‹ Cinq ans chez les sauvagesChapitre 9 sur 16 · LE DROIT DU PUBLIC · texte numérisé non relu

LE DROIT DU PUBLIC

A Gustave Larroumet.

Voici le fait: une émotion, un trouble, une extase, une ardeur et une douceur, un besoin de larmes et un besoin d'action nous étaient venus de Norvège: les dramaturges de là-bas nous avaient ployés et grandis et, par eux, nous nous élevions sur les tristes ailes de notre néant, jusqu'aux cieux les plus lointains, parmi des symboles.

Un critique danois se trouva, ces jours-ci, en belle humeur : il s'amusa au jeu facile des paradoxes et des amoindrissements. Il fut le monsieur qui décourage et qui ricane.

Exégète de parti-pris, Toucliatoul de Copenhague, il lut Ibsen en y cherchant exclusivement le fait-divers et l'anecdote. Il inventa des contresens, des fantaisies de traducteurs, regarda en bas, liquida le sublime et ht du mystère, de la

portée sociale et morale, de la force extra-terrestre, de l'ironie, de la philosophie, de l'âpreté du Canard sauvage et des Revenants^ je ne sais quelles erreurs parisiennes, de la névrose, des galéjades de Montmartre, de la couleur locale... du Tivoli, des imaginations françaises.

Bons mélos, ces machines à enthousiasmes compliqués, bonnes féeries, bonnes comédies, où l'on meurt bien, où l'on boit, où l'on aime sans subtilité et où l'on parle pour parler, sans désirer se faire entendre, où l'on parle pour soi, non pour l'avenir, les siècles, l'idéal et l'exportation !

Tous les critiques français avaient leur paquet, ceux-là pour n'avoir pas compris, ceux-ci pour avoir trop bien compris. Ils s'indignèrent; ils discutèrent; ils en appelèrent aux auteurs. Ils eurent tort. Et les plus étranges mésaventures sont à craindre.

Car Ibsen est l'auteur des Prétendants à la couronne et de Catilina. C'est le Prophète et le Verbe, la Lumière et le Dieu. Mais c'est aussi M. le docteur Henrick Ibsen.

Ce vieil homme qui promène une glace au fond de son chapeau, qui soigne laborieusement la symétrie hirsute de ses cheveux et de sa barbe

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