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au village des Cèdres, au-dessus des rapides, et gagnèrent Montréal par terre; deux autres furent sauvés par la pirogue; l'équipage du bateau, bien qu’accoutumé au travail, périt entièrement. Des huit hommes qui descendirent les Cascades, j'évitai seul la mort. Il était impossible de se sauver, sans le bonheur extraordinaire qui m’arriva, et sans l’aide du bateau auquel il était nécessaire de se cramponner. Les autres dûrent se noyer dès le moment où l’on entra dans les Cascades. Les malles et les autres objets auxquels ils s’attachèrent , et les redingotes pesantes dont ils étaient revêtus, contribuëèrent probablement à leur perte : d’ailleurs, comment ne pas succomber, puisqu'il était impossible de nager dans ces endroits où les vagues se brisaient contre les rochers, et s’entre-choquaient avec une fureur inconcevable ? Cependant la confiance que j'avais dans mon habileté à nager, me conserva ma tranquillité, et me rendit plus disposé à changer l’objet qi me soutenait, contre un autre qui était meilleur : ceux qui re savaient pas nager, s’attachaient naturellement à ce qu’ils trouvaient sous leur main, et par conséquent rencontrèrent des choses qui leur
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furent funestes. Le capitaine passa devant moi, au-dessus des Cascades; il était sur un ballot de lainages qui, sans doute, ne tardèrent pas à s’imbiber d’eau, et à couler à fond.
» La malle que je retirai du bateau appartenait à un jeune homme du Haut-Canada, qui fut un des noyés. Elle contenait des habillemens, et à peu près 70 livres en or, qui furent rendues à ses parens.
» Ma malle renfermait, indépendamment de mes habits, 200 livres en or et en billets de banque. À mon arrivée à La Chine, J'offris une récompense de 100 dollars à celui
qui me la rapporterait. Un Canadien la trouva,
quelques jours après, sur le rivage d’une île sur laquelle elle avait été poussée ; il me la remit à La Chine où j'étais alors. Je lui payai la somme promise ; j'appris qu’un tiers en était destiné à l’achat d’un certain nombre de messes ; c'était le résultat d’un vœu qu’il avait fait, dans le cas de succès, avant de se mettre en besogne. »
Nous fûmes retenus long-temps au Coteau du lac, parce que tous les pilotes étaient occupés au bas de la rivière.
Les rapides que nous avions devant nous
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sont au nombre de quatre ; ce sont le Coteau du lac, les Cèdres, la Roche-lendue et les Cascades. Tous sont dus aux mêmes causes; le lit du fleuve se rétrécit brusquement, et l’eau descend avec plus de rapidité, généralement, entre des îles nombreuses, et à travers des rochers qui s’é-
lèvent au milieu du courant. La rivière, ainsi 4 resserrée et retenue dans des passages étroits et embarrassés, s’y fraye un chemin avec une violence prodigieuse ; choquant les rochers avec fureur , entraînant des fragmens avec la vélocité d’un tourbillon, et se soulevant, même dans les endroits les moins agités, avec un mou-
vement interrompu et terrible, comme celui de Ela mer, dans les tempêtes causées par des vents 4 qui ont souflé de côtés opposés. |
Unspectateur inexpérimenté croirait qu'il est
impossible à un bâtiment de s’aventurer au milieu des rapides, sans être à l’instant même englouti ou fracassé; j'ai souvent admiré la hardiesse
de l’homme qui, le premier, osa hasarder sa vie dans cet essai téméraire. Üne perte inévitable altend quiconque pénètre dans quelques-unes des passes: combien de gens y ont perdu la vie, 4 avant que l’on ait reconnu quels étaient les ca-
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naux praticables ! Le nom du premier aventurier qui a tenté l’entreprise est oublié pour toujours; mais son action est certainement une de celles qui ont exigé le plus de fermeté, de résolution et d’audace. Rarement on a pu citer avec autant de justesse les fameux vers d'Horace :
Illi robur et æs triplex
Circa pectus erat, qui fragilem truci Commisit pelago ratem Primus.
Quelques voyageurs ont dit que les rapides sont un objet aussi sublime que le Saut du Niagara ; quant à moi, je crois que l’on ne peut guère établir de comparaison entre ces deux choses. Cependant, si la sublimité d’un objet n’est estimée que par la force des émotions qu’il produit, je ne doute pas que beaucoup de personries n’adjugent la palme aux rapides. On se borne à regarder le Saut, mais on traverse les rapides. Dans le premier cas, le spectateur est en sûreté; dans le second, sa vie est hasardée daus le résultat de sa tentative. Il est ballotté sur le sominet des vagues écumantes, et poussé, avec une impétuosité et une fureur irrésistibles ,
au-delà des rochers, des écueils et des brisans. Si un clou venait à se détacher du bâtiment fragile qui le porte, ou si la pagaie s’échappait des mains du pilote, très probablement c’en serait fait de sa vie. Le voyageur qui, placé sur le rivage , sé contente de regarder les rapides, ne connaît nullement leur caractère de grandeur, et ne peut nullement avoir l’idée de les mettre en comparaison avec le Saut du Niagara.
Du Coteau du lac, au fond des Cascades, on compte à peu près 11 milles; la partie intermédiaire où Peau est tranquille n’a pas plus d’un tiers de cette distance. Le plus grand intervalle est entre le Coteau du lac et les Cèdres; les autres ont si peu d’étendue, que si l’on a un vent favorable, comme cela nous arriva, l’on trouve à peine le temps de respirer entre un coup d’aviron et celui qui le suit.
La grande île, dont la longueur est à peu près de 4 milles, et qui sépare le fleuve en deux bras principaux, occupe presque tout l’espace entre le Coteau du lac et les Cèdres. Entre la courbure de son extrémité supérieure et la rive gauche, on rencontre un groupe d’une dizaine de petites iles qui augmentent beaucoup le dan-