‹ Cinq ans à Panama et le canal interocéanique de M. de Lesseps [microforme]Chapitre 58 sur 80 · CRIE ARE · texte numérisé non relu

CRIE ARE

les quatre jambes d'un félin : la queue, ordinairement, s'enroule sur la patte gauche de derrière et s appuie sur celle-ci, Un type assez répandu de meule ir des représente un petittabouret de pierre, sans le moindre

ornement, Ces meules servaient évidemment à mou-

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ue l dre le grain.

nis au ! Dans les tombes, on a également trouvé une variété infinie de lames et de hachettes en pierre, souvent très bien proportionnées ; leur fil était encore h ces tranchant, bien qu'elles eussent été exposées, pennt des dant de nombreux siècles, aux effets de l'humidité thode. du sol.

u pied La terre cuite est d'une élégance et d'une originailier à lité rares. Elle offre la plus grande variété de types, et se qui témoignent non seulement une réelle habileté, s plus mais aussi une certaine connaissance de l'anatomie hantil- du corps humain. Je ne pus m'empêcher d'établir un armes, rapprochement curieux entre plus d'une de ces pièces ebeck, ét les anges du sexe mâle qui sont à la porte de cuivre l'église La Merced, à Panama. Certains échantillons, de forme classique, rappellent étonnamment, comme galbe et comme ornementation, les produits de l'art idoles antique, les vases dits étrusques, par exemple, et les ur. On poteries cypriotes, dont il existe une si belle collec- ) centi- tion au Metropolitan Museum de New-York. e, pour + avité à On peut sommairement diviser toute cette poterie trouvés en deux classes : celle qui est vernie et celle qui ne is Ste l'est pas; la plupart des marques qu'on y voit sont

iète et faites avec une matière colorante rouge et noire,

Une série de dieux, qui rappellent les idoles du pays, petits êtres trapus, au visage triangulaire, et dont la poitrine est anormalement développée, se voit sur ces ustensiles; presque tous étaient vernis et ornés. Il y avait aussi des hochets, gentiment construits, qui servaient à apaiser les enfants des temps préhistoriques. On a trouvé toutes sortes de sifflets — qu'on suppose avoir servi d'appeaux — dont les sons montent du grave au gazouillement,

Où rencontre une variété innombrable de vases en terre jaune, qui servaient sans doute à la cuisine ; quelques-uns d'entre eux ont trois pieds; ces pieds, évidés, contiennent des billes, en terre durcie, qui se déplacent quand on retourne le vase. Ges billes se voient à travers les rainures du pied. Plusieurs de ces vases portent encore des traces de feu,

Une autre variété de vases, non vernis, et de forme plus simple, est garnie de petites anses sur le côté, près du bord; chaque anse figure la tête d'un animal.

Parmi les objets en ortrouvés dans les guacas de Chiriqui, il y avait beaucoup de grenouilles. Ce batracien semble avoir été letype de prédilection choisi comme ornement par ces antiques peuplades. Le plus gros joyau de ce genre, en or pur, qu'on ait trouvé en cet endroit, pesait dix-huit onces. J'ai vu un très bel échantillon de cet ornement à Panama, lequel pesait six drachmes. Un autre joyau, réellement charmant, est un grelot en or, au bout d'un manche, identiquement

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18 — Généralement, les ornements en {umbago figurent sons des oiseaux ou des grenouilles. Le tumbago me parait 4 être du cuivre recouvert d'une mince pellicule d'or. Dans une collection acquise par M. J.-H. Stearns, j'ai à >s en pu examiner un échantillon de ce genre ie tulisman, sine ; qui représentait un animal à crinière &:mblable à un ieds, lion. Il regardait en arrière, par dessus 501 corrs, et F , qui la queue s'enroulait vers la gauche. & sirulier À billes ornement mesurait environ deux centimètres et demi k, rs de de long; il était bien proportionné et portait, à sa 1 partie supérieure, un petit anneau, pour être porté à sans doute autour du cou. Le bas était complètement 4 forme rongé par la rouille. Un autre échantillon, en bronze, j côté, représentait évidemment un roi couronné; il avait 4 imal. été trouvé, me dit-on, aux environs de David. à | 4 e Chi- | On a lieu de supposer, d'après les squelettes et les à racien 14 objets trouvés dans les tombes, que les peuples pri- À Dmme Ë mitifs de Chiriqui, de même que ceux du golfe de 4 3 gros l' ’anama, appartenaient à la même souche que leurs en cet L frères plus civilisés des hauts plateaux de l'Amérique :chan- ré centrale et de la côte orientale du Mexique. 4 it Six | #3 it, est La plupart des objets archéologiques recueillis par ment 1

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ent 3 moi, durant mon séjour dans le Chiriqui, 1 14. .

envoyés soit au collège universitaire de M. Me Gill, à Montréal, soit à la Société d'histoire naturelle de cette même ville.

