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latérale aux piétons. Cette porte étant la partie la plus accessible à une attaque, en venant de la basse ville, est défendue par des canons de gros calibre et par des meurtrières, pour le feu de la mousqueterie, et toute la rue de la Montagne est commandée de front et sur les flancs par diverses batteries.
Quand on a passé la porte, le chemin de voiture tourne à droite, pour gagner le plateau par une montée graduelle. Les piétons prennent à gauche pour monter par un escalier en bois. Une sentinelle , placée sur la plate-forme, crie : qui-vive à toute personne qui passe après le coucher du soleil ; en temps de paix, ce n’est qu’une affaire. de forme, la porte n’est jamais fermée ; et quiconque répond «ami», peut continuer son chemin.
Lorsqu'on est arrivé au haut de l'escalier, on tourne le dos à la ville basse ; on a la rivière Saint-Charles à droite, et à gauche la citadelle. Sur le sommet du cap au Diamant, le terrain, tant dans la ville que dans la plaine, est plus élevé du côté du Saint-Laurent que dans les autres endroits. Des maisons solidement bâties en pierres, bordent les rues de chaque côté;
artie mais elles sont moins hautes que celles de la J 1 it de basse ville. En avançant , on laisse à droite la al 1s de | cathédrale catholique, édifice très simple , avec d e feu : un clocher couvert en fer-blanc; à une petite si] Mon- distance on voit le clocher de la cathédrale an- ‘al lancs glicane qui est couvert de la même manière. fi L’attention est ensuite fixée par le collége des 1] e VOI- jésuites; c’est un bâtiment massif que l’on a en ‘ ateau | face de soi, à mesure que lon avance, et qui | nent forme les côtés d’un carré d’une étendue consi- 1 bois. dérable; il sert aujourd’hui de caserne. Ces re- i crie: ligieux avaient dès le commencement songé à se \ rès le bien loger ; « leur église est belle, grande et bien n’est éclairée , dit un voyageur qui visita le Canada amais en 1683 ; leur maison est commode de toutes fl con- manières, car il y a beaucoup de logement. Ces al
pères ont de beaux jardins, plusieurs allées d’arbres si touflus, qu’il semble, en été, qu’on soit dans une glacière plutôt que sous un berceau. À propos d’une glacière, c’est une commodité qui ne leur manque pas, ils en ont plutôt trois qu'une, et ils ont grand soin de la bien remplir; car ces révérends, tout occupés a éteindre les flammes de la concupiscence, aiment extrêmement à boire frais en été. »
Le marché public se tient dans une grande place vis-à-vis des casernes; tout à l’entour sont des boutiques de marchands en détail et -des cabarets. On est là à peu près au centre de la ville haute.
Quoique cette ville haute soit propre et aérée en comparaison de la ville basse, quoique les
rues y soient plus larges et mieux pavées, et que certainement elle soit préférable pour y habiter, toutefois elle n’a rien extérieurement qui
puisse intéresser un étranger accoutumeé à la vue k, des villes plus magnifiques de nos contrées européennes. On peut cependant passer agréablement quelques jours à assister aux séances des assemblées législatives , si c’est l’époque de la session, à visiter quelques-unes des institutions publiques, à examiner les fortifications , et à
faire des excursions aux plaines d’Abrabam , au Saut de Montmorency, et à quelques - uns des autres sites intéressans des environs.
Je n’ai pas eu l’occasion de voir la Chambre de l’assemblée, ni le Conseil législatif. La première répond à notre Chambre des communes ; le second, autant que les circonstances le per-
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mettent, à la Chambre des pairs, ou plutôt au Conseil privé.
