XIX. — M. Gounaris, chef de coterie et premier ministre
Incidemment et entre parenthèses je vous dirai que peu avant cette crise M. D. Gounaris m'avait proposé, par un de ses amis et par le ministre de l'Intérieur, M. Répoulis, que sur mes listes électorales fussent compris six ou sept de ses amis. Leur élection serait ainsi obtenue. J'ai répondu à M. Gounaris par M. le ministre de l'Intérieur : « Pourquoi six ou sept seulement et pas tout le personnel dont M. Gounaris a besoin pour être prêt à assurer le pouvoir au cas où je m'en éloignerais? » Je lui ai donc déclaré qu'au lieu de six ou sept députés qu'il demandait, j'étais disposé à en comprendre neuf dans mes listes, c'est-à-dire tous les membres de son futur Gouvernement. Tel était
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l'état de l'opinion publique à cette époque, que celui qui fut invité à assumer le pouvoir, parce qu'il était censé avoir le peuple avec lui, me demandait, quinze ou vingt jours auparavant, de comprendre dans mes listes électorales les personnes qui lui étaient absolument nécessaires pour qu'il entrât dans la Chambre avec un certain nombre de députés. Si j'en ai fait mention, c'est uniquement pour montrer à la Chambre combien est lourde la responsabilité de cet homme qui a accepté, quinze jours après, d'assumer le pouvoir et de dissoudre la Chambre en vertu de la présomption qu'il existait un désaccord entre l'opinion publique et moi. Je ferme, Messieurs, la parenthèse ; je ne l'ai ouverte que pour prouver qu'à l'époque où je fus éloigné du pouvoir, j'avais avec moi le peuple grec tout entier, ou, du moins, sa grande majorité. Avant que la crise ministérielle ne fût résolue, quatre jours ont dû passer. J'ai démissionné le 7 mars, et ce n'est que le 11 mars que le nouveau gouvernement a prêté serment. Eh bien! le loyalisme de l'homme politique que l'on éloignait ainsi du pouvoir fut tel que, lorsque ma démission fut connue, vers six heures du soir, et que j'eusse appris qu'une manifestation colossale se préparait dans notre ville pour protester contre ma démission, j'ai immédiatement invité le chef de la gendarmerie et le préfet de police et leur ai ordonné de publier une ordonnance interdisant toute réunion, tant que la crise durerait. Je suis resté quatre jours avec, comme je l'ai déjà dit, la très grande majorité du peuple grec derrière moi, sans, cependant, permettre l'organisation de toute manifestation, petite ou grande. C'est ainsi, Messieurs, que le politicien de Patras, qui voulait faire élire ses six ou sept amis grâce à l'influence du parti libéral, a consenti, dans cette période si critique de nos affaires nationales, à accepter l'héritage du parti dont l'opinion était partagée par
tous les chefs politiques du pays, — et à assumer le pouvoir.
Je ne connais pas, Messieurs, un seul acte politique qui puisse être aussi sévèrement condamné. N'importe. Le Gouvernement fut constitué : ce ne fut qu'un gouvernement de valeur apparente, un semblant de gouvernement ; il n'était que toléré par ceux qui agissaient dans les coulisses, qui constituaient le vrai gouvernement du pays, et qui, se servant des ministres comme de marionnettes, les rappelaient à l'ordre à tout instant par la presse inféodée à la Cour.
Je sais, Messieurs, que le gouvernement apparent, n'était nullement homogène en matière de politique extérieure. Le ministre des affaires étrangères était porté à continuer la politique du gouvernement libéral. Je dis « continuer », car, avant-hier, j'ai eu l'occasion d'interrompre un orateur et de dire que l'opération des Dardanelles n'était plus possible après le départ du gouvernement libéral, puisque, peu après, la péninsule de Gallipoli fut fortifiée. Mais il ne s'agissait pas de l'application de cette politique, pour ainsi dire occasionnelle. Cependant, l'autre politique, celle fondée sur la très bienveillante neutralité envers l'Entente et inspirée par la ferme résolution de ne pas permettre une agression bulgare contre la Serbie, fut sincèrement adoptée parle ministre des affaires étrangères, M. Zographos, et par certains autres membres de ce cabinet. AJais nous nous trouvions déjà, Messieurs, en présence d'un régime qui s'effondrait, non seulement parce qu'on avait éloigné le gouvernement qu'entourait de sa confiance la majorité de l'opinion publique; non seulement parce qu'on avait formé un gouvernement non homogène en matière de politique extérieure ; non seulement parce que, malgré le gouvernement apparent, le véritable gouvernement, celui des coulisses, s était élevé jusqu'à la
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surface; mais pour une autre raison aussi : parce que le petit politicien, qui avait été invité à appliquer cette politique, a cru qu'il était légitime d'organiser la persécution d'un grand parti politique.