disposé près du lieu où l'on a creusé les fondemens de rédifice. On coupe aussi de grands peupliers , et l'on en fait des planches de dix pieds de long ^ si la maison doit avoir vingt pieds : ces planches doivent servir à plancheyer les appartemens. Tous ces travaux préliminaires achevés, on invite dix ou douze personnes du voisinage à venir aider à monter la cliarpentc. A leur arrivée, on dresse les matériaux, et on forme les quatre faces du bâtiment , que l'on couvre avec des planches légères ou de l'écorcc. On garnit avec de petits chevrons, les espaces laissés vides dans les
l82 LETTRE XXXI II.
faces du bâtiment, et on recouvre le tout u Textérieur avec de la boue ou terre mouillée^ pour empêcher l'entrée de l'air. On place une pierre pour servir d'âtre à la cheminée , que l'on construit de la même manière que celles des chaumières irlandaises. Enfin , on pose les portes et les fenêtres , et la maison est déclarée digne de recevoir un monarque : alors la famille pour laquelle elle est destinée, vient en prendre possession.
On s'occupe immédiatement de défrichement, et les coups continuels de la hache ap- .prennent à l'Indien errant , que les forêts qui lui servent d'asile disparaissent sous les efforts de l'homme civilisé. Les arbres sont coupés à environ 20 pouces au-dessus de terre. Les branches sont élaguées et mises en tas : les troncs sont coupés en morceaux de 12 pieds de long, et condamnés au feu sans distinction d'espèce. Quand la saison des semences arrive, on jette le blé sur la terre , et on le recouvre en faisant passer dessus une petite herse triangulaire. Le maïs et les patates sont plantés avec la houe, sans aucune autre préparation; et la terre, même dans cet état, sans aucune cul-
U-TIRE XXXilI. iST)
ture , donne souvent jusqu'à 4o boisseaux de froment , ou 5o de maïs par acre.
Si des milliers de nos infortunés compatriotes irlandais, dont la pauvreté est l'héritage inaliénable , et dont les sueurs ne servent qu'à assurer et à accroître la fortune de leurs patrons, pouvaient seulement trouver les moyens de se transporter dans ces contrées, combien en peu d'années leur situation serait différente. Forcés dans leur pays natal à travailler constamment pour des maîtres, dont la richesse principale est fondée sur les bras du paysan dégradé , ils ne peuvent , quelles que soient leur sobriété et leur industrie, jamais espérer d'améliorer leur condition : une nourriture à peine suffisante , des fatigues continuelles, des soucis toujours renaissans, voilà le seul fruit de leurs efforts. Jamais la consolante perspective d'être un jour dans une situation plus heureuse ne vient embellir leur existence. Jamais le doux pressentiment d'une future indépendance ne vient s'offrir à leur imagination , ni relever leur àme affaisée sous le poids du malheur. Privés de tous biens dajis ce monde , ils vivent sans espérance et meurent sans conso-
i8/| LETTRE XXXIII.
lation. Combien leur sort serait amélioré s'ils pouvaient être transplantés sur ces bords. Ici après avoir travaillé pandant quelque temps pouf autrui, ils seraient en état de ttavailler pour eux-mêmes, et pourraient alors se procurer , non -seulement une existence agréable , mais encore une indépendance absolue et permanente pour eux et pour leur famille , si nombreuse qu'elle put être. La question est de savoir , comment nos malheureux paysans pourraient trouver les moyens de traverser l'Océan ? quant à moi je ne saurais la résourdre. On sait que rarement les hommes de cette classe réalisent seulement une somme suffisante pour traverser la Manche ; et cependant on rencontre beaucoup de paysans irlandais en Canada et dans toutes les parties de l'Amérique.
On a récemment présenté divers plans pour encourager l'émigration des paysans irlandais en Canada ; mais aucun des plans dont j'ai eu connaissance , ne m'a paru d'une exécution facile , ni digne de fixer un moment l'attention. Tous ceux qui ont écrit sur cette matière, ou
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ne la connaissaient pas ou ne l'ont pas assez mûrement réfléchie.
