‹ Cinq années de séjour au Canada (volume 3)Chapitre 5 sur 26 · RÉ S · texte numérisé non relu

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cune présentation. Jusqu'à ce que la danse commence , il règne un silence solennel dans toute l'assemblée : les hommes sont assis d’un côté, les femmes de l’autre. Il semble qu'il y ait entre eux unc ligne de démarcation qu’on ne pourrait dépasser sans commettre un crime de haute trahison. Lorsque le signal d'ordre pour la danseestenfin donné, les hommes indiquent leur intention de prendre une partenaire, en se plaçant maussadement devant leur belle antagoniste, et faisant en même temps une inclination de tête si roide , que vous croiriez, au moment où elle se penche, que l'épine et la moelle du dos vont se séparer.

Ils paraissent aimer beaucoup les contredanses ; et les dames semblent se défier les unes les autres, pour formerles figures les plus difficiles. Leurs danses ont peu de pas, et ces pas sont extrêmement simples. Lorsque le souper est annoncé, chaque cavalier donne la main à sa dame pour la conduire à table, et retourne aussitôt à la salle de bal, où ils attendent tous que les dames aient fini leur repas. Alors il se fait un échange d’appartemens, et les cavaliers soupent à leur tour sans être

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dérangés par la présence des dames. Après le souper, les danses recommencent, et se terminent rarement avant que les ombres de la nuit soient dissipées , et que la belle aurore éveille la nature.

Les hommes de la première classe en Canada , sont d’une origine très-obscure, à quelques exceptions près, extrêmement rares ; le plus grand nombre ont fait fortune dans le pays, en commençant de la manière la moins relevée. Mais bientôt ils prennent un extérieur agréable , etnele cèdent guère, ni pour la bonne mine, ni pour l'adresse, aux gentlemen qui habitent les campagnes ñe l'Angleterre ; quant aux femmes de cette classe, elles sont en général bien loin d'obtenir les mêmes succès, et d'acquérir autant de moyens de plaire qu'on en trouve chez les dames anglaises ou irlandaises qui ont reçu une bonne éducation. Un concours d'évènemens fortuits peut exercer une grande influence sur l'extérieur des hommes, mais ne produit pas le même effet sur les femmes. Lorsqu'une fois le maintien et les habitudes d'une femme ont pris une direction quelconque, c’est en général pour la vie; et au

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milieu des vicissitudes et des changemens subséquens de situation , elle continue à conserver dans ses regards, dans ses gestes, quelque chose qui rappelle son origine, quels soins qu'elle puisse prendre pour la dissimuler.

Ce n'est pas sans beaucoup de vérité, que le docteur Johnson a dit, qu'il était extrêmement facile de distinguer une femme de qualité entre dix mille, dont l’origine serait obscure.

En Canada, on tient peu ou point du tout à la fortune pour les mariages , et comme il est très-rare que les parens gènent les inclinations de leurs enfans , les hommes et les femmes se marient très-jeunes. Une femme qui a le malheur d'atteindre sa vingt-cinquième année sans s'être présentée devant l'autel de l’hymen, est généralement considérée camme ayant passé le zénith de sa gloire, et ne conserve plus aucun droit aux attentions marquées de l'autre sexe. À cette période de la vie, la plupart des femmes Canadiennes se voient entourées d’une nombreuse suite d’enfans ; et pour dire la vérité , le beau sexe est tellement apprécié dans toutes les parties de l'Amérique , qu'une vieille fille yest considérée comme rara avts in terris,

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et qu’on en trouve dans très-peu de maisons.

S-ns l'importation des dictionnaires anglaisen Canada, cette désignation même y eût été à peine connue. Il est facile d'expliquer les motifs pour lesquels les femmes sont si recherchées dans ce pays. Tout homme industrieux peut y acquérir les moyens d'entretenir une famille dans l’aisance ; et la vie isolée d’un célibataire , dans un pays si peu habité, a non-seulement d'innombrables inconvéniens , mais encore est privée de toute relation sociale et de toute jouissance domestique. Il en résulte que tout homme qui a atteint sa vingtième année s'empresse de se marier. Le nombre des hommes émigrans, qui arrivent annuellement sur tous les points de l'Amérique . comparé à

‘celui des femmes , est, d’après un calcul mo-

déré, dans le rapport de trois à un. Les femmes sont donc des objets très-rares, et très-recherchés dans le marché Canadien ; et la rareté d'un article quelconque ( pour emprunter le langage mercantile), augmente nécessairement son prix , et souvent en augmente aussi la demande. Ainsi, quoique les femmes vaillent 75 pour cent de moins que nos belles compagnes

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