‹ Cinq années de séjour au Canada (volume 3)Chapitre 7 sur 26 · NÉS · texte numérisé non relu

NÉS

LETTRE XXV. mi

l'auront : une de leur plusagréables occupations est de passer des heures entières à considérer les diverses parties de leurs toilettes, et à réfléchir profondément sur les changemens et les améliorations qu'il conviendrait d'y faire.

Vous avez vu précédemment que les Canadiens se marient très-jeunes ; mais comme il y a dans leursystème de galanterie quelque chose que vous ne pouvez parfaitement connaître, je vais vous en donner une légère esquisse.

J'ai déjà dit que la fortune est rarement l'objet des recherches conjugales d’un américain. 1lest notoire qu'on n'en parle jamais dans aucune partie du Canada, si vous en exceptez un petit nombre de villes et de villages,où les usages d'Europe prévalent sur ceux del'Amérique. Dans plusieurs parties de ces contrées , surtout dans les nouvenux établissemens , les femmes sont tellement recherchées, que le père qui a ce qu'on appelle une jolie fille , la vend au plus haut acheteur, et en obtient souvent un prix très-élevé. Mais cela n’est point général, et n'arrive que quand il se présente un grand nombre de concurens. Alors le plus riche d'entre eux , en graissant la patte du père,

obtientla préférence sur ses compétiteurs moins heureux. Vous ne devez pas pourtant induire de là , que les femmes, ici comme en Europe, se laissent diriger plutôt par les avis de leurs parens , que par leur propre inclination , lorsqu'il est question, pour elles, du choix d'un époux. Ce serait une induction très-erronnée ; car lorsqu'une belle Canadienne a atteint l’âge de 18 ans, elle pensera plutôt à consulter les étoiles , qu'à demander l'approbation de son père ou de sa mère pour contracter un engagement matrimonial : à dater de ce moment, elle se considère comme indépendante , et trèscapable de choisir par elle-même ; et, par conséquent, elle agit uniquement d’après sa propre impulsion ; mais jusqu'à la dix-huitième année , elle est considérée par le père comme sa propriété, bond fide ; et il consent rarement à la marier avec un homme qui n'en agit pas à son égard de la manière que j'ai décrite cidessus.

Lorsqu'un jeune homme à atteint sa majorité, il est rare qu'il continue à demeurer sous le toit paternel ; s’il y reste, il est obligé d'y payer son logement et sa nourriture, lors-

qu'il n’y travaille pas; ets'il y est occupé, sun travail lui est régulièrement payé comme il pourrait l'être à un étranger. Il est naturel de supposer que les jeunes gens qui se trouvent dans une semblable position , doivent être très-impatiens d'en sortir : aussi à peine ontils acquis la liberté d'agir pour leur propre compte, qu'ils songent à se marier. Pour que ce changement puisse avoir lieu , la construction d'une maison est un préliminaire indispensable. Une fois cet important ouvrage terminé , ils s'associent aussitôt à tous les soucis et à tous les plaisirs de la vie conjugale.

Le mariage en Canada est invariablement un acte de convenance, et même de première nécessité, dans lequel le choix ou le gout n'exercent pas une grande influence : les affections sont rarement engagées : il est même presque impossible que cela soit. Car à peine les femmes de ces contrées ont-elles quitté les vêtemens de l'enfance, et pris les regards à prétentions, les attitudes un peu coqueites d'aspirantes au mariage, que , semblables aux fleurs nouvellement écloses , elles sont enlevées à Ia tige qui les a vu naître, et pressées sur le sein

de quelque jeune amant impatient d'en obtenir la possession. Il serait fort inutile, pour : quel homme que ce fût, de diriger ses pensées vers une femme en particulier, avant la semaine même où il se propose de se marier ; car chaque femme de cette classe est achetée , pour ainsi dire, aussitôt qu'elle paraît au marché. Aujourd’hui ce sont des enfans : demain elles sont des femmes , le jour suivant des épouses ; et souvent elles sont mères avant l'expiration d’une semaine.

Lorsqu'un Canadien part pour aller faire une demande matrimoniale, il est rarement accompagné d’un ami. Seul et sans se faire présenter, il va rendre visite au bel objet sur lequel il veut fonder toutes ses espérances de bonheur dans ce monde. En arrivant à la maison du père, il se présente comme garçon, et si l'accueil qu'il reçoit lui paraît favorable, il fait familiérement la conversation avec toute la famille jusqu’au soir. Lorsqu'il commence à être tard, il lui est permis d’avoir un entretien avec la jeune demoiselle, seulement pour savoir si elle lui permet de réitérer sa visite le lendemain soir ou tout autre jour suivant. Si

