‹ Cinq ans à Panama et le canal interocéanique de M. de Lesseps [microforme]Chapitre 40 sur 80 · CHAPITRE Vii · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vii

Les baleiniers du golfe de Panama, leurs instruments et la

pêche de la baleine, — Les cancrelats, — Les squales ; comment on les martyrise, — Les Poissons,

Le golfe de Panama est extrêmement poissonneux : on ÿ trouve à peu près toutes les espèces d'Europe, et beaucoup d'autres particulières à ces parages, La baleine se montre sur sos côtes, le plus ordinairement depuis mars jusqu'à la fin de mai.

Gette reine des mers a, dans son vaste empire, dix habitations distinctes

‘Maison d'été, maison d'hiver, Pendant l'hiver, elle se beaux jours venus,

rapproche des pôles : mais, les

elle gagne les mers tièdes, subit

toutes les influences du printemps, s'accouple, devient

épouse et mère, et ne regaghe son lit de glace qu'à la fin de l'été,

L'automne arrivé, baies qu'on trouve Mettre bas, où des

ce n'est plus que dans certaines des mères pleines s'apprétant à nourrices soignant leurs petits,

Quand l'allaitement, qui ne dure que six ou huit semaines, est fini, les baies elles-mêmes sont abandonnées ; toutes les baleines retournent près des pôles où elles passent l'hiver.

De nombreux baleiniers viennent chaque année dans le golfe jeter l'ancre près des iles de Naos. Is y relàchent pour décharger leurs prises et s'approvisionner, On expédie ces cargaisons, qui consistent en huile et en os, à travers l’isthme, sur le chemin de fer de Panama, pour les transborder à Colon sur des bâtiments en route pour New-York. Presque tous les navires qui font cette pêche sont des baleiniers venant du cap Cod ou de Nantucket, dans le Massachusetts (États-Unis). Leurs équipages soni composés d'Américains et d'Indiens, indigènes de cette contrée.

Les baleiniers qui relâchent dans la baie sont, pour la plupart, de petits bâtiments jaugeant de 400 à 500 tonneaux. Quelques-uns sont gréés en bricks et très anciens; j'en ai vu un qui tenait la mer depuis quatre-vingt-dix ans; il était encore en fort bon état.

Cest un fouillis d'objets appropriés à la pêche que le pont d'un de ces vaisseaux. On y voit un armement complet consistant en harpons, lances, fusils, lignes

de pêche, dragues, voiles, mâts, avirons, pagaies,

barils de vivres, et que sais-je encore ?

Les principaux instruments sont les suivants : le harpon, composé d'une lame triangulaire à oreilles (e)

De sé D ape dr or a SD TS ET RAD DU Site da de : 1 Ne £

int bug =

Ju huit t aban- 26 pôles

ée dans y relàionner.

huile et fer de s bâtius Îles venant husetts d'Amé-

it, pour

400 à icks et depuis nn état.

he que iement lignes

agaies,

its : le jreilles

fixes, où d'une lame étroite et allongée à bascule, qui se termine en arricre par une lige en fer doux; cette tige reçoit, dans une forte douille, un manche en bois et est amarrée à la ligne de pêche, La lance, longne tige de fer placée au bout d'un manche encore pius long, se termine Par une lame bien tranchante ayant la forme d'une feuille de laurier, Les louchets sont de pelites lances carrées, destinées à être jetées sur la caudale de la baleine, pour la faire dévier dans sa marche. Les fusils doivent lancer des projectiles explosibles dont les blessures, toujours graves, peuvent même devenir mortelles, si la poudre est mélangée à des substances toxiques,

Derrière le mât de misaine sont d'énormes chaudières ajustées dans une maçonnerie en briques, pour la fonie des graisses.

Les cétacés ont, en général, entre la peau et les muscles, une couche épaisse de graisse, ou plutôt de lard qui, fondu, fournit au commerce une huile précieuse dans les arts industriels ; c'est pour se procurer cette huile et des fanons qu'on fait la péche de la baleine,

Comme c'est un des animaux les plus timides, on s'approche de lui avec précaution pendant son sommeil, Un pêcheur expérimenté plonge un harpon près d'une nageoire Pectorale, S'il a bien visé, le harpon pénètre profondér nt dans la chair. La baleine, surprise, plonge aussitôt. eMportant avec celle le for du

harpon, auquel est attachée une immense corde qui suit l'animal jusqu'au fond de l'eau. Le barpon' entre droit; mais, quand il se produit un. effort, la tige pointue et tranchante à son extrémité se plie et reste à angle droit dans :a blessure.

