L'ÉTAT DE NEW-YORCK
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Ayant quelques affaires à traiter dans l'état de INew-Yorck, je partis de l'établissement Talbot, le i5 août 1S2P.. Le 18, je traversai la rivière de Niagara, et me trouvai pour la première fois sur le territoire des Etats-Unis. Je voulais prendre une place dans la voiture qui va de Lcwistonix Rochestef; niais quand j'arrivai à Léwiston , il y avait déj;\ une heure que cette voiture était partie.
Ne voulant pas attendri^ au lendemain , je louai uncharriot de poste, et j'arrivai le même soir à Oak'Orc/iard , \\\h^v. situe à /j5 milles de Léwiston. Là j'attendis la diligence : elle passa le lendemain ; mais il n'y avait pas une seule ToMr. IL 17
])lace vacante. Désappointé pour la seconde fois, je priai le maître de la taverne où j étais hy^é de me procurer un cheval , pour me conduire jusqu'au canal neuf, à environ six milles d'Oak-Orchard. Après avoir attendu une heure, j'eus un cheval, une bride et une selle sans étrier. Je me mis néanmoins en route et arrivai en peu de temps à un endroit du canal où l'on construisait un aqueduc. Plusicur-j ouvriers étaient employés à ce travail; j'appris que chacun d'eux recevait treize dollars par mois , outre le logem<înt et la nourriture. Ce canal est destiné à établir la communication entre le lac Ei^ié ei la rivière iVIIudson. Il doit avoir 55o milles de longueur, et la dépense totale est évaluée à 8,000,000 dollars ou i ,800,000 livres sterling. Quoique cette grande entreprise ne soit commencée que depuis cinq ans , le canal est déjà navigable sur une étendue de 200 milles.
Les habitans de New-Yorck doivent à sir Wiit-Clinton^ leur dernier gouverneur^ tous les avantages que leur procurera cette nouvelle communication. Sans la persévérance et l'influence salutaite de cet homme d'état distingué.,
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là génération présente n'eût pu voir commencer l'exécution de cet utile projet. Jamais entreprise nationale d'un si grand intérêt n'éprouva plus de difficultés et ne rencontra plus d'opposition. Les argiimens les plus ridicules et les plus absurdes furent mis en avant dans l'assemblée législative de l'état ^ lors de la discussion du bill : un des membres alla jusqu'à dire qu'on ne pourrait trouver une quantité d'eau suffisante pour alimenter un canal de cette étendue.
Après avoir visité le canal pendant environ deux heures , je retournai «à Oak-Orcliard , sans aucun accident.
La route de Léwiston à Rochester est communément appelée \cl route de la Côte ou chemin alluvial; elle longe la côte du lac Ontario^ depuis la rivière de Niagara jusqu'à celle de G^?i^5é?^^ distante d'environ 90 milles: le chemin surlequel passent les voitures, est dans quelques endroits fort élevé au-dessus de la contrée adjacente; mais pendant environ 4o milles, à partir de Léwiston , cette élévation est à peine perceptible ; en Angleterre une semblable route serait regardée comme à peine praticable pom
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une brouette. Cependant les diligences qui partent de Léwiston à six heures du matin, arrivent à llochester à 7 heures du soir et parcourent ainsi en i5 heures une distance de 96 milles.
Les diligences américaines sont construites d'une manière bien différente de celles de l'Angleterre. Elles sont destinées à porter neuf personnes dans l'intérieur et deux à l'extérieur. Ces deux dernières sont placées de chaque côté du conducteur; l'impériale est supportée par huit petites colonnes de bois ; la voiture est ouverte de tous les côtés pour recevoir l'air. Si le temps est mauvais, on s'en garantit en abattant des rideaux qui sont relevés sur l'impériale. Une voiture de cette espèce pèse environ 2l\. quintaux ; elles sont suspendues à deux pieds plus haut que les voitures anglaises. Les chevaux sont de la même espèce et généralement aussi bons qiie ceux employés au même service en Angleterre ; ils sont attelés de la même manière. Le prix ordinaire d'une place dans ces voitures est de quatre dollars et demi par cent milles.
Je demeurai trois jours à Oak-Orchard sans
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pouToir me procurer une place dans les voitures publiques qui y passaient chaque jour. Je me déterminai le quatrième jour à prendre un charriot de poste. Sous les rapports de la culture, le pays, entre Léwiston et Rochester, est encore dans l'enfance. Il y a dix ans seulement qu'on a commencé à y former des établissemens. Les maisons y sont construites de la même manière que celles du Haut-Canada et les champs également entourés de palissades. La terre y est légère , sablonneuse , et fort inférieure aux plus mauvais terrains de notre province. Malgré cela , les terres , même non encore défrichées, se vendent huit dollars par acre, tandis que pour un dollar, on a , daug le Haut-Canada , une égale quantité de terre dans le meilleur sol. Tels sont les effets du zèle bien entendu d'une sage administration pour la prospérité du pays confié à ses soins.
A l'époque où je quittai le Haut-Canada, tous les habitans jouissaient d'une parfaite santé. Je fus donc fort étonné de voir des malades dans presque toutes les maisons entre Léwiston et llochester; mais il paraît qu'il en est souvent ainsi et l'on supporte ces calamités habituelles ,
sans se plaindre, parce qu'il n'est pas au pouvoir de l'administration dé les faire cesser.
