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la faire subsister, il ne peut trouver de l'emploi.
: Tantqu'on n'aura pas trouvé le moyen d’adoucir
la situation vraiment affreuse du paysan irlandais, ou, pour parler plus clairement, d'améliorer sa condition civile et morale, d'éclairer son esprit et de nourrir son corps; vainement des soldats se présenteront dans sa demeure pour le contraindre à l’obéissance à des lois que sa pauvreté seule le fait violer; vainement des agens de police lui interdiront de respirer l'air rafraichissant après le coucher du soleil : le besoin impérieux parlera plus fortement à son âme; il se soulèvera contre l'oppression; il maudira des lois qui Ini paraissent uniquement destinées à l'enchaîner et à le réduire à la pauvreté et à la plus affreuse misère.
Quant à moi, lorsque je considère l’inmense population de l’frlande , lorsque je réfléchis sur ce qui pourra arriver si cette population s'accroît pendant les trente années que nous allons parcourir dans la même proportion qu'elle s’est accrue dans les vingt-cinq années qui viennent de s’écouler, il me semble impos-
. Sible qu'une pareille masse d'hommes puisse
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resserré pour le nombre de ses habitans et qui est uniquement propre à l’agriculture. Si un pareil accroissement a lieu comme il est probable , on aura dans trente ans une population de 14,000,000 âmes. Il faut donc nécessairement prendre quelques mesures pour prévenir une pareille surabondance. Quelques personnes pensent, et je partage cet avis, que l'extension de la colonisation est l'unique moyen de prévenir les malheurs qui peuvent résulter de l'accroissement d’une population déjà mécontente et nombreuse. Le Canada est une contrée qui offre à des millions de ces paysans malheureux un asile sûr et commode. Dans la dernière session du Parlement Britannique, il fut dit par M. Wilmot Horton, qu’on avait calculé que , pour transporter un homme en Canada, l'y établir, le pourvoir d’une vache et des provisions nécessaires à sa subsistance pendant un an, il fallait seulement trente-cinq livres sterling ; que le transport d’une femme coûterait vingt-cinq livres et celui de chaque enfant au-dessous de 12 ans, 14 livres : prenant un terme moyen 24 livres sterling par tête. Quelque modéré que ce cal-
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LÉTTRE XXXIV. 199
cul puisse paraître, je sais par ma propre expérience qui est lemeilleur juge en toutes choses, quela moitié de cette somme est suffisante pour remplir le: but. indiqué ; il est évident, d’après les calculs que j'ai faits et dont j'ai donné plus haut le résultat, qu'une famille de cinq personnes peut être transportée, établie et pourvue des provisions nécessaires pour un an, de deux vaches et d'une paire de bœufs, pour environ soixante livres sterling. Il faudrait une somme moindre pour exécuter le plan tel que Fa proposé M. Horton.
Les pauvres émigrans qui arrivent maintenant en Canada , et qui n'ont d'autres ressourçes que leur travail, non-seulement, ont à souffrir des fatigues et des difficultés sans nombre ; mais encore ils deviennent souvent un pesant fardeau pour les habitans de Québec et de Montréal. Pendant l'hiver de 1819 à 1820, je crois qu'environ cinq cents émigrans furent nourris dans ces deux villes par les secours de la charité publique ; plusieurs autres se répandirent de côté et d’autre dans les. campagnes où ils n'eurent pour subsister, pendant un hiver
très-rigoureux, que ce qu’ils purent obtenir.
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par leurs sollicitations. A l'époque où les individus de cette classe arrivent en Canada, le modique capital et les provisions qu'ils ont destinés à faire la traversée de l'Océan atlantique sont ordinairement épuisés ; accoutumés dans leur patrie à entendre vanter le Canada et les avantages qu'on y trouve, ils espèrent se procurer facilement une existence commode, quoiqu'ils ignorent absolument les moyens d'y parvenir. Dans cette idée, ils prennent pour quelques jours des logemens dans la ville , ou dans les faubourgs ; ils apprennent par leurs rapports avec les habitans qu'il est presqu'aussi difficile d'obtenir du travail en Canada, que dans plusieurs parties de la Grande Bretagne. Mais fortement imbus des idées qu’ils ont apportées d'Europe , ils suspectent d’abord la vérité des renseignemens qu'on leur donne.
Bientôt une funeste expérience vient les convaincie : après avoir vainement cherché à se procurer du travail, ils sont à la fin réduits à solliciter la main glacée de la charité, pour sortir de la situation malheureuse qu'ils étaient loin d’avoir prévue, et à laquelle ils ne peuvent croire que lorsqu'ils sont réduits au dernier degré de
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la misère. Ils obtiennent alors un secours temporaire ; Mais on ne doit pas espérer que les habitans d’une ville peu étendue, dont un grand nombre ne vivent eux-mêmes que du produit de leur travail, puissent donner des secours suffisans à tous ceux qui chaque jour sont forcés de recourir à cette voie. Pouréviter cette pénible situation aux pauvres émigrans , on doit leur conseiller de se diriger aussitôt après leur arrivée, s'ils en ont les moyens, vers le Haut Canada , où le travail ne manque pas et où l’on peut se procurer à moins de frais le logement et la nourriture. Il faut , ilest vrai, de l'argent pour le voyage et la plupart d’entr'eux sont réduits à vendre leurs lits, leur linge de ménage et jusqu’à leurs propres vêtemens : arrivés dans le Haut Canada , ils louent à d'anciens colons ceux de leurs enfans qui sont en état de travailler ; les femmes qui ne sont pas surchargées d’une famille nombreuse et en bas âge, sont employées à filer, etc. , pendant que leurs maris se dirigent vers York pour obtenir du gouvernement une concession de terre. Après beaucoup de difficultés et de dépenses , et après un délai ridicule , puisqu'il
est sans objet et sans motif, chaque émigrant obtient cinquante acres de terre , dans un territoire éloigné et souvent entièrement désert.