elle n’a point d'engagement antérieur, il est rare qu’elle rejette l'humble supplique de ce nouvel adorateur. Lorsque le moment fixé arrive, il paraît seul comme la première fois , et il est reçu avec des attentions marquées : tous les mets délicats que fournit la saison, sont préparés pour fêter son retour. Jusqu'au moment où l’on prend le thé, il a rarement l’occasion de s’entretenir avec sa belle future, occupée à préparer les innombrables articles qui composent un banquet canadien. Aussitôt aprés le thé ou le repas de l'après-midi, ainsi qu'on l'appelle , la famille se retire pour se reposer, laissant le héros et l’héroine en pleine possession de la chambre où s’est fait le repas. dans laquelle, pour le plus grand agrément de seinblables visiteurs , un lit occupe invariablement un coin. Ils restent dans cet appartement jusqu'au lendemain matin. Je ne suis pas rompétent pour juger comment se passe cette nremière nuit ; s'ils l'emploient à forme: des plans pour la prospérité de leur race future. ou à philosopher sur la meilleure manière d’accroitre la population, ou bien s'ils fout des recherches et des déünitions sur l’origine des

passions. Quoiqu'il en soit, on s'ajourne toujours à une époque très-rapprochée; et notre héros retourne chez lui reprendre ses occupations ordinaires, promettant de revenir dans un temps déterminé, pourvu toutefois qu'ils aient été mutuellement satisfaits l’un de l’autre dans cette première nuit.

À cette première entrevue, le prétendant fait des questions sur le caractère et le nombre des premiers amans de la demoiselle, et en même temps sur les causes qui ont empêché qu'elle s’unisse à l’un d'eux; s'il est satisfait des explications qu'il reçoit, une nouvelle soirée est indiquée pour le second rendez-vous ; mais si le mécontement vient de la demoiselle, elle lui fait connaître avec candeur qu'elle re peut plus le recevoir en qualité d'amant. Le gentleman en agit avec moins de franchise ; car, s'il est déterminé à ne plus la revoir, il s'éloigne sans en rien témoigner, et la laisse ainsi dans une incertitude pénible.

S'il y a convenance mutuelle, ils ont deux ou trois autres réunions de la même nature.

aprés lesquelles, st leur amour s'accroit, le

jeune homme informe le magistrat voisin qu'il

Lis

a l'intention de conduire à l'autel sa bien-aimée ;: le magistrat en fait la notification à tous ceux qu'elle peut intéresser, en attachant une publication écrite sur les portes de tous les monumens publics des résidences respectives des deux futurs ; ces fonctions sont remplies par un ministre de l’église anglicane, s’il en existe dans un rayon de dix-huit milles du domicile d’une des parties contractantes. La publication demeure ainsi placardée pendant trois semaines consécutives ; à l'expiration desquelles , si personne ne se présente pour faire connaître quelque obstacle légal à union projetée des deux futurs conjoints , ils sont solennellement déclarés mari et femme.

D'après mes précédentes remarques sur la conduite ct le caractère des femmes du Canada, il est extrêmement probable que vous regarderez la vertu comine entièrement bannie de cette partie du monde; mais vous ne devez me considérer que comme parlant en général et non en particulier, et ne pas croire que je n'admeis pas d'exception. Je puis dire au contraise que j'ai connu dans ces contrées plusieurs femmes respectables qui pourraient être

Towe ET. 6

reçues dans les cercles les plus distingués en Europe sans les déparer L'influence du climat peut sans aucun doute produire quelque effet sur le caractère et la conduite des femmes, aussi bien qué des hommes. Mais, en admettant cette opi- . nion, je n'en suis pas moins convaincu que les circonstances dans Jesquelles nous sommes placés, et les exemples de ceux qui nous en- ‘ourent ont un ascendant beaucoup plus puissant pour nous rendre vertueux ou vicieux :

ren vois un exemple frappant toutes les fois que je compareles femmes d'Irlande avec celles du Canada. Souvent l'esprit et la beauté sont

le partage des premières; ruais la vertu est toujours à leurs yeux le plus précieux des biens, et il est bien rare qu'on les voie s’en écarter. On ne peut en dire autant de la généralité de celles du Canada.

Il n’est pas vraisemblable. il est même presque impossible que la vertu puisse se conserver purs et sanstache, dans un pays où les infractions à la chasteté ne sont point considérées comme des fautes graves. On est si loin d'y attacher de l'importance , dans !e Haut-Canada ou dans les États-Unis, qu'une femme non ma-

LETIRE XXV. 89

riée, portant un enfant dans ses bras, n’est ni moins respectée ni plus exposée à l’animadversion publique , que si elle avait conservé la pureté d'une vestale. Vous serez peut-être disposé à en douter ; mais le fait n'est pas moius vrai : une femme canadienne, surtout dans les nouveaux établissemens, qui à deux ou trois enfans prêts à être élevés , est plus fondée à espérer de former une alliance avantageuse que celle qui n’en a qu'un; et, si on counparait ses prétentions imatrimoniales à celles d’une pauvre fille solitaire qui n'a pas les ménes droits au titre de mère , on les trouverait infiniment supérieures. Je pense qu'on doit principalement attribuer cet état de choses au prix élevé du travail. Un hoinme assez heureux pour trouver une femme qui, le matin de son mariage, lui présente deux petis garçons d'une santé florissante, réfléchit avec compla'sance que, dans un petit nombre d'années, ils le dédommageront amplement par leur travail du sacrifice qu'il fait de quelques absurdes préjugés importés d'Europe.