Pendant mon séjour forcé à Oak-Orchard , j'assistai à une revue de la milice, et j'eus le plaisir de voir les singuliers effets de l'égalité et delà liberté sur un corps militaire. Depuis le moment où le colonel du régiment invita , ( on ne comjnande pas sur cette terre de la liberté ) depuis le moment dis-je où il invita les soldats à se mettre à leurs rangs, jusqu'à la fin de l'exercice ^ ce fut un colloque continuel entre les soldats et les officiers , et entre ceux-ci et leur chef. La conduite indisciplinée de ces viilitair'es indépendans , me rappela certaines époques de ma jeunesse. La manière peu respectueuse dont on recevait les ordres, les commandemens, ou les invitations (comme vous voudrez les appeler) du colonel , ressemblait assez à ce qui se passe dans une classe d'étude , en l'absence du maître , lorsque quelque jeune étourdi vient prendre sa place et imitant son ton doctoral , commande le silence. L'apparenle soumission à ce nouveau maître est bientôt troublée ; les livres et tous les autres objets qui tombent sous la
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main des élèves volent à travers la classe , et les grossières épithètes que je me dispense de répéter lui sont prodigués sans ménagement. Un colonel américain, et spécialement celui que je vis a Oak-Orcliard , est précisément dans la même situation que le substitut du professeur, et n'est pas traité avec plus de respect par les soldats que celui-ci par ses compa gnons d'étude : rarement consentaient-ils à déférer à ses invitations , quoique présentées sous les formes les plus polies , avant de les avoir examinées et discutées. Enfin après avoir passé environ une heure à manœuvrer et argumenter alternativement^ le colonel jugea convenable de se retirer. 11 remit le commandement i\ un capitaine. Celui-ci entra innnédialement dans une taverne voisine, et reparut aussitôl devant le front do son bataillon tenant dans chaque main une bouteille de Whisky et un verre entre ses genoux. Dans ce brillant appareil , il adressa à ses soldais un discours furl éloquent; il leur parla avec em])hase de leurs privilèges conptilutionnels; il leur rappela leurs héroïques actions durant la dernicro guerre, et leur heureuse déliuance du joug l)ritan-
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nique. Après cette pompeuse haïailgue , le capitaine vida un grand verre de whisky , à la santé de ses braves camarades.
Rockester est situé sur les bords du canal Érié : quoique le terrain sur lequel ce village est placé fut, il y a dix ans , un désert entièrement sauvage , il contient aujourd'hui plus de 5ooo habitans et c'est un des plus jolis lieux que j'aie jamais vus. Quoiqu'il y ait cinq hôtels fort vastes , dont chacun peut loger de 5o à 70 voyageurs, je ne pus cependant m'y procurer un lit , le soir de mon arrivée. Tous étaient occupés» et je dus me résigner à passer la nuit sur un sopha. Le lendemain je déjeunai dans le principal hôtel , appelé hôtel de la mairie, avec environ cent personnes qui me parurent être gensbien élevés et de bonne compagnie : le déjeûner, comme en Canada , consistait en un grand nombre de mets de diverses espèces, pâtés, gâteaux , tartes , etc. Chacun, après avoir fini son repas , se levait et sortait sans cérémonie.
Letj rues de Rochester sont tirées au cordeau et coupées à angle droit. Les maisons sont construites en briques , et peintes en rouge
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avec un pointillé blanc. Cet embellissement , les jalousies vénitiennes, les places, les arcades, les balcons donnent à ce village un aspect délicieux, et prouvent à la fois le goût, l'industrie et l'opulence de ses habitans.
Je m'embarquai à Rocbestersurle paquebot pour me rendre à Utica qui est distant de 1 QQ milles : le prix du passage dans ces embarcations est de six dollars , sans y comprendre la nourriture que l'on y trouve à des prix trèsmodérés , et de très-bonne qualité. Nous trayersâmcs plusieurs villages. Le plus considérable est Canandargua situé à l'embouchare du lac de ce nom : dans ces villages , comme dan^ tous ceux que j'ai vus aux Etats-Unis , les maisons sont construites en briques- et peintes en rouge ; des saules et des peupliers sont plantés de chaque côté des rues. Ces avenues combinées avec l'élégance , la légèreté et la belle apparence des bâtimens, l'activité des habitans, l'aspect des magasins et des maisons de commerce , tout concourt à donner une idée favorable de l'industrie et du caractère entreprenant des Américains. La principale rue de (Canandargua a près de 2 milles de long:
au centre est une place carrée où sont situés le palais de justice et Icsautresbâtimens occupés par les administrations publiques. Ce village est supérieur à tous ceux que j'ai vus soit en Europe, soit en Amérique. En Europe, on attache une idée de pauvreté au nom de village: il en est tout autrement en Amérique : les villages offrent partout les mêmes apparences d'industrie , de richesse et de goût , que les cités.
On a découvert , il y a peu de temps , à une courte distance de Canandargua une source fort curieuse que l'on appelle la source brûlante, L*éau sort des flancs d'un ravin profond et présente sur sa surface une flamme rouge qui , sitôt qu'on en approche du bois, ou toute autre matière combustible, produit immédiatement une grande clarté. L'eau de celte source est à la même température que l'eau potable ordinaire, et n'a aucune odeur ^ ni aucun goût particulier.
Le premier village que nous rencontrâmes ensuite sur le chemin de New- York est j^uburn , situé à l'embouchure du lac Oivaseo. Ce village contient 1200 habitans et 000 maisons , outre un grand nombre de moulins et de manufac-
tures. Il y a aussi une prison destinée h recevoir Jescondamnés, et un séminaire pour 1 étude de la théologie. On croit généralement que le voisinage du canal qui passe à sept milles au nord de ce beau village , retardera son accroissement , et même occasionnera sa prochaine décadence.
