‹ Cinq ans chez les sauvagesChapitre 3 sur 16 · LES MÊMES, CYRANO, L'AIGLON · texte numérisé non relu

LES MÊMES, CYRANO, L'AIGLON

Cyrano

Ni moi.

L'Aiglon

Ni moi.

M. Rostand, furieux.

C'est toi ? c'est toi ? Je vous connais. Je vous pratique.

Vous voir ici dans ma maison !

N'avez-vous point perdu, dans quelque accès sadique, Ce que je vous donnai de rime et de raison ? Monsieur de Bergerac, c'est à moi, ton panache. Il frise quand je veux, il défrisera quand J'en voudrai faire un paillasson pour Caran d'Ache ! Quant à vous, monseigneur l'Aiglon, mauvais enfant, Vas-tu t'en retourner mourir dans ton Autriche ? Comment ? Je triche avec la vérité, je triche

LK GHAND-AIGLON 39

Avec l'histoire, avec dame Fatalité,

Je te montre debout, je te montre alité,

De Wagram, de Schoënbrunn. de l'Europe et de France

Je tresse un cadre frémissant à ton enfance,

Je te hisse sur le pavois des limbes d'or,

Je te donne génie, épopée et misère,

Tu t'envoles au ciel, trop grand pour cette terre,

Jai fait pleurer pour toi, je fais pleurer encor

Plus de larmes qu'on en versa sur le Trouvère,

Que me veux-tu ?

[A Cyrano.) Que me veux-tu ?

L'Aiglon et Cyrano, ensemble.

Quand on est mort.

C'est pour longtemps, dit le proverbe.

Ce n'est pas vrai. Quand on est mort, On est des immortels en herbe.

Un poète vous prend, vous sort Par les pieds de ses hexamètres, Il nous fait revivre — quel sort !

Pour la gloire des belles-lettres.

Sur des tréteaux. Quand on est mort Faut revenir traîner ses guêtres Au théâtre, bon sang! bon sort !

Cyrano, seul.

J'étais dans la lune Ou dans le soleil Quand mon infoi'tune Me fit tomber dans le plus bavard appareil

Devant ceux qui pour une thune

S'offrent un héros non pareil.

L'Aiglon

Je me plains. J'ai vécu — si peu — dans la ténèbre,

Gage d'humanité d'un héros fatigué

D'être Dieu, qui voulut entre la Sprée et l'Ebre

Faire cadeau d'un gosse à l'univers ligué.

Bébé-spectre, enfant-élégie, ange-cadavre,

J'avais droit à la torche pâle qui se navre

Secrètement au fond d'un manoir apàli.

Et maintenant je suis non plus une relique

Mais un je ne sais quoi très opéra-comique

Un peu triste, Carmen, Louise ou Magali.

Cyrano et l'Aiglon, ensemble.

Quand on est auteur dramatique.

Il faut avoir l'esprit pratique.

Et poétique (bis)

LE GRAND-AIGLON

Quand poète on est, par surcroît.

Tout est sujet, tout jusqu'au roi, Et l'araignée qui règne au cervelet des reines

Catulle Mondes.

Tisse le canevas des actes et des scènes Que jugeront Mendès, Doumic et Maizeroy.

M. B.OSTA.SD, à part.

Tais-toi, mon cœur ! Mon cœur, tais-loi ! {Haut.)

Vous êtes fous ! Vous êtes bêtes. L'opérette Vous guette.

Vous allez tomber sous la loi

De Claude Terrasse, ma foi!

(Apercei'ant une femme qui s'amène.) La Princesse lointaine ici ! la farce est forte !

La Princesse lointaine, d'un ton de reproche.

Lointaine ! un omnibus les mettait à ma porte Ceux-là qui désiraient du rêve bon marché !

Les Romanesques, survenant.

Et nous, nous avions lu de feu Claude Larcher

L'amour jadis moderne et nous avions les crises

Italiennes d'Arlequin, des Cydalises

De frises et de fresque et les cris, les à-coups

Qui se calment tout doux , tout doux, comme des fous.

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