M. Mc Neil me fit voir un dessin fait par lui, de Îla pedra pintada, ou pierre peinte, qui se trouve à quelques kilomètres de la ville de David.

Un matin, nous nous levâmes de fort bonne heure, M. Hübsche et moi, et nous nous mimes en route pour aller voir ce monument curieux.

Nous traversimes à cheval la délicieuse savane, dans toute son étendue, avant de pénétrer sous couvert de la forèt vierge qui se trouve sur la lisière.

Nous galopions bride abattue depuis notre départ, laissant derrière nous la rivicre, les corrals des indi-

gènes, avec çà et là une rancho, et les bestiaux

pâturant en liberté.

Arrivés au bord d'un petit ruisseau, nous nous arrètâmes pour laisser souffler nos montures et pour déjeuner. Après quoi, nous nous remimes en selle, et notre course continua de nouveau jusqu'au soir.

Une rancho, qui se trouvait à peu de distance du monument, nous offrit un abri pour la nuit. Là, je fis connaissance avec une couchette du pays : c'est moelleux comme un bloc de granit.

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Notre hôtesse avait « du monde », ce soir-là: nous étions quatorze à dormir dans cette petite rancho, sans compter les enfants et les chiens.

Aux premiers rayons du jour, après avoir pris le café, nous partimes, sous la conduite d'un practico, ou guide, qui se trouvait être le fils de notre hôtesse.

Nous nous dirigeämes sans retard vers la fameuse « pierre peinte ».

Il ne s'agit pas ici d'un monument proprement dit, ce mot impliquant l'idée de construction; c'est plutôt un mégalithe non construit, gros bloc de trachyte portant sur les côtés de nombreuses inscriptions. Quelle est la date de cette pierre? Ici, tout moyen d'appréciation chronologique fait défaut. Elle est, sans doute, contemporaine des produits de la poterie trouvée dans la même province; mais, comme je ne sais pas à quelle époque rapporter cette poterie, la question resiæ en suspens. On peut cependant affirmer, sans trop de témérité, que les inscriptions remontent à l'époque où s'élevaient les meilleurs édifices du Yucatan et du Mexique.

Après avoir fait une série de photographies de la « pierre peinte », nous retournâmes déjenner à la

rancho ; après quoi nous nous dirigeâmes vers David.

Chemin faisant, mon compagnon, botaniste émérite,

récoltait toutes sortes de plantes et de fleurs d'espèces rares ou de variétés inconnues. Les orchidées, surtout, l'intéressaient.

— Il est singulier, me dit M. Hübsche, de voir à quel point une espèce botanique reste iocalisée. C'est ainsi que le Brésil, qui est extraordinairement riche en orchidées, ne renferme pas un seul odontoglosse, alors que les pays limitrophes, comme la Colombie, en sont remplis.

Parmi les nombreuses variétés d'orchidées que renferme la Colombie, je citerai, d'une manitre spéciale, la peristera elata, qu'on appelle vulgairement flor del Espiritu Santo. Elle pousse en terre, et non comme parasite sur un arbre; elle rappelle un peu la rose trémière avant que la fleur de cette alcée soit ouverte. Sur sa corolle délicieusement parfumée, et d’une blancheur de cire, les anthères et le pistil simulent un petit groupe qui ressemble étrangement à une colombe minuscule, aux ailes tombantes, lavée de rose, en arrière d’une petite chapelle d'albâtre. On la trouve surtout aux environs de Gatun. Bien qu'on ait essayé, par milliers, d'élever cette orchidée en serre chaude, à l'étranger, je ne connais que deux cas où elle ait fleuri en dehors de l'isthme.

Vers le milieu du jour nous atteignimes un petit plateau où des indigènes étaient en train de brûler l'herbe pour fumer le sol. L'incendie n'était pas sérieux, mais la fumée était considérable. Choisissant

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l'endroit ke moins intense, nous piquâmes des deux pour passer ventre à terre à travers ce brasier. Un instant, la chaleur fut excessive, suffocante, mais nous la surmontâmes sars que nos bêtes aient eu à en souffrir.

