EE
bi pl:
Eh > î
au centre est une place carrée où sont situés le palais de justice ct lesautres bâtimens occupés par les administrations publiques. Ce village est supérieur à tous ceux que j'ai vus soit en Europe, soit en Amérique. En Europe, on attache une idée de pauvreté au nom de village: il en est tout autrement en Amérique : les villages offrent partout les mêmes apparences d'industrie , de richesse et de goût , que les cités.
On a découvert, il y a peu de temps, à une courte distance de Canandargua une source fort curieuse que l’on appelle {a source brûlante. L'eau sort des flancs d’un ravin profond ct présente sur sa surface une flamme rouge qui, sitôt qu'on en approche du bois, ou toute autre matière combustible, produit immédiatement une grande clarté. L'eau de cette source est à la même température que l’éau potable ordinaire, et n'a aucune odeur, ni aucun goût particulier.
Le premier village que nous rencontrâmes ensuite sur le chemin de New-York est Auburn , situé à l'embouchure du lac Owaseo. Ce village contient 1200 habitans et 300 maisons , outre un grand nombre de moulins et de manufac-
és le 1pés cest pe, une ) est
ages dus-
une 1rce nle.
préqui, uie liacite au ni
nes rh , age tre
tures. Ï1 y a aussi une prison destinée à recevoir lescondamnés, etunséminaire pour l'étude de la théologie. On croit généralement que le voisinage du canal qui passe à sept milles au nord de ce beau village, retardera son accroissement, et même occasionmera sa prochaine décadence.
La plupart des passagers qui étaient à bord du bateau de Rochester à Utica, étaient ‘es citoyens de New-Yorck , parmi lesquels étaient MM. Waringetliorton,respectables négocians de cette ville, et un jurisconsulte qui nous dit lui-même se nommer e conseiller Childe. Après les premiers momens de la route, lorsque les iicux communs de la conversation entre étran-
gers furent épuisés , l'entretien se tourna natu-
rellement sur la politique et sur les intérêts civils et militaires des principaux états : des choses on en vient ordinairement aux personnes ; des événemens publics qui ont eu liet aux hommes qui en ont été les instrunens.
Ainsi à l'occasion de la dernière zuerre, 0:
vint à parler du fameux général Jacksox. Dans le cours de la discussion sur les qualités et ie
mérite de cet officier, on m'interpel'a sur l'opi-
nion que l’on avait de lui dans le aut-Canada. Je répondis qu'il n'était pas en grande faveur parmi les habitans de cette contrée et j'offris de leur raconter une anecdote qui leur prouverait la vérité de ma remarque : le mot anecdote parut faire un effet merveilleux sur les nerfs de mes auditeurs, et tous écoutèrent en silence mon récit. « Il y a quelque temps , » Messieurs , leur dis-je, un citoyen des États- » Unis vint dans le Haut-Canada avec une » fort belle collection de figures de cire qu'il » exposa à la curiosité des habitans d’Yorck. » Dans le nombre des héros américains dont » les figures se trouvaient dans cette collection, » était celle du général Jackson ; aussitôt que » les habitans d’Yorck furent instruits de cetie » c'rconstance, la considération que l'on avait » pour ce personnage détermina à députer » auprès du propriétaire quelques personnes » pour acheter le portrait de cette Excellence. » Quand on sut le prix qu'il en demandait,
» une souscription fut ouverte et chacun s'em- » pressa d'y concourir, en sorte que la somme » nécessaire fut bientôt réunie : elle fut aussi- » tôt remise au propriétaire des figures ; et le
» général Jackson enlevé de l'honorable com- » pagnie où il se trouvait , fut remis entre les mains de quelques vigoureux Canadiens, aux acclamations unanimes d'un grand nombre de spectateurs. Mais dans quelle vue, et à quelle intention pensez-vous qu'on eùt acheté cette figure ? Était-ce pour la placer » dans quelque lieu bien apparent de la cité où » elle aurait reçu les hommages de ses admi- » rateurs ? non: on était dans l'été et les rayons » du soleil l’auraient eu bientôt fondue. Une nuit » fut donc assignée pour célébrer le triomphe du » héros; et à l'heure indiquée , il fut amenésur » le lieu de la fète , élevé au bout d'un grand » bâton et brûlé à la vue de tout le peuple. »