La plupart des passagers qui étaient à bord du bateau de Rochester à Utica , étaient des citoyens de New-Yorck^ parmi lesquels étaient MM. tVaring eXHortoUf Tespeclah]es négocians de cette ville , et un jurisconsulte qui nous dit lui-même se nommer/^ conseiller Cliilde. Après les premiers momens de la route , lorsque les lieux communs de la conversation entre étrangers furent épuisés , l'entretien se tourna naturellement sur la politique et sur les intérêts civils et militaires des principaux états : des choses on en vient ordinairement aux personnes; des événemens publics qui ont eu lieu aux hommes qui en ont été les instrumens. Ainsi à l'occasion de la dernière guerre , on vint à parler du fameux général Jackson, Dans le cours de la discussion sur les qualités et le fnéritc de cet oUicier, on m'interpella sur Top i-
nion que l'on avait de lui dans le Haut-Canada. Je répondis qu'il n'était pas en grande faveur parmi les habita ns de cette contrée et j'offris de leur raconter une anecdote qui leur prouverait la vérité de ma remarque : le mot anecdote parut faire un effet merveilleux sur les nerfs de mes auditeurs, et tous écoutèrent en silence mon récit. «(Il y a quelque temps , » Messieurs :, leurdis-je, un citoyen des États- » Unis vint dans le Haut-Canada avec une » fort belle collection de figures de cire qu'il » exposa à la curiosité des habitans d'Yorck. » Dans le nombre des héros américains dont » les figures se trouvaient dans cette collection , » était celle du général Jackson ; aussitôt que » les habitans d'Yorck furent instruits de cette » circonstance, la considération que l'on avait » pour ce personnage détermina à députer » auprès du propriétaire quelques personnes » pour acheter le portrait de cette Excellence. » Quand on sut le prix qju'il en demandait, » une souscription fut ouverte et chacun s'émit pressa d'y concourir^ en sorte que la somme » nécessaire fut bientôt réunie : elle fut aussi- » tôt remise au propriétaire des figures ; et le
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» général Jackson enlevé de l'honorable com- » pagnie où il se trouvait , fut remis entre les * mains de quelques vigoureux Canadiens , » aux acclamations unanimes d'un grand nom- » bre de spectateurs. Mais dans quelle vue, » et à quelle intention pensez-vous qu'on eut » acheté cette figure? Etait-ce pour la placer f) dans quelque lieu bien apparent de la cité où » elle aurait reçu les hommages de ses admi- » rateurs? non:on était dans l'été, et les rayons » du soleil l'auraient eu bientôt fondue. Une nuit » fut donc assignée pour célébrer le triomphe du » héros; et à l'heure indiquée, il futamenésur » le lieu de la fête , élevé au bout d'un grand 1^ bâton et brûlé à la vue de tout le peuple. * La plupart de mes auditeurs rirent beaucoup de la conclusion de mon histoire; mais M. le conseiller C/illde , que j'ai su depuis être un fougueux républicain et de plus un déiste, fut fort scandalisé du sacrilège commis par les Canadiens, et plus encore de voir ses compatriotes en rire. U dit qu'il ne pouvait comprendre comment des hommes qui jouissaient de rindép(*udance que ce grand et magnanime héros (le général Jackson ) avait si puissamment
contribué à maintenir, pouvaient oublier i'çstimablc bienfait qu'ils devaient à sa valeur, et entendre gaiement le récit des insultes faites à son nom. Le conseiller mit tant de chaleur dans cette discussion, que ceux qui paraissaient le plus disposés à le contredire, crurent qu*il était plus prudent de céder et de laisser M. Childe faire l'apothéose de son héros ^ plutôt que d'exaspérer son caractère qui était naturellement bon. Nous eûmes , dans la suite , l'occasion de nous convaincre que c'était un homme d'un esprit agréable , bon compagnon , et nous lui donnâmes le plaisant sobriquet de général Jackson, qui lui demeura pendant tout le reste du voyage. La contestation de M. Childe et ses compatriotes qui d'ailleurs avaient, comme lui , une haute idée des prouesses militaires de Jackson , portait sur les prétentions de ce général à la présidence des Etats-Unis. Personne, à l'exception deM. Childe, ne voulait lui reconnaître les qualités nécessaires pour cet éminent emploi. Mais M. Childe paraissait prendre à tache et regarder comme l'affaire la plus importante de sa vie de prôner l'universalité des talens de son personnage favori.
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Quoique Utica coDtienne plus de 4000 liabilans , on ne l'appelle pas moins un village. Il est situé sur le rivage sud de la Mohaivkj, et ])rès du lieu où était autrefois le fort Sc/iuyler. C'est un lieu très-commerçant , et on ne doute pas qu'il ne prenne un accroissement rapide en population et en richesses. Le canal qui traverse ce village, et plusieurs autres avantages dont il jouit , concourent à en faire un des lieux les plus favorables au commerce dans l'état de New-Yorck.
Je montai^ à Utica, dans une diligence avec MM. Waringet Horton,pour aller aux sources de Balbton et de Saratga ^ \ environ 80 milles. Dans le cours de ce voyage, où l'on suit presque toujours les boi^ds de la Mohawk, nous eûmes la vue de la délicieuse vallée , appelée le //crAfmcr et les Plaines Allemandes; vallée qui fut autrefois le théâtre de la guerre et du carnage^ et qui est aujourd'hui couverte de toutes les beautés et de tous les trésors de la culture.
A pou de distance de Scheneciady , on a construit un beau pont sur la iMoawk : il a 997 pieds de long, et est fortifié. Sch.cncciiuly
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est une des plus anciennes villes de rAmérique. Elle fut brûlée par les Indiens en 1680, et a souffert beaucoup d'un second incendie en 1819. Le collège de l'Union est le principal édifice public : il est construit entièrement en briques. Il n était pas tout-à-fait achevé quand je l'ai vu. Deux cents jeunes gens font leurs études dans cet établissement : ils paient annuellement i3o dollars ^ environ 29 liv. sterl. , et i5 schellings.
