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Charles; les maisons de la droite escaladent en quelque sorte une partie de la pente. Sur la rive opposée du Saint-Laurent, on voit la pointe Levi ; entre les maisons qui la couvrent et la citadelle, on aperçoit le cours du fleuve arrivant de Montréal; des éminences bleuâtres terminent la perspective à une certaine distance. En bas et à gauche du spectateur , s’étend l’île d'Orléans qui est fertile et bien boisée ; une multitude de navires de toute grandeur naviguent sur le fleuve; d’autres sont entassés autour des quais de la ville basse de Quebec.
Je visitai le Saut de Montmorency en été; je fis une autre excursion en hiver, à 18 milles au nord-ést de la capitale; un particulier de ma connaissance avait commencé à défricher des terres sur les bords de la rivière de Jacques- Cartier, qui coule de ce côté ; il y avait placé un fermier et sa famille, récemment arrivés du comté d’Ayr, en Écosse. Au mois de novembre 1818, j'ÿ allai avec lui. Pendant quelques jours le temps avait été variable et désagréable, tel qu’on l’éprouve ordinairement au commencement de l’hiver; la pluie, la neige, le dégel , la gelée, se succédaient alternativement et rapi-
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dement. Quoique mon ami m’eût averti que la route était mauvaise, et qu'il fallait parcourir 9 milles à pied, à travers les bois, le désir de voir le nouvel établissement Pemporta, ei je convins de partir de compagnie avec lui.
Nous nous pourvümes, pour cette course, de mocassins qui avaient été préalablement frottés d’huile ; cette chaussure est beaucoup plus commode que les souliers et les bottes ; elle a une oreille qui enveloppe la cheville, autour de laquelle on l’attache avec une courroie. Nous avions aussi chacun deux paires de bas. Mon compagnon noua autour de son corps un sac de soldat ; je le remplaçai pour moi par un mou choir de soie. | ;
La première partie de notre voyage se fit en calèche , jusqu’au villige de Lorette, sur les bords de la riviére Saint-Charles , à près, de 9 milles au nord-est de Quebec, À peu près deux cent cinquante Hurons sont établis depuis long-temps dans ce village ; ils ont adopté la relhgion , et en grande partie la langue des Français. Canadiens. Ils ont une église, un prêtre vit au milieu d’eux, et par ses exhortations contribue à prévenir leur trop grande dissipation ;il ne leur:
it permet pas de tenir cabaret ; mais ils ont la fa- | culté de loger et de nourrir les voyageurs. Une pluie, mêlée de neige fondue, n’avait pas cessé de tomber depuis notre départ deQue- | bec; le vent la poussait contre notre visage, de sorte qu’en arrivant à Lorette, j'étais trempé jnsqu’à la peau. Heureusement pour moi, mon compagnon de voyage connaissait à Lorette M. Étienne, chez lequel nous descendimes. Je séchai mon habit au feu de la cuisine ; et je me réconfortai avec une écuelle de bouillon que me. servit Madame Etienne.
La salle où elle me l’apporta était assez grande; il y avait un poêle, un sofa, et les autres meubles qui garnissent ordinairement ces sortes d’appartemens. Cette salle donnait passage dans deux petites chambres, où il y avait des lits avec des rideaux blancs et des couvertures blanches | de coton; tout était extrêmement propre, et, dans la maison , chaque chose présentait l’image de l’ordre. Il est réellement très rare de rencontrer, soit dans le Canada, soit dans les États- Unis, une auberge de campagne, dont l’apparence soit aussi attrayante que celle de cette habitation d’un pauvre Huron. M. Etienne
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était un vieillard encore robuste et actif; depuis peu de temps seulement il était de retour d’une expédition de chasse dans les forêts, à plus de 1000 milles de distance. Sa femme paraissait beaucoup plus jeune que lui ; elle s’occupait à broder des mocassins ; tous deux parlaient couramment le français. Ces gens ont gardé la forme indienne de leurs vêtemens, qui sont en drap; la femme portait beaucoup d’ornemens en argent.