L'assemblée se compose d’une cinquantaine de membres, dont actuellement le plus grand nombre, ainsi que le président, sont de la communion romaine; les débats ont généralement lieu en français. Les événemens de la dernière guerre de 1812 à 1815, fournirent de fréquentes occasions à l'opinion publique de se développer dans les actes de cette Chambre, et comme le droit d'élection est à peu près universel , celte assemblée est véritablement l'organe du peuple. Les Canadiens montrérent, dans toutes les cir constances , un vif attachement au gouvernement sous lequel ils vivent , et une ferme résolution d'augmenter sa force pour toutes les mesur®s qui tendaient à assurer l'intégrité des possessions britanniques. Les Canadiens ont fait voir, pendant la guerre et après qu’elle a été terminée, qu’ils avaient apprécié le prix et s’étaient pénétrés de l'esprit de la constitution que la Grande-Bretagne leur avait octroyée ; et je suis pleinement convaincu que le roi n’a nulle part des sujets plus fidèles.
Miss Wright, qui a publié assez récemment un
voyage aux États-Unis, a parlé de la loyauté des Canadiens, comme n’étant que de la haïne pour les Américains hérétiques, haïne qui est inspirée au peuple par les prêtres. Je conviens que, si le Canada eût appartenu à l'Espagne, cette assertion aurait pu paraître plausible; mais autant que j'en ai pu juger, d’après mes propres observations, les Canadiens se soucient aussi peu del’hérésie d’un peuple quede celle dePautre.
Il y a à peine soixante-dix ans que le pays a été conquis par les Anglais, et cependant l’attachement des Canadiens pour leurs anciens maîtres paraît aussi complétement effacé que s’il s'était écoulé des siècles depuis l'évènement, ou que si le changement de domination fût arrivé en conséquence de leur choix, plutôt que par la chance de la guerre.
Mon opinion sur ce point est conforme à celle de M. Silliman, professeur du collége de Yale, dans les États-Unis, qui, en 1820, a publié un livre intitulé Relation d'un voyage a Montréal et à Quebec ; ouvrage qui se distingue par un esprit libéral, sensé et conciliant. J’éprouve un plaisir réel à transcrire ses remarques sur le gouvernement du Canada. « On peut mettre en
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loyauté a haine qui est onviens spagne , le; mais propres it aussi l’autre.
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VOYAGE AU CANADA. 93 question, dit-il, si un pays conquis a jamais été mieux traité par ceux qui s’en sont rendus maîtres. Les habitans conservérent leur religion et les revenus de l’église , leurs biens, leurs lois, leurs coutumes et leurs usages. Le gouvernement et même la défense de leur pays, ne sont pas beaucoup à leur charge. Je ne sais si, sous le rapport politique, nos communes qui ne sont pas sujettes, sont plus heureuses. »
Le Conseil législatif est composé d’une trentaine de membres nommés à vie par le roi. Les sentimens et l'intérêt anglais ont généralement dominé dans ce corps, et souvent il a été en opposition ouverte avec l’assemblée. Sir John Coape Sherbrooke a contribué, par la sagesse de son administration, à calmer l’animosité des partis , et à écarter tout ce qui causait des irritations.
Un bill présenté au parlement impérial de la Grande-Bretagne, en 1821 , a détruit la séparation qui, depuis 1791 , existait entre les gouvernemens du Haut et du Bas-Canada.
Le même voyageur français, cité plus haut, nous a laissé un singulier tableau de la manière dont le Canada était administré à la fin du dix-
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septième siècle; sans doute ses traits sont chargés; mais les évènemens ont prouvé qu'il y a un fond de vérité dans ce qu’il a dit.