L'émigrant va immédiatement visiter sa nouvelle propriété; mais refroidi par son aspect sauvage , il revient promptement auprès de sa famille, presque toujours résolu à ne pas y faire une seconde visite. Heureusement des hommes plus expérimentés lui conseillent de conserver son billet de concession, et de travailler à gages chez quelque fermier en attendant qu'il puisse se procurer les moyens ‘de cultiver son propre fonds. El est généralement assez prudent poursuivre cet avis; et après avoir passé deux ans dans la dépendance , il convertit le produit de ses gages en marchandises , en grain , en bétail, etc.
Ayant alors fait un assez long séjour sur le continent américain pour yacquérirdes notions d'indépendance, il éprouve le plus vif désir de mettre son domaine en culture afin: de devenir maître et propriétaire d'une terre libre. On rassemble les fruits du travail de la femme et des enfans, et après les avoir convertis en denrées et en autres objets d'utilité première , la
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LETTRE XXXLV. 203
famille réunie se dirige vers la forèt déserte. Bientôt on a construit une cabane , et on entreprend avec ardeur la pénible tâche du défrichement. En général les moulins sont fort éloignés des nouveaux établissemens, et comme la plupart des Colons de cette classe n’ont ni bœufs, ni chevaux, ils sont presque toujours obligés de porter leur grain sur le dos jusqu’au moulin le plus voisin qui est quelquefois à 20 milles de leur habitation, mais toujours à quinze ou dix milles au moins. Quand les provisions sont sur le point d'être épuisées , le père est forcé d'aller de nouveau travailler dans quelque ancien établissement pour y gagner des provisions nouvelles qu'il rapporte sur son dos à la famille nécessiteuse. Il résulte de là que la première et quelquefois même la seconde année de sa résidence dans son domaine , sont presque infructueuses pour lui. L'espoir d’une future indépendance peut seul lui faire supporter les fatigues de tant travaux pénibles. Si pourtant il ne lui survient pas de maladie ou d’autres fâcheux accidens , il s'élèvera dans le cours de la seconde ou de la troisième année au-dessus de la misère ; la culture de son
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domaine ayant fait quelques progrès, il sera délivré du fardeau le plus accablant, celui d'aller travailler chez ses voisins pour gagner de quoi faire subsister sa famille. Elle a maintenant le pain assuré. Avec le fruit de ses précédens travaux , il s'est procuré deux ou trois vaches. Mais il lui faut une paire de bœufs, pour compléter son établissement : il est donc obligé de quitter encore sa maison pendant une année, au bout de laquelle, il revient avec un bel attelage de labour et quelques autres instrumens d'agriculture qui lui sont également nécessaires.
L'émigrant s'est donc procuré, à force de travaux, de fatigues et de soins, les objets de première nécessité pour la culture de son domaine. Mais sa femme et ses enfans sont dans un état voisin de la nudité absolue. Les vêtemens qu'ils ont apportés d'Europe sont devenus de misérables haillons, et ils n'ont aucun moyen d'en acheter. Le produit de la ferme est encore à peine suffisant pour leur consommation; et si eile leur donne quelque superflu, ils trouveront difficilement à faire l’échange de cetexcédant, contre des étoffes ou du
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linge , dans les établissemens nouveaux ; parce que les marchands se fixent rarement dans les partics du pays qui ne sont pas habitées depuis long-temps. Les nouveaux colons sont donc obligés de cultiver du chanvre avec lequel ils pourront fabriquer eux-mêmes le linge nécessaire à leur usage ; mais jusqu’à ce que cette culture leur ait donné quelque produit, la femme et les enfans doivent se résigner à imiter jusqu’à un certain point les Indiens leurs voisins. On voit quelquefois dans les nouveaux établissemens, un grand nombre d'enfans dans un tel état de nudité que s'il restait quelque pudeur aux parens, ilne leur permettraient pas de paraître devant les étrangers. Et pourtant! à peine vous mettez le pied dans une cabane canadienne, tous les habitans se présentent à vous dans cet appareil, sans sc douter du désagréable effet que produit ce rebutant spectacle sur ceux qui vont les visiter.
Malgré tant de motifs de découragement; un homme industrieux, s’il ne s’'adonne pas à la boisson, parvient presque toujours, au bout de cinq ou six ans de travaux , à se placer lui et
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