Comme nous allions commencer la partie de notre course que nous devions faire à pied, nous engageàämes un jeune Indien, nommé Paul, à nous accompagner, et à porter sur ses épaules notre valise bien garnie. C'était un jeune homme vigoureux, sa taille était de six pieds ; il portait un frac bleu, des jambières et des mocassins; une hache était passée dans sa ceinture.
Notre marche à travers les bois fut fatiganLe et désagréable ; le sentier, car on ne pouvait l’appeler un chemin, n’avait été frayé que deux ans auparavant. La pluie était tombée si abondamment, que fréquemment nous enfoncions jusqu'aux genoux dans des flaques d’eau et des bourbiers. Mes mocassins, grâces à l'huile dont
ils étaient imprégnés, résistèrent pendant quelque temps à l’humidité; mais, peu à peu, j'enfonçai si profondément, qu'il ne fut plus questügn d’avoir les pieds secs. La pluie et la neige continuèrent plus d’une demi-heure après notre départ; vers l’après-midi elles cessèrent.
Par intervalles nous rencontrions des maisonnettes habitées par de nouveaux colons ; nous vimes quelques-uns de ces hommes occupés à abattre des arbres. Sur le bord d’un torrent qui coulait avec fracas au travers de la forêt, on avait coustruit, pour l’avantage des colons, un moulin à scie qui n’approchait pas des dimensions de celui du Montmorency, car il n’avait qu’une seule scie.
Trois milles plus loin nous arrivâmes à Riverside, lieu ainsi nommé par mon ami; c’est là que demeuraient le colon et sa famille, dans une maison en bois, solide et commode; elle était composée de deux pièces, avait des fenêtres avec des vitres, un grand poêle dans la cuisine, et plusieurs autres choses que ses habitans n’auraient pas pu se procurer , si, comme beaucoup d’autres émigrans , ils avaient eu à lutter contre les premières difficultés de leur établissement
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avec leurs seules ressources. Trois Indiens aidaient au colon à défricher le terrain; nous vimes plusieurs tiges de blé; les unes étaient la seconde, d’autres la première récolte.
Les Indiens manient la hache avec beaucoup dedextérité: pour abattre les arbres, ils attaquent le tronc à peu près à trois pieds de la terre, la partie inférieure de l’entaille est parfaitement horizontale , la partie supérieure est oblique et forme avec l’autre un angle de 45 degrés. Les copeaux sont enlevés de la surface supérieure, et, en conséquence de leur inclinaison vers le grain du bois, cédent facilement au tranchant de la hache. Un sauvage coupera trois ou quatre grands arbres, avant que deux charpentiers, travaillant avec une scie, viennent à bout d’un seul.
Dans cet endroit, la rivière de Jacques-Cartier a à peu près 500 pieds de largeur ; elle est navigable, soit en remontant, soit en descendant, pendant près de 20 milles; mais plus bas, des cataractes et des rapides coupent la communication, de sorte que les colons ne jouissent pas de l’avantage que leur procurerait une rivière navigable qui transporterait à Quebec les productions
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de leur terre. De petites îles s’élévent au milieu du lit de la rivière, et la rive opposée s'élève à une hauteur considérable.
Cette maisonnette, dans l’immensité du désert, ne présentait rien de bien curieux; mais sa situation m'intéressa, parce qu’elle m’offrit quelques traits caractéristiques de lexistence à laquelle se dévouent annuellement des milliers d’hommes, dont beaucoup, je le crains, ignorent entiérement les peines et les difficultés contre lesquelles ils auront à combattre, et la privation totale des aisances de la vie civilisée, à laquelle ils doivent en général se résigner. Cependant cette maisonnette , quoique solitaire, entourée de forêts épaisses, près d’être enveloppée des neiges d’un hiver du Canada, et au milieu d’une atmosphère qui est quelquefois assez froide pour geler le mercure du thermomètre, ne pouvait point passer pour isolée, en comparaison des milliers de cabanes qui, dans les régions de ce vaste continent les plus reculées, sont enterrées dans les bois. Avant d'arriver à celle-ci, nous en avions rencontré trois autres; et, de l’autre côté de la rivière, il y en a encore une ou deux: la distance qui sépare de Quebec n’est pas con-
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sidérable, et en hiver, quand la neige couvre la terre, le traineau ou la carriole peuvent parcourir cet espace en trois ou quatre heures.
