‹ Cinq ans à Panama et le canal interocéanique de M. de Lesseps [microforme]Chapitre 18 sur 80 · FA · texte numérisé non relu

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double rangée de belles colonnes qui s'élancent du sol et se mêlent, gracieuses, aux cintres de la voûte. Ces colonnes ont, à leur base, près de deux mètres de diamètre ; elles divisent le vaisseau de l'église en nef et en bas côtés. Le maitre-autel fait face à la porte d'entrée Pour qui regarde l'autel, les puissantes colonnes s'alignent superbes, à droite et à gauche. L'autel, à l'exemple de l'édifice, est de proportion gigantesque; il est en bois sculpté à l'ancienne manière, avec de belles ciselures, et recouvert à profusion d'objets et d'ornements ecclésiastiques. À droite et à gauche du maitre-autel, en dehors de chaque rangée de colonnes, se trouvent deux autels, chacun placé à l'extrémité du bas côté.

Contre les murs on voit, outre plusieurs autels, des confessionnaux d'une structure on ne peut plus simple. La base, en bois, est surélevée de quelques centimétres seulement au-dessus du sol; il n'y a point de faite; une seule cloison monte à une hauteur de près de deux mètres et offre, à moitié chemin, son grillage. Le padre s'asseoit d'un côté, la pénitente s'agenouille de l'autre. C'est un genre de confessionnal qui se rencontre assez fréquemment en Amérique, dans les contrées colonisées par l'Espagne.

Un grand nombre de plaques murales attirent l'œil, en même temps que des pierres tombales encastrées dans les dalles; ces dernières sont en marbre. Il y a aussi des bancs d'œuvre d'une forme spéciale. Aux jours de fête religieuse, les bas côtés se remplissent

de chaises apportées du dehors e aussi bien ici qu'au théâtre, sont tenues d'envoyer par leurs domestiques. I] n'est pas rare de rencontrer une famille rentrer après la messe, portant des chaises sur leurs têtes. C'est une coutume

qui leur semble toute naturelle, mais qui, aux yeux d'un étranger, est assez étonnante,

t queles familles,

suivie de gens

Près du maitre-autel s'étalent des r rées, Je remarquai surtout, enferm le crâne d'un saint, dont un des d'une fine moisissure. (

eliques fort révéé sous une vitrine, orbites était tapissé ‘est laid en diable, mais authentique. Je ne demande pas mieux que d'y croire, d'autant plus que celui-ci est accompagné d'une inscription qui proteste de son authenticité. Il faut avouer, pourtant, que ces vrais crânes et ceslambeaux d'étoffes provenant des vêtements du Christ, qu'on rencontre sur tous les points du monde, sont vraiment bien nombreux. Avec combien de clous, Seigneur, ces affreux Juifs avaient-ils attaché votre fils? Car, on en trouve un peu partout. C'est comme les moreaux de la vraie croix dont Voltaire disait déjà, de son vivant, qu'on pourrait aisément s'en faire con- Struire un chalet suisse.

J'eus l'occasion d'aller voir un prêtre de l'église de San-Francisco. Le bedeau me fit monter par un étroit escalier, et je me trouvai bientot sur un plancher formant galerie et conduisant à un préau. Je plongeai les yeux avec frémissement dans Je vide de la vaste nef, circonscrite par ses colonnes massives et ses

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' révévitrine, tapissé ais aucroire, d'une Il faut beaux qu'on iment rieur, ? Car, MOrjà, de } CON-

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beaux arcs cintrés. Nous passämes ensuite par une petite porte, avant d'arriver à un endroit formé par la partie supérieure d'un mur en dehors de l'église, On apercevait, tout le long de la toiture, un grand nombre de chambres affectées aux membres du clergé. L'œil embrassait, des fenêtres lat‘rales, tout le panorama de la baie, avec ses ile: ot 1e: ruines des anciennes dépendances de l'ég'iso de l'an-Francisco. D'une part, les murs de ces vieilles ruinos touchent à l'église et s'étendent, de l'autre, :1squ'au bord de la mer, C'est une construction cyclopéenne, qui donne bien une idée de la dimension formidable de l’ancien édifice. À l'un des angles, s'élève une tour dans le style maure, comme on en voit partout en Espagne, — j'entends cette partie de l'Espagne occupée par les Maures pendant huit siècles.

