‹ Cinq ans à Panama et le canal interocéanique de M. de Lesseps [microforme]Chapitre 59 sur 80 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

L'éliquette à Panama. — Amour de la danse, — Le deuil. — Les bijoux. — Costume des femmes du pays. — Les caïmans. — Une race de pygmées. — Les cafés. — Les cloches. — L'eau et les aquadores,

Le sancocho est un plat appétissant: il contient un peu de lout; sous ce rapport, il ressemble beaucoup à ce chapitre,

L'éducation, dans l'isthme, est, à cette heure, concentrée tout entière entre les mains du clergé. Les nouvelles lois donnent à l’église, en fait, la direction des écoles.

[ y à pourtant à Panama une institution de demoiselles, le collège de la Esperanza, dont les professeurs sont Américains et Canadiens. La directrice est une femme expérimentée; l'enseignement est d'ordre supérieur et l'esprit de secte est absent.

Âuirefois, l'isthme de Panama était célèbre par ses

roses magnifiques. Les rosiers, apportés d'Europe, donnent des fleurs toute l'année: et sous ce ciel embrasé, au lieu de pousser en buisson, ils deviennent de petits arbres dont la tige est aussi grosse que le poignet. Mais cette fleur a presque disparu de l'isthme. Je ne me rappelle gucre avoir vu qu'un seul rosier dans les jardins du docteur Pacheco.

Quelqu'un a dit, en parlant des tropiques : « Les oiseaux ne chantent pas, les fleurs n'ont pas d'odeur. » Où donc ce voyageur avait-il le nez, les oreilles? Les fleurs ÿ ont, au contraire, un parfum délicieux ; même la famille des orchidées, qui fournit de si belles fleurs, exhale, le soir, une odeur pénétrante. Il est vrai que, le jour, ces plantes ne sentent rien.

Quant aux oiseaux, outre leur plumage chatoyant, ils chantent tout autant qu'ailleurs. Peut-être ce voyageur n'a-t-il vu que les urubus.

En Colombie, l'éliquette est à rebours de celle qui règne chez nous. Par exemple, lorsqu'une personne arrive à Panama, elle envoie sa carte à toutes les familles avec lesquelles elle désire entrer en relations. Quelques jours après, ces familles font une visite chez la personne de qui elles tiennent la carte. Cette première visite de leur part est de rigueur, mais les visites suivantes sont facultatives.

Quand on quitte le pays, outre la carte P. P. G., on

une bier au i

[el

pe

ji CINQ ANS À PANANA 259 d'Europe, | insère habituellement dans une feuille de la localité as ce ciel h: une petite note sous le titre Despedida, C'est une sorte leviennent A d'adieu collectif par lequel on se met à la disposition er Let 1e fi de ses amis, là où l'on va.

el isthme. # eul rosier [A On a l'habitude de prévenir, pendant la journée,

j qu'on fera une visite le soir ; autrement, votre arrivée

{5 inopinée serait très mal vue. Cet avertissement peres : « Les mel aux dames de faire un peu de toilette pour vous d'odeur. » recevoir.

illes? Les ux; même

ë Quand on rend à quelqu'un sa visite, si belles

On vous fait

entrer dans un salon très bien meublé. Au centre de

te. I est à la pièce, il y a une table et, de chaque côté, une

Fe D. rangée de chaises à bascule. Chaque visiteur s'ins-

b. talle et se balance tout en causant. Les gens les plus

nan 4 sérieux aiment à se bercer ainsi des heures entières, -0 We É

aussi bien en société que chez eux. C'est assez Comique tout d'abord pour un étranger, de voir ce va-et-vient continuel de six ou huit personnes au milieu d'une conversation des plus gaies ou des plus animées ; on s'y fait pourtant,

in Spectacle

celle qui

Mais il faut du temps.

personne 4 outes les La coutume est essentiellement espagnole; je l'ai 4 relations. rencontrée maintes et maintes fois dans leurs colo: F ne visite

nies.

rte. Cette F mais les 4

Les étrangers de tous les pays trouvent à Panama 1 une hospitalité prévenante et généreuse. Les Colom- 1 biens, de même que les classes aiséos de Porto-Rico, 4 au Mexique et en Espagne, ont des manicres char-

P, GC... on

mantes; ce sont les gen: ! ables et les plus gracieux du monde, !!5 ont - 1 peu plus accentuée

— la politesse francaise du meilleur genre.

Le)

Avis aux célibataires : si un jeune homme fait plus de deux visites dans une maison où il v a dec demoiselles, on en jase ; s'il fait deux ou trois autres visites, on en déduit qu'il a des idées de mariage, et un ami de la famille est en droit de lui demander ses intentions, Cette habitude a pour résultat de refroidir plus d'un jeune visiteur dont les idées sont honnêtes, bien qu'il ne songe pas à se marier.