Le « Les gouvernemens politique, civil, ecclésiastique et militaire ne sont, pour ainsi dire; qu’une même chose au Canada, puisque les gouverneurs généraux les plus rusés ont soumis leur autorité à celle des ecclésiastiques. Ceux qui n’ont pas voulu prendre ce parti, s’en sont trouvés si mal qu’on les a rappelés honteusement. J’en pourrais citer plusieurs qui, pour n’avoir pas voulu adhérer aux sentimens de l’évêque et des jésuites, et n’avoir pas remis leur pouvoir entre les mains de ces infaillibles personnages, ont été destitués de leurs emplois, et traités enfin à la cour comme des étourdis et comme des brouillons. M. de Frontenac est un des derniers qui a eu ce fâcheux sort; il se brouilla avec M. Duchesne, intendant de ce pays-là, qui se voyant protégé du clergé, insulta de guetà-pens cet illustre général, lequel eut le malheur de succomber sous le faix d’une ligue ecclésiastique, par les efforts qu’elle fit mouvoir contre, tout principe d'honneur et de conscience,
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, ecclési dire; les goumis leur eux qui en sont nteuse- 1, pour S de l’émis leur les perlois, et trdis et est un rouilla ays-là , le guete malligue nouvoir con-
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» Les gouverneurs généraux qui veulent profiter de l’occasion de s’avancer, ou de thésauriser, éntendent deux messes par jouf, et sont obligés de se confesser une fois en vingt-quatre heures. Ils ont des ecclésiastiques à leurs trousses , qui les accompagnent partont , et qui sont, à proprement parler, leurs conseillers. Alors les intendans, les gouverneurs particuliers et le conseil souverain n’oseraient pas mordre sur leur condüite , quoiqu'ils en eussent assez de sujet, pat rapport aux malversations qu’ils font sous la protection des ecclésiastiques qui les mettent à l'abri de toutes les accusations que l’on pourrait faire contre eux.
» Le peuple a beaucoup de confiance aux gens d'église, en ce pays-là comme ailleurs. On y est dévot en apparence; car on n’oserait avoir manqué aux grand’messes ni aux sermons, sans excuse légitime. On uomme les gens par leur nom à la prédication : on défend, sous peine d’excommunication, la lecture ües romans et des comédies , aussi bien que les masques, les jeux d'hombre et de lansquenet. Les jésuites et les récollets s’accordent aussi peu que les mohnistes et les jansénistes. Les premiers pré-
tendent que les derniers n’ont aucun droit de confesser.
» Le gouverneur général ne peut se dispenser de se servir des jésuites, pour faire des traités avec le gouverneur de la Nouvelle-Angleterre, non plus qu'avec les Iroquois. Je ne sais si c’est par rapport au conseil judicieux de ces bons pères, qui connaissent parfaitement le pays et les véritables intérêts du roi, ou si c’est à cause qu’ils parlent et entendent à merveille les langues de tant de peuples différens, dont les intérêts sont tout-à-fait opposés, ou si ce n’est point par la condescendance et la soumission qu’on . est obligé d’avoir pour ces dignes ecclésiastiques. |
«Les conseillers qui composent le conseil souverain du Canada , ont coutume de consulter les prêtres ou les jésuites , lorsqu'il s’agit de rendre des jugemens sur des affaires délicates ; mais lorsqu'il s’agit de quelque chose qui concerne les intérêts de ces bons pères, s'ils la perdent, il faut que leur droit soit si mauvais, que le plus subtil et le plus rusé jurisconsulte ne puisse lui donner un bon tour. Plusieurs personnes m'ont assuré que les jésuites faisaient un grand
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penser traités elerre, si c’est s bons pays et à cause es lan- 8 intét point | qu’on clésias-
eil soulter les rendre ; mais incerne rdent, que le > puisse sonnes à grand
commerce de marchandises d'Europe et de pelleteries du Canada; mais j’ai de la peine à le croire, ou, si cela est, il faut qu’ils aient des correspondans, des commis et des facteurs aussi secrets et aussi fins qu’eux-mêmes, ce qui ne saurait être.
