‹ Cinq ans à Panama et le canal interocéanique de M. de Lesseps [microforme]Chapitre 19 sur 80 · LA CATHÉDRALE · texte numérisé non relu

LA CATHÉDRALE

L'histoire de sa construction est vraiment curieuse. Elle date de 1688 et fut bâtie aux seuls frais d'un évêque de Panama qui avait su, lui, économiser plus de deux mille francs pendant son sacerdoce. Le père

de cet évêque était un indigène, c'est-à-dire un homme

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de couleur, qui fabriquait du charbon près de La Boca, à l'embouchure du Rio-Grande, fleuve qui se jette dans la baie à trois kilomètres environ de la ville moderne de Panara. Non seulement cet indigène faisait lui-même son charbon, mais il l'apportait sur son dos pour le vendre de maison en maison, Cee coutume existe encore de nos jours.

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Il fit donner à son fils une éducation soignée, Celuici passa ses examens, devint diacre, puis prêtre et, finalement, évêque; oui, ce fils de charbonnier devint éveque de l'orgueilleuse Panama, alors à l'apogée de sa splendeur. Ce fut le premier évôque de couleur qu'on eût vu dans cette ville, Et, pour couronner cette vie déjà exemplaire par elle-même, il fit construire la cathédrale de ses propres doublons. Les pierres auployées à la construction — une basalte verdâtre — viennent, pour la plupart, des montagnes de l'intérieur et ont été apportées de plusieurs lieues à dos d'homme, L'édifice ne fut terminé qu'en 1760.

L'entrée principale donne sur la Plaza, ainsi que je l'ai dit. Les vastes portes tournent sur d'énormes gonds; elles sont en bois dur, ayant plus de dix centimètres d'épaisseur. Les fermetures en cuivre, des merveilles de ciselure, sont à rendre jaloux de les posséder tout archéologue ou collectionneur, Dès l'entrée on se trouve en face d'un petit autel carré, peint en blanc et or, et dédié à la Vierge. Il y a de cela quelques années, un Murillo authentique était accroché derrière cet autel, à l'intérieur de l'église, la toile tournée vers ie imaitre-autei,

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Des rangées de colonnes très blanches attirent ensuite l'œil du spectateur; leur solidité, leurs belles proportions, la couleur lactée de leur surface, les cintres qui les surmontent me parurent vraiment inagnifiques. Ces colonnes partagent l'édifice en nef et en collatéraux. Sur la premitre paire de colonnes repose un cintre, presque droit, dont la partie supérieure ressemble à un petit viaduc. Au-dessus s'étend une voûte eu bois foncé, riche, d'une teinte rougeûtre. Les cintres contrastont merveilleusement avec ce bois de nuance sombre, Au delà de la paire suivante de colonnes, il y a un cintre différent du premier ; il est plus élevé et monte directement à la voûte. Vient ensuite un cintre semblable au premier, Les cinires alternent ainsi jusqu'à proximité du maitre-autel ; quelques-uns portent la cotte d'armes de Léon et de Castille.

Vu de la porte, le maitre-autel, qui s'élève derrière une fort belle grille et qu'encadre la nef avec ses blanches colonnes, présente un véritable tableau. Le trône de l'évèque est à gauche; en face, se trouvent les stalles pour le clergé et les chantres; ik y a les lutrins ordinaires. L’autel est sobre d'ornements, mais ses ustensiles sont riches.

Autrefois, la cathédrale de Panama avait beaucoup de biens. Sa statue de la Vierge était couverte de pierres précieuses, et surtout de perles, offerte: © 1 ex-voto et provenant des iles du Golfe. Le ser: était d'or et d'arge:’. Après l'expulsion de:

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l'église fut dépouillée de tont ce qu'elle avait. On prétend, et non sans raison, je crois, qu'une bonne part de ce butin enrichit quelques-uns des spoliateurs, L'or et l'argent sont allés chez le fondeur. Quant aux perles, aux pierres précieuses, Dieu sait ce qu'elles sont devenues ! Ce qui est certain, c'est qu'elles furent perdues pour l'église et ne sont pas entrées dans le trésor du gouvernement.