Si le mammifère descend à pic au fond de l'eau, on fait tous ses efforts pour arrêter ce mouvement, soit en tirant le plus possible sur la corde, soit en la laissant filer doucement; Parfois, dans cette manœuvre, le bateau est entrainé sous l'eau. Souvent la baleine s'avance en droite ligne, ct avec une telle rapidité, quil faut se hâter de couper la corde avant qu'elle soit à bout de sa longueur, pour empêcher le bateau de sombrer. La baleine alors s'échappe.

En d’autres moments, l'animal s'amène, c'est-à-dire qu'il s'arrête, roule de côté et d'autre, bat l’eau avec ses énormes nageoires et sa queue, et reparait à la surface de la mer pour respirer. On se sert aussitôt de la bomb-lance pour lui donner le coup de grâce.

La bomb-lance est un pro;ectile explosible dont l'invention revient aux Américains. Celle de Greener est aujourd'hui le plus #“néralement employée. C'est un tube creux, en fonte aigre, terminé en fer de lance. On le remplit de poudre et on le ferme avec un tube plus mince renfermant une mèche destinée à provoquer l'explosion. Ce projectile est lancé par un fusil, lourd sans doute, mais cependant assez maniable.

rde qui n entre la tige ‘t reste

au, on nt, soit la laisœuvre, baleine pidité, qu'elle bateau

-à-dire 1 avec it à la 1ssitôt ice,

it l'iner est est un lance.

1 tube )rOVOfusil, le.

ss 15:

ue

L'animal est ensuite tr on le dépèce pour me Souvent, cent quatre sés en v

ainé jusqu'au vaisseau où Ure l'huile dans les -Vingts b ingt-quatre heures :

Si les baleiniers ont de trouv

tonneaux.

arils d'huile sont amasen quelques semaines, la chance, une cale vide se e remplie ot pourvue d'une bonne Carguison.

Ce sont les Basques et les Français

als qui, les premiers, ont fait la pêche à la baleine dans je goife de vers la fin du xrve siôcle. En Amérique, cette industrie remonte à 1614, époque à laquelle les habitants se livrèrent à la pêche de cet animal Sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre, lors es premières tentatives de Colonisation à New-York et dans le Delaware, Le droit de pêche à la baleine fut consenti par charte royale, en 1629, aux Propriétaires du ans leurs eaux.

Gascogne,

Massachusetts, Comme étant d

Dés l'année 1700, on CoMmmenca à équiper des vais- SeaUx au cap Cod et à Nantucket, la patrie de ce genre de pêche, Plusieurs des navires, relâchant dans le golfe de Panama, ont établi leur pêcherie dans la mer du Japon ; d'autres vont plus loin, dans lez glaces du Nord. Une fois les énormes tonnes d'huile déchargées à Panama, le bâtiment S'approvisionne et repart. li arrive souvent que, durant leur séjour dans le golfe, les gens à bord gagnent la fièvre jaune. C'est ainsi que j'ai fait Connaissance avec les baleiniers.

x : * Les baleinie

rs du golfe fourmillent de cancrelats

Fe Phi am

| fs À À

d'une grosseur étonnante. Cet orthoptère — periplaneta americana — qui, dans les pays tempérés, sous le nom de cafard, est de petite taille, atteint, sous les tropiques, une dimension de quatre à cinq centimètres de long. Armé d'ailes vigoureuses, l'insecte prend son essor et pénètre dans les habitations, la nuit, attiré par la lumière. J'en «i trouvé un tout blanc, que j'ai envoyé, à titre de rareté, au D' Samuel Lockwood, savant entor:.logiste.

Dans la baie de Panama, il ya un poisson dont la présente continuelle est une source de terreur, surtout pour les marins; je veux parler du requin.

On compte de nombreuses variétés du genre squale dans ces mers, C'est le tigre de l'océan. Les marins affirment qu'il se tient caché sous la coque des navi,es en marche, attendant qu'un accident survienne; alors il se montre.

Un des plus singuliers poissons de ces parages, est le squale marteau — squalus zÿgæna; j'en ai vu, à deux reprises différentes, tue trouvant à bord de vapeurs dans la baie. Il parait très vorace et devient aussi grand que le requin. Il a le dos d’une vilaine couleur ardoise; sa tête forme un angle droit avec son corps, d'où son nom de squale-marteau.

I y a tant de ces animaux dans le golfe, qu'il est

— peori- | fort dangereux de s'y livrer au plaisir de la natation.

npérés, Au mois de mars 1887, un ingénieur, jeune Colomatteint, 1 bien de mérite, nommé Jules Patterson, attaché à cinq k comme chef de section à La Boca pour les travaux du 8, l'in- Canal, tomba à l'eau dans la baie alors qu'il se troutaiions, vait à berd d'une drague, Ont retrouva son COTPS, un tout mais tellement défiguré, tellement dépouillé de sa Samuel : chair, que ce ne fut pas sans difficulté qu'on put le

reconnaitre.