M. FoTHERGiLL , (lans son Esquisse de l'état actuel du Canada, publié à York (Haut-Canada), en 1 8^2 2 , dit qu'un de ses amis à Londres, a récemment proposé un plan d'après lequel un grand nombre de personnes, qui subsistent maintenant en Angleterre par les aumônes des paroisses 5 ppurraient être transportées en Canada et employées d'une manière avantageuse, tant dans l'intérêt public , que dans le leur propre. On ne peut rien concevoir de plus absurde que ce plan. Je m'en vais en citer quelques fragmens dont je dois la connaissance à M. Fothergiil lui-même. Il paraît d'abord que l'argent nécessaire à l'exécution de ce projet, ne serait pas. immédiatement remis à la disposition de rémigrant •; mais employé sous la direction de certains administrateurs, à fournir pendant deux ans les provisions, le bétail et l(\s instrumens d'agriculture. Tout cela est inexécutable. Les terres sur lesquelles serait formé l'établissement, serviraient de gage ou d'liypothè(jue au payement des sommes avancées aux colons, pour leur fournir les divers
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objets qui leur seraient nécessaires. Pendant le difrichement , et jusqu'à ce que les sommes avancées fussent rentrées ;, le colon ne pourrait aliéner sa propriété que sous certaines restrictions fort légères : mais au moment où il se serait entièrement acquitté des avances à lui faites , il serait absolument dégagé de toute intervention. L époque de cette libération fixée à 10 ans, pourrait être anticipée par l'industrie des colons , qui recevraient leur titre de propriété , au moment où ils auraient racheté leurs terres. L'auteur de ce plan suppose une famille de cinq individus, et dit qu'une somme de deux cents livres sterling , employée avec quelque discernement , suffirait pour mettre une famille en état de former un bel établissement en Canada, dans l'espace de deux ans, sans s'exposer à des privations. Il pense aussi que dans le cours de dix années qui suivraient son arrivée en Canada , cette famille serait en état de rembourser les avances qui lui auraient été faites , sans s'imposer la plus légère gêne. Il expose la manière dont il conçoit que cette importante affaire devrait être conduite^ et donne un compte détaillé de l'emploi des fonds
nécessaires pour la dépense de cent familles , comme suit : .
Pour transporter cent familles jusqu'au port d'embarquement rzoooliv. st.
Pour le voyage jusqu'à Montréal. 3ooo
Pour les dépenses à faire à leur arrivée 5ooo
Entre juin et octobre 4^<^^
Entre octobre 1822 , et janvier 1825 2100
Entre janvier et mai 1820 . . . i5oo
Entre mai et juillet 1823. . . . 1000
En juillet 182/1 900
Total 20000 liv.st.
« Il me paraît impossible , ajoute l'auteur du wprojet, que pour une semblable somme, on » puisse établir un pareil nombre d'individus » de cette classe dans aucune partie du monde , B d'une manière i)lus avantageuse , et pour eux »et pour le pays, que dans le ILuit-Canada. »
Mais une longue expérience, plus sùrc que des calculs abstraits et de vaines tliéories, lîous a a[)pris que des colons placés sur de nouveaux
l88 LETTRE XXXI II.
établissemens , peuvent bien y trouver de quoi faire vivre leurs familles ; mais que dans un pays où l'argent est si rare, et la vente des denrées si incertaine, il leur serait de toute impossibilité de rembourser avec leurs récoltes successives de dix années , les capitaux qui leur auraient été avancés. Ainsi s'écroule complètement l'édifice de notre faiseur de projets.
Emigration, — Aperça de la dépense nécessaire pour transporter dans le Haut-Canada une famille pauvre composée de cinq individus^ et pour Cy établir d'une manière convenable, ■ — Moyens d' encouragement, — fiente des réserves de la couromie , pour aider à l'amélioration du pays. — Produits et conséquences de ces ventes, — Réflexions sur la nombreuse population de l'Irlande, — Calcul de la dépense nécessaire pour l' établissement d' un pauvre é migrant et sa suite. — Embarras oii se trouvent lesémigrans qui arrivent à Quebec sans argent. — Leurs efjbrts pour obtenir
une existence agréable Degrés par lesquels le
pauvre arrive à l' indépendance. — Avantages
igO LETTRE XXXIV.
que présente le Canada aux colons des classes inférieures.