Cependant, quelle existence pitoyable que celle de ces hommes, pendant les longs mois de l'hiver ! La terre est complétement cachée, le travail des champs entièrement suspendu, le froid si rigoureux , qu’à moins d’être enveloppé de fourrures épaisses, on ne peut sortir sans être saisi par la gelée; et chez soi on n’a pas un ouvrage qui puisse convenablement occuper lattention. Que peuvent faire, pendant tout l’hiver, cet homme, sa femme et leurs trois enfans, que rester inactifs au coin du feu, manger, boire, dormir, et soupirer inutilement après le printemps ? |
Certes, cela est assez triste ; maïs être enterré dans les forêts immenses des pays de l’intérieur, est encore pis. Au moins le colon écossais est à la portée de ses semblables , si par hasard il a besoin d’eux, et peut même se procurer quelques-unes des aisances de la vie, s’il a le moyen de les acheter ; mais l’homme relégué dans les
savanes les plus reculées et les moins fréquentées, ou dans les forêts encore plus lngubres des
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pays de l’ouest, éloigné de 100 milles d’un chi-
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avec ses 1000 acres de terre cultivés seulement
par les personnes qui sont dans sa cabane, est || certainement un objet de pitié pour l’habitant le plus misérable d’un hospice ou d’une maison de travail. Il conserve en lui assez de ce qui constitue la nature humaine, pour être compris dans la définition littérale de l’homme donnée par l’école, animal bipes implume (animal bipède sans plumes); mais ne risque-t-il pas à chaque instant d’être la victime des sauvages, des ours, des fièvres, des marécages , d’une chute qui lui casse les membres ? et, dans ce cas, a-t-il rien que le plus pauvre doive lui
envier ?
Je sais qu’il peut récolter autant de froment
et de maïs qu'il lui en faut pour satisfaire les
| besoins de la faim, et peut-être pour lui procurer une fois l’an des habits pour lui et pour sa fa-
mille ; il peut aussi tuer des animaux sauvages,
faire des cordes avec leurs fibres, de la chandelle
avec leur graisse, et des souliers avec leur
peau; mais il est absolument séquestré de la
| société des autres hommes ; il est étranger à tous
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les rapports, à tous les devoirs, à tou‘es les consolations qui en sont une conséquen. :. Ses enfans grandissent sans instruction, ignorent leurs obligations envers Dieu et envers les hommes. L’uniformité monotone avec laquelle le temps se passe, lui fait perdre le compte des jours de la semaine ; ou s’il se rappelle le retour du premier jour, très probablement il n’y fait aucune attention. Il agit rarement d’après une impulsion supérieure à celle qui excite les animaux d’un ordre inférieur, et il n’est animé par aucune espérance au-dessus de l’idée de satisfaire des désirs purement physiques.
On peut dire de quelques hommes, qui ont adopté ce genre de vie, qu'il a été l’effet d’un choix involontaire, et que la dure nécessité les y a contraints ; cela n’est exact que d’un très petit nombre. Ceux dont les ressources sont le plus épuisées, trouvent généralement un refuge plus près de l'habitation de leurs semblables, où ils obtiennent une portion de terre moins considérable, mais où, du moins, ils ne sont pas si complétement exclus des avantages de la vie civilisée. Ceux qui choisissent les solitudes de l’ouest, sont ordinairement des hommes qui
jouissaient d’une part modérée el quelquefois abondante des bienfaits de la Providence, mais qui ont été les dupes de mécontentemens politiques, ou de désirs injustes d’augmenter ce qu'ils possédaient.
La nuit approchait, et je commencais à réfléchir à la manière dont nous la passerions, car la cuisine était la seule pièce habitable; on avait creusé dans l’autre un trou profond pour y déposer les provisions d’hiver à l’abri de la gelée, et l’on n’avait pas encore placé un plancher sur le sol. Je ne tardai pas à m’apercevoir que je m’inquiétais tout seul. Un lit dressé dans la cuisine, qui avait une surface d’une douzaine de pieds carrés, fut destiné à mon ami et à moi; une sorte de lit de cemp servit au fermier , à sa femme et à leurs trois enfans; Paul et les trois autres Indiens prirent chacun une grosse bûche pour oreiller, s’enveloppèrent de leurs couvertures, et s’étendirent sur le plancher.