» Les gentilshommes de ce pays-là ont bien des mesures à garder avec les ecclésiastiques , pour le bien et le mal qu’ils en peuvent recevoir indirectement. L’évêque et les jésuites ont assez d’ascendant sur l'esprit de la plupart des gouverneurs généraux , pour procurer des emplois aux enfans des nobles qui sont dévoués à leur très humble service, ou pour leur obtenir des congés de trafiquer dans l’intérieur. Ils peuvent aussi fortement s'intéresser à l'établissement des filles de ces mêmes nobles, en leur faisant trouver des partis avantageux. Un simple curé doit être ménagé, car il peut faire du bien et du mal aux gentilshommes, dans les seigneuries desquels ils ne sont, pour ainsi dire , que mission-
naires, n’y ayant point de cures fixes en Canada,
ce qui est un abus qu’on devrait réformer. Les
officiers doivent aussi tâcher d’entretenir une
bonne correspondance avec les ecclésiastiques, TOME HI. 7
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sans quoi il est impossible qu'ils puissent se soutenir.
» 11 y aurait de grands abus à réformer au Canada. 11 faudrait commencer par empêcher les ecclésiastiques de faire des visites si fréquentes chez les habitans, dont ils exigent mal à propos la connaissance des affaires de leurs familles, jusqu’au moindre détail, ce qui peut être assez souvent contraire au bien de la société. Il faudrait surtout empêcher que les gouverneurs , les intendans, le conseil souverain, l’évêque et les jésuites, ne se partageassent en factions , et ne cabalzssent les uns contre les autres ; car les suites ne peuvent être que préjudiciables au service du roi et au repos public. »
Parmi les institutions de Quebec, liées avec l'Église romaine, on compte un séminaire assez semblable dans son organisation à celui de Montréal, un Hôtel-Dieu, un couvent pour les pauvres malades, et le couvent des ursulines qui se consacrent principalement à l’éducation des jeunes filles. |
On dit que ces dernières religieuses ont la règle la plus sévère de toutes celles du Canada,
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et cé ne fut pas sans quelque difficulté qu'un ami me procura la permission de visiter leur couvent, Toutefois cet embarras fut occasionné en partie par l'absence de monseigneur l’évêque de Quebec, qui, en général, est disposé à graüfier la curiosité des étrangers.
Le couvent des ursulines, de même que la plupart des maisons religieuses qui furent érigées par les Français , est bâti en forme de carré creux. Une petite chapelle y est contiguë; elle est ouverte au public, mais un rideau suspendu derrière une grande grille, cache les religieuses aux yeux du vulgaire.
À la principale porte du couvent, il y a un portique. avec un tour, par lequel on fait entrer et sortir les objets de peu de volume, et par lequel aussi on distribue les aumônes aux pauvres.
A yant sonné Ja cloche, ce tour fut tourné à moitié , et laissa une pelite ouverture qui nous permit d’apercevoir dans l’intérieur du bâtiment trois religieuses. Nous leur remîmes notre permission d'entrer ; elles nous dirent que le père était au confessionnal , et qu’elles nous priaient de-vouloir bien attendre son retour.
Cet ecclésiastique arriva au bout de quelques
| minutes ; il entra dans le couvent par un pas-
sage particulier ; ensuite on ouvrit la grande
porte, et nous fûmes admis. La supérieure nous attendait : c'était une femme d’une figure agréable et fraîche, d’une taille au-dessus de la moyenne, d’un maintien imposant, et qui paraissait avoir
une quarantaine d’années. Quand on se fut salué h respectivement , Madame la supérieure m’adressa la question ordinaire : « Parlez-vous français, Monsieur »? Reconnaissant que je ne m’exprimais qu'avec une certaine difficulté, elle me parla anglais avec tant de facilité et de pureté, que je ne pus m'empêcher de soupconner qu’elle appartenait à une famille anglaise. Les religieuses de ce couvent sont au nombre de quarante-cinq , indépendamment de la supérieure. On nous conduisit d’abord dans le chœur des religieuses, qui est très simple ; il y a un autel, il est orné de quelques peintures ; ensuite on nous fit entrer dans une espèce de salle, où toutes les religieuses, à l’exception de celles qui étaient occupées dans la classe, se trouvaient rassemblées pour nous recevoir ; elles étaient rangées
en ligne, en face de la porte, et dès que nous
entrâmes, elles nous saluérent en souriant de la mañière la plus gracieuse , sans aucun air de gêne ni de gravité. Au bout de la ligne je remarquai quatre jeunes religieuses qui avaient des voiles blancs ; c’étaient des novices. Le père D... nous apprit qu’elles conservaient ce costume pendant deux ans, avant de prononcer leurs vœux et de prendre le voile noir. Trois autres religieuses avaient accompli cette cérémonie peu de temps auparavant. On m’apprit que ces trois dernières n'étaient âgées que de dix-huit à vingt-quatre ans; elles ne semblaïent nullement tristes , elles riaient et parlaient aussi gaîment que les autres : les quatre novices étaient les plus sérieuses; de même que leurs compagnes, elles nous saluérent, mais leurs visages ne se déridérent pas.