Je suis d'avis qu'avec une somme fort inférieure à 200 livres sterling , allouée à chaque famille de cinq individus, sans en exiger le remboursement, on pourrait la mettre en état de se transporter dans cette contrée ^ d y former son établissement , et d'arriver, avec le temps , par la frugalité , le travail et l'industrie , à une situation prospère. Si le gouvernement anglais voulait employer ce grand nombre de bâtimens qui se détériorent dans ses divers ports ^ ou d'autres embarcations plus convenables, à transporter des émigrans, une famille de cinq personnes , dont on doit supposer trois en bas âge , pourrait être transportée jusqu'à York, siège du gouvernement du Haut-Canada , pour moins de 20 liv. sterl. , y compris les provisions de toute espèce. 11 est égalemerit évident qu*au prix des denrées et des divers objets nécessaires , on pourrait pour 40 liv. st. , faire porter cette famille au lieu désigné ; lui faire construire une cabane semblable à celles qu'habitent généralement les colons de
LETTRE XXXI Y. igi
cette classe , la pourvoir du bétail , desinstrumeas aratoires et des provisions suffisantes pour la première année , en sorte que ces individus n'auraient plus besoin de nouveaux secours pendant tout le reste de leur vie.
Cette somme me paraît suffisante pour fournir pleinement à tout ce qui doit être fait pour les colons de la classe pauvre; et s'il est possible de prêter à ces malheureux une somme de deux cents livres sterling pour dix ans , il est certainement plus facile de leur donner 60 livres sterling , sans en exiger le remboursement ; car si deux cents livres sterling, au lieu d'être prêtées à un colon , étaient placées à intérêt j cette somme ^ dans moins de dix ans , produirait davantage que celle qu'on propose de lui donner gratuitement ; et les colons à qui on aurait fait ce don, seraient dans une position bien plus favorable que ceux à qui on aurait prêté: ces derniers grevés d'une dette énorme, auraient encore l'inquiélude de ne pouvoir jamais s'en libérer.
Si cependant le gouvernement suprême manifestait l'intention de rendre la navigation intérieure duCanada plus facih^ et d'encouroger
192 LETTRE XXXTV.
la culture du chanvre et du tabac , il suffirait aux pauvres émigrans et particulièrement aux jeunes gens, d[u'on les débarquât sur ces bords. A leur arrivée , ils trouveraient immédiate^nent de l'emploi^ et un homme industrieux pourrait facilement gagner dans une seule année une somme suffisante pour pouvoir s'établir sur une propriété qui deviendrait la sienne. Si le Canada était réellement considéré comme une portion importante de l'empire britannique, il n'est pas douteux qu'on ne fît pour ce pays beaucoup plus qu'on n'a fait jusqu'à présent. Je suis bien assuré que si une partie des millions que le parlement impérial vote annueWement pour l'embellissement d'édifices déjà assez splendides et pour l'entretien d'établissemens déjà très- richement dotés, était affectée à l'amélioration des colonies anglaises dans cette partie de l'Amérique, il en résulterait de grands avantages pour le peuple anglais. Si Textension du commerce, est l'objet de ses vœux ; sil'accroissement des richesses dans ses colonies éloignées est digne d'appeler son attention ; si la possession d'une vaste étendue de territoire qui offre un asile et l'existence
LETTRE XXXIY. 1 qS
à l'excédant d'une population languissant dans la misère, faute de travail , mérite quelques considérations ; si ce sont là des avantages appréciables, et si le Canada lui-même est digne des soins paternels du gouvernement, pourquoi jusqu'à présent est-il tellement négligé? Pourquoi n'a-t-il aucune part à cette munificence que le parlement anglais déploie ? Que les régulateurs de la Grande-Bretagne et de l'Irlande nous fassent enfm connaître, que bien que l'immense Océan nous sépare de la mère-patrie , ils ne nous regardent pas moins comme membres de la même famille, et comme ayant droit aux mêmes faveurs. Nous achetons des négocians anglais un grand nombre d'objets provenant de leurs manufacfures : si notre condition était améliorée , nos achats croîtraient en proportion , et nous serions en état de fournir en retour plusieurs articles de grande utilité que l'Angleterre est obligée de tirer de l'étranger.
Je n'entends pas dire que nous ayons précisément besoin des secours pécuniaires de l'Angleterre ; mais si le gouvernement suprême voulait diriger ses regards sur cette contrée, TOMK II. i5
1()4 , N LKTTRE XXXIV.
nul doute qu'ii ne trouvât , dans le Haut- Canada seul, tous les' moyens d'améliorer la navigation , de réparer les routes , d'en créer de nouvelles , et de construire des édifices publics , pour la protection de notre commerce, de notre liberté et de notre indépendance.