Le lendemain matin , le temps fut serein, il gela; une petite promenade, à la voile, sur la rivière, aiguisa notre appétit; un peu avant midi, nous reprimes le chemin de Quebec. En trois
heures nous atteignimesla maison de M. Eticnne,
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VOYAGE AU CANADA 129 qui, sous tous les rapports, était bien supéneure à celle que nous venions de quitter. A l’aide d’une calèche nous eûmes bientôt regagné la capitale.
Cette ville, très bien fortifiée par la nature et par l’art , peut passer pour imprenable. Les murs sont si hauts qu’elle ne peut craindre d’être emportée par escalade, et si épais qu'il paraît impossible d’y pratiquer une brèche ; enfin tant que la Grande. Bretagne conservera sa supériorité navale, il ne pourra être question de blocus. La longueur et la rigueur de l’hiver sont aussi de puissans auxiliaires, car ils ne permettraient guère de suivre les opérations d’une campagne. J'ai entendu dire que, dans cette saison , les sentinelles des remparts étaient relevées de quartd'heure en quart-d’heure pendant la nuit, à cause de l'intensité du froid.
La littérature est à Quebec à peu prés au même degré qu’à Montréal, et je crois même que s'il existe à cet égard quelque différence entre les deux villes , elle est tout au désavantage de la capitale. Quebec est encore plus une ville maritime que ne l’est Montréal ; plusieurs
de ses maisons de commerce ne sont que des succursales de celles de Montréal.
Cette particularité doit influer sur le carac-tère de la société, quoique Quebec, comme siége du gouvernement, et ville de garnison, doive être bien plus dissipé dans la saison des plaisirs que Montréal ; mais mon séjour dans cette capitale a été trop court, pour que j'aie pu en observer les mœurs. La population est un peu inférieure à celle de Montréal.
Il est à regretter que jusqu’à présent l’on ait fait si peu pour l'instruction des Canadiens français ; excepté les colléges de Montréal et de Quebec, je n’ai pas appris qu'il existât une seule école où les jeunes gens pussent acquérir même les élémens les plus ordinaires de l’éducation. Pendant quelque temps, il fut question d’établir une école d’enseignement mutuel; cette tentative manqua par l'opposition de l’évêque anglican ; ce prélat est un de ceux qui ne croient pas à ce précepte : «On met la lumière sur le chandelier, afin qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison ; » il pense qu’on ne l’allume que pour la mettre sous le boisseau. Lorsqu'on s’occupa au Canada du projet de l’école d’ensei-
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gnement mutuel, on avait toute raison de compter sur la coopération, ou au moins sur la permission de l’évêque romain; maïs celui-ci désapprouva le dessein , lorsque le prélat anglican eut refusé son consentement.
À peu près à 7 milles au-dessus de Quebec, le Saint-Laurent recoit à droite la rivière de la Chaudière, qui forme une cascade fameuse :
n'ayant pas visité cette curiosité naturelle, je vais en emprunter la description à M. Silliman. « La Chaudière, dit ce professeur, est une rivière considérable, mais à cause de ses sauts, de ses rapides et autres empêchemens nombreux, à peine navigable pour des pirogues. Elle prend sa source dans le lac Megantic, près du territoire américain ; sa largeur ordinaire est de 1,200 à 1,800 pieds ; la longueur de son cours est de plus de 100 milles; ses rives sont généralement hautes , rocailleuses , escarpées. Sa largeur, à la chute, est réduite, à cause des pointes de rocher, à 400 pieds; la descente est estimée à 130 pieds; des masses énormes de rocs couvrent ses bords près du Saut, qui est divisé par des masses semblables en trois bras ; ils se réunissent avant de se précipiter dans l’abyme qui est au-dessous,
RO mn = nd La DES = HE LS
La chute préseute un caractère grand, sauvage et turbulent; les eaux mugissent , frappent en écumant , et s’élancent par-dessus la barrière qui s’oppose à leur passage; les courans luttent contre des contre-courans, et tous s’engouffrent dans un tourbillon sans cesse agité; c’est sans doute l'origine du nom donné par les Français. »
Pendant mon dernier séjour à Montréal , je vis quelques Indiens qui avaient accompagné des voyageurs ou chasseurs canadiens. L'aspect de ces hommes me rappela les Oneyda que j'avais vus dans mon voyage d’Albany à Buffalo. Combien ils différaient les uns et les autres des Tuscorora, qui ont été réunis en société dans la partie occidentale de l’État de New-York, à peu de distance de la rivière de Niagara!