Les marins, qui sont les ennemis jurés du squale, s'anusent, quand ils en ont pris un, à le martyriser avec un raffinement de cruauté qui rappelle les vieux tortionnaires inoubliés de l'occupation espagnole.

dont la r, Sur-

L Parfois on le crucifie. Pour cela, on le couche le dos

contre des planches auxquelles on clone fortement squale les nageoires. Puis on lui coupe la queue et on le PNR rejette par dessus bord. Il ne peut ni nager, ni se . des diriger; il est impuissant, ballotté par les flots, et, it sur-

finalement, dévoré par ses propres congénères.

Ou bien, dès qu'on a pu enlever de sa gorge le fer

jes, esl barbelé du harpon, on lui exprime les yeux et on le

ai VU, lance de nouveau à la mer. L'animal se met tout de ord de suite à nager, mais, comme il est aveugle, il va à devient

? droite, à gauche, se heurte au navire, revient à la surface de l'eau et disparait. Celui-ià ne tarde pas aussi à devenir'la pâture des membres de sa famille.

vilaine it avec

Un autre procédé consiste à chauffer une brique, à l'envelopper de laine et à dissimuler le tout sous un

u'il est

158 CINQ ANS A PANAMA à sT0S Morceau de parc frais qu'on à soin de bien ficeler avant de le jeter à la mer avec d'autres reliets de

: viande. Le paquet n'a pas Louché l'eau qu'il est avalé. Bientôt le monstre Commence à ressentir les effets du mets épouvantable qu'il à si goulument ingéré, Aiors il se tord. plonge, disparait, revient, üors de la mer, replonge à nouvi

débat et, pendant

s'élance

‘au, se crispe, se

uns bonne demi-heure que dure

SON martyre, exécute une série de mouvements qui

.révélent suflisaraimeut l'atrocité de sa souffrance. Puis, l'animal tourne sur lui-même et meurt, en proie à d'horribles convuisions.

Passons des gros aux petits habitants des mers.

Le souffleur et le marsouin se rencontrent par bandes ; la tortue franche, la kahouane et le caret fréuentent le golfe de Panama. On remarque, parmi les crustacés, le cancre, le homard; et, parmi les coquillages, les moules, les burgaux, les huitres — beaucoup plus petites que celles d'Europe, mais plus délicates — que l'on arrache aux branches des palctuviers où elles s'attochent; le lambis, le casque, la rempette de mer ou buccin. Les rivières sont peuplées à peu près des mêmes poissons que les nôtres.

n'y a dans le Pacifique qu'un seul poisson véné. nifique, et par conséquent, dangereux. Il a été décou vert par le capitaine John M. Dow, de Panam», qu

D. OS ne US + es

ien ficoreliets de:

st avalé.

les effets t ingéré, s'élance spé, se [ue dure ents qui ce. Puis, proie à

ers.

nt par ret fré- , parmi ‘mi les tres — is plus S paléque, la t peu- 1ôtres,

1 vénélécou a, Qi

st connu des hommes de science dans le monde entier, C'est un poisson fouisseur, qui se cache dans le sable et dont les yeux sont à ce point saillants que, le reste du corps dissimulé, il guelle encore sa proie,

Un jour que j'examinais la formation de certaines lagunes qui se trouvent le long des côtes gaatéma- Rennes, près de Champérico, mon attention fut distraite par un mouvement régulier qui se produisait à la surface de l'eau. Je m'approchai, et, à mon grand étonnement, je vis que J'avais devant moi l'anableps Dowii, un autre petit poisson étrange dont nous devons la découverte au même savant. Ce malacoptérygien possède deux yeux qui en valent bien quatre, puisque la partie supérieure est faite pour qu'il puisse voir dans l'air ambiant comme vous et moi, et que la partie inférieure s'adapte au milieu plus dense des poissons. Giissant à la surface de l'onde, il promêne à la fois le rayon visuel de ses denx petites boules noires simultanément en haut et en bas de son aire liquide.

Le capitaine Dow n'a d'ailleurs pas restreint ses recherches à cette branche Spéciale des sciances naturelles. Il a découvert dans les montagnesde Costa- Rica la plus belle des orchidées, la cattelaya Dowiana. Elle est d’un blane pur et ne se rencontre que dans une certaine partie de ces montagnes. Une superbe gerbe de ces belles fleurs, qui avait été envoyée à un orchidologiste de Londres, fut vendue pour la somme de 25,000 francs.

Page 1