La plupart de mes auditeurs rirent beaucoup de la conclusion de imon histoire ; mais M. le conseiller Childe , que j'ai su depuis être un fougueux républicain et de plus un déiste, fut fort scandalisé du sacrilége commis par les Canadiens, et plus encore de voir ses compatriotes en rire. Il dit qu'il ne pouvait comprendre comment des hommes qui jouissaient de l'indépendance que ce grand el magnanime héros (le général Jackson } avait si puissamment
contribué à maintenir, pouvaientoublier l'estimable bienfait qu'ils devaient à sa valeur, et entendre gaiement le récit des insultes faites à son nom. Le conseiller mit tant de chaleur dans cette discussion, que ceux qui paraissaient le plus disposés à le contredire, crurent qu'il était plus prudent de céder et de laisser M. Childe faire l’apothéose de son héros , plutôt que d'exaspérer son caractère qui était naturellement bon. Nous cûmes , dans la suite, l'occasion de nous convaincre que c'était un homme d’un esprit agréable , bon compagnon, et nous lui donnâmes le plaisant sobriquet de général Jackson, qui lui demeura rendant tout le reste du voyage. La contestation de A. Childe et ses compatriotes qui d’ailleurs avaient, comme Jui, une haute idée des prouesses militaires de Jackson, portait sur les prétentions de re général à la présidence des Etats-Unis. Personne, à l'exception deM. Childe, ne voulait lui reconnaître les qualités nécessaires pour cet éminentemploi. MaisM. Childe paraissait prendre à tâsue et regarder comme l'affaire la plus importante de sa vie de proner l’universalité des talens de son personnage favori.
Quoique Utica contienne plus de 4000 habians, on ne l'appelle pas moins un village. 11 est situé sur le rivage sud de la Mohawk, ct près du lieu où était autrefois le fort Schuyler. C'est un lieu très-commerçant , et on ne doute pas qu'il ne prenne un accroissement rapide en population et en richesses. Le canal qui traverse ce village, et plusieurs autres avantages dont il jouit, concourent à en faire un des lieux les plus favorables au commerce dans l'état de New-Yorck.
Je montai, à Utica, dans une diligence avec MM. Waring et Horton, pour aller aux sources de Ballston et de Saratga , À environ 8o milles. Dans le cours de ce voyage, où l’on suit presque toujours les bords de la Mohawk, nous eùmes la vue de la délicieuse vallée, appelée le Herkimer et les Plaines Allemandes ; vallée qui fut autrefois le théätre de la guerre ct du carnage , et qui est aujourd’hui couverte de toutes les beautés et de tous les trésors de ja culture.
À peu de distance de Schenectady, on à construit un beau pont sur la Moawk: il 097 pieds de long, et est fortifié. Sckenectad)
ést une des plus anciennes villes de l'Amérique. Elle fut brûlée par les Indiens en 1680, et à souffert beaucoup d'un second incendie en 1819. Le collège de l'Union est le principal édifice public : il est construit entièrement en briques. Il n'était pas tout-à-fait achevé quand je l'ai vu. Deux cents jeunes gens font leurs études dans cet établissement : ils paient annuellement 130 dollars , environ 29 liv. sterl., et 15 schellings.
Schuylersville , petit village , qui ne contient que quarante maisons, est célèbre comme la résidence de Philippe Schuyler, écuyer, fils, je crois, du dernier général Schuyler ; mais il est encore plus célèbre comme le lieu où le général Burgoyne se rendit à l’armée Ainéricaine au mois d'octobre 1757. L'endroit même où il mit bas les armes, est remarquable par les ruines d'un petit retranchement , et est montré par les Américains aux étrangers, avec un sentiment d'orgueil qu'ils sembient vouloir faire partager aux Anglais même. J'avoue qu'en voyant cette place, je n'ai pu me défendre d'une vive émotion , mais qui n'avait rien de commun avec l'air triomphant que
que.
et à e en cipal nt en uand leurs | anterl.,
tient me la fils, ais il où le mérinême e par pt est avec youvoue
déavait
que
montrent les Américains. À six milles de Schuylersville, est la maison où mourut le général Fraser, blessé dans une des actions qui précédèrent la reddition de Burgoyne, et à peu de distance, la colline où il fut enterré pendant que les deux armées se battaient; le bruit de l'artillerie accompagnait les chants funèbres, et les boulets tombaient au milieu du cortège. Cette maison, alors occupée par la baronne de Reidsell, femme d'un des officiers supérieurs de l’armée anglaise , est aujourd'hui une taverne.