Schuylersvillc , petit village , qui ne contient que quarante maisons, est célèbre comme la résidence de Philippe Schuyler , écuyer , fils , je crois, du dernier général Schuyler ; mais il est encore plus célèbre comme le lieu où le général Burgoyne se rendit à l'armée Américaine au mois d'octobre 1777- L'endroit même où il mit bas les armes, est remarquable par les ruines d*un petit retranchement , et est montré par les Américains aux étrangers, avec un sentiment d'orgueil qu'ils semblent vouloir faire partager aux Anglais même. J'avoue qu'en voyant cette place, je n'ai pu me défendre d'une vive émotion , mais qui n'avait rien de commun avec l'air triomphant que
montrent les Américains. A six milles de Schuylersville, est la maison où mourut le général Fraser, blessé dans une des actions qui précédèrent la reddition de Burgoyne, et à peu de distance, la colline où il fut enterré pendant que les deux armées se battaient; le bruit de l'artillerie accompagnait les chants funèbres , et les boulets tombaient au milieu du cortège. Cette maison, alors occupée par la baronne de Reidsell , femme d'un des officiers supérieurs de l'armée anglaise, est aujourd'hui une taverne.
Le premier endroit que bous visitâmes, après avoir quitté Schuylersville, fut Saratoga ^ lieu fameux , principalement par ses nombreuses sources minérales , et comme rendez-vous de la bonne compagnie pendant l'été. Lorsque j'arrivai à Saratoga^ la saison était avancée ; la plupart des étrangers s'étaient retires ; rependant il y avait encore un assez grand nombre de voyageurs dans toutes les auberges. Je descendis à l'hôtel du Congrès, qui est le plus considérable : il consiste en un beau bâtiment de deux étages; son front a 196 ])ieds d'étendue ; et les deux ailes , placées aux extrémitést
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ont soixante pieds de profondeur^ Sur le devant de l'hôtel^ est une très-jolie place , qui communique à un fort beou jardin et à un petit bois de pins^ dépendant de l'établissement. On dit que cet bôtel peut recevoir et loger commodément deux cents personnes :, qui toutes déjeunent, dînent et soupent à la même table. Vingt domestiques au moins y sont continuellement occupés au service des étrangers. Dans cette terre de liberté et d'indépendance, un bomme comme il faut ne daigne pas prendre la peine de découper un plat ; ce qui rend le service des domestiques , pendant les repas , extrêmement pénible. L'tisage à table , dans les parties des Etats-Unis que j'ai visitées, est que chacun des convives, au moment où il est assis, porte les yeux à droite et à gauche , pour découvrir le plat qui lui convient le mieux ; il l'indique aussitôt à un domestique , qui lui apporte le plat devant lui , et après qu'il s'est servi un morceau de son choix, va le replacer au lieu où il était. Cet usage entraîne beaucoup de confusion. Pendant tout le repas , on n'entend que les cris : garçon portez-moi ceci ; garçon portez-
moi cela ; en sorte que les domestiques et les mets sont dans un perpétuel mouvement. On n observe dans ces maisons , même dans celles où se trouve la meilleure compagnie, aucune étiquette , ni cérémonie.
Un homme n*a pas plutôt achevé son repas, c'est-à-dire, satisfait son appétit, qu'il quitte la table , et va sur la place fumer un cigarre. Les Américains mangent extrêmement vite, et à peine un homuie qui mange modérément et avec moins de précipitation , a-t-îl eu le temps d'achever son dîner, que la table est déserte et desservie. Je n'ai parlé jusqu'à présent des étrangers qui se trouvaient à Saratoga^ que comme s'il n'y avait eu que des hommes : je ne dois pas oublier de dire que beaucoup de dames vont aussi visiter ces sources j mais peu , je crois, y vont à raison de leur santé. A l'hôtel du Congrès , il y en avait plusieurs à l'éponue où je m'y trouvai , et j'avais le plaisir de les rencontrer souvent le matin , à une source voisine qu'on appelle aussi la Source du Congrès. Elles étaient dans l'usage de boire cbaque jour une petite quantité d'eau; et comme elles me jiaraissaicnt maii;res et décolorées , j(^ croviii^
qu'elles prennient ces eaux comme remècîe contre la jaunisse ou contre quelqu'autre incommodité; mais quand j'arrivai à New-Yoreky je reconnus que presque toutes les femmes avaient la même pâleur , sans que cela fut un signe de maladie.
A peu de distance de la source du Congrès , sur le revers Occidental d'une vallée qui borde à l'est le village de Saratoga , est une autre source qu'on appelle la Haute -Roche. Le rocher dans lequel cette source est renfermée , est de forme conique ; il a neuf pieds de diamètre à sa base, et sa hauteur est de cinq pieds. L'eau ne s'élève à présent que jusqu'il deux pieds au-dessous du bord supérieur du rocher , ce qui, dans l'opinion commune, est attribué à la chute d'un arbre , qui, en tombant , a fait une crevasse par laquelle l'eau s'écoule , ce qui l'empêche de s'élever jusqu'à l'ouverture naturelle , comme elle le faisait primitivement.
La plupart des autres sources minérales qui ont rendu les environs de Saratoga si fameux , et qui y attirent tant de monde , sont placées entre la source du Con'ïrès et celle du Haut-
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Hocher. Les deux principales sont celle d'Hamilton, et celle de Monroe. On y a construit des bains vastes et commodes, qui sont trèsfréquentés pendant l'été , plutôt par partie de plaisir que par raison de santé. Ces eaux sont cependant salutaires et efficaces dans un grand nombre de maladies.
