‹ Cinq ans à Panama et le canal interocéanique de M. de Lesseps [microforme]Chapitre 29 sur 80 · CINQ ANS À PANAMA M · texte numérisé non relu

CINQ ANS À PANAMA M

duisent quelques mesures de l'ancienne’cachucha espagnole. 11 serait difficile de donner une idée chorégraphique de cette valse sans friser l'impudicité, On en retrouve pourtant aujourd'hui des traces dans los danses de la haute société espagnole des Antilles. Dans le mouvement particulier auquel je fais allusion, ce que la haute classe atténue, le peuple l'exagère, Juan et Maria ne s'arrêtent dans leurs ébats que pour boire. Si l'on à pu se procurer un violon, c'est une joie sans nom. La danse favorite s'appelle le son. Pour vous et moi, cette musique n'a rien d'extraordinaire : tout ce qu'on en peut dire, c'est qu'elle est rythmique et dansante. Sur la basse classe, elle produit l'effet d'un charme, Alors qu'on danse depuis des heures, qu'on est exténué de fatigue, on reprend de plus belle au Son du son. Le son met en jeu tous les appétits grossiers, {ous les instinets animaux de la classe péonne, et agit sur elle avec la même intensité que la danse vaudou sur les gens du peuple à Haïti. C'est un dévergondage d'ivresse mystique et de folie érotique.

Après un temps, Juan meurt, Alors a lieu une veillée colombienne, Pour celui qui assiste en spectateur à une de ces veillées, c'est une expérience unique. Je m'étais formé une idée assez vague de ce genre de cérémonies par mes lectures, et pour avoir vu l'acteur Dion Boucicault dans une pièce de mœurs irlandaises, intitulée le Shaungraun (le chagrin). Mais, à Panama, la veillée, ainsi que l'entendent les gens du pays, fut pour moi une révélation,

On étend le corps du défunt dans sa rancho, ou dans sa chambre, si l'on vit dans une maison ordinaire. On place deux cierges à la tête ; les parents et amis prennent place, autour de la chambre, près de la muraille. Dès que survient quelqu'un, on pousse un hurlement tellement effroyable dans cette chambre silencieuse, qu'on est glacé d'épouvante. Je fus tellement saisi à mon entrée, que je faillis perdre toute saine notion de ma propre individualité., À ce cri d'angoisse proféré simultanément par chacune de ces poitrines humaines, il me sembla, un moment, que tous les démons de l'enfer étaient déchainés et formaient un cercle dont j'étais le centre, C'est l'horreur du gémissement poussée à sa dernière -expression, Je n'ai jamais rien entendu de pareil au monde. Le même affreux geignement éclate à l'entrée de chaque nouvel arrivant, et dure toute la nuit.

Après quoi, l'enterrement a lieu. Si, moyennant un prix modique, ainsi que cela se pratique à Panama et à Colon, on peut louer un cercueil, on y place le Corps; mais, arrivé au cimetière, on l'enterre dans un drap. À la campagne, une croix grossière indique l'endroit où Juan repose. Les saisons passent, le soleil baigne une luxuriante végétation qui pousse sur Sa tombe ; les lunes se suivent, et Juan, comme une feuille morte, est oublié.

À Panama, chez les gens du peuple, l'enterrement est fort simple, et toujours décent. Il n'en est pas de même partout dans l'Amérique du Centre, pour cette

at

Ju dans ire, On $ prentraille, lement cieuse, saisi à lion de roféré laines, ons de e dont ement is rien ix geirivant,

ant un inama ace le

dans dique nt, le OUSSC )mme

ment as de cette

même classe, Un jour, me trouvant à Rétalhélen, ville sur la côte de Guatémala, la musique d'une véritable polka attira mon attention. Je regardai par la fenêtre, Dans la rue, un enterrement passait, conduit par un violon et deux cornels à piston, qui jouaient les airs les plus pimpants. Derrière, venait un homme portant le cercueil d'un enfant, sur la tôte; la mére, une petite Indienne, à moitié nue,suivait, trébuchant sous le double poids de l'aguardiente et du chagrin. Au Nicaragua, on met le cercueil sur une planche que des hommes portent sur leurs épaules, À San-Juandel-Norte, où Greytown, sur le versant opposé de l'Atlantique, dans cette même république, voici commenton ÿ enterrait les enfants, voilà quelques années, Avant la cérémonie, l'enfant, revêtu de ses plus beaux habits, et couvert de fleurs, était assis sur une chaise, devant une fenêtre, de sorte que tous les passants pouvaient le contempler, En allant au cimetière, l'enfant, toujours sur sa chaise, était porté en tète de la procession ; derrière, venaient les amis, riant, causant et fumant. Cette coutume n'existe pour ainsi dire plus aujourd'hui,

En Colombie, on aperçoit quelaefois dans les villes, dans les champs, ou sur le bord des routes, de petits autels en pierre. Cette maçonnerie, @e quatre à cinq pieds de haut, est surmontée d'une petite croix. L'autel est badigeonné en blanc. Au pied de la croix, on remarque des cränes et une petite niche pour un luminaire. Ces autels sont élevés à la place même où quelqu'un est mort assassiné. À certains jours de fête

les fidèles garnissent ces autels de bougies, de veilleuses ou de petits cierges, Quand il fait du vent, on tire contre la niche une petite plaque trouée en étain. Comme les meurtres, très communs autrefois, sont encore fréquents dans le pays, ce n'est pas chose rassurante que de rencontrer, la nuit, un de ces lugubres souvenirs de crimes passés. Les croix sont souvent ornées de petites bannières. Dans le Guatémala, le peuple superstitieux s'imagine faire honneur à la divinité en tirant des pétards appelés cohetes; ils en tirent toute la journée et à toutes les heures de la nuit. Ces contrées abondent en coutumes barbares de ce genre, dont on n'a aucune idée dans le nouveau monde.

Les hommes et les femmes de la classe péonne portent des vêtements en coton ; les femmes n'ont qu'une cotte, avec une courte jupe. On va nu-tête et pieds nus ; on considère les bottes, les souliers’et les bas comme le signe de la suprême élégance, Les indigènes n'en mettent que pour aller à la ville; aussi, combien alors ces pauvres gens ont l'air de souffrir! Les hommes, même pour aller dans la forêt, où les serpents vemimeux pullulent, n'ont qu'une grossière sandale; ils y sont souvent mordus, et meurent dans d'affreuses souffrances. Je me rappelle avoir vu chez

M. James Boyd, propriétaire du Star and Herald,

feuille importante de Panama, une peau de serpent mesurant plus de quatre mètres de long et soixantedix centimètres de large ; cet ophidien, après avoir fué

de veilent, on n étain, s, sont s chose 's lugunt soutémala, ur à la "ils en « de la ares de lOUvVeau

péonne s n'ont -tôte et s’et les es indiaussi, ouffrir !

où les ‘ossière nt dans ‘u chez

Herald,

serpent ixantevoir fué

Page 1