‹ Cinq ans à Panama et le canal interocéanique de M. de Lesseps [microforme]Chapitre 48 sur 80 · FORTEMENT NS · texte numérisé non relu

FORTEMENT NS

Nonobstant l'ardeur qu'ils apportèrent à leur travail, les ingénieurs passèrent deux années en‘ières à construire seulement quarante-deux kilomètres et demi de voie ferrée, c'est-à-dire la section comprise entre Colon et Barbacoas. A cette époque, les voyageurs faisaient le trajet en wagon entre ces deux points; ils prenaient ensuite des canots et allaient, par le Chagrès, jusqu'à Gorgona ou Crucès ; de là, ils se rendaient à Panama par la route.

Le chemin de fer ne fut terminé jusqu'à Culébra, point d'intersection entre les deux versants, qu'à la fin de l’année 1854. Le reste de la voie s'acheva rapidément, et le 27 janvier 1855, la premicre locomotive, portant le Col. George M. Totten, traversa l'isthme d'un océan à l'autre. Il avait donc fallu cinq années entières pour construire le chemin de fer de Panama,

Depuis lors, on a apporté de nombreux perfectionnements à la voie ; les remblais ont été consolidés, On à construit de nouveaux ponts, et les endroits mous où inslables ont été rendus plus fermes.

Les dépenses prévues, au début, pour la construction de ce chemin de fer, ont été grandement dépassées ; elles s'élevaient, au 13 mars 1855, à 7 millions de dollars. :

Le Col. Totten, ingénieur en chef de l'entreprise, avait estimé le coût de la voie à 6 millions de dollars : mais son devis ne comprenait point un grand nombre

de dépenses accessoires, telles que celles pour les énormes chevalets servant à soutenir les ponts de bois et celles du pont en fonte de Barbacons. qui à coûté 500,000 dollars à lui seul,

M. Émile Chevalier, dans un article consacré ce Sujet, dans la Æevue des Deux Mondes, porte 4,900,000 dollars le montant des dépenses pour le chemin de fer au 4er juin 1830: à 860.000 dollars les recettes prévues et à 344,000 dollars les dépenses annuelles. D'où un bénéfice net de 916,000 dollars.

Il y à lieu, je crois, de porier à 8 millions de dollars (40 millions de francs) ie coût de ce chemin de fer, soit 3 millions de dollars de plus que les prévisions. Les pluies causérent de grands dégâts lors des tra: vaux, et les ingénieurs eurent à lutter contre d'innombrables diflicultés.

Pour apprécier ces diflicultés, il faut avoir vu le Pays à la saison des pluies. Je vais en donner un exemple. Lors des travaux en face de El Paraiso, on fit une coupe de treize mètres dans le sol particulièrement mou et fluant de cette localité. À la première averse, une véritable montagne de terre glissa d'un bloc dans la tranchée, ensevelissant la voie à six mètres de profondeur. Le travail était à refaire.

On à employé une foule de gens de tous les pays à la construction du chemin de fer, des Irlandais, des

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indigènes de la Jamaïque, des coolies, des nègres, des Chinois, des Colombiens, des Indiens. L'insalubrité du climat a été un des obstacles les plus sérioux contre lesquels l'entreprise ait du lutter, Ce sont les Africains qui résistent le plus longtemps : viennent ensuite les coolies, puis les Européens; quant aux

Chinois, ce sont les premiers atteints, comme nous l'avons vu.

La compagnie du chemin de fer à donné de fort beaux dividendes à ses actionnaires ;

les intérêts se sont élevés de douze à vingt-quatre

pour cent du capital versé, Si j'ai bonne mémoire, les recettes brutes annuelles, pendant une série d'années, ont été de deux millions et demi à trois millions de dollars (12,500,000 à 15,000,000 de francs). C'est la meilleure preuve qu'on puisse fournir de la valeur réelle de cotte ligne.

On dit que le chemin de fer de ’anama, tout en fonctionnant sous une charte de compagnie améri- Caine, appartient néanmoins à la compagnie de M. de Lesseps, Cette vente soulève, à l'égard de la Colombie, une question qui peut devenir embarrassante pour l'une ef pour l’autre de ces compagnies,

Le gouvernement colombien, en accordant la concession, à stipulé que, en cas de vente, vingt-cinq pour cent des recettes reviendraient de droit au trésor national, La compagnie du Canal prétend qu'il n'y a

Le

pas eu vente, attendu que le chemin de fer n'a pas

changé de mains, qu'il est toujours régi par la charte de la Compagnie américaine, et que quelques-uns des actionnaires sont Américains. Ces arguments paraitront-ils plausibles aux yeux des Colombiens? J'en doute. Que la charte américaine régisse on non encore le chemin de fer, il n'en est pas moins vrai que la compagnie du Canal a acheté plus des sixseplièmes des actions.