Ayant de continuer le récit de mon voj^age h INew-Yorck , je dirai encore quelques mots de la contrée, située entre Lewiston et Saratoga. Si on la compare avec le Haut-Canada , sous le rapport des situations pittoresques , sans doute elle doit l'emporter. Le Haut-Canada est un pays plat ; et celui-ci est au contraire coupé par des collines et des vallées qui contribuent à varier l'aspect monotone qu'il présenterait dans son état actuel de culture. Mais si on les compare sous le rapport de la fertilité du sol , et des productions dont ils sont susceptibles , les terrains cultivés ou encore en friche du Haut-Canada auront certainement la préférence. Dans tout le cours de mon voyage, depuis la rivière de Niagara jusqu'à Saratoga^ je n'ai pas remarqué un seul ac're de terre qu'on puisse qualifier de terre excellente; je dois on
excepter cependant les fonds alluviaux de la rivière de Mohawk , dont j'ai déjà parlé. Partout ailleurs je n'ai vu qu'un terrain léger et sablonneux • sans aucun mélange de cette matière végétale qui couvre la surface de toutes les terres du Haut-Canada. J'ai été souvent étonné , pendant mon séjour dans cette province^ de voir émigrer un si grand nombre d'habitans de l'Etat de INew-Yorck , pour venir s'établir parmi nous ; mais quand j'ai vu par moi-même les nombreux encouragemens que reçoit l'agriculture dans les Etats-Unis, j'ai dû reconnaître que la raison qui déterminait les liabitans de JNew-Yorck à changer de contrée , était la grande supériorité du sol du Haut-Canada sur le leur. La différence excessive dans le prix des terres peut être aussi considérée comme une cause déterminante de ces émigrations. Car, ainsi que je l'ai déjà dit, un acre de terre de mauvaise qualité se vend huit dollars dans l'Etat de INew-Yorck , tandis que pour deux dollars , et même pour un , on peut acheter un acre de terre de qualité bien supérieure dans le Haut-Canada. Tels sont , je k répète, \es heureux résultats des efforts que
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font les Américains pour l'amélioration de leur pays.
D'après ce que j'ai vu des Etats-Unis , les avantages qu'ils présentent aux diverses classes d emigrans sont si faibles, comparés avec ceux que présente le Canada , que je ne puis concevoir comment un homme qui a vécu dans la Grande-Bretagne ou en Irlande , peut concilier avec la prudence et le patriotisme , la préférence accordée à une république ennemie ; à une république qui s'est soustraite à l'obéissance qu'elle devait à la métropole ; tandis qu'on peut trouver dans les colonies anglaises des privilèges beaucoup plus étendus , et de bien plus grands avantages , indépendamment de la fertilité du sol , et du bas prix des terres. Quant à moi , je préférerais le pain de la pitié dans le Canada^ au luxe et àl'abondance dans les Etats-Unis. Comment un véritable anglais , qui conserve quelque attachement pour sa patrie et pour les institutions libérales qui la régissent ^ pourrait-il vivre dans un pays , où , à moins qu'il ne se séquestre entièrement de K société des hommes, il ne j)Ourra passer un jour sans entendre condam-
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lier ce qu'il y a de plus appréciable dans la constitution de l'Angleterre ^ et vilipender les hommes d'Etat les plus respectables.
Aprls quelques jours de séjour à Saratoga , je partis pour New-Yorck , dans la diligence ^ avec M. Waring, et deux autres habitans de cette ville : nous laissâmes M. Horton à Saratoga. Wous traversâmes les villages de Ballston , TVaterford j, Lansingburg/i, et la ville de Troy. La situation de cette dernière ville est trèsbelle. Entourée, du côté de l'esté de collines et de vallons délicieux , elle est bordée à l'ouest par la rivière d'Hudson ; elle offre un aspect fort agréable : sa population est d'environ. 8000 âmes.
Nous arrivâmes avant midi à Albany^ capitale de l'Etat de Nev^-Yorck. Cette ville est à six mille de Troy : quoique les rues en soient étroites et de peu d'apparence , on y trouve plusieurs bâtimens d'une construction élégante ; mais il y en a un assez grand nombre d'une structure particulière , qui rappellent au souvenir des spectateurs que les premiers habitans de cette Cité furent les Hollandais. Ces maisons sont presque entièrement construites
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en bois; le toit, en façon d'auvent, couvre totalement les balcons du second étage.
Nous nous embarquâmes à Albany , sur un beau bateau à vapeur nommé le Chancelier Livingstone. La distance d'Albany à New- Yorck est de 160 milles : le prix du passage , y compris la nourriture et tout ce dont un voyageur peut avoir besoin , est de six dollars.
La rivière d'Hudson , sur laquelle nous navigâmes d'Albany à JNew-Yorck , a été citée par plusieurs voyageurs distingués comme la plus pittoresque et la plus magnifique rivière de toute l'Amérique. Mais je dois l'avouer, leSt.- Laurent, à mon avis, a plus de droit à ces deux titres. Cependant, malgré m a prédilection pour le Saint-Laurent , prédilection qui tient peut-être à ce que j'ai vu ce fleuve majestueux avant celui d'Hudson, et à l'impression qu'a dû faire sur mon rime cette première vue , je ne puis me dispenser de reconnaître que riludson possède des beautés qui lui méritent cette réputation classique qu'il a obtenue, et qui l'a fait surnommer /^ Tibre de l'yi nitrique.
Wesi'Point, (Pointe de l'Ouest), poste im-
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pvorlant occupé par rarmée Atnéricaine pen^ dantla guerre de l'indépendance, est situé sur la rive Occidentale deTHudson^ près de l'entrée des montagnes. Ce village consiste en quelques maisons, et a de plus une iVcadémie militaire construite dans une plaine assez vaste qui borde la rivière.
On ne peut nommer WestPoint, sans se rappeler la fin tragique du major André. Cet infortuné jeune homme avait 29 ans lorsqu'il passa en Amérique. Il réunissait, au caractère et aux qualités sociales , les plus aimables des connaissances étendues qui lui avaient mérité l'entière confiance de ses chefs. Il était le favori déclaré de l'armée anglaise. Familiarisé avec l'étude des auteurs classiques de l'antiquité, il possédait aussi dans une certaine perfection , les arts agréables : la peinture , la musique , la poésie. 11 avait , dans sa jeunesse , conçu un violent attachement pour une dame , à qui il adressait ses épitres sous le nom de Délia. Il lui consacrait tous les momens qu'il pouvait dérober aux occupations nombreuses du négoce. Par elle;, et par elle seule, il connaissait tour-à-tour la douleur et la Joie , l'espérance et
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ta crainte. Mais le mariage inattendu de l'objet de ses affections et de ses chants , avec un rival plus heureux^ fut pour lui un coup fatal , qui le décida à chercher dans la vie active des camps, un remède à la blessure que son cœur avait reçue.