C'est une maxime générale en Europe que , si un homme ne se marie pas par intérêt, il se

marie par amour; mais ici, il en est peu qui se marient par l'influence d’une de ces deux passions. Convaincu que la solitude est nuisible à l’homme, surtout dans les désert: de l'Amérique, le jeune Canadien s’empresse de former de bonne heure la chaîne indissoluble du mariage. Cependant cette chaîne n'est pas toujours indissoluble : souvent l’homme ou la femme a su trouver le moyen de s’y soustraire, avant qu'une douzaine de lunes ait succédé à celle qu'ils appellent {a lune de miel. Il s'imprime à peine dans ces contrées un journal où on ne lise l'avertissement, donné par quelque époux abandonné , qu'il n'entend répondre en aucune manière des éngagemens souscrits par sa femme.

Les Canadiens sont néanmoins les plus indulgens de tous les époux. Ils souffrent patiemment leurs injures et attachent si peu d'importance à la légèreté de leurs épouses que les séparations, quoique très-communes , ne peuvent que très-rarement être attribuées à quelque traitement sévère de la part du mari. Si leur côte fragile montre des dispositions à concourir à la prospérité domestique, ils souffrent le

plus patiemment du monde l'ornement reconnu pour être le symbole de l'infidélité conjugale. Je me rappelle un exemple frappant de la vérité de ce que je viens de dire: Un respectable fermier, avec lequel je suis fort lié, revenant chez lui, après un voyage de quelques cents milles, trouva sa femme dans les bras d'un ancien ami, qui avait entrepris de la consoler de l'absence de son mari. Au moment où l'époux outragé fit cette découverte, il s'adressa à l’usurpateur de sa couche nuptiale avec un calme supérieur à celui de la philosophie la plus stoïque, et lui fit la harangue suivante : « Voisin H..., vous savez que depuis long- »temps nous vivons, vous et moi, dans la plus » parfaite intimité, et Dieu me préserve de tout » événement qui pourrait rompre ou seulement »affaiblir nos liens. Vous ne pouvez nier que » vous avec indignement traité Polly ; j'en ai »été témoin oculaire. J'ai néanmoins une telle »Opinion de votre honneur , que j'ai l'entière »conviction de vous trouver disposé à nous » Offrir à l’un et à l’autre,une compensation des »injures que vous nous avez faites. Vous savez »que les lois de notre pays seraient en notre

» faveur dans cette occasion , si nous y avions » recours; mais je calcule que c’est un très-mau- »vais moyen à employer, et je ne vois pas »pourquoi deux anciéns amis ne règlertient » pas ensemble , à l'amiable , une affaire aussi » pêu importante , sans jeter deux ou trois cents » dollars à ces gredins de gens de loi. » M. H... qui avait écouté avec beaucoup d'attention cet appel véhément fait à son honneur, s’empressa de répondre à son ami qu'il était prêt à adhérer à sa proposition. On convint sur-lechamp d'un armistice ; ét peu de temps après, il demeura arrêté que le couple outragé recevrait, à quinze jours delà, deux cochons bien gras, et pesant au moins trois cents livres, comme une pleine et suffisante compensation de l’injure que l'époux avait soufferte en la personne de sa chère et chaste épouse. Les cochons furent envoyés avec une extrême ponctualité.

M. H... continua à être le commensal de la maison , jusqu’à ce que le dernier morceau des victimes expiatoires eût été mis dans la poële ; époque à laquelle il retourne chez lui, trèssatisfait du résultat de sa campagne. Je peux vous garantir la vérité de cette petite anecdote ;

ions maupas tient aussi cents H..

nn cet s'emrrêt à ur-leprés , reces bien ivres , ation a perhons ialité.

de la u des oële ; trèspeux dote ;

il s'en présente tous les juurs de la même espèce, sous des formes différentes.

Les femmes du Haut-Canada tiennent beaucoup à la réputation de bonnes ménagères, et comme il est très-difficile de se procurer des domestiques dans le pays, elles ont de fréquentes occasions d'exercer leurs talens , en remplissant les différentes fonctions du ménage : mais elles sont tellement occupées de leurs personnes, qu'elles forcent ! rs pauvres maris à faire la plus grande partie de l'ouvrage,

qui ne devrait concerner qu'elles. Dans le fait,

un Canadien est l’esclave de sa femme , dans toute la latitude qu'on peut donner à cette expression ; il est obligé de répondre à tous les appels , d'obéir à tous les ordres , et d'exécuter, sans sc permettre le moindre murmure , toutes les commissions qu'il plaît à son maître de lui donner. Il n’est point dans les Indes Occidentales de conducteur d'esclaves qui transmette d'une manière plus despotique ses ordres absolus aux noirs enfans de l'Afrique, qu’une belle Canadienne, en s'adressant à celui qui est à la fois son seigneur et son esclave.

Il arrive trés-souvent en Canada, et même

Lé

Z O = « « > Lu LE) (©) « Æ

TEST TARGET (Mï-3)

NN

NN (eu

ce | À < Ce ?

CS È F s?

Lg Ê% LA

Page 1