Une partie des vieux remparts, sur le bord de la mer, s'est effondrée sous l'action des vagues, mettant à nu les assises de pierre qui n'ont pas moins de quatre à cinq mètres d'épaisseur, et révélant, par la même occasion, l'existence d'un passage souterra:e Ce passage, construit avec soin, conduisait des anciens bâtiments ecclésiastiques à l'intérieur de la ville: il avait un plafond cintré, assez élevé pour qu'un homme, en se baissant un peu, pût y marcher facilement.

De l'autre côté de l'église de San-Francisco on voit encore des murs, avec une autre tour mauresque assez élevée. Ce sont les ruines du couvent &e San-

Francisco. Aux jours où l'Espagne était puissante et l'isthme florissant, des religieuses y étaient cloitrées Elles y vivaient, Y Mouraient, y ét C'étaient une tombe

aient enterrées.

anticipée, Quand les Colombiens secoucrent le joug de Rome — ;j] Y € Guarantaine d'années — Jes Jésuites, même les sœurs de charité fur

t de cela une les prêtres et, ent expulsés du pays.

Aujourd'hui, cette partie cisco, où se trouve | formée en théâtre. L

du couvent de San-Frana façade Principale, est transà Où priaient les bonnes sœurs, Me Sarah-Bernhardt électrisait, en 18386, les modernes habitants de Panama. Un soir, pour lui faire honneur, quelques enthousiastes eurent l’ingénieuse idée de placer plusieurs gros Pétards à la porte d'entrée, Dès que la grande artiste arriva en scène, on

tira ces bombes, ce qui causa une si grande frayeur à la divine Sar:

ah, qu'elle en eut une violente attaque de nerfs.

À l’autre bout de la ville on trouve, &u coin de la rue San-José, l'église en ruirie de San-Domingo, qui se distingue par bien das points des autres édifices religieux de Panama, Elle est l'œuvre des frères de l'ordre dont elle porte le nom, lesquels, après en avoir dressé les plans, l'ont bâtie de leurs mains. Extérieu lement, sa façade, construite partie en pierres de taille, partie en briques, n'offre plus qu'un

Monceau de décombres, TN le f

aite de l'édifice est à bas. Une

riche moisson de plantes couvre Los HUrs, el ja parié-

tissante et

cloitrées, enterrées, ombiens cela une rêtres et, du pays.

an-Fran- St trans- S sœurs, moderlui faire sénieuse te d’en- ‘ène, on 'ayeur à aque de

n de Îa 0, qui édifices res de n'avoir térieu faille, au de s. Une parié-

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CINQ ANS À PANAMA D) taire envahit les corniches. Le vaste portail était flanqué de belles colonnes couronnées de chapiteaux ; ily avait des niches et, au-dessus, quelques fenêtres ogivales, blanchies à la chaux ; ces colonnes seniblaient du marbre, Les tours sont détruites ; iln'en reste nulle trace.

Avant le cataclysme du 7 septembre 1882, un cintre élevé se dressait à l'intérieur, devant le maitre-autel, formant une magnifique arcade entre les deux murs à vingt-sept mètres au-dessus du sol de l'église. On admirait sa silhouette projetée hardiment en l'air contre le ciel bleu. Le tremblement de terre l’a abattu. Une autre voûte, plus intéressante au point de vue historique, se dresse près de l'entrée principale. Cette voûte fut construite et s'écroula. Construite à nouveau, elle tomba également; reconstruite encore, elle S'abima pour la troisième fois. Les frères étaient consternés, Leurs plans avaient été mal conçus. Un nouveau plan fut dressé, et, pour la quatrième fois, on reconstruisit la voûte, Avant de faire enlever les échafaudages, celui qui avait fait le plan se mit sous la voûte, disant que si elle n'était pas bien construite, cette fois, il périrait sous elle. On enleva les supports. La voûte ne {omba pas et demeure, à ce jour, le plus curieux exemple d'architecture religieuse qu'on peut voir dans la ville. Sa partie cintrée offre une ligne presque droite dans toute son étendue. Je n'ai jamais, dans mes voyages, rencontré de voûte semblable,

