‹ Cinq ans chez les sauvagesChapitre 11 sur 16 · LE DH01T DU PUBLIC · texte numérisé non relu

LE DH01T DU PUBLIC

que ça semble bien humain et pour qu'on sache bien qu'on en a fini avec cette vieille blague de l'inspiration, de la muse et du génie. Puis viennent les gens qui se pâment — et qui ont raison de se pâmer.

Molière a de la chance d'être mort. On peut l'admirer en toute tranquillité. 11 ne vient pas, de l'air apitoyé et impitoyable qu'il aurait pour Bélise ou pour Oronte, nous empêcher de mettre de l'humanité dans Don Juan et de l'éternité dans le Misanthrope.

Mais les gens qui veulent aller haut, qui veulent voir grand sont toujours les seuls êtres raisonnables.

Que le spectateur de bonne volonté mette à la porte du théâtre le vaudevilliste qui veut lui défendre de trop s'amuser à son vaudeville ou le dramaturge qui ne l'autorise pas à pleurer assez à son drame. Voilà un droit qui est plus strict que celui de siffler et qu'on achète non en entrant, mais en naissant.

Droit simple et droit sublime ! celui d'admirer ! droit d'avoir des choses à admirer ! Droit royal, droit d'être plus royaliste que le roi et plus ibsénien qu'Ibsen.

Et c'est si simple et si précieux !

Quant aux auteurs, ils ont un droit, eux aussi : celui de ne pas s'occuper du public, de se laisser écrire des chefs-d'œuvre — et de continuer. (1)

Fé^'riev 1897.

(1) Ma modestie m'empêche de Iriomphei" d'une triste confirmation que nous infligea M. Bjornson au printemps de 1901. Nous ne pouvons rendre responsable l'auteur de Au dessus des forces {1^'^ partie) des plaisanteries comiques et blessantes d'un provincial d'Europe, — au lendemain d'un gala.

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