A midi, mon thermomètre de voyage indiquait 118° Fahrenheit. Nous étions de retour à la nuit.

Deux jours après, nous repartions en excursion, non pas à cheval, éette fois, mais en bateau. Nous louâmes üune lança, avec son batelier, pour nous conduire à travers les lagunes, les bouques, pertuis et bras du fleuve, jusqu'à une montagne éruptive qui s'élevait au loin.

Dans une lagune, nous nous trouvämes en présence d'un gros squale qui se chauffait au soleil et faisait tourbilloner l'eau avec sa queue. Il glissa sous notre bateau, sans nous faire chavirer, et disparut.

Nous abordâmes dans une ile délicieuse pour déjeuner.

Puis, reprenant notre navigation, par une lagune intérieure, notre batelier dirigea son embarcation vers un point du rivage où se déployait une forêt touffue de mangliers. Nous passâmes à travers une barrière, en apparence impénétrable, où les palétuviers étalaient, au bord de l'eau, le luxe de leurs racines en-

trelacées, et, mettant pied à terre, nous trouvâmes une rancho perdue au fond de ces jungles, où nous passämes la nuit.

La maison était pleine de scorpions qui tombaient du plafond sur le plancher. Le scorpion, bête peu sociable et dont il faut se garer, est un homard en miniature, avec cette différence que le homard ne peut mordre que par devant, tandis que le scorpion mord par devant et pique avec la queue.

On chassa, jusqu'au dernis:, les scorpions, avant de se livrer aux douceurs du sommeil.

Le lendemain, nous nous remettions en marche vers l'intérieur, traversant de nouvelles savanes, et notant avec soin l'aspect géologique du pays.

Nous renconträmes sur notre route plus d'une preuve, plus d'un témoignage muet des cataclysmes dont parle Humboldt, dislocations effroyables résultant des tremblements de terre et des éruptions volcaniques jui ont si profondément bouleversé cette partie du continent, couvrant de débris et de ruines le sol de la Colombie.

Notre course paraissait devoir se prolonger indéfiniment.

L'atmosphère était si claire, si limpide que les ob. jets les plus éloignés somblaient à portée de la main.

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Nous finimes par atteindre une petite colonie du pays, où nous restämes des heures à photographier les indigènes dans leurs demeures; puis, nous regagnâmes notre bateau et descendimes vers la pleine mer.

Nous abordämes à l'ésla de los Muertos.

Je désirais particulièrement voir cette ile, car on m'avait assuré qu'elle renfermait un gite houiller,

Nous nous mimes aussitôt à la recherche de la mine qu'on disait hantée par des gnomes ou des revenants. Nous ne renconträmes que des cochons sauvages. La veine de houille est recouverte d'une légère couche d'argile plastique; nous en emportâmes quelques échantillons. Depuis lors, j'en ai envoyé une partie au professeur Spencer Baird, à cette époque secrétaire de la fameuse société The Smithsonian Pnstitute, de Washington.

Cette ile renferme également des monuments couverts d'hiéroglyphes semblables à ceux découverts par Stéphens dans le Yucatan.

Los indigènes, dans cette partie du pays, sont

presque tous d'origine indienne, sans mélange de sang africain.

Les femmes ont une coutume d'aiguiser leurs

dents qui, je crois, est particulière à la contrée. Elles se font limerles dents de manière que la rangée supérieure se juxtapose à la rangée inférieure. On dirait deux scies blanches, dont les pointes triangulaires s'encastrent avec symétrie. Cest une mode chez ces dames, qui prétendent ainsi s'embellir.

Quant aux mœurs des gens de Chiriqui, je citerai Hoiton qui, dans son ouvrage sur la Nouveile-frenade, à propos d'une tribu indienne dans une partie éloignée de la Colombie, dit : —- « Une coutume curieuse des Goajiros peut, je rois, s'étendre à d’autres tribus. Un oncle maternel est considéré comme un plus proche parent que le père. Voici la raison qui m'a été donnce par un de ces indigènes : l'enfant d'une femme peut fort bien être de son mari ou d'un autre homme ; mais, à coup sûr, le fils de la fille de sa mère doit être sou

neveu. »

Ë J'ai lieu de penser que, dans certaines nations ï indiennes de l'Amérique du Sud, non seulement les É propriétés, mais encore le pouvoir, se sont transmis ke conformément à cette loi un peu élastique.

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