XV. — La péninsule de Gallipoli n'était pas défendue
Mais, depuis, il y eut dans une autre Chambre, dans la Chambre anglaise, une discussion sur l'opération des Dardanelles; une commission d'enquête fut formée, qui, avec toute l'autorité des commissions d'enquête anglaises, a recherché les causes de l'échec de l'opération des Dardanelles et a transmis à la Chambre ses conclusions, notamment sur les événements survenus jusqu'au mois de mai. Celui qui étudie les conclusions de ce rapport apprend que, si la Grèce, si le roi déchu avait suivi la politique qu'il avait le devoir de suivre — parce que soutenue, non seulement par le Gouvernement majoritaire du pays, mais encore par les autres hommes politiques de la Grèce, si bien qu'il ne pouvait pas prétendre de bonne foi qu'il hésitait devant l'opinion publique du pays — si, dis-je, il avait suivi cette politique et si Métaxas n'était pas devenu l'instrument de l'Allemagne, au point de remettre sa démission et de susciter de l'inquiétude, et si l'on avait utilisé dans cette opération un corps d'armée ou, à la rigueur, une division, l'occupation de Gallipoli eût été l'exploit militaire le plus facile. Nous nous serions trouvés, cinq jours après la publication du décret de mobilisation, en présence d'un corps d'armée mobilisé, et neuf jours encore après — grâce aux nombreux moyens dont nous disposions, nous et nos alliés — en présence de ce corps d'armée, ou de cette division, débarqué à la péninsule de Gallipoli, qui n'était ni gardée, ni défendue, ni fortifiée. (Sensation.)
C est ce qui est prouvé par les rapports déposés à une autre Chambre et investis — je le répète — de
l'autorité avec laquelle de pareilles questions sont étudiées à la Chambre anglaise. Ceux qui se sont réclamés du titre de « sauveurs » sont les hommes qui ont enterré en ce moment aussi bien les grands espoirs de la nation que son extension vers l'Est. {Applaudissements.)
Si, Messieurs, on n'avait pas réagi de cette manière sourde à la fois et ouverte, contre la politique que j'ai suggérée, l'armée grecque se serait trouvée à la péninsule de Gallipoli vers le 10 ou 12 mars ip,i5. Or, le rapport anglais prouve que Gallipoli ne fut fortifié qu'un mois entier plus tard.
Ce qui, ensuite, ne fut pas obtenu par 100 ou 200.000 hommes à cause des travaux de fortification accomplis grâce à l'art militaire allemand, cette même chose était non seulement faisable, mais un simple jeu pour l'armée grecque, aux premiers jours, lorsque j'ai eu la clairvoyance de conseiller cette opération et que toute la péninsule de Gallipoli n'était ni fortifiée, ni, presque, défendue.