‹ Cinq années de séjour au Canada (volume 3)Chapitre 3 sur 26 · BREST TRE · texte numérisé non relu

BREST TRE

En Canada, un homme marié ne peut disposer de ses biens sans le consentement de sa femme qui, par son contrat, acquiert des droits à la moitié des biens actuellement possédés par son époux et de tous ceux qui pourront lui échoir par succession en ligne directe. C’est ce qu'on appelle /e douaire coutumier, pour le distinguer du douaire stipulé qui est une somme d'argent quelquefois énoncée pour tenir lieu du douaire coutumier. Si la femme survit à son époux , elle ne peut point disposer de son douaire qui doit revenir aux enfans du premier mari.

Cette communauté de biens entre époux a souvent des conséquences très-fâcheuses. Lorsque la femme meurt sans tester , les enfans ont le droit de réclamer la portion de leur mère dans les biens de la communauté, quelque avantageux qu'il pût être que le père en conservât la gestion pour que les plus jeunes branches de la famille pussent être convenablement élevées et entretenues.

Il n’y a point de sûreté à acheter une propriété en Canada, à moins que la vente ne

soit effectuée par le ministère d'un Shériff, dont la notification de vente dégage l'immeuble de toutes charges, et garantit la validité de l'acquisition.

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LETTRE XXIIT.

LETTRE XXIIL.

Lois et gouvernement du Haut Canada. —

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Description de la chambre des représentans. sn

Elections. — Anecdotes. — Parlement provin-

cial plus respectable que dans les premiers temps.—Cour du banc du Roi.—Cour des districts. — Cour des requêtes. — Caractère gé-

néral des Jurés.— Justices de paix.

Dans le Haut Canada, la forme du gouvernement est absolument la même que dans la province inférieure.

Le Conseil législatif consiste à présent en dixsept membres, nommés comme dans le Bas- Canada par mandement du Roi, que je présume être donné sur la recommandation du lieutenant-gouverneur. Les membres de cette assemblée sont les citoyens les plus respec-

tables de la province, à l'exception des membres du Conseil exécutif qui tiennent exactement le même rang dans la société. On donne aux uns et aux autres le titre d’honorables ; et c'est peut-être la seule réunion d'hommes, dans le pays , qui ne dégradent point ce titre. Ce sont non-seulement des hommes instruits et jouissant d’une honnête fortune , mais encore des hommes qui ont acquis-une réputation d’intégrité, justement méritée.

Le Conseil exécutif n’est composé que de six membres dont la plupart sont aussi membres du Conseil législatif.

La chambre des représenitans ou communes est composée de quarante membres. C’est un assemblage bigarré d'hommes de toutes les nations , de tous les états et de toutes les professions , depuis le noir forgeron jusqu’au subtil jurisconsulte. Pour un Européen habitué à considérer les membres d’un parlement comme des hommes du rang le plus distingué, réunissant une fortune considérable à des talens éminens, la chambre des représentans du Canada présente un aspect ridicule , et ne peut éveiller dans l’âme aucun de ces sentimens

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patriotiques que doit inspirer la certitude de vivre sous une législature éclairée. En Canada , au lieu d'hommes distingués par leur rang, leur fortune ou leurs talens , vous trouvez des forgerons , des tailleurs , des cabaretiers et des légistes débattant les graves et importans intérêts de l’État , dans un langage embelli par les expressions techniques de leur profession. Quelquefois la mâle éloquence d’un moderne Vulcain retentit à vos oreilles de la manière la plus bruyante ; d'autrefois l’éloquence tribunitienne d’un humble tailleur vient les frapper de sa voie efféminée dont les sons mal articulés permettent à peine aux auditeurs placés à la barre, desuivre le fil de son discours. La discussion est continuée par l’aubergiste de La J'arretière ou de toute autre taverne, dont le langage obséquieux et la santé florissante ne peuvent manquer de donner aux spectateurs une haute idée deses talens. Enfin se présente par intervalles l’insinuant légiste, habitué à substituer des sophismes à des raisons, mais qui toujours zélé pour maintenir les formes et les privilèges de la chambre en devient le véritable chef.

Dans la grande Bretagne et l'Irlande , les

talens littéraires, l'influence des familles , la protection du gouvernement, sont les seuls moyens sur lesquels un homme puisse asseoir l'espérance fondée de représenter ses compatriotes dans cette honorable chambre, le Sénat Britannique. Mais en Canada, les talens littéraires sont rares ; et si on les rencontre, ils sont rarement appréciés à leur juste valeur ou considérés comme des qualités essentielles pour bien remplir les fonctions publiques. Quant à l'influence des familles ou à la protection du gouvernement, dans un pays où peu de personnes peuvent faire remonter leur généalogie au-delà du lieu de leur naissance et où le gouvernement s'occupe peu du bien-être des habitans, je ne pense pas que l’une ou l’autre de ces circonstances puisse être d'une grande importance. Sion demande par quels moyens un gentleman du Ganada peut obtenir d’être placé parmi les représentans du pays, c'est la question que j'ai faite moi-même à un homme fort instruit du véritable état des choses ; et voici sa réponse qui, quoique risible, n'était certainement pas dénuée de probabilité. « Il arrive en »gépéral, me dit-il, que dans chaque comté

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» quatre ou cinq individus se présentent comme »candidats. Ce sont ordinairement des mar- » chands du pays des avocats de village et des »cabaretiers. Si un marchand qui fait libérale- »ment crédit à ses pratiques monte sur les » hustings, il est certain d’être élu. Mais s’il ne » s’en présente point, les francs tenancierschoi- » sissent invariablement l'homme le plus inepte » du pays, se consolant par l'idée que s'il n'est » pas en état de faire le bien , ilest également »incapable de faire le mal. » Cette réponse , quelque singulière qu'elle puisse paraître , est probablement la meilleure qu’on puisse faire à la question. Car si les propriétaires du Haut et du Bas-Canada n'étaient pas influencés par quelques idées extraordinaires, relatives à la législation, la plupart des individus qui composent les corps représentatifs de ces provinces seraient restés chez eux pour y vendre leur eaude-vie , pour habiller leurs pratiques ou pour apprendre leur alphabet ; occupations beaucoup plus conformes à leurs précédentes habitudes et plus analogues à leurs connaissances, que le poste éminent de législateur.

H y a cependant quelques membres de la

chambre d’assemblée dans le Haut-Canada, dont le savoir etl'éloquence honoreraient même le parlement britannique. Je citerai entr'autres et au premier rang l’attorney général etle docteur Baldwin, Irlandais de naissance et jurisconsulte de profession.

Les élections dans le Haut-Canada se font d’une manière fort extraordinaire : j'ai assisté à une ou deux, et je m’amusai beaucoup de la variété des sujets qui paraissaient fixer l’attention des candidats. Chacun d’eux devait donner un échantillon de ses talens oratoires , avant que l'élection ne commencçât. En écoutant ces discours d'’inauguration , un étranger est bientôt instruit des dispositions et de la position personnelle des divers compétiteurs. Le premier qui se présente pour prendre la parole commence ordinairement par tracer une légère esquisse des traits les plus frappans de la vie et du caractère de ses antagonistes : si leur père a parfois dérogé à la loyauté , si leur mère a eu quelque faiblesse, l'orateur ne manque jamais d’instruire ses constituans de toutes ces circonstances, sans le moindre déguisement.

Ses concurrens, à leur tour, ne manquent pas à

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