La mise des ursulines me parut lugubre ; leurs longues robes de serge noire , leur voile noir, leur bandeau, leur guimpe, tout cela me parut bizarre ; on aperçoit à peine la figure de la religieuse. Quelques-unes avaient une ceinture de cuir, à laquelle pendaient un chapelet et une croix. Du reste, ces religieuses avaient l'air plus intéressant que les sœurs grises de Montréal.
Quelques-unes des, jeunes sœurs auraient pu certainement passer pour très jolies, sans leur habilement funèbre ; d’autres ressemblaient à des graud’mères; d’autres enfin, et Madame la supérieure en particulier, avaient des traits agréables et le maintien de femmes de qualité.
Une demi-douzaine de religieuses nousaccompagna dans nos courses d’un appartement à un autre, et chacune paraissait très disposée à nous parler. Nous vimes Pécole ; elle est composée de trois pièces; deux religieuses dans chacune donnent des lecons aux jeunes filles ; cellesci, trés proprement mises, étaient occupéés à leur ouvrage, Deux classes sont consacrées à l’éducation des filles pauvres qui ne paient qu’une somtne modique. Partout où nous entrâmes, les jeunes filles se levérent de leur siége, nous firent la révérence, et restèrent debout jusqu'à ce que fous fussions sortis, En allant d’une classé à une autre, nous traversämés un jardin assez, grand ; le mur qui l’entoure n’est
pas très haut, et si les religieuses voulaient s'échapper ; elles pourraient. l’escalader aisément.
On nous mena ensuite à la cuisine, où il y a.
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VOYAGE AU CANAUA. 103
une pompe; la cheminée est d’une très grande dimension, et ressemble un peu à celle des chàteaux du moyen âge en Europe. Le réfectoire est très propre; de longues tables de bois de sapin règnent dans toute sa lorigueur, de chaque côté. Deux religietses, à tour de rôle, servent les autres. En passant dans une galerie qui, je crois, conduit aux cellules où couchent les relieicuses , je remarquai, sur chacune des portes; une inscription en français, et entre auttes, celleci : « Pour un moment de travail, une éternité » de repos. » Quand nous sortimes, les reli+ aieuses nous offrirent de petits ouvrages :en écorce de bouleau ; j’eu achetai quelques-uns. Il y avait à peu près une heure que nousétions dans le couvent, lorsqne le son d’une cloche se fit entendre: Le père D... nous dit que c'était pour nous le signal de la retraite : Les religieuses nous conduisirent à la porte ; j’essayai de l’ouvrir, élle était fermée à clef. La supérieure, avant de donner la clef, plaisanta de la manière la:plus aimable sur la position extraorditaire dans laquelle nous nous trouvions. On se sépara dé la manière la plus polie et ka plus gracieuse : à la vérité nous ne not primes pas réciproquement
la main; mais jamais dames n’ont dit avec plus d’aisance et d’amabilité, « Bonjour, Messieurs, bonjour. »
Lesursulinesont desrevenusen fonds de terre, indépendamment de ce qu’elles reçoivent pour l'éducation des enfans. Toutefois ces ressources ne suflisent pas pour leur entretien, et le jardin, leurs ouvrages à l’aiguille , et la pâtisserie, complètent ce qui leur est nécessaire.