Les restes épars des peuples, anciens propriétaires de ces pays, que l’on y rencontre encore disséminés au milieu des établissemens des blancs, sont généralement dans un état de dégradation déplorable; ce n’est pas d’après eux que l’on peut apprécier convenablement le véritable caractère des indigènes. Nous serions tout aussi fondés à juger les Anglais d’après les individus qui habitent les maisons de force, ou
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d’après ceux qui se trouvent à bord d’un vaisseau emmenant des déportés. La paresse et la dissipation ont détruit tout ce qu'il y avait de bon chez les peuples indigènes de l'Amérique du nord. Ou les aperçoit sales et l’air humble, enveloppés d’une méchante couverture de laine, mendier les dons des hommes qui les ont dépouillés des terres sur lesquelles ils chassaient , et qui ont presque entièrement extirpé leur race. « Leur courage, dit M. Washington-Irving, est abattu par le sentiment qu'ils ont de leur infériorité, et leur bravoure naturelle, complétement vaincue par la supériorité des connaissances et du pouvoir de leurs voisins plus éclairés qu'eux. La société s’est avancée contre eux comme un monstre à plusieurs têtes, vomissant chacune quelque espèce de misère ; elle était précédée de la peste, de la famine, de Ta guerre; à sa suite marchait un fléau encore plus exterminateur , mais dont les effets se sont fait sentir plus lentement : le commerce. Ce que les premiers n’avaient pas emporté, a été graduellement flétri par son souffle; il a augmenté les besoins de ces peuples, sans accroître leurs moyens de les satisfaire. Il a énervé leur vigueur, Tome 11. 9
multiplié leurs maladies, diminue leurs facultés intellectuelles , et ajouté à leur barbarie originelle , les vices les plus bas de la civilisation. La pauvreté, la pauvreté chagrine et livrée au désespoir , ce tourment de l'esprit, inconnu dans la vie des forêts, les ronge jusqu’au cœur. Ils errent comme des vagabonds dans les colonies européennes, au milieu de maisons spacieuses, remplies de toutes sortes de choses commodes, ouvrages de l’art qui ne servent qu’à les rendre, par la comparaison, plus sensibles à la misère de leur condition. Le luxe étale devant eux sa vaste table; mais ils sont exclus du banquet. La forêt qui autrefois leur fournissait copieusement des moyens de subsistance, a été abattue ; des champs de blé l’ont remplacée , mais les Indiens ne participent pas à la moisson : l’abondance règne autour d’eux ; ils meurent de faim au milieu de ses provisions. La solitude fleurit comme un jardin, mais leur condition est comme celle des reptiles qui l’infestent. »
Les Tuscororas que j'avais vus sur le territoire des États-Unis, offraient un contraste très remarquable , contraste qui faisait plaisir. Ils étaient tous vêtus décemment ; quelques-uns
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même étaient avec une sorte de recherche, On observait, chez la plupart, des marques de cette satisfaction qui tient à l’aisance personnelle et aux avantages qui en résultent. Il y avait bien dans leur physionomie une teinte de tristesse qui semblait dire: « Les Indiens ne sont plus ce qu'ils furent jadis; » mais cette tristesse ressemblait plutôt à l'expression de la résignation qu’à celle du désespoir. D’ailleurs, cette race d’hommes est naturellement taciturne.
J’allai avec eux à l’église; le service divin fut célébré dans leur langue : leur recueillement annonçait qu'ils étaient pénétrés de la vérité de la doctrine qu’on leur prêéchait. Leur ferveur en priant était vraiment touchante.
