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blancs ; je crois que si l’on prenait pour exemple le caractère moral de plusieurs de ceux-ci, c’est à eux et non aux pauvres Indiens, si méprisés, que conviendrait le nom de Sauvages.
Depuis que les Européens ont mis le pied dans le Nouveau-Monde, leur conduite, à un petit nombre d’exceptions près, a offert une combinaison de tromperie, de rapacité et de cruauté trop atroce, pour qu’on puisse la caractériser par quelque nouvelle épithète, pour la rendre plus odieuse. Ils trouvèrent quelques milliers d'hommes nus dans la possession paisible d’espaces immenses de terrains fertiles, arrosés par de vastes lacs et des rivières navigables. Ils jetérent un œil de convoitise sur ce continent, et à force d’intrigues et de fraudes ils réussirent à le posséder presque tout entier, et par extirper presque partout la race qui le peuplait.
Parmi le petit nombre d’Européens qui montrérent aux Indiens de la bonté et de la bonne foi, on peut citer Guillaume Penn. Les Delavares parlérent long-temps avec respect et avec l'expression du ravissement, du frère Miquon, car C'était ainsi qu’ils traduisaient son nom, et de ses frères les Quakers Quand la guerre éclatait,
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en Pensylvanie, entre les Indiens et les blancs, l’habit de Quaker était une sauve-garde dans tous les camps indiens, et l’homme sans armes qui le portait, recevait un accueil amical dans chaque vigvam. L'histoire de cette colonie et de quelques autres prouve complétement que les Indiens n'étaient pas insensibles aux marques de bonté que leur donnaient les blancs, et qu’au contraire, partout où on les traitait comme des hommes, à leur tour ils se conduisaient humainement.
Mais on pensait différemment. Quelle entreprise longue et douloureuse que celle de raconter comment les peuples de l’Amérique ont été anéantis ! Les détails seuls différent ; mais l’ensemblé de cette triste histoire offre des traits généraux de ressemblance. Les hommes blancs étaient forts; les hommes rouges , faibles ; les blancs, rusés et entreprenans; les rouges, simples et sans défiance : les blancs avaient besoin de terres; les rouges furent obligés de les leur abandonner. Le rum, la poudre et la baïonnette furent les moyens employés pour efiectuer le changement. Les Indiens furent excités à se piller et à se massacrer les uns les autres; les blancs
achevèrent ce qu’ilsavaient commencé. Les restes des rouges, découragés, des tribus dispersées, de: vinrent les esclaves de l’ivrognerie et de la paresse. Ils furent aisément déterminés à échanger contre des liqueurs enivrantes, ou tout ce qu’on voulut leur donner, la terre qui leur restait encore. « Finalement, disait un chef indien, les blancs nous ont successivement chassés dans le désert, loin de l’eau, du poisson et des huîtres. Ils ont détruit le gibier ; nos peuples se sont anéantis ; aujourd’hui nous vivons misérables et malheureux ; el eux jouissent de notre pays si beau et si fertile. »
Les blancs , après avoir dépouillé ainsi les Indiens de leur territoire, après les avoir abrutis, et les avoir presque exterminés, ont calomnié leur caractère, de sorte que les peuples indigènes de l’Amérique septentrionale sont regardés, par la plupart des nations de l'Europe, comme la quintessence de ce qu’il y a de plus odieux dans la nature humaine, comme des êtres qu'il est impossible de tirer de la barbarie, et que, par conséquent, on peut , sans le moindre sujet de remords, vouer à la destruction.
