‹ Cinq ans à Panama et le canal interocéanique de M. de Lesseps [microforme]Chapitre 20 sur 80 · CINQ AN5 À PANAMA · texte numérisé non relu

CINQ AN5 À PANAMA

La Merced donne sur les remparts, à gauche de l'ancienne porte de la ville. C'est une remarquable église dont la facade a dû tre : glilique, Car, en dépit des intempéries et des ravages du temps, elle attire encore et fixe l'attention. Du style maure le plus pur, elle est cutièrement construite de cette pierre de taille dont j'ai déjà parlé, Ses portes, pièces massives, tournent sur d'énormes Sounds; des rangées de colonnes ornént l'entrée, Au milieu de la façade, que termine un pignon, ec une niche pour la statue de la Vierge; en haut sont les fenêtres, Aux angles, de chaque côté, s'élèvent des tours: elles abritent nombre de cloches qu'on ne sonne pas: on frappe dessus,

Devant l'église est une terrasse, et de chaque côté de cetic terrasse est une chapelle toute en pierre de taille, y compris le petit toit et le dôme. Ces deux chapelles sont du même style que l'église, La chapelle de gauche, en regardant la façade de l'église, est une Chapelle mortuaire, pleine d pierres tombales en marbre, appartenant à une ancienne famille de la Colombie, L'autre chapelle, qui donne sur la rue. est accessible au public. C'est une pièce votée de cinq à six mètres carrés, Devant l'autel, fort simple, est snspendue une lampe qui brûle toujours :{ ne s'éteint jamais, à ce que prétendent les fs. On y voit de nombreuses ouailles, dont la plup: :ge: de couleur, tant le jour que la nuit.

Avant la spoliation des églises, La Merced était fort

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riche, On m'a assuré que les fidèles, lorsqu'ils entreprenaient un voyage lointain ou périlleux, venaient déposer leurs offrandes sur l'autel de la petite chapelle, etque la valeur de ces offrandes correspondait toujours au danger couru. On ; apportait jusqu'à des pépites d'or natif et des perles du Golfe d'une valeur considérable,

Dans la calle Réal des anciens jours, actuellement la rue principale, on remarque une grande porte latéale, à deux battants, garnie de gros clous en cuivre et flanquée de deux petites niches dans la muraille. Deux anges en cuivre, formant d'énormes poignées attirent surtout l'altention : ils sont du sexe masculin. C'était là du nouveau pour moi. À l'une des encoignures une lourde cotte d'armes sculptée à même la pierre. Certaines pierres, enclavées dans la muraille, au dehors 4° l'église, sont façconnées ou portent des dates, des inscriptions, Sur l’une d'elles, par exemple, on lit Virgo ; su e autre, Gloriosa. Quelques-unes mème sont tournées en sens inverse de l'écriture. Avant que j'eusse fait des églises un sujet spécial d'investigation, ces inscriptions bizarres, hétéroclites, me donnèrent de la tablature. Mais un jour, mon vieil ami et maitre, señor don José Ospino, ancien professeur au séminaire de Panama, vint à mon aide. C'est à lui que je dois la plupart des renseignements que j'ai pu obtenir sur les églises et les ruines du pays. Il parait que, lors de la destruction de l’ancienne ville de Panama, qui se trouvait à une quinzaine de kilomètres de la ville actuelle, dans la

ril CINQ ANS À PANAMA

direction de l'est, on 'ansporta dans la cité nouvelle, pour les employer à d'autres constructions, les matériaux qui provenaient des édifices religieux démolis, C'est ainsi que la nouvelle église de La Merced se trouve, en grande partie, bâtie avec dos pierre:

+ de son homonyme de l'ancienne ville.

La Merced à beaucoup souffert du tremblement de terre de septembre 1882, Ses murs, ses fe

nôtres encaissées et ses corniches ont été forteme

nt endommagés ; ais On à, depuis, réparé le mal, sans oublier l'inévitable couche de badigeon, ‘ »

Le séminaire, où se trouvaient ré

unis es cartulaires des vieilles églises de P

anama, à té détruit par l'incendie ; de sorte que toutes les archives se r

apportant à l'histoire ecclésiastique des édific

‘es religieux sur l'isthme sont devenues la proie des flammes, C'est une perte irréparable, car la plupart des prêtres sont d'une ignorance crasse et ne savent rien sur le monument où ils oflicient, Grâce à mon vieil ami don José Ospino, fils dévoué de l'Église, et homme fort instruit CU intelligent, j'ai pu, insuffisamment d'ailleurs, reconstruire une partie de cette histoire et réparer quelques lacunes, J'ajouterai que toutes les églises, chapelles, ruines d'églises où de couvents, ci-dessus décrites, se trouvent dans l'enceinte de la ville, ; » +