Le premier endroit que nous visitâmes , après avoir quitté Schuylersville, fut Saratoga , lieu fameux , principalement par ses nombreuses sources minérales , et comme rendez-vous de la bonne compagnie pendant l'été. Lorsque j'arrivai à Saratoga, la saison était avancée ; la plupart des étrangers s'étaient retirés ; cependant il y avait encore un assez grand nombre de voyageurs dans toutes les auberges. Je
. descendis à l'hôtel du Congrès, qui est le plus . considérable : il consiste en un beau bâtiment
de deux étages; son front a 196 pieds d’étendue ; et les deux ailes, placées aux extrémités, Toue IL 10
em À, M 274 VOYAGE
ont soixante pieds de profondeur. Sur le devant de l'hôtel, cst une très-jolie place ,; qui communique à un fort beau jardin et à un petit buis de pins, dépendant de l'établissement. On dit que cet hôtel peut recevoir et loger commodément deux cents personnes , qui toutes déjeunent, dînent et soupent à la méme table. Vingt domestiques au moins y sont continuellement occupés au service des étrangers. Dans cette terre de liberté et d’indépendance, un homme comme il faut ne daigne pas prendre la peine de découper un plat; ce qui rend le service des domestiques, pendant les repas , extrêmement pénible. L'usage à table, dans les parties des Etats-Unis que j'ai visitées, est que chacun des convives, au moment où il est assis, porte les yeux à droite et à gauche, pour découvrir le plat qui lui convient le inieux; il l'indique aussitôt à un domestique, qui Jui apporte le plat devant lui, et après qu'il s’est servi un morceau de son choix, va le replacer au lieu où il était. Cet usage entraine beaucoup de confusion.
Pendant tout le repas, on n'entend que les cris : garcon portez-moi ceci ; garcon porlez-
de-
qui \ un
isseir et nes , à la ins ÿ » des d'int ne Tr un ques , L'usque , au roite i lui à un vaut u de tait.
siON.
e Îcs ‘lez-
moi cela ; en sorte que les domestiques et les mets sont dans un perpétuel mouvement. On n'observe dans ces maisons, même dans celles où se trouve la meilleure compagnie, aucune étiquette , ni cérémonie,
Un homme n'a pas plutôt achevé son repas, c'est-à-dire, satisfait son appétit, qu'il quitte la table , et va sur la place fumer un cigarre. Les Américains mangent extrèmement vite, et à peine un homme qui mange dérément et avec moins de précipitation , a-t-il eu le temps d'achever son diner, que la table cest déserte et desservie. Je n'ai parlé jusqu'à présent des étrangers qui se trouvaient à Saratoga, que comme s'il n'y avait eu que des hommes : je ne dois pas oublier de dire que beaucoup de dames vont aussi visiter ces sources ; mais peu , je crois, ywont à raison de leur santé. À l'hôtel du Congrès, il y en avait plusieurs à l'épocue où je m'y trouvai, et j'avais le plaisir de Jes rencontrer souvent le matin, à une source voisine qu'on appelle aussi {4 Source du Congres. Elles étaient dans l'usage de boire chaque jour une petite quantité d'eau; et comme elles me paraissaient maigres et décolorées, je crovais
LOST oo Lg Ke
Ie
NA <= — zu > O0 — Lu © a:
u = OR u z}
ù 2 À # ee CA SJ £ ê
qu'elles prenaient ces eaux comme remède contre la jaunisse ou contre quelqu’autre in-
commodité ; mais quand j'arrivai à New-Yorck,
je reconnus que presque toutes les femmes
avaient la même pâleur, sans que cela fût un signe de maladie.
À peu de distance de la source du Congrès, sur le revers Occidental d’une vallée qui borde à l’est le village de Saratoga , est une autre source qu’on appelle {a Haute- Roche. Le rocher dans lequel cette source est renfermée , est de forme conique ; il a neuf pieds de diamètre à sa base, et sa hauteur est de cinq pieds. L'eau ne s'élève à présent que jusqu'à deux pieds au-dessous du bord supérieur du rocher , ce qui, dans l'opinion commune, est attribué à la chûte d’un arbre, qui, en tombant, a fait une crevasse par laquelle l’eäu s'écoule , ce qui l'empêche de s'élever jusqu’à l'ouverture naturelle , comme elle le faisait primitivement.
