GONSULAT GÉNÉRAL DES ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (AU DRAPEAU
pendant l'été de 4884, alors que j'habitais la ville de Panama, à avoué que l'insurrection dans son pays n'était autre chose qu'une véritable profession.
La dernière révolution, qui'eut lieu en mars 1885, a dé iruit Colon, paralysé les travaux sur le Canal,
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anéanti le transit et amené le règne de la terreur; sans doute elle aurait entrainé la ruine de Panama sans la prompte intervention des consuls d'Angleterre et des États-Unis. Le premier cuirassé qui arriva sur le lieu de l'émeute fut un navire anglais; puis les vaisseaux.de guerre américains vinrent er nombre, Alors le consul général, M. Thomas Adamson, représentant les intérêts de cette grande république qui s'appel'e les États-Unis, s'interposa au nom de son pays. Il sut bientôt mettre un terme au pillage et à jincendie, C'est grâce à l'énergie déployée par le consul général américain que Panama doit, en cette circonstance, de n'avoir pas subi le même sort que la ville de Colon-Aspinwall.
Les jours de fête à Panama méritent qu'on s'y arrète d'une manière spéciale, Ils rompent la monotonie de la vie sur l'isthme. La fête par excellence est celle du 28 novembre; c'est l'anniversaire de l'indépendance de la Colombie. Les journées des 28, 29 et 30 novembre sont consacrées à des courses de taureaux, à des courses de chevaux, à des mascarades et autres amusements.
J'ai assisté en spectateur à l'une de ces fêtes, et voici ce que j'ai vu.
Sur la plaza Santa-Ana, en dehors des murs de la ville, on dresse une grade arène, forte construction provisoire ciôturée de planches, avec des palcos ou
loges couvertes, à l'irtérieur, On peut louer une de ces i len loges pour les trois jours de fête, moyennant quatre- | nie vingt-dix francs, avec faculté d'y placer jusqu'à six foi chaises, De même qu'au théâtre, vous êtes tenus jot d'apporter vos sièges où de rester debout, | en Les courses de taureaux sont très suivies, Dans une bonne loge, on domine, comme à Madrid, toute l'éten- s'a due de l'arène. On ne tue pas les taureaux, sur les l'isthme de Panama, on les taquine. Ce sont de belles | rill bôtes, originaires du pays, fraiches, jeunes, pleines po d'ardeur ; mais comme on a soin d'embouler leurs rib cornes, elles sont moins à craindre dans les reñ- dos contres. pa , col Le taureau est lancé dans l'enceinte, de avt Aussitôt, la course commence. Un toréador s'avance ; pal et agite, devant les yeux de la bête, une cape rouge. fai L'animal, s'ilest d'attaque, s'élance à fond de train br sur le toréador qui, adroitement, l'évite, Plusieurs pet autres toréadors se mettent de la partie et le jeu se fur prolonge. La bête va, vient, tourne et vire, excitée par foi autant d'individus de quatre ou cinq côtés à la fois. vai Souvent, s'ils sont novices où imprudents, p'usieurs nal de ces toréadors sont jetés par terre, piétinés par ivr l'animal ou lancés en l'air; mais d'autres aussitôt s'a arrivent, détournent le {aureau et enlévent les to- { un réadors tombés, de ' ' un
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lement celle d'un des régiments de Ta garnison, Au moindre accident, soit aux hommes, soit à la bôte, la foule hurle, trépigne, applaudit follement; la musique joue; l'enthousiasme est à son comble, On se croirait
en Espagne,
Au bout d'une bonne demi-heure, le taureau, harassé, s'arrôte ; alors pour le remettre on train, on appelle les banderilleros, Ceux-ci sont armés d'une banderille, baguette de soixante centimètres avec une forte pointe, en fer barbelé, au bout; outre sa pointe terrible, elle a une fusée que dissimulent des rubans et des papiers de couleur, Les banderilles se placent par paires, au garrot — et non ailleurs, — une de chaque côté, lorsque la bète est de f once sur le banderillero. Celui-ci a, au | able, allumé la fusée avec sa cigarette, qui ne l'abandonne jamais. C'est la partie la plus dangereuse du jeu. Aussi, dès qu'il a fait son coup, le banderillero se met à l'écart, La fusée brûle jusqu'à la masse de poudre à l'intérieur du pétard, qui éclate avec grand bruit, Le taureau, rendu furieux, a les poils et la chair brûlés. I bondit, parfois pousse des mugissements épouvantables, faitd vains efforts pour se débarrasser de la machine infernale. Les applaudissements redoublent. La foule es ivre de joie, J'ai vu un jour ceci : Le taureau, à bout, s'appuya un moment contre le rebord de l'enceinte; un indigène grimpa sur le haut de la barricre et Coupa de son couteau la baguette barbelée, mettant à nu une plaie profonde, une brûlure énorme, On à cou-
