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85 mots au Ve Fork Herald a première envoyée par leur câble — pour donner à ce Journal
anouvelle du désastre à Panama.
Bientôt nous apprimes quels avaient été les effets du tremblement de terre sur différents points de l'isthme, Au large des iles Naos et Flamenco,
où des vaisseaux élaient à 1
ancre, ceux des matelots qui n'étaient point de quart et qui dormaient au moment du phénomène, furent éveillés en surs
saul, convaincus que leur bâtiment chassait sur sos ancres ou s'était échoué contre un rocher.
Dans l'ile de Taboga, qui se trouve à plus de 46 kilomètres de Panama, une violente secousse avait fait tomber un énorme quartier de r À Colon, la vibration du sol avait été encore qu'à Panama
oc dans la mer, plus vigoureuse : la voie ferrée entre Colon et Baïla-Mona, sur une distance de 40 kilomètres, était devenue presque impropre au service des tr:
ains. Par places, leremblai s'était effondré ; en d'autres endroits, il était roulé, contourné,
déplacé. A Barbacoas, le &rand pont en tôle, qui a 204 mètres de long, avait dévié de la ligne horizontale.
À Las Crucès, qui se trouve prè
S d'une gare, à la partie moyenne de l'isthme, s'élevait une énorme église en pierres de taille,
Cette église, littéralement mise en pièces par la violence de la secousse, n'offrait plus, à quatre pieds de hauteur, une seule pierre de ses murs. Les décombres ont «té photographiés par
M. Demers, chef de service photographique de la compagnie du Canal. J'ai appris ensuite que plusieurs personnes étaient mortes dans un hameau entre Colon et Panama.
À Colon, la commotion fut si forte que d'énormes piles de bois, dont on se sert pour la construction des maisons, entassées de la manière ordinaire, furent jetées bas. Ceux qui essayaient de marcher étaient renversés. Il y eut de nombreux accidents. La frayeur était générale. Tout le monde avait perdu la tête. Des colosses de vigueur physique devenaient faibles comme des enfants. Lorsque le jour parut, on constata que l’île madréporique de Manzanillo, sur laquelle se trouve Colon, avait été fendillée d’un bout à l’autre de sa surface. La crevasse s'étendait depuis le dépôt, solidement construit en pierre, du chemin de fer, jusqu'au remblai qui unit l'ile à la terre ferme, parcouant dans toute sa longueur la rue principale. Plus tard, on découvrit une autre crevasse qui se prolongeait à une distance de 5 kilomètres environ, sur la rive droite du Chagrès ; sa largeur variait d'une simple fente à une ouverture de plusieurs centimètres de largeur; sa profondeur se perdait dans les entrailles de la terre.
M. Burns, qui exploitait alors une mine dans les hauteurs qui se trouvent entre Colon et Panama, m'assura que plusieurs de ses ouvriers avaient été jetés par terre, et qu'un mulet, renversé, avait roulé au loin,
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Je n'osais rentrer à l'hôtel, tant les murs avaient été endommagés. D'ailleurs, tout le monde délaissait les hautes maisons; ceux qui pouvaient quitter la ville s’en allaient dresser leur tente ou chercher un abri à la campagne. Les affaires restaient en suspens; les malades oubliaient leurs indispositions; on ne parlait que de los tremblores. Personne, il va sans dire, n'avait peur; mais on était d’un sociable inouï. Un de mes amis, qui habite aujourd’hui Saint-Thomas, dans
les Petites Antilles, m'avait offert un lit de camp chez
lui, au-dessus de la Banque coloniale.
Le lendemain, à 4 heures 53 minutes du matin, le sol vibra fortement de nouveau. Prestement, nous nous habillâmes pour descendre dans la rue. La ville entière était sur pied, et les ténébres augmentaient l'angoisse générale. Je me rappellerai toujours avec quelle joie, quel sentiment de soulagement, je vis les premières lueurs du jour poindre au-dessus des maisons qui bordent la plaza Santa-Ana.
La compagnie du Canal avait établi, à Colon, un maréographe, instrument porté sur le flot et qui trace lui-même, comme l'indique son nom, les accidents du mouvement de la mer. On constata, sur cet appareil, qu'une vague immense, véritable montagne d'eau arrivée de l'océan Atlantique, s'était abattue sur quelques-unes des iles qui se trouvent dans le voisinage du golfe du Darien, balayant ranchos, bêtes,
gens, tout sur son passage. Soixante-cinq des malheureux habitants périrent, engloutis par les lames de la mer en furie. Il semble donc acquis que le centre de cette perturbation séismique doit être localisé au
sud de Colon, presque en face de l’ancien isthme du Darien.
Une très forte secousse se produisit le quatrième jour, vers onze heures du soir. Je me trouvais, à ce moment, au milieu de la foule, sur la plaza Triompha, où chacun causait librement avec son voisin. Dans ces occasions-là, on est bien aise de se trouver en plein air et à distance des maisons. Tout à coup, une femme, cédant à une crise de nerfs, se mit à pousser des cris terribles, dans une rue près de la place. Une bousculade eut lieu et un sauve-quipeut général s'ensuivit. On pensa un. instant que le jour du jugement dernier était arrivé.
Dans l'après-midi, un de mes amis reçut la visite d'une dame qui était de sa connaissance. Effrayée de rentrer seule, elle demanda à rester pour la nuit. On lui donna une chambre. Le lendemain, au matin, ne la voyant pas paraitre, on s'approcha du hamac où elle semblait dormir. On la trouva morte : elle avait succombé à une maladie de cœur aggravée par la frayeur des événements récents,
Les secousses continuèrent encore pendant plusieurs jours, mais avec moins d'intensité: elles étaient même parfois presque nulles.