Le palais de l'évêque, en façade sur la Plaza, à été

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un bel édifice Moderne, de deux élages, avec Loiture en tuiles demeure au haut de In iHaison, Un prêtres et d'étudiants en théologie et sludieux, y occupent d ai longtemps séjourné

rouges. L'évèque grand nombre de , locataires paisibles es chambres à l'arricre, J'y Moi-môme, ayant loué une pièce qui donne sur la callé de Paez, On trouve au rez-de-chaussée, comme dans tous les édifices de

marque à Panama, un patio ou petite cour centrale,

Santa-Ana, qui donne son nom à la place, est une vieille église extra-muros. Elle est construile en basalle, comme la cathédrale, H y a, par devant, une pelile terrasse retenue par un mur bas, D ours mauresques qui s'élevaient aux angles, une seule subsiste; l'autre s'est écroulée, Dans le haut sont percées les fenêtres: on accède par quelques marches délabrées, Autrefois, de chaque côté du porlil, de gracieuses colonnes S'alignaient,

es deux

L'intérieur est vaste et nu. De solides colonnes en bois dur s'élèvent du sol à la voûte, I n'est gudre attr:

siles du culte, de deux sicel

© Mmaltre-autel iyant; cependant on y voit des ustenen argent martelé, qui datent de près es. Les porte-livres sont surtout dignes de remarque: ils sont en feuilles d'argent vierge repoussé et posé sur ce fameux bois dur, épais ot rougeâtre de l'isthme, Le saint ciboiré remonte

à Un passé riche, plein de rôves, of

Se frouve mélé à l'histoire de ja

vicille noblesse espagnole. Grâce au révérend pére Sanguillen, j'ai pu, en compagnie de M. Ospino, parcourir cet ancien édifice. Devant le maitre-auiel se trouvent de nombreuses dalles trouées, sous lesquelles sont des caveaux fermés depuis cent cinquante ans et où repose le fondateur de l'église, le condé de Santa-Ana, qui édilia l'église à ses frais. Je n'ai jamais pu savoir au juste ce que renferment ces ‘aveaux. Il y à sur le sol de nombreuses pierres tombaies ornées de cottes d'armes et d'inscriptions si vieilles, qu'elles, sont, en grande partie, devenues presque illisibles. J'ai pris le décalque de l'une d'elles : on y distingue une grande cotte d'armes, une courenne de marquis et de nombreux quartiers sur l'écusson, On avait dù couler du plomb fondu dans les ciselures de la dalle profondément entaillée.

Dans la rue, non loin de l'église, on aperçoit comme le haut d'une voûte, qui pourrait bien étre l'entrée d'une voie couverte conduisant aux caveaux mystérieux, Il se pourrait également que ce souterrain réunit, dans le passé, l'église à une habitation religieuse aujourd'hui disparue et ignorée.

Derrière l'église, dans la méme rue, un solide, mais étroit escalier en pierre conduit à une petite porte ouvrant dans la sacristie, au-dessus de laquelle sont aménagées quelques chambres pour le clergé; le révérend père Sanguiilen y demeure, De l'autre côté, contre le corps principal de l'église, sont les restes d'anciennes bâtisses occupées par des prêtres.

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CINQ ANS A PANAMA 73 Le dernier cdifice religi se trouve en face de La Quinta, qui appartient à M. Leblanc, C'était une succursale de l'église Santa- Ana. Déjà avant le tremblement de terre de 1882, le COTPS principal n'avait pas de toit, et le bâtiment Mmeénaçait ruine, La vicille tour était sans cloche, et seule, l'ancienne Sacristic, qu'on avait recouverte, servait de petite chapelle, On frappait, de temps à autre, sur une petite cloche, fixée à une traverse en bois, près de la porte, pour réunir les fidèles. Quelques pauvres noirs, seuls, répondaient à l'appel.

eux dont j'aie à parler

Une histoire ultra-romanesque se rallathe à cette ruine au pied du mont Ancon, j'en garantis la parfaite authenticité. 1] Y avait autrefois, attaché à cette église, un padre espagnol, fort bel homme, dont le talent égalait la bonté et ce qui est plus rare — ]a vertu. Une richissime Comtesse, qui y suivait les Ofices, reporta sur le prêtre la dévotion qu'elle avait jusqu'alors témoignée pour les choses du ciel, Pendant longtemps, assure la chronique, le prêtre ne TeMarqua pas cette admiration; quandils'en aperçut, il repoussa — dirai-je virilement? les avances de Sa pénitente, La grande dame, n'y tenant plus, déclara Sa passion. Ce fut, parait-il, un coup terrible pour l'homme des autels. 1] lit à la comtesse des remonlrances, des reproches sur son immudestie, Rien n'y fit. L'enivrement de la dame ne connut bientôt plus

de bornes, Alors, le digne homme usa de menaces —

Oui, il prévint la comtesse que si elle ne cessait de le Poursuivre de ses

cbsessions, 41 a dénoncerait à l'În-

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