Déjà 232 territoires sont organisés dans la province supérieure : ces aSs territoires contiennent 18,000,000 acres de terre dont deux septièmes sont réservés , savoir un septième pour l'entretien du clergé protestant, et un autre septième sous le titre de réserves de la couronne. Quoique ces réserves restant les unes et les autres presqu 'entièrement incultes retardent l'amélioration du pays , je suis loin de désirer qu'on diminue celles qui ont été sagement affectées à l'entretien du clergé; mais je ne puis pas concevoir la nécessité des réserves de la couronne demeurant improductives entre les mains du gouvernement : et je désire nonseulement les voir diminuer ^ mais même les voir anéantir totalement et livrées à des particuliers. La plupart de ces terres réservées sont dans les quartiers les mieux situés et les plus fertiles de la province , et si on les mettait en
LKTTKE XXXIV. U)5
vente, il se présonlerait ii)imédiaternciit des acquéreurs.
Les terres de la couronne dans le Haut Canada s'élèvent à 2,5oo acres. Si le gouvernement consentait à disposer de ces terres par lots de 200 acres , en faveur des personnes qui voudraient en acquérir, et étendait cette faculté à ceux des habitons dos États-Unis qui , en devenant propriétaires dans le Canada , prêteraient le sernnent d'allégeance à Sa Majesté Britannique et contracteraient l'obligation de résider dans la province , toutes ces terres seraient vendues avant l'expiration de trois années, et cette vente produirait un fonds suffisant pour faire les améliorations les plus importantes. La valeur de plusieurs do ces terres réservées a été considérablement accrue par les défrichcmens qui se sont faits autour d'elles, et elles seraient vendues au moins dix dollars par acre ; ainsi en réduisant cette valeur à une livre sterling, je ne doute pas qu'on ne réalise, dîTns l'espace de trois ajis, 2, 5oo, 000 livres sterling. 11 est à ma connaissance qu'un grand nombred'liabilans desi\tats-Unis, autrefois sujetsdc la Grande ]îretai;iio, saisiraient avec satis
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l'action et empressement cette occasion de rentrer sous les lois de leur ancienne patrie. Sous quelque point de vue que l'on considère ce sujet, il me semble que le plan que j'indique offre des avantages incalculables. INon-seulement il hâterait la colonisation et le défrichement du pays , et le rendrait plus sain ; mais aussi il y attirerait des capitalistes, et offrirait un travail assuré aux malheureux émigrans qui , mourant de faim dans leur patrie, viennent chercher en Canada une meilleure existence.
On a beaucoup parlé , et depuislong-temps, de la nécessité d'adopter quelques mesures qui puissent rendre la tranquillité à l'Irlande. Mais je crains fort qu'on ne puisse que très-difficiment améliorer le sort d'un pays surchargé d'une population dans la misère, et qui n'a aucune perspective de soulagement : pour qu'un peuple soit tranquille et soumis aux lois, il faut qu'il puisse au moins se procurer le nécessaire. C'est une insigne folie d'exigei» qu'un homme reste tranquille et soit content de son sort , lorsque |sa famille souffre la faim , et qu'avec la force et la volonté de travailler pour
LETTRE XXXIV. I (j^
la faire subsister, iJ ne peut trouver de l'emploi. Tantqu'on n'aura pas trouvé le moyen d'adoucir la situation vraiment affreuse du paysan irlandais, ou, pour parler plus clairement, d'améliorer sa condition civile et morale , d'éclairer son esprit et de nourrir son corps; vainement des soldats se présenteront dans sa demeure pour le contraindre à l'obéissance à des lois que sa pauvreté seule le fait violer; vainement des i![^ens de police lui interdiront de respirer l'iûr rafraîchissant après le coucher du soleil : le besoin impérieux parlera plus fortement à son àme; il se soulèvera contre l'oppiession; il maudira des lois qui Ini paraissent uniquem ent destinées à l'enchaîner et à le réduire ù la pauvreté et à la plus affreuse misère.