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appeler ainsi, employés par quelques personnes pour prouver l’incapacité des Indiens d’être civilisés, est qu'ils ont diminué si promptement depuis que les blancs sont entrés dans leur pays, et qu’ils se sont si rarement incorporés avec ceux-ci. Mais, à moins d’un miracle, un autre résultat aurait été impossible. Il ne faut pas oublier que les blancs ne se bornant pas à détruire autant d’Indiens qu’ils le pouvaient, ont saisi toutes les occasions d’exciter adroitement une tribu à faire la guerre à une autre, et que dans toutes les circonstances où les colons européens se battirent entre eux, chaque parti réunit, pour l'aider , des multitudes de guerriersindiens, qui tombaient victimes de guerres désastreuses. Dans les querelles entre les colons français et anglais , dans la guerre de la révolution, dans le malheureux renouvellement d’hostilités qui eut lieu en 1812, les Indiens furent, sans raison ni pitié, enveloppés dans des contestations qui ne les intéressaient en aucune manière, et furent écrasés entre les puissances opposées, comme le grain entre les meules. Une haine invétérée pour
les blancs, et entre les Indiens les uns pour les
autres, a été nourrie par tous les moyens possibles :
les liqueurs spiritueuses prodiguées pour les desseins les plus vils, l’immoralité en tout genre encouragée , des maladies dégoûtantes, et auparavant inconnues , propagées, toute espèce d’instruction refusée à ces infortunés; et l’on veut qu'après cela nous soyons surpris de ce que la race indienne disparaît rapidement !
Que l’on suive un système opposé; la raison et l’expérience se réunissent pour nous faire espérer un résultat différent. Que l’on fasse, pour les peuples qui survivent, ce que l’on a fait pour les Tuscororas. Ils sont plongés dans les ténèbres, donnons-leur dans leur langue la lumière de la vérité céleste ; ils sont paresseux , encouragons-les à devenir laborieux ; ils ont été privés de leurs territoires de chasse, faisons-leur connaître les arts utiles; ils sont découragés et comme désespérés , ranimons - les par l’espoir d’une satisfaction actuelle et d’un bonheur futur ; que l’usage des liqueurs fortes soit rabaissé par tous les moyens possibles ; qu’on les protège contre les artifices funestes des hommes, chez qui le désir du gain efface toute considération de devoir moral; qu’en même temps on leur offre la main en frères sincèrement affectionnés
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et désintéressés ; et nul doute qu’ils la saisiront et la presseront contre leur cœur. Que les générations qui s’élèvent reçoivent les bienfaits inappréciables d’être instruites de bonne heure des vérités dela religion, et exercées à la pratique des arts mécaniques ; alors tout prendra unj aspect plus riant; la confusion fera place à l’ordre, la paresse à l’amour du travail, la misère au bienêtre.
Depuis quelques années, l’histoire , les langages et la religion de ces tribus éparses ont commencé à attirer l'attention d’hommes doctes et doués d’un esprit observateur ; les faits dont leurs recherches ont procuré la connaissance , méritent l'attention des hommes qui réfléchissent.
On s’est beaucoup occupé de la question de savoir d’où étaient venus les premiers habitans de l'Amérique; il est peut-être impossible de la résoudre d’une manière complétement satisfaisante; mais il y a beaucoup de raisons de croire que les Indiens trouvés, par les Européens, en Amérique , sont au moins la seconde race distüincte qui a vécu sur le territoire occupé aujourd’hui par les États-Unis. On a découvert,
dans l'État d’Ohio et dans son voisinage , des restes de grands tertres, élevés par la main des hommes, et sur lesquels croissent des chênes qui ont plus de quatre cents ans, el qui ont été précédés de deux autres successions des mêmes arbres. Ces ouvrages sont construits avec beaucoup de régularité, et offrent principalement des figures circulaires , carrées et octogones ; sont pourvus d'ouvertures pour des portes à des intervalles égaux , et sont quelquefois joints les uns aux autres par de longs passages également garnis de retranchemens. Le terrain enclos varie en surface depuis un jusqu’à cent acres ; les murs ont de 15 à 20 pieds de largeur à leur base, et diminuent graduellement en s’élevant. On distingue sans peine des fossés, des lignes extérieures de circonvallation et d’autres ouvrages destinés évidemment à une défense, Quelques tertres circulaires ont été ouverts dans l'enceinte de ces ouvrages; on y a trouvé des ossemens humains de différentes grandeurs; on a rencontré dans les autres des fragmens d’armures en cuivre, couvertes en argent , €t attachées par des agrafes à des lanières de cuir; des morceaux de tuyaux de cuivre rem-
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plis d’une rouille ferrugineuse, des pointes de lance en cuivre, des briques et des urnes en argile cuite au four, des haches de pierre de différentes espèces, des outils et des ustensiles; enfin des imitations grossières de bustes humains.