Voici le portrait qu'a tracé de lui son biographe :
« 11 y avait dans le caractère , comme dans les avantures du major André, quelque chose de singulièrement intéressant. A une grande intelligence , que l'éducation et les voyages avaient encore développée , il joignait des manières élégantes , un esprit cultivé , et tous les avantages personnels. Savant sans ostentation , ses sentimens élevés inspiraient l'estime , comme sa douceur et sa modestie lui conciliaient l'affection. Son élocution était agréable; . son ton poli et insinuant.
« 11 avait acquis , par son mérite, la confiance illimitée de son général. 11 avançait rapidement dans la carrière militaire, et sa réputation devenait chaque jour plus honorable ; mais arrivé aux rangs supérieurs , lors([u'il pouvait entrevoir de nouvelles espérances dans
le succès d'un projet avantageux à son parti, dont l'exécution lui avaitété confiée, il fut toutà-coup précipité du sommet de la prospérité , dans l'abîme de Finfortune , et perdit, avec la vie, les flatteuses illusions de l'ambition et de la gloire. »
Dans le cours de sa brillante et rapide carrière , cet officier distingué fut chargé d'une commission qui devait consolider sa réputation , et immortaliser son nom. Il fit avec le traitre Arnold^ un traité pour la reddition à l'armée anglaise, du fort de West-Point, et des forces américaines que ce général avait sous son commandement. Les agens de cette négociation étaient , pour l'Angleterre , le colonel Robinson , qui , ayant abandonné le service des indépendans , avait joint l'armée royale à New-Yorck, et le major André : ils avaient de fréquentes communications avec le général Arnold , des bords du Vautour^ sloop de guerre qui était alors à l'ancre dans la baie d'Haverstraiv , à dix milles au-dessous de Stoney et de Verplanck' s-Point.
Une nuit du mois de septembre 1780 , fut fixée pour le fatal rendez-vous entre Arnold et
le major André. Sous prétexte de correspondre avec le général de l'armée royale , pour entamer un traité de paix , Arnold avait engagé à son service un citoyen respectable et intelligent, nommé Smith. Un bateau fut dépêché à bord du V autour j, sous la direction de Smith , pour conduire l'agent anglais au lieu fixé pour l'entrevue. II portait un passe-port pour le colonel Robinson , et un autre en blanc pour la personne qui devait accompagner cet officier. Ce dernier passe-port fut rempli du nom de John Jnderson, et sous ce nom, le major André consentit à être transporté sur la rive, d'où il ne devait plus revenir. Le lieu désigné pour l'entrevue était au pied d'une montagne appelée le Long Clos , sur le bord Occidental de la rivière d'ïludson. Arnold était déjà au rendez vous. Lemajor^à son arrivée, trouva ce général caché dans un épais taillis ^ qui fut le lieu de leur conférence. Leur conversation secrète s'étant prolongée jusqu'au jour , le major André jugea qu'il lui était impossible de retourner à bord du Vautour , sans être aperçu des forts de Stoney et de Yerplanck's-Point. 11 fut conduit chez Smitfi , où il changea soa
habit militaire pour un vêtement bourgeois ; et vers le soir il partit avec un passe-port du général américain , accompagné de Smith luimême. Ils passèrent la première nuit de leur voyage, chezM.Mac-Koy^ à environ 8 milles du lieu d'où ils étaient partis. Le lendemain, ils continuèrent leur route,et arrivèrent à Pine-Bridge, où ils traversèrent la rivière de Proton ^ l'une d embranches de l'Jïwc^so??. Ils n'avaient jusquelà rencontré aucun obstacle dans leur marche, et André se sépara de son guide , après avoir pris des renseignemens sur le chemin qu'il devait suivre. Mais à peine eut-il fait quelques milles, qu'il fut arrêté par trois soldats de milice qui étaient à la découverte entre les avant-postes des deux armées , près de Tarry-Town, Ils saisirent la bride de son cheval , au moment où il passait dans un sentier étroit. Le major , au lieu de montrer le passe-port du général Arnold , leur demanda qui ils étaient ^ et à quelle armée ils appartenaient? Ils répondirent à celle qui est là bas. Le major, ne soupçonnant aucune fra-jde , et croyant qu'ils indiquaient l'armée anglaise , leur répondit et moi aussi-, il leur déclara qu'il était ofBcier anglais , et les
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pria de le laisser passer , parce qu'il était chargé d'une commission importante. On lui donna bientôt à entendre qu'une simple prière ne suffirait pas pour le faire relâcher. André voyant leur mauvaise volonté, leur offrit une belle montre d or ; mais son empressement même à faire un pareil sacrifice pour obtenir la liberté, ne fit qu'accroître les soupçons des soldats qui l'avaient arrêté , et ils résolurent de l'amener à l'écart pour l'examiner avec plus d'attention. Ils ne cherchèrent pas long-temps sans découvrir des papiers écrits de la main d'Arnold , que le major avait cachés dans ses bottes , et qui étaient relatifs à la défense et aux forces du fort de West-Point.
Aussitôt que les soldats Américains eurent fait part de cette découverte aux autorités compétentes , elles dépêclièrent sur-le-champ au général Wasingthon , pour l'informer de ces faits , et le major André écrivit en même temps au généra! Arnold , pour sr plaindre de ce qu'on l'avait arrêté, et de ce qu'on le détenait prisonnier. Par suite de quelque méprise du messager qui portait les dépêches au général Wasinghlon , Arnold fut instruit de ce qui
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se passait quelques momens avant que l'avis en fut parvenu à Washingthou. Aussitôt qu'il eut lu les lettres, il monta sur le cheval du messager, et descendit au galop une pente rapide qui le conduisit au bord de la rivière. Il sauta aussitôt dans un des bateaux qui étaient toujours prêts en cet endroit, et ordonna aux rameurs de descendre la rivière et de le conduire à bord du Vautour. Dans cet intervalle , le général Wasingthon avait reçu ses dépêches; et à peine Arnold avait-il passé les pointes de Stoney et de Verplanck , quand le colonel Hamilton arriva dans ce dernier lieu avec ordre de l'arrêter.