M. de Lesseps a hypothéqué ce stock d'actions en garantie des avances d'argent que lui ont consenties des maisons de banque de New-York. Les intérêts accumulés de ces emprunts représentent aujourd'hui une très forte somme; et, vu la situation difficile où se trouvera M. de Lesseps un de ces Jours, le chemin de fer fera retour aux Américains, ses légitimes pro- Priétaires. Mais la question des vingt-cinq pour cent n'en subsistera pas moins, si, comme tout l'indique, les tribunaux colombiens décident qu il y a eu vente effective.

Je tiens de source officielle qu'une clause insérée dans l'acte de cession stipule le retuur de l4 voie ferrée à la Compagnie du chemin de fer, au cas où le Canal ne serait pas achevé. Cette clause démontre la prudence extrême et la Sagesse des cédants. Si le Canal s'achève, il est évident que le chemin de fer ne vaut plus rien, et alors on l'abandonne ; si, au contraire, l'entreprise du Canal périclite, la voie ferrée qui, alors, conserve toute sa valeur, revient de droit à ses premiers propriétaires,

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Vers l'automne de 1879, M. de Lesseps aurait pu acheter cette voie ferrée pour la somme de 14 millions de dollars. Les actions étaient au pair. Le matériel était dans le plus triste état; il n'y avait, en réalité, sur la ligne, que trois locomotives pouvant fonctionner.

Lorsque, en février 4880, arrivèrent les ingénieurs du Canal, la Compagnie du chemin de fer, maitresse dela situation, entrava, par tous les moyens possibles, le transport des- marchandises destinées à la compapagnie du Canal. Les soixante-dix mille actions de deux cents dollars chacune, que M. Trenor W. Park avait offertes à M. de Lesseps, montérent rapidement ; et, quand ce dernier fut en mesure de les acheter, elles valaient déjà deux cent cirquante dollars, ce qui augmentait de trois millions et demi de dollars la somme primitivement demandée pour l'acquisition du chemin de fer. Ce fut pour cette somme — 87,500,000 francs — moins une petite quantité d'actions conservée par quelques porteurs américains, que la vente s'effectua.

Ce chemin de fer est indispensable à quiconque veut entreprendre la construction d'un canal sur l'isthme. Depuis que la compagnie de M. de Lesseps en a fait l'achat, elle l’a abondamment pourvu d'un excellent matériel: les locomotives sont puissantes

OÙ les wagons confortabl Elle à établi de nombreuges voies socondes el de garage, de chargement et de déclinpgément : elle a créé un bon port à Christophe (Colon). fëlle a aussi un grand nombre d'ateliers pour les locomotives, la peinture, etc., sur l'autre

versant, à Panama, Les gares, que la compagnie du Canal à fait construire

à chaque extrémité de la ligne, sont de belle apparence et bien aménagées,

Un fait peu connu, c'est que l'Angleterre avoir le contrôle de la ligne de che John Bull n'a pas su profiter

aurait pu Min de fer; mais de l'occasion qui lui élait offerte, Les Américains qui, par un traité passé avec la Colombie en 1846, garantissent la souveraineté de l'État de Panama, se sont substitués à ce pays. Ici, les Américains paraissent quelque peu en désaccord avec leur fameuse doctrine dite de Monroe. Ce traité a été, depuis lors, augmenté el confirmé; il est (oujours en vigueur;

mais je ne saurais dire si les clauses du traité se

trouvent annulées par la réduction de l'État souverain de Panama en un district fédéral par la législation nationale de

Bogota.

Panama, on le

sait, a perdu sa souveraineté au printemps de 1885, Cet événement, prévu et commenté par les journaux américains en 1884, était généralement regardé par beaucoup de Personnes, tant aux États-Unis qu'à Panama, comme le prélude d'une entente qui ne tarderait pas à amener la rétrocession de cette partie tcrritoriale de l'isthme à la France. Les Américains, devant la possibilité d'une telle éventualité, n'étaisnt dre point en désaccord avec leur doc-

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