La plupart des autres sources minérales qui ont rendu les environs de Saratoga si fameux et qui y attirent tant de monde, sont placées entre la source du Congrès et celle du Haut-
A NEW—YOBCK. 277
Rocher. Les deux principales sont celle d’Hamilton, et celle de Monroe. On y a construit des bains vastes et commodes, qui sont trèsfréquentés pendant l'été, plutôt par partie de plaisir que par raison de santé. Ces eaux sont cependant salutaires et efficaces dans un grand nombre de maladies.
Avant de continuer le récit de mon voyage à New-Yorck , je dirai encore quelques mots de la contrée, située entre Lewiston et Saratoga. Si on la compare avec le Haut-Canada, sous le: rapport des situations pittoresques, sans doute elle doit l'emporter. Le Haut-Canada est un pays plat ; et celui-ci est au contraire coupé par des collines et des vallées qui contribuent à varier l'aspect monotone qu'il présenterait dans son état actuel de culture. Mais si on les compare sous le rapport de la fertilité du sol, et des productions dont ils sont susceptibles , les terrains cultivés ou encore en friche du Haut-Canada auront certainement la préférence. Dans tout le cours de mon voyage, depuis la rivière de Niagara jusqu'à Saratoga , je n'ai pas remarqué un seul acre de terre qu'on puisse qualifier de terre excellente; je dois en
excepter cependant les fonds alluviaux de la rivière de Mohawk, dont j'ai déjà parlé. Partout ailleurs je n'ai vu«qu'un terrain léger et sablonneux, sans aucun mélange de cette matière végétale qui couvre la surface de toutes les terres du Haut-Canada. J'ai été souvent étonné , pendant mon séjour dans cette province, de voir émigrer un si grand nombre d’habitans de l'Etat de New-Yorck, pour venir s'établir parmi nous ; mais quand j'ai vu par moi-mêmé les nombreux encouragemens que reçoit l’agriculturé dans les Etats-Unis, j'ai dû reconnaître qne la raison qui déterminait les habitans de New-Yorck à changer de contréé, était la grande supériorité du sol du Haut-Canada sur le leur. La différence excessive dans le prix des terres péut êtré aussi considérée comme une cause déterminante de ces émigrations. Car, ainsi que je l'ai déjà dit, un acre de terre de mauväise qualité se vend huit dollars dans l'Etat de New-Yorck, tandis que pour deux dollars, et mêmé pour un, on peut acheter un àcre de terre de qualité bien supérieure dans le Haut-Canada. Téls sont , je.le répète, les heureux résultats des efforts que
font les Américains pour l'amélioration de leur pays.
D'après ce que j'ai vu des Etats-Unis, les avantages qu'ils présentent aux diverses classes d'émigrans sont si faibles, comparés avec ceux que présente le Canada , que je ne puis concevoir comment un homme qui à vécu dans la Grande-Bretagne ou en-frlande , peut concilier avec la prudence et le patriotisme, Ja préférence accordée. à une république ennemie ; à une république qui s’est soustraite à l'obéissance qu'elle devait à la métropole ; tandis qu'on peut trouver dans les colonies anglaises des privilèges beaucoup plus étendus , et de bien, plus grands avantages , indépendamment de la fertilité du sol, et du bas prix des terres. Quant à moi , je préférerais le pain de la pitié dans le Canada , au luxe et à l'abondance dans les Etats-Unis. Comment un véritable anglais, qui conserve quelque attachement pour sa patrie et pour les institutions libérales qui la régissent , pourrait-il vivre dans un pays, où, à moins qu'il ne se séquestre entièrement de la société des hommes, il ne pourra passez un jour sans entendre condam-
ner ce qu'il y a de plus appréciable dans la constitution de l'Angleterre , et vilipender les hommes d'Etat les plus respectables. |
Après quelques jours de séjour à Saratoga, je partis pour New-Yorck, dans la diligence , avec M. Waring, et deux autres habitans de cette ville : nous laissâmes M. Horton à Saratoga. Nous traversâmes les villages de Ballston, Waterford , Lansingburgk, et la ville de Troy. La situation de cette dernière ville est trèsbelle. Entourée, du côté de l’est , de collines et de vallons délicieux , elle est bordée à l’ouest par la rivière d'Hudson ; elle offre un aspect fort agréable : sa population est d’environ 8000 âmes.