C'est le 23 septembre , que le major André fut fait prisonnier ; et le 29 du même mois , un Conseil d'officiers généraux , nommés par Wasingthon , déclara que le major André , adjudant-général dans l'armée Anglaise , devait être considéré comme espion, et le condamna, en cette qualité , conformément aux lois delà guerre , à subir la peine de mort.
On objecta contre cette sentence, qu'André ayant été reçu dans le camp des Américains , comme parlementaire 5 et sur la demande du
général Arnold , comnnandant du district , il avait eu droit à lui demniid(?r un passe-port et un sauf-conduit pour son retour. La sentence aurait été annulée, si les An^ilais avaient consenti à remettre Arnold entre les mains des Américains ; mais le général de l'armée royale ayant refusé d'adhérer à cette demande, André fut exécuté le 'a octobre 1780, à Tappuîij autrement appelé Orangeloivn, où ses dépouilles mortelles furent péposées.
Ainsi périt à la Heur de l'âge, et au milieu de sa carrière , un brave et infortuné militaire, doué de tous les dons de la nature et de l'éducation, admiré et estimé de ses compatriotes ; victime de son zèle ardent pour la gloire et le bonheur dfe son pays , et d'une ambition louable, qui le faisait courir après de nouveaux lauriers. Par une réminiscence bien honorable à la mémoire de ce brave ofTicier, le gouverne ment Britannique a fait, il y a j)ou de temps, transporter ses restes en Angleterre, où ils ont été placés dans les souterrains destinés aux tombeaux de la linnlle royale. Quand la tombe lut ouverte, en Amérique, on trouva la tète du jeune héros entourée des rnrincs d'un cy-
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près qui croissait à côté. Cet arbre a;dit-on , été transporté en Angleterre, et embellit le jardin particulier de Georges IV.
Parmi les objets qui attirèrent mon attention dans ce voyage, je dois citer la chaîne de montagnes appelée Flshklll, ou simplement les Hautes telles. Elles se prolongent sur les deux rives de l'ITudson , l'espace d'environ vingt milles , et ont , dans quelques endroits , seize milles de profondeur. La plus haute de ces montagnes a environ i56o pieds d'élévation. Sur la côte Sud , à l'entrée de ces montagnes, en venant de New-Yorck, on voit le vieux fort de V erplanck: s-Point, et sur la rive opposée 5 celui de Stoney-Point. A dix milles plus avant , sur la rive septentrionale de l'Hudson ^ est le fort Montgomery. Pendant tout ce trajet , les tableaux les plus variés captivèrent tellement mon attention , que j'arrivai à New- Yorck , sans avoir éprouvé le moindre ennui, et, pour ainsi dire, sans m'étre aperçu quo j'étais en voyage.
A notre descente du bateau , je m'informai où était V Hôtel de la Cité , et m étant procuré un porteur pour mon bagage , je m'y rendis
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avec un de mes compagnons de route. Dans les rues, par lequelles je passai, je remarquai avec plaisir une grande apparence de propreté et d élégance dans les bâtimens. Les maisons sont, en général., construites en briques et peintes en rouges avec des lignes blanches sur le mortier qui les unit.
L'Hôtel de la Cité est un fort vaste bâtiment de cinq étages. 11 contient soixante -treize chambres. C'est le meilleur hôtel de la ville, et il est fréquenté par les personnes les plus considérables du pays. La salle à manger est grande, commode et bien meublée. Mais les chambres à coucher , comme presque toutes celles de l'Amérique^ ont des lits sans rideaux et des draps en toile de coton : elles sont sous tous les autres rapports , absolument dénuées de meubles , et fort inférieures à celles qu'on trouve dans les plus modestes auberges de l'Europe.
Tout le monde se réunit à des heures fixes pour les repas : le déjeuner à huit heures ; le dîner à deux heures après midi ; à sept heures le thé ; et le souper à onze heures du soir. Les comestibles sont de fort bonne qualité à l'ex-
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ception des végétaux, qui sont d'une qualité médiocre , peu abondans , et qui généralement manquent dans le pays. Là , comme dans tous les autres lieux des Etats-Unis, où j'avais passé , chaque convive se sert lui-même. Il indique au domestique le plus à sa portée le plat qui lui convient , et se le fait apporter. Avant d'avoir vu cet usage pratiqué à New-Yorck , je m'imaginais qu'il était seulement particulier aux auberges où je m'étais précédemment arrêté ; mais je suis maintenant convaincu qu'il est général sur le continent Américain. La dépense pour la table et le logement est de dix dollars par semaine : le vin et toute autre espèce de liqueurs se paient séparément. Ce serait envain que vous attendriez pendant votre dîner un verre d'ale ou de bierre : on n'y sert aucune boisson de cette espèce ; on y boit généralement de l'eau mêlée avec des liqueurs spiritueuses : pour en obtenir, il faut appeler le garçon, lui dire son nom et le numéro de l'appartement qu'on occupe dims l'hôtel , et lui donner l'ordre de vous apporter à boire. îl transmet cet ordre
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au comptoir ; alors l'on vous apporte l'espèce et la quantité que vous avez, demandées.
Les Américains ont à peine avalé le dernier morceau , qu'ils quittent la table ^ sans aucun égard aux règles de politesse et d'étiquette qu'on observe en Europe , et qu'ils regardent comme destructives de la liberté et de l'indépendance. Ils se rendent immédiatement dans la salle commune pour y fumer leur cigarre.