Le ministre de l'Évangile qui habite parmi eux me dit que, depuis qu'ils avaient embrassé le christianisme, on avait-remarqué en eux une amélioration sensible. Peu d’années auparavant, ces Tuscororas étaient aussi dégradés que les tribus voisines ; aujourd’hui, au contraire, sur leur nombre total, qui, en y comprenant les femmes et les enfans, est à peu près de trois cents, on en compte à peine dix qui fassent un usage immodéré des liqueurs spiritueuses. Ceux - ci
même ne se livrent à ces excès que rarement ; et lorsque cela leur arrive, ils se cachent le plus qu’ils peuvent, jusqu’à ce qu'ils supposent que leur faute est oubliée.
Ces Indiens s'occupent assidûment de lagriculture. Indépendamment du maïs, céréale dont l’usage leur a été transmis par leurs ancêtres , ils ont commencé à semer du froment, qui exige une attention plus soutenue, mais qui, en même temps, donne un produit plus précieux et moins sujet à souffrir des vicissitudes de l’atmosphère. Ils montrent beaucoup d’honnèteté dans leurs rapports entre eux et dans leurs relations avec leurs voisins, et s'occupent soigneusement de l'entretien et du bien-être de leurs familles. Tous ces Tuscororas n’ont pas embrassé la religion chrétienne; ainsi les bienfaits de la doctrine évangélique ne se sont pas bornés à ceux qui en font publiquement profession. Une règle invariable de probité et de morale a été introduite parmi ces Indiens: la régularité de la conduite a été encouragée ; le vice, au contraire, a été découragé. Cette communauté est aujourd’hui plus heureuse et plus riche qu’elle ne la jamais été.
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plus
Ün des chefs est un chrétien très décidé :
d’autres ne sont pas encore au nombre des croyans ; mais ceux-ci ont été obligés de conveair du changement heureux qui s’est opéré dans la nation. L'un d’eux avait récemment visité un village près de Buffalo, où sont réunis une partie de ce qui reste des cinq nations, confédération jadis puissante , qui dominait en souveraine sur les rives du lac Erié et de l'Ontario, du Mohäk et du Hudson, et qui, aujourd’hui, est réduite a quelques individus dégénérés. Le chef des Tuscororas, de retour chez lui, avoua à l’ecclésiastique qui dirige la communauté, qu’il avait été surpris de la différence qui existe énire les habitans des deux villages; les uns étaient sobres, laborieux et heureux ; les autres, ivrognes, paresseux et misérables. Le changement qui s’était opéré dans le sien avait été si graduel, qu’il avait eu de la peine à observer sa marche,
et à lui assigner une cause.
Les cinq nations dont je viens de parler, étaient les Mohäks ouIroquois, les Oneydas, les Onondagos, les Cayougas et les Sénécas. Il paraît que plus tard les Tuscororas accédèrent à la confédération. Les Sénécas sont les plus nom-
1 breux dans le village dont il vient d’être question,
ce qui lui a valu le nom de village des Sénécas.
Ona souvent essayé d'introduire le christianisme
chez eux; mais un de leurs chefs, qui jouit d’un
grand crédit, l’a constamment employé à com-
battre ces tentative. et jusqu’à présent ses efforts
ont réussi. Ce village est noté pour la paresse et
la dissipation. Lorsque je traversai Buffalo, ville
nouvelle sur le lac Erié, je vis plusieurs Sénecas
qui mendiaient dans les rues. Le dimanche ma-
tin, ayant mon départ de Lewiston pour le vil-
lage des Tuscororas, il en vint deux à la porte
de l'auberge où je demeurais : ils voulaient avoir
du rum. Je leur demandai à quelle nation ils
appartenaient, car je craignais que ce ne fussent
des Tuscororas; ils me répondirent qu’ils étaient
Sénécas. Je leur dis que le rum était très mauvais
pour eux. « Non, non, repartit l’un deux, en
| riant, bon, très bon.» Cependant ils s’en allèrent sans avoir pu en obtenir.