Ces objets prouvent que ces fortifications en terre n’ont pas été faites par les Indiens ; car ceux-ci, avant l’arrivée des Européens chez eux, ne connaissaient pas les métaux, et n’avaient pas l’idée de briques ni d’imitations en pierre de la figure humaine. Les crânes et les os offrent des différences prouvant qu’ils appartiennent à une autre race d'hommes. D'ailleurs les Indiens ne savent rien relativement à ces ouvrages , ils n’ont aucune tradition qui les concerne ; et sans doute ils n’en manqueraient pas, s'ils provenaient de leurs péres. Il ne paraît pas non plus qu’ils s’en soient jamais servis pour fortifications, ni pour demeure.
Il est vraisemblable que trois langues, radicalement différentes les unes des autres, ont été en usage parmi les Indiens qui habitaient à l’est du Mississipi. Du moins tous les dialectes dont il reste
quelques vestiges, ont été ramenés d’une manière TOME LL.
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satisfaisante à un de ces trois-là. Jusqu’à présent, on n’a découvert aucune affinité entre eux, excepté dans leur construction grammaticale qui est un peu singulière. Mais peut-être commettrions-nous une erreur en décidant que ces nations n'avaient pas, dans le principe, une origine commune. Elles ne connaissaient pas l'usage des lettres, par conséquent leurs idiomes étaient sujets à des changemens continuels ; et d’ailleurs ces langues, regardées comme primitives, n’ayant été que depuis peu de temps réduites à ce petit nombre, il ne semble pas improbable que des recherches ultérieures ne les limitent encore davantage.
Ces langues sont l’Iroquois, le Lénapé et le Floridien. La première est la source des dialectes parlés par les six nations dont il a été question plus haut , et par d’autres peuples qui, autrefois, vivaient au nord du fleuve Saint-Laurent. La seconde était celle des Delavares et d’autres Indiens qui occupaient la plus grande partie de l’intérieur des États-Unis; la troisième est celle des Criks et des peuples des États méridionaux, ainsi que de la Floride.
Le Lénapé semble s’être étendu beaucoup plus
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VOYAGE AU CANADA. 147 pi
que les deux autres, et, autant que nous pouvons en juger , était plus riche et plus systématique. Sa grammaire est remarquable par sa singularité, et contraire à toute idée que nous pouvons nous former d’avance d’une langue non écrite, parlée par des chasseurs errans. Au lieu de la division des noms en genres, elle ne reconnaît que la division des choses animées et inanimées ; et cette classification passe aussi dans les verbes. E inguli : ‘erbes. Elle a un singulier, un duel et
eux pluriels, un particulier et un général, Dans les verbes, la variété |
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» tete” des modes et des temps paraît avoir surpassé celle des Grecs ; leurs
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flexions sont modifiées, non-seulement par des pronoms affixes et préfixes, comme en hébreu mais aussi par d’autres qui ignification re : se " qui une signification
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- ] ve. De plus, le verbe se combine avec les noms, les adjectifs et les pré positions, avec une facilité inconnue dans les langues européennes;
es: ? CR 14 8 ee P ; de sorte qu’une idée très compliquée, qui, dans les idiomes modernes e. é . . . ?
exigeralt une circonlocution, se contract Lénapé, de la maniè se pé, a manière la plus intelligible , en L] .
un seul mot, qui exprime la personne, l’action
le lieu , le temps et la circonstance, Ce trait
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