Quanta moi, lorsque je considère l'immense^ population de l'frlande , lorsque je réfléchis sur ce qui pourra arriver si cette populatioii s'accroît pendant les trente années que nous .liions parcourir dans la niême proportion (ju'elle s'est accrue dans les vingt-cinq années qui viennent de s'écouler, il me sem])le impossible qu'une pareille masse d'hommes puisse trouver du travail dans un p:iys déj.i fort
I(j8 LETTRK XXXIV.
resserré pour le nombre de ses habitans et qui est uniquement propre à l'agriculture. Si un pareil accroissement a lieu comme il est probable^ on aura dans trente ans une population de i4îOOO,ooo âmes. Il faut donc nécessairement prendre quelques mesures pour prévenir une pareille surabondance. Quelques personnes pensent , et je partage cet avis , que l'extension de la colonisation est l'unique moyen de prévenir les malheurs qui peuvent résulter de l'accroissement d'une population déjà mécontente et nombreuse. Le Canada est une contrée qui offre à des millions de ces paysans malheureux un asile sûr et commode. Dans la dernière session du Parlement Britannique , il fut dit par M. Wilmot Horion , qu'on avait calculé que , pour transporter un homme en Canada , l'y établir , le pourvoir d'une vache et des provisions nécessaires à sa subsistance pendant un an , il fallait seulement trente-cinq livres, sterling ; que le transport d'une femme coûterait vingt -cinq livres et celui de chaque enfant au-dessous de 12 ans, i4 livres : prenant un terme moyen 24 livres sterling pnr tête. Quelque modéré que co cal-
ï.ETTRK XX XIV. J gC)
cul puisse paraître, je sais par ma propre expérience qui est lemeilleur juge en toutes choses, quela moitié de cette somme est suffisante pour remplir le but indiqué ; il est évident, d'après les calculs que j'ai faits et dont j'ai donné plus haut le résultat, qu'une famille de cinq personnes peut être transportée, établie et pourvue des provisions nécessaires pour un an , de deux vaches et d'une paire de bœufs, pour environ soixante livres sterling. îl faudrait une somme moindre pour exécuter le plan tel que l'a proposé M. Horton.
Les pauvres émigrans qui arrivent maintenant en Canada , et qui n'ont d'autres ressources que leur travail, non-seulement, ont à souffrir des fatigues et des dilTicultés sans nombre ; mais encore ils deviennent souvent un pesant fardeau pour les habitans de Québec et de Montréal. Pendant l'hiver de 1819 à 1820, je crois qu'environ cinq cents émigrans furent nourris dans ces deux villes par les secours de la charité publique; plusieurs autres se répandirent de côté et d'autre dans les campagnes où ils n'eurent pour subsister, pendant un hiver très-rigouicux , que ce qu'ils purejit obtenir
200 LETTRE XXXlV.
par leurs sollicitations. A l'époque où les individus de cette classe arrivent en Canada, le modique capital et les provisions qu'ils ont destinés à faire la traversée de l'Océan atlantique sont ordinairement épuisés ; accoutumés dans leur patrie à entendre vanter le Canada et les avantages qu'on y trouve, ils espèrent se procurer facilement une existence commode, quoiqu'ils ignorent absolument les moyens d'y parvenir. Dans cette idée , ils prennent pour quelques jours des logemens dans la ville , ou dans les faubourgs ; ils apprennent par leurs rapports avec les habitans qu'il est presqu'aussi difficile d'obtenir du travail en Canada, que dans plusieurs parties de la Grande Bretagne. Mais fortement imbus des idées qu'ils ont apportées d'Europe , ils suspectent d'abord la vérité des renseignemens qu'on leur donne. Bientôt une funeste expérience vient les convaincre : après avoir vainement clierché à se procurer du travail, ils sont à la fm réduits à solliciterla main glacée de la charité, pour sortir de la situation malheureuse qu'ils étaient loin d'avoir prévue^et à laquelle ils ne peuvent croire que lorsqu'ils sont réduits au dernier degré de
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la misère. Ils obtiennent alors un secours temporaire ; Mais on ne doit pas espérer que les liabitans dVine ville peu étendue, dont un grand nombre ne vivent eux-mêmes que du produit de leur travail , puissent donner des secours sufTisans à tous ceux qui chaque jour sont forcés de recourir à cette voie. Pour éviter cette pénible situation aux pauvres émigrans, on doit leur conseiller de se diriger aussitôt après leur arrivée, s'ils en ont les moyens, vers le Haut Canada , où le travail ne manque pas et où Ton peut se procurer a moins de frais le logement et la nourriture. 11 faut , il est vrai , de l'argent pour le voyage et la plupart d'entr'eux sont réduits à vendre leurs lits, leur linge de ménage et jusqu'à leurs propres vêteinens : arrivés dans le Haut Canada , ils lotient à d'anciens colons ceux de leurs enfans qui sont en état de travailler ; les femmes qui ne sont pas surchargées d'une famille nombreuse et en bas .igc, sont employées ;\ (iler, etc. , pendant que leurs maris se dirigent vers Yoik j)our obtenirdu gouvernement une concession de terre. Après beaucoup de diflicultés et Ak^ dépenses, et après un délai ridictile , puisqu'il
est sans objet et sans motif , chaque émigrant obtient cinquante acres de terre , dans un territoire éloigne et souvent entièrement désert. L'émigrant va immédiatement visiter sa nouvelle propriété ; mais refroidi par son aspect sauvage , il revient promptement auprès de sa famille, presque toujours résolu à ne pas y faire une seconde visite. Heureusement des hommes plus expérimentés lui conseillent de conserver son billet de concession , et de travailler à gages chez, quelque fermier en attendant qu'il puisse se procurer les moyens "de cultiver son propre fonds. Il est généralement assez prudent poursuivre cet avis; et après avoir passé deux ans dans la dépendance , il convertit le produit de ses gages en marchandises , en grain , en bétail , etc.