Nous arrivâmes avant midi à 4/bany, capitale de l'Etat. de New-Yoncr. Cette ville est à six mille de Troy : quoique les rues en soient étroites et de peu d'apparence, on y trouve plusieurs bâtimens d'une construction élégante ; mais il y en a un assez grand nombre d'une structure particulière , qui rappellent au souvenir des spectateurs que les premiers habitans de rette Cité furent les Hollandais. Ces maisons sont presque entièrement construites
ns la r les
oga , nce , ns de Sara ston , roy.
tréses et puest spect iron
itale à six pient ouve élénbre t au ha- Ces ites
en bois ; le toit, en facon d’auvent, couvre totalement les balcons du second étage.
Nous nous embarquâmes à Albany . sur un beau bateau à vapeur nommé {le Chancelier Livingstone. La distance d’Albany à New- Yorck est de 160 milles : le prix du passage , y compris la nourriture et tout ce dont un voyageur peut avoir besoin , est de six dollars.
La rivière d'Hudson , sur laquelle nous navigâmes d’Albany à New-Yorck , a été citée par plusieurs voyageurs distingués comme la plus pittoresque et la plus magnifique rivière de toute l'Amérique. Mais je dois l'avouer , le St.- Laurent ,; à mon avis, a plus de droit à ces deux titres. Cependant, malgré ma prédilection pour le Saint-Laurent, prédilection qui tient peut-être à ce que j'ai vu ce fleuve majestueux avant celui d'Hudson, et à l'impression qu’a dû faire sur mon âme cette première vue , je ne puis me dispenser de reconnaître que l’'Hud-
“son possède des beautés qui lui méritent cette
réputation classique qu'il a obtenue, et qui l'a fait surnommer le T'ibre de l’ Amérique.
W'est- Point, (Pointe de l'Ouest), poste im-
202 YOYAGE portant occupé par l'armée Américaine pendant la guerre de l'indépendance, est situé sur la rive Occidentale de l'Hudson , près de l’entrée des montagnes. Ce village consiste en quelques maisons, et a de plus une Académie militaire construite dans une plaine assez vaste qui borde la rivière.
On ne peut nommer West-Point, sans se rappeler la fin tragique du anajor André.- Get infortuné jeune homme avait 29 ans lorsqu'il passa en Amérique. Il réunissait, au caractère et aux qualités sociales , les plus aimables des connaissances étendues qui lui avaient mérité l'entière confiance de ses chefs. Il était le favori déclaré de l’armée anglaise. Familiarisé avec l'étude des auteurs elassiques de l'antiquité , il possédait aussi dansune certaine perfection , les arts agréables : la peinture, la musique , la poésie. 11 avait, dans sa jeunésse , conçu un violent attachement pour une dame, à qui il adressait ses épitres sous lenom de Délia. I lui consacrait tous les momens qu’il pouvait dérober aux occupations nombreuses du négoce. Par elle, et par elle seule , il connaissait tour-à-tour {a douleur et la joie, l'espérance et
la crainte. Mais le mariage inattendu de l'objet de ses affections et de ses chants , avec un rival plus heureux, fut pour lui un coup fatal, qui le décida à chercher dans la vie active des camps, un remède à la blessure que son cœur avait reçue.
Voici le portrait qu'a tracé de lui son biographe :
« Il y avait dans le caractère , comme dans les avantures du major André, quelque chose de singulièrement intéressant. À une grande intelligence, que l'éducation et les voyages avaient encore développée , il joignait des manières élégantes, un esprit cultivé , et tous les avantages personnels. Savant sans ostentation , ses sentimens élevés inspiraient l'estime, comme sa douceur et sa modestie lui conci-
e Q e. » ! Q L ° 4 liaient l'affection. Son élocution était agréable;
son ton poli et insinuant.