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s de la Sans faire profession de bravoure, on ne m'a pas
tre de encore démontré que je manque de la somme ordi-
sé au naire de courage départie au commun des hommes.
me du Analyser proprement le courage serait une entreprise psychologique fort difficile. J'ai vu des gens se conduire héroïquement sur un champ de bataille et recu-
+ ler de terreur à l'idée de monter en ballon. Un fier-à-
rième bras, un duelliste, qui aura correctement soutenu à
LE a vingt reprises les assauts de vingt adversaires diffé-
lriom- rents, peut fort bien manquer de cœur devant une
VOILE, expérience semblable à la mienne sous les murs
FOUVEr de Panama,
coup,
mit à Quoi qu'il en soit, je sais que longtemps après les
de la événements dont je me suis efforcé de donner ici le
Ur précis, j'ai été en proie à de fréquentes agitations ner-
que le veuses, Souvent, la nuit, lorsque, tranquillement in- Stallé dans l'hôtel, mes yeux se portaient par hasard
visite sur les murs crevassés de ma-chambre, un frisson
vée do inéluctable me poignait le cœur et je tressaillais d'é-
1 On pouvante de la tête aux pieds.
lin, ne *
lac où
e avait Mon premier souci fat de réunir un grand nombre
par la de données précises et de rédiger, sur cette catastrophe, une série d'articles qui parurent in extenso dans la Gazette de Montréal.
it plu-
étaient
Cette publication souleva de nombreuses discus-
sions dans la presse scientifique de Londres, et. entre autres, la question de savoir l'effet qu'un tremblement de terre aurait sur les berges d'un canal achevé, {21 que celui projeté par M. de Lesseps.
I! y à lieu de penser que le remblai le plus exposé au choc du mouvement d'oscillation aurait eu fort à souffrir, alors même qu'il ne serait pas complètement détruit par la violence de la vibration tellurienne.
Je crois — et tout honime impartial croira comme moi — qu'un canal, si bien construit qu'il soit, résisterait difficilement à deux ou trois assauts de ce genre,
Je compulsai alors tous les faits antérieurs se rapportant, de près ou de loin, aux perturbations séismiques de cette région et des contrées voisines.
[résulte de cette enquête que les tremblements de terre sont fréquents sur l'isthme et qu'ils sont parfois d'une violence bien autrement terrible que ‘celui du 7 septembre 1882.
Je vais en citer quelques exemples.
La république de l'Écuador, contrée limitrophe, éprouvait, en avril 1888, un ébranlement du sol tellement effroyable que la plus grande consternation se répandit dans tous les pays d'alentour.
Le tremblement de terre qui, vers la fin de 1838,
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CINQ ANS À PANAMA 223 sévit si fortement à Carthagène, sur le littoral de Atlantique, a également causé de grands dégâts à l'Atlantique, galement causé de grands dégât Panama,
Dix ans avant la catastrophe de 1882 — dont je signale plus haut les ravages — toute la région, et
surtout la province d'Antioguia, au sud de l'isthme, fut violemment secoute par un tremblement de terre. Un pueblo — ou village — appelé Cucuta, fut entièrement détruit; plus de cinq mille personnes y trouvèrent la mort.
- ya environ unsiècle, le pays tout entier de Santa- Fé de Bogota à Panama fut ébranlé de la manicre la lus formidable; cent mille personnes y périrent. L ? v
Ma dépêche au Vew Fork Herald, lorsqu'elle parvint en France par la voie des journaux, jeta la consternation dans le camp des actionnaires du canal interocéanique de Panama.
M. de Lesseps crut devoir s'expliquer à ce sujet 4 auprès des malheureux intéressés. Il assura que ces sortes de phénomènes étaient fort rares sur l'isthme, U rares à ce point qu'il ne s'en produirait plus. à
Les tremblements de terre n'en continuérent et à n'en continueront pas moins à désoler — plus encore “ii
que ses gouvernants — cette lointaine partie du
monde, et il faut vraiment que les actionnaires de M. de Lesseps soient bien bénévoles dans leur folie pour $e gargariser éternellement d'assurances pareilles,
Lors du Congrès historique qui se réunit à Paris en mai 1879, M. de Lesseps déclara qu'il était impossible d'ouvrir un canal dans le Nicaragua à cause des tremblements de terre.
Cette raison donnée par lui est à retenir, car elle révèle déjà sa pensée intime — l'idée, comme on dit, de derrière la tête. Oui, longtemps avant la comédie de réunir les savants du monde entier en conférence internationale pour décider de la meilleure route à suivre pour la construction d'un canal interocéanique, M. de Lesseps avait arrêté cette route avec ses collègues, et la route choisie par lui devait à coup sür être celle que la conférence adopterait —- savoir, l'isthme de Panama.
C'est égal, venir, à la face du monde, affirmer — malgré de Humboldt, une des plus grandes autorités scientifiques de ce siècle, malgré les faits innombrables consignés par lui à l'appui des phénomènes séismiques de l'Amérique centrale dans ses merveilleux ouvrages, chefs-d'œuvre de recherches ot d'observations consciencieuses et désintéressées — venir publiquement, effrontément aflirmer, dis-je, : que l'isthme de Panama est à l'abri des tremblements de terre, c'est là une de ces audaces devant lesquelles, seul, un financier ne recule pas,
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