Ayant alors fait un assez long séjour sur le continent américain pour y acquérir des notions d'indépendance, il éprouve le plus vif désir de mettre son domaine en culture afin de devenir maître et propriétaire d'une terre libre. On rassemble les fruits du travail de la femme et des enfans, et après les avoir convertis en denrées et eî5 nntres objets d'utilité première, la
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famille réunie se dirige vers la forêt déserte. Bientôt on a construit une cabane, et on entreprend avec ardeur la pénible tâche du défrichement. En général les moulins sont fort éloignés des nouveaux établissemens, et comme la plupart des Colons de cette classe n'ont ni bœufs , ni chevaux , ils sont presque toujours obligés de porter leur grain sur le dos jusqu'au moulin le plus voisin qui est quelquefois à 20 milles de leur habitation , mais toujours à quinze ou dix milles au moins. Quand les provisions sont sur le point d être épuisées , le père est forcé d'aller de nouveau travailler dans quelque ancien établissement pour y gagner des provisions nouvelles qu'il rapporte sur son dos à la famille nécessiteuse. Il résulte de là que la première et quelquefois même la seconde année de sa résidence dans son domaine , 5ont presque infructueuses pour lui. L'espoir d'une future indépendance peut seul lui faire supporter les fatigues de tant travaux pénibles. Si pourtant il ne lui survient pas de maladie ou d'autres fâcheux accidens , il s'élèvera dans le cours de la seconde ou de la troisième année au-dessus d^^ lu misère ; la cullur<' do son
r;o4 ttrniE xxxiv.
domaine ayant fait quelques progrès , il sera délivré du fardeau le plus accablant, celui d'aller travailler chez ses voisins pour gagner de quoi faire subsister sa famille. Elle a maintenant le pain assuré. Avec le fruit de ses précédens travaux , il s'est procuré deux ou trois vaches. Mais il lui faut une paire de bœufs, pour compléter son établissement: il est donc obligé de quitter encore sa maison pendant une année, au bout de laquelle , il revient avec un bel attelage de labour et quelques autres instrumens d'agriculture qui lui sont également nécessaires.
L'émigrant s'est donc procuré, à force de travaux, de fatigues et de soins , les objets* de première nécessité pour la culture de son domaine. Mais sa femme et ses enfans sont dans un état voisin de la nudité absolue. Les vêtemens qu'ils ont apportés d'Europe sont devenus de misérables haillons, et ils n'ont aucun moyen d'en acheter. Le produit de la ferme est encore à peine suffisant pour leur consommation; et si elle leur donne quelque superflu^ ils trouveront difficilement à faire rechange de cet excédant, contre des étoffes ou du
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linge, dans les établissemens nouveaux ; parce que les marchands se fixent rarement dans les parties du pays qui ne sont pas habitées depuis long-temps. Les nouveaux colons sont donc obligés de cultiver du chanvre avec lequel ils pourront fabriquer eux-mêmes le linge nécessaire à leur usage ; mais jusqu'à ce que cette culture leur ait donné quelque produit^ la femme et les enfans doivent se résigner à imiter jusqu'à un certain point les Indiens leurs voisins. On voit quelquefois dans les nouveaux établissemens, un grand nombre d'enfans dans un tel état de nudité que s'il restait quelque pudeur aux parens, il ne leur permettraient pas de paraître devant les étrangers. Et pourtant I à peine vous mettez le pied dans une cabane canadienne , tous les habitans se proi^entent à vous dans cet appareil , sans se douter du désagréable effet que produit ce rebutant spectacle sur ceux (pii vont les visiter.