On est tenté de se demander quel motif peut engager ces pauvres créatures à choisir ce genre de vie, et comment il est si aisé de retenir un si grand nombre de religieuses, sans la possibihté d’avoir recours aux moyens de contrainte. Mais on oublie que la religion romaine est le plus fort instrument de prosélytisme qui ait jamais été inventé, et que la confession auriculaire donne aux prêtres un si grand pouvoir sur l'esprit craintif de leur troupeau, que, lorsque cette disposition n’est pas combattue par les lumières naturelles ou acquises, c’est-à-dire par la sagacité et par l'éducation, il n’est aucune action à laquelle le conseiller spirituel, s’il en a le dessein , ne puisse porter son pénitent. Si les pareus désirent qu’une de leurs filles prenne
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le voile, ils n’ont besoin que de s’assurer de la coopération de son confesseur , et il est presque impossible que leur projet ne réussisse pas. L’autorité paternelle combinée avec la menace du déplaisir du Tout-Puissant, et les terreurs du purgatoire, enfin aidée de l’influence de l’exemple, et l'attrait d’une réputation de sainteté, forme une masse de résistance terrible contre linclination d’une pauvre fille pour la vie sociale ; si elle est laissée seule pour soutenir le combat, il n’y a guère de chance de succès pour elle.
Il est très probable que l’on emploie rarement ce système de terreur ; les religieuses n’ont besoin que d’elles-mêmes pour trouver de nombreuses recrues. A peu près cent cinquante jeunes filles recoivent d’elles leur éducation; les unes comme pensionnaires, et celles-ci sont , par conséquent, presque entièrement séquestrées de toute autre société. En élevant les jeunes filles, les religieuses gagnent naturellement leur affection, leur enseignent à penser comme elles pensent elles-mêmes, et à adopter, sur le monde et ses affaires , les opinions dominantes dans le cloître. La tranquillité et, probablement, l’har-
monie apparente qui règnent dans la communauté, ont du charme pour les enfans; et les principes faux, mais trompeurs, avec lesquels le système s’identifie, se réunissent pour influer sur la décision des jeunes filles. Celles qui prennent le voile sont, on le conçoit, comblées d’éloges ; leur exemple est recommandé : la contagion se répand; des liaisons d’amitié contractées de bonne heure entre les pensionnaires contribuent à augmenter le nombre de celles qui se dévouent ; et le célibat et la retraite deviennent l’objet des désirs ardens de quelques jeunes cœurs, tout comme les plaisirs et la. parure le sont pour d’autres. Je voyais souvent une famille où 1l y avait plusieurs filies ; l’une d'elles, vive aimable, jolie, et âgée d’environ douze ans, me fut indiquée, par son frère, comme destinée à être religieuse. Elle passait, la plus grande partie de son temps dans un des couvens, et en parlait comme de l’objet de son incliiation. Je ne puis dire: si ses parens parlaient sérieuse ment à ce sujet ; mais une de ses tantes est religieuse , et je ne regarde pas comme improbable qu'elle suive son exemple.
Il n’est pas aisé de s’assuier si, après avoir pro»
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et les :squels ji In- Les qui mblées la conontracnnaires > celles iute deelques : la pasouvent ; l'une environ comme a plus puvens, nation.
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noncé leurs vœux définitifs, les religieuses ne s’en repentent jamais. Probablement cela arrive pas au plus grand nombre : toutefois je ne puis m'empêcher de croire que quelques-unes regrettent ce qu’elles ne peuvent annuler. Si leur résolution a été produite par une cause soudaine et peut-être imprévue, le temps rappellera nécessairement des idées, et excitera des angoisses aussi vives qu’inutiles, Qu'il est digne de compassion, le sort d’une pauvre créature ainsi tourmentée ! Je ne puis pas dire que j'aie rien vu qui soit propre à confirmer cette opinion ; mais d’après quelques mots de conversation d’une des personnes qui m’accompagnaient avec uue jeune religieuse du couvent des ursulines, je suis enclin à supposer qu’elle aurait bien voulu en être dehors.