Une gazette de New-York qui m’est parvenue
récemment, m'apprend que, dans Pété de 1819,
un nouveau conseil de ces Indiens s’est solen-
nellement déclaré contre l'introduction du
christianisme parmi eux. Ce reste des cinq na-
2stion, nécas.
nisme td’un | COmMefforts esse et , Ville énecas he male vil- \ porte t avoir ion ils ussent étaient au vais x, en en al-
venue 1819, solenn du \q na-
tions, ajoute l'éditeur , ne peut exister très longtemps ; jamais peuplade n’a diminué si rapidement.
Ce fut de ce village que furent amenés ceux que Von vit en Angleterre, en 1818 et 1819,et qui répétèrent leurs danses de guerre sur la plupart des théâtres. Depuis que les lignes précédentes ont été écrites, j'ai appris que plasieurs Anglais, animés d’un sentiment de bienveillance pour ces Indiens, leur ont donné à chacun des Bibles,avant leur départ pour leur pays, et ont essayé de leur communiquer des idées religieuses. Ces généreux efforts n’ont pas été infructueux. Une réunion pour prier en commun, tous les dimanches, à été établie dans le village Sénéca, sous la direction d’un instituteur américain, qui demeure dans ce lieu; et deux ou trois de ces Indiens qui sont allés en Europe, assistent régulièrement à l'office. Une lettre de remercîment adressée à leurs bienfaiteurs en Angleterre, lettre qu'ils ont dictée, a paru dans un des journaux religieux en 1822.
Les marchands qui demeuraient dans le voisinage du Tuscororas, ayant fait des avances aux Indiens, s'étaient adressés à l’ecclésiastique du
lieu, pour obtenir leur remboursement par son intermédiaire ; il leur répondit qu’il ne se mêlait de ces sortes d’affaires que lorsque l’Indien était un membre de son église, Un d’eux était convenu d’un prix pour une charrette, avec un charron de Leviston : avant qu’elle lui fût livrée, un marchand de la Nouvelle - Angleterre, passant par là, lui proposa de lui en vendre une à plus bas prix, et finit par lui persuader de l’acheter. Quelque temps après, le charron lui dit que la charrette était prête, et lui en demanda le paiement. L’Indien répondit qu'il n’avait plus besoin de la voiture, parce qu’il s’en était procuré une à meilleur marché, Le charton eut recours à l’ecclésiastique; celui-ci essaya d’expliquer à l’Indien la nature d’un marché, et l’obligation qu’il imposait aux deux parties. L’Indien convint quil avait pris l'engagement, mais objecta qu'ayant obtenu la charrette à un prix inférieur à celui qui avait été stipulé, ce fait prouvait que le charpentier avait essayé de le tromper, et qu’en conséquence, conformément aux principes de la jurisprudence indienne, il n’avait pas le droit d’insister pour lui faire prendre son ouvrage. Tout ce que l’ecclésiastique put dire pour
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t que la le paielus beprocuré recours iquer à ligation en conobjecta aférieur ait que per, et incipes
pas le on oue pour
convaincre l’Indien du droit du charpentier de le forcer à prendre la voiture, fut inutile; mais, d’un auire côté, persuadé que l’ecclésiastique ne voudrait pas faire du tort à un de ses frères rouges, et que de plus il connaissait très bien ce qui était conforme aux lois des blancs, il accepta la voiture dont il n’avait pas besoin, et en paya le prix convenu qui était de 40 dollars.
Cette conduite paraîtra encore plus honorable de la part de l’Indien, lorsqu'on saura qu'un
blanc n’a, par la loi, aucun recours contre un.
Indien , pour une dette, quoiqu’un Indien puisse poursuivre un blanc. Disposition sage et très humaine.
Ce que j'ai vu et entendu chez les Tuscororas me confirme dans l’idée que j'ai depuis longtemps : je pense qu'il y a de la folie, et pire que de la folie. de parler de l'impossibilité de civiliser les aborigènes du nord de l'Amérique. C’est un sujet de honte pour.des hommes raisonnables, que des assertions semblables aient jamais été proférées. Je conviens volontiers qu’il est difficile d’effectuer complétement l’entreprise ; mais les principaux obstacles qui existent sont nés de la conduite dépravée des marchands