La cathédrale communique avec un souterrain qui passe sous la Plaza et va du vieux couvent, dont jai parlé précédemment, jusqu'aux vieux remparts, à l'autre bout de la ville, près du rivage,

Le tremblement de terre du 7 Septembre 1882 a fait écrouler sur la Plaza une partie de la facade de la cathédrale, avec quelques statues de saints qui furent projetées hors de leurs niches. Les beaux cintres de l'intérieur se sont fendillés, le toit fut endommagé,

La cathédrale, comme toutes les églises à Panama, est recouverte d'une sorte de tuiles rouges, de forme ovale, qu'on fabrique dans le pays. Sa façade, au moyen d'une loterie, à été restaurée et badigeonnée en jaune. Cette façon de remettre à neuf les vieux monuments n'est rien moins que du vandalisme. Toute la pierre disparait sous l'abominable lessive. Seules, les tours conservent leur antique apparence,

Ces tours servent d'amer aux navigateurs, La tour sud-est penche légèrement en dehors, accident qu'il

faut sans doute attribuer aux tremblements de terre. La vieille tour de la cathédrale de Saint-Anastase penche également.

Jadis, c'était la mode de se marier le soir à la cathédrale, J'ai assisté à plusieurs de ces mariages. L'église alors resplendit de feux, grâce aux tuyaux de gaz qui vont de colonne en colonne à la hauteur des chapiteaux. La musique militaire prête son concours à la fête. La foule envahit l'église qui est bondée jusqu'à la grille du sanctuaire, À Panama, la cérémonie nest pas suivie d'un voyage de noce ; on ignore cette coutume. Une réception a lieu chez les parents de la jeune fille; après quoi quelques amis reconduisent l'heureux couple à sa demeure.

Je me rappelle avoir vu la messe de minuit à la cathédrale la veille de Noël. Il faisait au dehors un clair de lune magnifique; pas un nuage ne flottait dans la voûte bleue du ciel. Dans l'église, des centaines de femmes, toutes en habits de fête, étaient accroupies à terre, par petits groupes, avec leurs enfants. Quelques-unes s'étaient offert le luxe d'une mantille, Parmi ces dernières, je remarquai une mulâtresse qui, pour donner plus d'éclat à son costume, avait orné sa mantille de ces scarabées qui ont la particularité d'émettre, la nuit, une lumière phosphorescente. L'insecte, pris et attaché par un cheveu dans les plis de l'écharpe noire, jette de tout petits feux à reflet mttallique, dont les éclairs intermittents sont très jolis.

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L'église de San-Juan de Dios, petit édifice solide, flanqué de tours mauresques, et qui se trouve dans un coin écarté, au centre de la ville, était devenue un théâtre où je vis, pour la première fois, des pièces espagnoles, Depuis lors, l'église à ét6 transformée en magasin; sa façade, qui rappelle San-Félipé Néri, mais qui n'a rien d'intéressant, a disparu derrière de nouvelles bâtisses, el personne, aujourd'hui, ne se doutrait qu'une église existe en ce lieu.

Les ruines du collège des Jésuites s'étendent, à plus de cent mètres, le long de la calle où rue San-José. Ce collège fut achevé voilà un siècle et demi. C'était un édifice énorme, haut de quatre étages. L'entrée princ'pale, encore très imposante, est flanquée de colonnes qui se terminent en un beau cintre. Un cœur saignant, Symbole de la Société de Jésus, figure sur la clef de voûte du cintre. On venait de mettre la dernière main à l'œuvre et d'installer le portier, quand le terrible incendie du mois de mars 1737, qui détruisitles Gglises de San-Francisco et de Santo-Domingo, consume l'édifice entier, ainsi qu'un grand nombre de maisons du quartier. Seule, l'église de San-Félipé Néri échappa à la conflagration. On dit que le collège se trouve en communication avec le bord de la mer par un passage souterrain; et, en effet, je me rappelle — derrière la plaza Triompha, non loin des ruines du collège, dans l'enceinte des vieux remparts et près du fossé qu'on y voyait : a quelques années, — avoir remarqué la voûte & 4n chemin couvert.

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