Les édifices publics delNew-Yorck sont nombreux ; mais tous sont construits d'une manière fort simple, etaucun ne mérite unemention particulière, si ce n'est l'hôtel-de-ville , bâtiment vaste, d'une architecture élégante et construit en marbre blanc. Cet édifice est consacré à l'usage du Conseil commun , des cours de justice et des divers bureaux attachés à ces départemens. 11 y a aussi plusieurs npparternens pour la commodité des membres de c^s> tribunaux ou administrations. J'assistai à une audience d'une des cours de justice : je fus fort étonné de voir les juges , les conseillers^ les jurés et les spectateurs tous vêtus de la même manière. Il me semble ([^^e celte uniformité de costume, w^ fracs et ces redingotC"^ . qui
ne permettent pas de distinguer les magistrats et les gens de lois des autres assistans , font perdre aux premiers une partie de la condition et du respect auxquels leurs lumières et leur sagacité leur donnent des droits.
Si Ion peut juger des sentimens religieux des habitans de New-Yorck, par le nombre des édifices consacrés au culte divin , nous devons en avoir une très-haute opinion ; il y a dans cette ville quatre-vingt-deux églises ou temples de diverses sectes. Mais ma résidence, dans ce pays, a été trop courte pour que j'aie pu apprécier l'état de la morale et de la religion chez ses habitans.
Plusieurs écrivains ont reproché à la ville de Nevr-Yorck , la malpropreté de ses rues. Quant à moi , pendant mon séjour ^ je les ai trouvées , au contraire , extrêmement propres. Je n'ai renj arqué rien de désagréable dans son enceinte , si ce n'est la liberté accordée aux cochons de parcourir la ville. Les boutiques dans les rues principales et spécialement dans Broadway , m'ont paru disposées avec goût, et présenter un aspec^ aussi agréable que varié. On a au8si représenté les bourgeois de INcw-
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Yorck , coQiinc fort négligés dans leur tenue. Ils m'ont paru , au contraire, fort recherchés clans leur costume , et je n'ai vu ni dans Porlland'Placc . ni dans aucun des autres lieux où se réunit la bonne compagnie , de gentlemen plus élégamment vêtus et d'un extérieur plus agréable. Ils ont la taille haute et élancée : mais ils sont, la plupart, mal faits. Ils diffèrent en cela des dames qui , quoique assez grandes , ont généralement la taille et les formes fort élégantes. En revanche ils l'emportent sur le beau sexe par la couleur de leur teint : les femmes y ont généralement la peau jaune , ce qui leur donne un air malade et le regard triste. Les (lames se promènent , dans les rues , seules : rarement on les voit accompagnées de quol- (pic cavalier, J'ai remarqué en général dans loute l'Amérique , que les hommes n'ont pas pour les dames cette attention (^t cette courtoisie qui distingent les Européens. Peut-être celte absence de galanterie tient-elle à leurs idées iViiulcpcniLan.ce et de liberté; ou bien à ce qu(î j)ics(j[uc tous les hommes occupés d'aflairos commerciales ou politiques , n'ont pas Ir tcnq-)s do chercher à plaire, nuoi^piil en
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soit , on peut dire que sous ce rapport , les Américains sont fort en arrière de nous.
Les principaux lieux destinés aux amuseinens publics , sont le théâtre et les jardins du WauxhalL Le théâtre est un bâtiment d'une agréable simplicité : les décorations et les embellissemens n'ont rien de bien recherché , mais sont supportables. 11 y a dans la troupe dramatique, plusieurs comédiens anglais , qui sont écoutés avec plaisir et dont on apprécie le jeu. Les jardins du wauxhall n*ont , avec ceux de Londres , de commun que le nom; et la comparaison n'est pas en faveur de ceux de New-Yorck.
La prison publique est un vaste bâtiment d'architecture dorique. îi est situé, à environ un mille et demi de la ville, sur une hauteur, dans un lieu qu'on appelle Greenwich , près des bords de l'Hudson. On ne reçoit, dans cette prison, que les individus condamnés à plus de trois ans de détention. Ceux qui doivent subir une moindre peine sonjt placés dans des prisons d'un ordre inférieur. Les prisonniers soiit vêtus et nourris dans rétablissement. On les em- ]>loie pendant la durée de leur réclusion , à des
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travaux pénibles. Dans le cours de l'aimée 181 4, il entra dans la prison de Greenwich , deux cent treize condamnés , dont 1 ^5 Américains , i5 Irlandais^ i5 Anglais, 5 natifs delà Nouvelle-Ecosse , 5 des Indes-Occidentales , un Français , un Allemand , un Portugais , un Suédois, un Hollandais et un Ecossais. Cette énumération de condamnés dans l'espace d'une année , prouve en faveur des Ecossais , bien plus que ne pourrait le faire un grand nombre de volumes. En effet , le nombre des Ecossais établis dans l'état de INew-Yorck est b<='aucoup plus considérable que celui des Anglais et des Irlandais réunis. On doit attribuer cette différence aux excellens principes moraux et religieux que les Ecossais reçoivent dans leur enfance.
Je craindrais d'être inexact, si je donnais des détails plus étendus sur les babitudes , les mœurs , le commerce et la législation de 1 ctnt de New-Yorck. Ma courte résidence dans ce [)ays,ne m'a pas })ermis de m'instruire complètement sur ces divers points. Je me suis borné A dire ce j'ai vu et cv qui m'a plus jiarticulièremcnt frappé.
Après deux mois d'absence , je rentrai dans le Canada : je revis l'établissement de mon père. Je me retrouvai dans le sein de ma famille avec ce sentiment de plaisir qu'on éprouve à revoir des objets qui nous sont cliers et avec lesquels l'on vit dans cette douce intimité 5 dans cette parfaite union , qui font le charme de la vie domestique.