Ce sont les principaux bouchers de Panama qui fournissent les bêtes aux autorités, Je n'oublierai de sitôt la pr reaux dont je fus spectateur. La représentation m'énerva singulièrement. Quand l'animal lança un des banderilleros dans les airs, je m'écriai: «Bravo! bravo!» de toutes mes forces, Toutes mes Sympathies étaient Pour la bête, toutes mes antipathies pour son bourreau. Ce n'est qu'exceptionnellement qu'on érige des barrières, aussi les accidents y Sont-ils fréquents, On Court le taureau au milieu de la foule, qui cherche autour de l'arène les emplacements les plus lageux. J'ai vu renverser un Spectateur, qui perdit connaissance, Le même jour, l'animal s'élança par une ouverture, en dehors de l'enceinte, jusque dans la rue, et faillit tuer un Passant. Les courses de taureaux alternent, tant que dure la fête, avec les courses de chevaux.
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Celles-ci ont lieu dans la grande rue, Pendant ces joutes, plus d'un cavalier est désar de sa bête ou par l'étourderie des hommes, femmes et enfants qui traversent la piste au moment où les che-
Vaux passent. On ne tient nul Compte des blessés et des morts.
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Les Colombiens, de même que les Mexicains et les Américains du Centre et du Sud, sont des cavaliers consommés. Ils montent sans selle et vont à une allure qui est tout bonnement effrayante. Des milliers
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de personnes viennent des villages environnants pour assister à ce spectacle. Enbardis par cette multitude, grisés par les applaudissements, les cavaliers s’élancent ventre à terre, brisant tout sur leur passage, voire leur propre cou. C'est leur manière.
Les mascarades ressemblent beaucoup à celles que j'ai vues à Saint-Thomas, à Cuba, à Haïti. Il n'est rien qui fasse plaisir à un nègre, ou à ses pareils, comme
de mettre un masque, un costume extravagant, et L Le,
d'aller par les rues, chantant à tue-tête ou parlant d'une voix de fausset, S'il peut fixer l'attention de quelque spectateur à peau blanche, alors sa joie ne connaît plus de bornes. Pendant ces trois Jours de fête, il se moque du monde entier. Tout ce qui, à l'ordinaire, est pour lui chose sacrée, devient à cette occasion l'objet de ses railleries. Ni la sœur de charité ni le prêtre ne trouvent grâce devant lui. Jusqu'à une" heure fort avancee de la nuit, les masques courent les rues, avec leurs farces de singes et leurs cris aigus. [y a un grand nombre d'ivrognes, L'anisado, que boivent les gens du pays, est un spritueux qui fait plus d'alcooliques et de fous enragés que je n'en ai rencontrés partout ailleurs. Quand les nègres, les mulâtres, les Indiens atteignent cette phase de l'ivrognerie, ils sont dangereux. Là où, chez nous, on se battrait à coups de poings, ils se donnent des coups de couteau. Il n'est pas rare au lendemain de ces fêtes, de relever cinq ou six morts, sans compter les blessés,
Chacun à son machete, long coutelas qui ressemble à un sabre. C'est l'outil par excellence de la basse classe, qui s'en sert à toute fin. Il vient directement de l'arme dont se servaient les premiers Espagnols pour se frayer une #rocha ou sentier à travers les forêts vierges. Les indigènes se servent indifféremment du machete pour couper du bois, abattre des arbres, tailler des herbes ou se pourfendre. C'est un instrument qui fait de la bonne besogne pour les médecins. À Panama, les indigènes ne sont qu'à moitié civilisés; sitôt ivres, ils redeviennent de vrais sauvages. Après trois jours de réjouissances, je dirai même de licence effrénée, la ville rentre dans l'ordre et le calme habituels; on rengaine les cris de Viva le Colombia ! jusqu'aux prochaines fêtes de la Independencia civica.
