XI. — Les compensations offertes à la Grèce en Asie=Mineure
E. Venizélos. — Tels étaient, Messieurs, les résultats de ma politique qui, presque dès le début de la guerre, rangeait nettement la Grèce du coté des puissances de l'Entente, sous des conditions déterminées. Mais ce n'était pas tout, Messieurs. Peu après, j'avais réussi à obtenir la reconnaissance des droits de l'Hellénisme sur l'Àsie-Mineure occidentale. Et je n'exagérerai pas, Messieurs, en vous affirmant que le jour où j'ai reçu la communication de sir Edward Grey me parlant de très importantes compensations territoriales sur les côtes de l'Asie-Mineure, fut pour moi aussi beau que le jour de la signature du traité de Bucarest. Car, si ce traité était attendu à la suite des pourparlers qui le précédèrent, cette belle perspective s'offrait alors d'une manière tout à fait inattendue, même pour moi. Et tous ceux qui savaient comment ses gouvernants eux-mêmes envisageaient la Grèce, non seulement au point de vue militaire, mais aussi et surtout au point de vue moral, trois ou quatre ans à peine plus tôt, quand je suis venu ici pour assumer le gouvernement du pays. — voyaient combien étonnant avait été le bond réalisé dans ce court laps de temps, pour que la Grèce, jusque-là petite encore et combien dédaignée, put occuper la place d'une puissance égale aux grandes, dans le règlement du sort de la Turquie qui, pendant des siècles, a constitué la pomme de discorde entre les puissances européennes. (Applaudissements prolongés.)
J'ai reçu, Messieurs, ces promesses de compensations en Asie-Mineure, et vous venez de voir comme
j'en ai apprécie la valeur; et, maintenant, qu'apercevezvous, en évoquant toute l'histoire de cette époque? M'avez- vous vu devenir belliqueux, tomber victime de .mes illusions, revêtir la cuirasse de Mars et partir en guerre pour conquérir les prairies que sir Edward Grey m'avait montrées? Non. Vous voyez combien prudent fut mon jugement. Je m'efforce de créer les conditions auxquelles est subordonnée la réalisation des compensations promises. Je poursuis la coopération de la Roumanie et, cette coopération n'étant pas obtenue, j'envisage la coopération de la Bulgarie. Mais comme cette coopération ne pouvait pas se faire sans concessions, l'homme d'Etat n'hésite pas à affronter l'idée cruelle de céder une partie de notre territoire, pour obtenir des compensations coîossalement supérieures aux sacrifices qui s'imposaient. Mais au sujet de cette concession envisagée, il n'y eut même pas de pourparlers, car, comme je l'ai jadis expliqué, nous avons appris la conclusion de l'emprunt bulgare de 5oo millions sur les marchés de Berlin et de Vienne, et nous avons compris que la Bulgarie s'était déjà définitivement orientée de ce côté-là.