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d’une partie de la ville, et revinrent dans la rue Saint-Paul. Jusque-là, tout s'était passé assez paisiblement; mais arrivé près du magasin d'habits du sieur Wragg , le cortège fut accueilli par le chef des constables , suivi de ses mirmidons, et reçut l'injonction de se séparer. Le mot bâton, énergiquement répété , fut la seule réponse à cette sommation. Découragés par cette parole trés-significative, Îles compagnons du constable s'ouvrirent à droite et à gauche , et laissèrent passer la menaçante colonne. Elle continua sa route par la rue St.- François, jusqu’à l'hôtel de la banque du Canada, où le guet se présenta, et somma de nouveau le cortège de se séparer ; il reçut Ja même réponse. Alors les gardiens de nuit se jetèrent au milieu de la foule, et arrétèrent à droite et à gauche ceux qui leur tombèrent sous la main : il s'ensuivit un violent combat ; l'on joua de part et d'autre des bâtons ; les sabres de bois frappèrent les baguettes des constables, sans respect pour la marque royale:
les coups furent distribués avec profusion, et les cris des combattansretentirent au loin: bientôt la supériorité du nombre décida la victoire.
252 LETTRE XXXYII.
Les gardes de nuit, après une courageuse résistance, prirent la fuite : les uns se retirèrent prudemment dans leurs maisons ; les autres, plus courageux, se replièrent sur leur corps-degarde. Les vainqueurs les poursuivirent jusqu’à la porte de cette forteresse, et ayant appris que quelques-uns des leurs pris en flanc par l’arrière-garde ennemie, avaient été amenés prisonniers , ils envoyèrent un parlementaire pour demander leur liberté. Mais la vaillante garnison qui avait repris courage dans sa citadelle, répondit par un refus, et se prépara à une vigoureuse résistance. Malheureusement le chef constable , ce redoutable personnage, premier auteur de l’aggression, qui était entré dans le corps-de-garde par un poterne, afin d’encourager sa troupe , ayant avancé la tête pour reconnaître ce qui se passait à l'extérieur, fut reconnu par les assiégeans , qui poussérent à l'instant un cri effroyable d'hostilité. Aussitôt ils firent avancer une grosse poutre qu'ils employèrent en forme de bélier , pour enfoncer la porte : les morceaux de bois, les boules de neige et d’autres projectiles de la même nature, furent employés avec profusion, pour
seconder les efforts du bélier. La porte ne put résister À tant d’attauies, et fut bientôt mise en éclats. Les assiégés se replièrent dans une arrière cour : poursuivis dans ce dernier asile, ils ne durent leur salut qu'à leur agilité, à franchir un mur de palissades, qui les mit à l'abri de la poursuite des vainqueurs. Les prisonniers furent ramenés en triomphe, et les charivarites , après avoir fait encore quelques tours dans la ville, se dispersèrent. Le lendedemain de cette scène tumultueuse , il fut tenu une session spéciale des magistrats, qui fit publier une proclamation pour défendre les charivaris, et pour inviter toutes les personnes bien intentionnées à se joindre au corps municipal , et à l'aider à dissoudre le rassemblement , s’il se formait de nouveau. Cela n’empêcha pas une réunion plus nombreuse que celle du jour précédent, de se présenter, sans rencontrer d'obstacle, à la porte des époux. Peut-être serait-il arrivé quelque évènement sérieux , si le nouveau marié n’eût sagement pris le partie de se montrer à une fenêtre et de capituler. Enfin, le cinquième jour, la société des dames bienfaisantes reçut cin-
quante livres sterling , qui vinrent ajouter aux œuvres de charité que faisait chaque jour la veuve remariée. Ainsi se termina ce charivari ; il était composé principalement de marchands et d'artisans de diverses professions ; mais il fut ensuite grossi par une foule d’autres personnes , attirées par la nouveauté du spectacle et par le désir de s'amuser. Plusieurs individus furent néanmoins arrêtés.
Je ne terminerai pas cet article sur le Bas- Canada , sans vous assurer que dans les établissemens ruraux de cette province, quoique les habitans soient, en général, dépourvus d'éducation, et privés des moyens de se la procurer , j'ai trouvé plus de bonheur réel, plus de véritable politesse , un plus grand respect pour la religion, et une plus grande union entre eux que dans aucun des pays que j'ai parcourus. C'est à l’agriculture qu'ils doivent cette heureuse existence. Quiconque voudra voir la vie rurale et la félicité qu’elle procure dans leur perfection, doit aller visiter la demeure d'un Canadien-français. Moimême, si je pouvais bannir de mon cœur les doux sentimens qui m 'attachent à ma terre natale, si
je pouvais oublier les amis dont l'Océan me sépare , je construirais une demeure champêtre au milieu des modestes cabanes du Bas- Canada : dans cet heureux séjour , exempt de soucis et d'inquiétudes, je passerai doucement ma vie au sein du repos, au milieu d'un peuple doué des vertus sociales, livré à d’innocens amusemens, et dont tout l'extérieur annonce le bonheur et la gaieté.
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