Pour quiconque n’a pas vu leSaut du Niagara,
le Saut de Montmorency , éloigné de 7 milles
de Quebec, doit être un objet intéressant. C’est une excursion à la mode ; je résolus de la faire, quoique j'eusse contemplé la merveilleuse chute du Niagara.
On sort de Quebec par la porté de Saint-Jean, on traverse la rivière Saint-Charles, puis on suit
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la route qui longe la rive gauche du Saint-Lauù rent. À sa gauche on a de vastes prairies qui paraissent très grasses; à droite on a, jusqu’à une certaine distance, une grande baie, puis le bras septentrional du fleuve, et au-delà l’ile d’Orléans. A trois quarts de mille de Quebec, on passe par le village de Beauport, où le terrain commence à monter graduellement. Beauport contient à peu près quatre-vingts maisons, la plupart en pierre, et une église romaine avec trois clochers couverts en fer-blanc. Tout près du village, une petite rivière du même nom, qui verse ses eaux dans le Saint-Laurent, met en mouvement des moulins à farine et à graine de lin. Le terrain s’élève rapidement et atteint à une hauteur de deux cents à trois cents pieds au-dessus du fleuve.
Le Montmorency est un torrent bien peu considérable, si on le compare au fleuve puissant auquel il se réunit ; mais dans notre pays, où les rivières sont sur une échelle bien moindre, il passerait pour une des plus grandes, À peu de distance au-dessus du Saut, le lit de la rivière suit une pente trés sensible, de sorte que le courant acquiert une grande rapidité avant que
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nt-Lauries qui qu’à une ; le bras le d’Or- Jec, on terrain eauport ons, la ne avec ut près e nom, ut, met graine
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l'eau se précipite du haut de l’escarpement. On dit que la hauteur de la chute est de deux cent quarante pieds ; je n’ai eu aucun moÿen de constater l'exactitude de cette estimation; mais à en juger d’après l’impression que mon œil a reçue, je suis disposé à supposer que cette chute n’est pas , à beaucoup près, aussi forte (1). Quoi qu’il en puisse être, c’est une belle cascade. L'eau se brise en écumant dès le sommet, et descend par une large nappe d’une blancheur éclatante, en envoyant en l’air de grandes colonnes de brouillard humide.
Au-dessous est une espèce de bassin semicirculaire, et d’une étendue considérable, entouré de rives rocailleuses et escarpées, entre lesquelles l’eau devient unie et tranquille avant d’entrer dans le Saint- Laurent. Le bord de la
(r) Le voyageur écossais a eu raison de douter que l'évaluation de la hauteur de cette chute füt exacte. Le père Charlevoix, qui l'avait observée, ne l'estime qu'à 4o pieds. Or, ce missionnaire avait le coup d'œil fort juste. Avant lui, on donnait 600 pieds de hauteur au Saut du Niagara ; il jugea qu’il en avait à peu près 150; et l'on a reconnu qu’il ne s'était pas trompé.
rive gauche est garni de bois touffus; sur la rive droite, on en a coupé une portion considérable. Le lit de la rivière est d’un roclier grossier et très dur ; on voit sur chaque rive une couche supérieure de calcaire, à travers laquelle les eaux du Montmorency paraissent s'être ouvert un canal.
La maiu infatigable de l’homme a récemment produit de grands changemens dans ces lieux.
Un propriétaire du terrain voisin a construit un trés grand moulin à scies sur les bords du Saint- Laurent. Pour faire aller la roue immense qui met ces scies en mouvement, il a dérivé une portion de l’eau du Montmorency, en la prenant au-dessus de la chute , et l’a conduite, par une route sinueuse , le long de la pente de la colline. Cet ouvrage a dû exiger un travail prodigieux , et coûter de grosses sommes; car, pour atteindre au but désiré, il a fallu creuser, dans le roc vif, un canal qui a près de sept pieds de hauteur, et cinq pieds de largeur, en laissant au-dessus une
masse de rochers d’une douzaine de pieds ; h, une écluse fixe la quantité d’eau que l’on veut laisser passer. La pente de la colline est si roide, qu’il a fallu beaucoup d’art pour modérer lim-
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struit un du Saint- 1ense qui rivé une prenant par une a colline.
