‹ Cinq années de séjour au Canada (volume 3)Chapitre 8 sur 26 · NS & NN Ô · texte numérisé non relu

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88 LETTRE XXYV.

dans toute l'Amérique, aux voyageurs, de s’arrêter pour se rafraîchir dans des maisons particulières , lorsque les tavernes offrent peu de ressources ou d'agrément. On peut obtenir dans une maison particulière, tout ce qu'on demanderait dans une taverne , à l’exception des liqueurs spiritueuses. On est, il est vrai , obligé d'y payer , mais un peu moins qu’on ne paierait dans la taverne. Je revenais , il y a quelque temps, avec MM. Talbot, de visiter les cascades de Niagara : nous nous arrétâmes un soir dans une maison particulière très-respectable du district de Londres. Comme j'avais un peu connu le maître et la maîtresse de cette maison ayant qu’ils se mariassent , celle-ci mit tous ses soins à bien recevoir MM. Talbot , d'autant plus que c'était la première fois qu'ils paraissaient dans cette partie de l'Amérique. Lorsque nous arrivâmes, le mari était occupé à quelques travaux d'agriculture , dans une partie éloignée de la ferme ; mais le son du cor l’eut bientôt rappelé chez lui : à peine avait-il eu le temps de saluer et de présenter ses respects à MM. Talbot, que sa bonne femme lui ordonna de mettre nos chevaux à l’écurie, et de revenir le

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plutôt possible. Pendant son absence, elle fut très-affairée à mettre la nappe pour le souper, quoique lesmatériaux , dont il devait être composé ; fussent encore dans un état très-peu propre à la mastication : le vain était encore dans le pétrin ; les poulets mangeaient paisiblement à la porte de la ferme : le thé était dans la boîte de l'épicier, et la crême dans le pis de la vache : mais dans une contrée comme l'Amérique, la transition du néant à l’existence , est presque instantanée. Ce n’était là que de légers obstacles , et avant qu’une heure se fùt écoulée , on nous servit un souper de fort belle apparence.

Lorsque notre hôte revint, après avoir pris soin de nos chevaux , il reçut successivement

de sa femme les ordres suivans, qui furent

exécutés sans retard avec la plus scrupuleuse

exactitude.

« M. X., je vois maintenant qu'il faut que » vous alliez tuer une’ paire de poulets. » Il

partit sur-le-champ, et revint en moins de

cinq minutes avec les deux victimes ensan-

glantées.

«À présent , M. X., il faut que vous les plu-

» miez. » L'ordre fut sur-le-champ exécuté , et il reparut encore une fois pour recevoir de nouvelles instructions.

11 lui fut ensuite commandé de préparer ces poulets ; de porter de l’eau ; d'aller chercher les vaches, et après cela deiles traire.

Ces travaux n'étaient que le prélude de ceux qui luirestaient à faire. H reçut l'ordre d’apporter le lait; de remplir le pot de crème ; d'aller chercher du beurre à la laiterie ; de suspendre la chaudière , etc.

Pendant tout ce temps, madame X. s’amusait à parcourir la chambre , arrangeant les plats, et chassant les mouches de dessus la nappe, sans porter le moindre secours à son malheureux époux, dans les nombreuses fonctions dont elle l'avait chargé. Lorsqu'il eut suspendu. la chaudière, il prit modestement la liberté de suggérer la nécessité où il était de prendre un siège, et de se reposer quelques instans ; mais au même moment, madame X.

lui intima l’ordre.d’aller chercher une livre de thé chez l'épicier. |

Pendant qu'il était absent, elle eût la condescendance de descendre au cellier pour y

e , et nou-

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