« Il avait acquis, par son mérite, la confiance illimitée de son général. Il avançait rapidement dans la carrière militaire, et sa réputation devenait chaque jour plus honorable ; mais arrivé aux rangs supérieurs, lorsqu'il pouvait entrevoir de nouvelles espérances dans
le succès d'un projet avantageux à son parti, dont l'exécution lui avaitété confiée, il fut toutà-coup précipité du sommet de la prospérité , dans l’abime de l'infortune , et perdit, avec la vic, les flatteuses illusions de l’ambition et de la gloire. »
Dans le cours de sa brillante et rapide carrière , cet officier distingué fut chargé d'une commission qui devait consolider sa réputation , et immortaliser son nom. Il fit avec le traitre Arnold, un traité pour la reddition à l'armée anglaise, du fort de West-Point, et des forces américaines que ce général avait sous son commandement. Les agens de cette négociation étaient , pour l'Angleterre , le colonel Robinson, qui, ayant abandonné le service des indépendans , avait joint l’armée royale à New-Yorck, et le major André : ils avaient de fréquentes communications avec le général Arnold , des bords du V'autour, sloop de guerre qui était alors à l’ancre dans la baie d'Haverstraiw , à dix milles au-dessous dé Stoney et de Ferplanck’s-Point.
Une nuit du mois de septembre 1780, fut fixée pour le fatal rendez-vous entre Arnold et
fut
A NW-YORCK. 285
le major André. Sous prétexte de correspondre avec le général de l’armée royale, pour entamer un traité de paix, Arnold avait engagé à son service un citoyen respectable et intelligent, nommé Smith. Un bateau fut dépêché à bord du autour, sous la direction de Smith , pour conduire l'agent anglais au lieu fixé pour l'entrevue. Il portait un passe-port pour le colonel Robinson, et un autre en blanc pour la personne qui devait accompagner cet officier. Ce dernier passe-port fut rempli du nom de John Anderson, et sous ce nom, le major André consentit à être transporté sur la rive, d’où il ne devait plus revenir. Le lieu désigné pour l’entrevue était au pied d'une montagne appelée le Long Clos , sur le bord Occidental de la rivière d'Hudson. Arñold était déjà au rendez-vous. Le major, à son arrivée , trouva ce général caché dans un épais taillis , qui fut le lieu de leur conférence. Leur conversation secrête s'étant prolongée jusqu’au jour , le major André jugea qu'il lui était impossible de retourner à bord du Fautour, sans être aperçu des forts de Stoney et de Verplanck’s-Point. Il fut conduit chez Smith, où il changea son
habit militaire pour un vétement bourgeois ; et vers le soir il partit avéc un passe-port du général américain , accompagné de Smith luimême. Ils passèrent la première nuit de leur voyage, chez M.Mac-Koy, à environ 8 milles du lieu d’oùils étaient partis. Le lendemain, ils continuèrent leur route,et arrivèrent à Pine-Bridge, où ils traversèrent la rivière de Proton , l'une des branches de l'Hudson. Ils n'avaient jusquelà rencontré aucun obstacle dans leur marche, et André se sépara de son guide , après avoir pris des renseignemens sur le chemin qu'il devait suivre. Mais à peine eut-il fait quelques milles, qu'il fût arrêté par trois soldats de milice qui étaient à la découverte entre les avant-postes des deux armées , près de Tarry-Town. Ils saisirent la bride .de son cheval, au moment où il passait dans un sentier étroit. Le major , au lieu de montrer le passe-port du général Arnold , leur demanda qui ils étaient, et à quelle armée ils appartenaient ? Îls répondirent à celle qui est là bas. Le major, ne soupçonnant aucune fraude, et croyant qu'ils indiquaient l’armée anglaise, leur répondit et moi aussi; il leur déclara qu'il était officier anglais ; et les
Is ; et u gé- : lui- » leur les du g CONridge, l’une quelà he, et Fr pris devait nilles, 2e qui postes n. Ils ment ajor ; néral et à dirent
nant aient ssts il et les
pria de le laisser passer, parce qu'il était chargé d'une commission importante. On lui donna bientôt à entendre qu'une simple prière ne suffirait pas pour le faire relâcher. André voyant leur mauvaise volonté, leur offrit une belle montre d'or; mais son empressement même à faire un pareil sacrifice pour obtenir la liberté, ne fit qu'accroître les soupçons des soldats qui l'avaient arrêté, et ils résolurent de l’amener à l'écart pour l’examiner avec plus d'attention. Ils ne cherchèrent pas long-temps sans découvrir des papiers écrits de la main d'Arnold, que le major avait cachés dans ses bottes , etqui étaient relatifs à la défense et aux forces du fort de West-Point.