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pétuosité du courant dans sa descente vers la roue, On essaya d’abord d’un canal sinueux , creusé dans la terre; mais la force prodigieuse du courant mina les bords par-dessous. Il n’aurait pas tardé à enlever une partie considérable de la surface; on fut donc obligé de placer, dans l’intérieur du canal, un conduit solide en bois, disposé en zig zag, par lequel l’eau descend depuis le bord de la colline jusqu’en bas, où elle entre dans le canal naturel d’un ruisseau rapide; puis elle finit par se précipiter sur les larges côtes de la grande roue.
Le moulin à scies que ce torrent met en mouvement, est, je crois, un des plus grands de l'Amérique, et, par conséquent, du monde. C’est un immense bâtiment en bois, suspendu sur le bord du Saint-Laurent, vers lequel descend un plan incliné; les blocs qui doivent être coupés, sont enlevés du radeau par une mécanique, et amenés le long de ce plan incliné. La pièce de bois, après avoir été coupée de la longueur que Von veut donner à la planche, est fixée dans un châssis, et présente une de ses extrémités aux dents des scies ; la mécanique la fait avancer de leur côté, jusqu’à ce qu’elles l’aient partagée jus-
qu’à son extrémité opposée. Il y a quatre châssis, garnis chacun du nombre de scies nécessaire pour diviser le madrier en un certain nombre de planches. Ces scies montent et descendent perpendiculairement avec tant de vitesse, qu’un madrier long de douze pieds est coupé en planches en cinq minutes. Les châssis des scies sont en bois de pin, le plus tendre possible; car le frottement est si considérable, qu’un bois plus dur prendrait feu inévitablement. Quand je vis cette machine , les châssis fumaient beaucoup, et, malgré toutes les précautions que l’on prend de les tenir bien graissés, quelquefois ils s’allument. Au printemps et en automne, le fleuve, dans ie voisinage du moulin, est généralement couvert de trains de madriers, et des navires sont constamment occupés à charger des planches et des poutrelles.
Les hauteurs de Montmorency sont fameuses par l’attaque infructueuse de Wolf, quelques jours avant de débarquer aux plaines d’Abrabam. Le propriétaire du moulin, en creusant le canal de sa prise d’eau , rencontra un grand nombre de boulets et d’obus de différentes di- | mensions. Les Français étaient retranchés sur les
châssis, cessaire nbre de nt per- , qu'un n planles sont le frotlus dur ais cette up,et, rend de lument.
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hauteurs ; pendant qu'un corps considérable d’Anglais escaladait les collines, pour essayer d’emporter d’assaut leurs ouvrages, les vaisseaux embossés dans le fleuve, afin de couvrir lattaque des troupes de terre, et de partager l’attention de l’ennemi, làchaient des bordées, Mais la position des Français était trop forte pour les soldats de Wolf; près de Goo hommes, la fleur de son armée, périrent; il fallut abandonner l'entreprise.
Du sommet des hauteurs , au-dessus du moulin, on a une belle perspective de Quebec et du fleuve. La moitié septentrionale de l’étenduc semi-circulaire du promontoire rocailleux, et sa portion qui s'incline vers la rivière Saint-Charles , se présentent aux regards. La surface de la partie du rocher, sur lequel la ville est située, s’abaisse de manière que l’on peut la voir presque entièrement ; et l’on distingue bien les toits en fer-blanc qui s'élèvent à mesure qu’ils s’éloignent de l’œil du spectateur ; au-dessus dominent les clocners , le télégraphe et le mât du pavillon.
Au-dessous de l’escarpement, se prolonge le quartier de la ville , voisin de la rivière Saint-