Malgré tant de motifs de découragement, un homme industrieux, s'il ne s'adoune pas à la boisson, parvient presque toujours, au bout de cinq ou six ans de travaux , à se placer lui et
2o6 LETinii: XXXIV.
sa famille dans une situation supportable , au moins pour les individus de cette classe.
11 n'a jamais à craindre Tapproclie d'un seigneur exigeant ou d'un collecteur inflexible, il n'est assujetti qu'à des taxes légères; et bien que la disette de numéraireen rende le paiement par fois difficile , rarement elles sont pour lui une charge bien onéreuse. Quelle différence entre sa situation actuelle dans le Haut-Canada et celle du pauvre laboureur irlandais resté dans sa terre natale , exposé à la faim et à la misère. La crainte de la mendicité , de la servitude et de l'esclavage ne vient plus empoisonner sa coupe; il a de quoi satisfaire abondamment à ses besoins. Cependant comme Alexandre S elkirk, il tourne parfois ses regards vers le pays qui l'a vu naître. Parfois il regrette sa pauvre chaumière , et les amis de son enfance et les jeux de sa jeunesse, et la société dans laquelle il a vécu. Tel est l'attachement que Conservent tous les hommes et plus spécialement , les paysans irlandais pour le lieu de leur naissance. Ces sentimens qu'on ne saurait définir, lui rappellent sans cesse qu'il est dans une, terre d'exil, et répandent dans
l'âme du colon émigré un certain degré d'amertume qui le rend en quelque sorte mécontent de réchange qu'il a fait , quels que soient les avantages qu'il y a trouvés. Peut-être votre esprit philosophique vous fera paraître ces réflexions ridicules ; mais vous en jugeriez autrement , si vous étiez placés dans la même situation.
Je ne prétends pas induire de ces considérations que les regrets bien naturels qu'éprouvent ceux qui, pour s'arracher à l'infortune, ont dû quitter les lieux, séjour de leur enfance, peuvent contrebalancer les avantages réels qu'offre le Canada. Mais s'il est vrai que le bonheur dépend de la paix de notre ame, tout ce qui tend à y réveiller des affections douloureuses et pénibles est un véritable malheur. ,
Je ne veux ni encourager à {'émigration ceux qui sont dans une situation assez favorable i)Our rester dans leur propre pays, ni en détourner ceux h qui elle pourrait procurer des moyens d'améliorer leur sort et celui de leur famille. Je pose des faits : je laisse à d'autres le soin do raisonner sur rcs faits. Si j'étais un pauvn
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paysan irlandais , obligé à un travail pénible et continuel sans aucune espérance d'améliorer jamais mon sort , je chercherais quelques moyens d'arriver dans ce pays et je les trouverais sans doute, à moins qu'ils ne fussent hors de la sphère à laquelle les efforts de l'homme peuvent atteindre. Si je ne pouvais autrement pourvoir aux dépenses du voyage , j'irais pendant sept ans, sous l'habit d'un mendiant, solliciter les âmes charitables pour recueillir l'argent nécessaire à l'exécution de mon projet. Si même j'étais dans une. situation semblable à celle d'un grand nombre de mes compatriotes de la classe moyenne, qui, chefs d'une nombreuse famille, ne possèdent qu'un modique revenu , à peine suŒisai^l à leur existence , et ne peuvent espérer, quelques efforts qu'ils fassent, d'améliorer leur avenir^ je me déciderais, sinon,pourmon bonheur, du moins pour celui de ma famille à passer dans le nouveau monde , où par leur industrie et leurs travaux , mes enfans pourraient acquérir un jour cette indépendance qu'ils n'obtiendraient jamais dans leur patrie. Mais si je possédais une propj'iété suffisante pour vivre dans une
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certaine aisance > pour donner à ma famille une éducation convenable , et laisser à chacun de mes enfans un modeste héritage , satisfait de mon sort, je passerais doucement ma vie dans la terre de mes aïeux.