Aussitôt que les soldats Américains eurent fait part de cette découverte aux autorités compétentes , elles dépêchèrent sur-le-champ au général Wasingthon , pour l'informer de ces faits , et le major André écrivit en même temps au général Arnold , pour se plaindre de ce qu’on l'avait arrêté, et de ce qu'on le détenait prisonnier. Par suite de quelque méprise du mes- : sager qui portait les dépêches au général Wasinghton ; Arnold fut instruit de ce qui
se passait quelques momens avant que l'avis en fùt parvenu à Washingthon. Aussitôt qu'il eut lu les lettres, il monta sur le cheval du messager, et descendit au galop une pente rapide qui le conduisit.au bord de la rivière. Il sauta aussitôt dans un des bateaux qui étaient toujours prêts en cet endroit, et ordonna: aux rameurs de descendre la rivière et de le conduire à bord du J’autour. Dans cet intervalle, le général Wasingthon avait reçu ses dépêches; et à peine Arnold avait-il passé les pointes de Stoney et de Verplanck, quand le colonel Hamilton arriva dans ce dernier lieu avec ordre de l'arrêter:
C'est le 23 septembre , que le major André fut fait prisonnier ; et le 29 du mêmemois, un Conseil d'officiers généraux , nommés par Wasingthon , déclara que le major André, adjudant-général dans l’armée Anglaise , devait être considéré comme-espion, et le condamna, en cette qualité, conformément aux lois de la guerre, à subir la peine de mort,
On objecta contre cette sentence, qu’André ayant été reçu dans le camp des Américains ; comme parlementaire, et sur la demande du
avis qu'il 1 du e ra- €. Il aient : AUX conalle, ches; es de lonel ordre
André s,un
Waadjudevait mna,
de la
l ndré ains ;
le du
A NEW-YORCGK. 269
général Arnold , commandant du district , il avait eu droit à lui demander un passe-port et un sauf-conduit pour son retour. La sentence aurait été annulée, si les Anglais avaient consenti à remettre Arnold entré les mains des Américains ; mais le général de l’armée royale ayant refusé d’adhérer à cette demande, André fut exécuté le 2 octobre 1780, à Tappan , autrement appelé Orangetown, où ses dépouilles mortelles furent péposées.
Ainsi périt à la fleur de l’âge, et au milieu de sa carrière, un brave et infortuné militaire, doué de tous les dons de la nature et de l’éducation, admiré et estimé de ses compatriotes ; victime de son zèle ardent pour la gloire et le bonheur de son pays, et d’une ambition louable, qui le faisait courir après de nouveaux lauriers. Par une réminiscence bien honorable à la mémoire de ce brave officier, le gouvernement Britannique a fait, il y a peu de temps, transporter ses restes en Angleterre, où ils ont été placés dans les souterrains destinés aux tombeaux de la famille royale. Quand la tombe fut ouverte, en Amérique, on trouva la tête du jeune héros entourée des racines d’un cy-
Tour IL. 19
près qui croissait à côté. Cet arbre a,dit-on , été transporté en Angleterre, et embellit le jardin particulier de Georges IV.
Parmi les objets qui attirèrent mon attention dans ce voyage, je dois citer la chaîne de montagnes appelée Fishkill, ou simplement les Hautes terres. Elles se prolongent sur les deux rives de l'Hudson, l’espace d'environ vingt milles, et ont, dans quelques endroits, seize milles de profondeur. La plus haute de ces montagnes a environ 1569 pieds d’élévation. Sur la côte Sud, à l'entrée de ces montagnes, en venant de New-Yorck, on voit le vieux fort de Ferplanck’s-Point, et sur la rive Opposée, celui de Stoney-Point. À dix milles plus avant, sur la rive septentrionale de l’Hudson , est le fort Montgomery. Pendant tout ce trajet, les tableaux les plus variés captivérent tellement mon attention, que j'arrivai à New- Yorck , sans avoir éprouvé le moindre ennui, et, pour ainsi dire, sans m'être aperçu que j'étais en voyage.
À notre descente du bateau, je m'informai où était l'Hôtel de la Cité , et m'étant procuré un porteur pour mon bagage, je m'y rendis