Les cérémonies du culte sont aussi une occasion de
réjouissances publiques.
Me trouvant à Panama, en mars 1887, j'allai, une nuit, en compagnie de quelques amis, voir une procession à l'église historique de Santa-Ana, Au son bruyant des cloches, la procession sortit de l'édifice sacré par une porte lotérale. En tôte du cortège se profilait un énorme châssis, d'environ cinq mètres de long et deux de large, sur lequel s'étageait une série de rayons, recouverts d'étoffes bariolées, Sur ces rayons, se dessinaient des lampes, des images, des vases de fleurs; le tout était surmonté d'une grande
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poupée de la Vierge, re splendissante sous la mousseline et les dorures, au milieu de l'éclat des lumières, La procession était précédée par une file interminable de bonnes femmes tenant des cierges à la main. Derrière elles venaient les porteurs de la Vierge, puis les prètres, tous chantant à tue-tête. Cela ressemblait; au dire d'un de mes amis, à la boutique ainbulante d'un lampiste-quincaillicer,
Nous nous découvrimes sur son passage,
Vers la fin 4 : :ulomne à lieu une autre procession de même ordre, où l'on voit des centaines de personnes porter des cierges, avec la Vierge et nombre de saints, en grande pompe.
Le soir du Vendredi saint a lieu une fête spéciale, On distingue, à l'entrée dn sanctuaire, un Christ, couché sur le dos, la tête dirigée vers le maitre-autel. Cette forme parait vivante; la tôte porte une épaisse tignasse; les deux pieds sortent sous la robe. La foule ondule vers ce but. Chacun, à son tour, s'agenouille avec respect et baise le pied droit. L'orteil du pied gauche a été fortement usé au contact des lèvres des fidèles, Cependant, à l'intérieur de l’église, une foule de femmes, que dirige quelque horrible compagnonne, négresse où mulàtresse, récitent des prières sans fin. C'est une vraie tour de Babel.
Un soir, me trouvant à Panama, je pris un vieil Anglais par le bras pour lui faire voir les églises le
CINQ ANS À PANAMA Vendredi saint. Après avoir visité La Merced, nous entrâmes à San-José, édifice tros ancien, mais peu fréquenté. Sur les autels, dans des chässes en verre, plusieurs objets de piété, fort laids d'ailleurs, attirent l'attention. Près de l'entrée principale, on voyait, à cette OCCasion, sous verre, un Christ, de grandeur naturelle, qu'on aurait cru vivant, revêtu d'ornements éclatants, et portant sur la tête une surprenante perruque. C'était saisissant d'étrangeté. Le vieux bonhomme, qui était à côté de moi, après avoir regardé fort attentivement cette représent
ation de la divinité, se
tourna vers moi et me dit {out bas :
— n'a pas l'air d'un gentleman !
Cette remarque, si sérieusement dite, et la drolerie de sa comparaison m'obligérent à sortir de l'église aussi vite que possible pour donner libre cours au rire inextinguible quim'étreignait, Jamais il ne m'était venu à l'esprit qu'on pouvait envisager l'effigie d'un Dieu sous un tel jour. Dans cett l'Amérique du Centre, on deux pieds.
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J'ajouterai que la seule religion, celle de Rome: du moins, c'est] quement pratiquée.
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x x Pour voir la place du marché — et elle vaut la peine d'être vue — il faut se lever dès que l'aube
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