Les Colombiens aiment passionnément la musique, le chant, la danse ; aussi les bals qu'ils donnent sontils fort attrayants. Outre le quadrille, qui se rapproche du quadrilie tel qu'on le danse en France, ils ont une polka lente et une danzita qui est spéciale au pays. Voici en quoi consiste cette dernière : cinquante ou soixante couples valsent dans une vaste salle, au son d'une musique qui est une rêverie; à un certain moment, ils s'arrêtent, font vis-à-vis avec le couple voisin, etl’on ne recommencela valse lente que lorsque la mesure change. C'est un coup d'œil ravissant. Sur l'isthme, on considère une guitare comme indispensable pour donner la mesure. Il est impossible de trouver des êtres plus gracieux; ainsi ‘4 une mere me disait un jour de sa fille — une ‘uperbe enfant — «c'est dans le sang. »

qua pas riet

tabl

et |

leur dan:

cuti pare

Le âte — q pied

lisse

les plus ccentuée

fait plus * demoi- 3 visit 5, t un ami es intenidir plus tes, bien

ausique nt sontse rapance, ils iciale au nquante salle, au | certain > couple lorsque ant. Sur ndispensible de ne mére nfant —

Le deuil se porte de la façon la plus lugubre. Malgré le climat humide et brûlant, on s'habilke en noir foncé pendant une année entière, voire même deux ans. Cette habitude cause, au point de vue de la santé, un très grand tort aux personnes d. la haute classe. À l'intérieur des maisons, on recouvre les cadres des tableaux de nœuds en crépe; on répand autour de soi le plus de tristesse possible, Dans certaines contrées des Antilles espagnoles, les jeunes gens de la maison, quand ils ont perdu leur père ou leur mére, ne sortent pas de chez eux pendant douze mois: les stores intérieurs sont fermés nuit et jour.

Les bijoutiers indigènes se sont acquis une véritable réputa' on à Panama. Leurs chaines de montre, el leurs colliers en fils d'or tressés sont fort beaux ; leurs bijoux, es perles du golfe sont enchâssées dans l'or, captivent surtout par la chasteté de l'exécution. Les gens du ‘uple aiment beaucoup à se parer de piécettes d'or au col et aux oreilles.

Les femmes indigènes portent une pollera, ample vêtement à volants, très décolleté — trop, peut-être — qui tombe à la ceinture, et une jupe qui arrive aux pieds. Autour de leur gros cou noir, elles s'embellissent de colliers à piécettes, agrémentés de perles

souvent d'une grande valeur; elles ont aux oreilles des anneaux d'or fabriqués dans le pays et des fleurs dans la chevelure, Parfois, elles ajoutent une mantille, La robe est généralement d'étoffe blanche, Elles chaussent leurs pieds plats de pantoufles roses, vertes ou jaunes. Les bas brillent par leur absence, On voit ces femmes, affublées de la sorte, se rendre, en dodelinant, à l'église, avec un grand panama sur la tôle. S'il fait du vent, les jupes flottent au gré de la brise, découvrant leurs pantoufles éclatantes et leurs pieds nus, J'ai lieu de croire qu'elles n'ont que leur robe pour tout vêtement,

L'isthme de Panama est renommé pour ses caïmans ; il y en à de gros et de petits. On en compte, parmi les vieux, qui mesurent de quatre à cinq mètres de long ; ils sont fort dangereux.

À l'époque où d'Ojéda visita le Darien, ils étaient aussi nombreux qu'ils le sont aujourd'hui. Washington Irving raconte qu'un cheval, traversant une riviére, fut entrainé au fond par un de ces animaux. On en voit surles deux versants de l'isthme:; le Chagrès en est plein, Étant en bateau dans la baie de Panama, j'ai vu, à trois ou quatre kilomètres du rivage, plusieurs alligators, de taille énorme, qui nageaient avec une effrayante rapidité. Il est probable que ces animaux, avec leur dos couvert d'épines, ont.donné naissance à la plupart des histoires au sujet des serpents de mer,

dr

oreilles ;

es flours » +

RON À la fin de l'année, une troupe d'Indiens, véritables ie, Elles UE 4

| pygmées, arrive à Panama, venant de l'intérieur. Is nhentendent pas l'espagnol, et sont conduits par un On voit homme qui parait être leur chef, Is font leurs emn dode- | plettes et disparaissent jusqu'à l'année suivante, Ces ‘la tête. ‘4 indigènes, dit-on, habitent à quelques centaines de la brise, kilométres, à l'intérieur du pays, et, bien que Colomrs pieds biens, ne reconnaissent d'autre souveraineté que celle ur robe de leurs chefs. En tout cas, on n'essaye pas de les assujettir, et ils ne laissent aucun blanc pénétrer dans leur contrée, [ls sont de petite taille, mais trapus, forts, ont de long cheveux noirs, des yeux noirs, et la peau bronzée.

s, vertes

aïthans :

», parmi ètres de

Depuis l'avônement de M. de Lesseps dans l'isthme, plus d'une coutume parisienne s'est introduite avec les employés du Canal. C'est ainsi que, l'après-midi et le soir, on place de petites tables au dehors des

s étaient il. Was-

sant une \ cafés, où les chalands viennent déguster l'absinthe ou nimaux. | le mazagran. On a également l'habitude d'escorter les Chagrès dames amies pour prendre, en leur compagnie, une >anama, glace sur la Plaza,

ge, plu- *

ageaient -

que ces it. donné des ser-

Hi | dou à nsc

Les vieilles cloches de la ville de Panama donnent aux nouveaux arrivés plus de bruit qu'ils n’en désirent, On les sonne à tout propos, ou plutôt on les frappe avec des barres de fer: et comme « haque église

gi +. xs

Page 1