La riche végétation qui orne les murs de cette église

me rappelle un incident. J'étais au Grand-Hôtel un jour qu'une tempête effroyable éclata sur Panama. Je contemplais cet orage par la fenêtre de ma chambre, lorsqu'un éc'air m'éblouit. La foudre presque aussitôt tomba sur cette partie du mur de l'église avoisinant l'hôtel, et mit le feu aux arbrisseaux.

Dans la même rue San-José, et à quelques pas seulement de l'édifice en ruine que je viens de décrire, se (rouve une toute petite église dont j'ai oublié le nom, mais dont l'ensemble offre un aspect d’étran: geté sans exemple à Panama. La façade est en macçonnerie, le porche est très grand, et, au coin, dans une tour provisoire en charpente, pendent quelques cloches. Les stalles, fort étroites, sont des plus simples. Près de la grande porte d'entrée, quelques colonnes en bois soutiennent une galerie du type le plus priimitif, Il y a une nef et deux tout petits bas côtés. Étant à la porte, et regardant vers le maitre-autel, on voit, à mi-chemin, de chaque côté, contre le mur, de petits autels qui offrent d'étonnantes figures du Christ; de la Vierge et des saints, habillées, pour la plupart, de vêtements aux teintes les plus criardes. À droite, tout en l'air, est une chaire à l'arcienne mode, où l'on monte par un escalier étroit et raide.

Le maitre-autel fut, pour moi, un sujet sans fin de rêverie. Les ustensiles du culte, les objets d'église, les vêtements bariolés des saints, la teinte violette des boiseries, tout était unique. Les vêtements surtout,

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CINQ ANS A PANAMA où le vert de mer et le jaune dominent, m'étécnnaient et me froissaiont par la combinaison outrée de leurs couleurs disparates.

Le curé, vieillard si âgé, si infirme, que c'était un miracle de le voir encore en vie, demeurait à l'arrière de cette singulière petite église, où, d'ailleurs, il n'officiait que rarement. Un grand malheur atteignit ce pauvre homme peu avant mon départ, en 1885. On lui déroba les économies de toute sa vie. Et sivezvous à combien se montait ia sonime qu'il avait mis quatre-vingts ans à réunir ? Deux inille franes ! C'était là tout son avoir. Pauvre brave cher homme de prétre ! Il a dû en mourir.

San-José donne dans la rue de ce nom. Quoique ancienne, cette église offre peu d'intérêt au point de vue architectonique. Sa façade est simple, sans ornements ; elle a une ,vaste porte d'entrée et une petite tour carrée, de style mauresque, à l’un des angles. L'intérieur est grand, mais triste et nu; quelques porte-livres en argent martelé, sur le maïitre-autel, méritent seuls de fixer l'attention. Un de ces jours, si l'on n’y met ordre, les vieux remparts contre lesquels ses murs s’adossent et qui sont en fort mauvais état, pourraient bien faire brèche ; les vagues alors, rompant le remblai, emporteraient la pauvre et vieille église au fond de la mer. Déjà une partie de la rue a été enlevée; et, lors de ma dernière visite, il ne restait plus que cinq mètres environ de terre ferme entre l'édifice et la

CINQ ANS À PANAMA marée qui, dans la baie de Panama, varie entre six et huit mètres!

Arrèélons-nous un instant devant Ia cathédrale.

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