‹ Cinq ans d'histoire grecque, 1912-1917Chapitre 19 sur 71 · XXV. — La dernière déclaration de M. Venizélos à Berlin · texte numérisé non relu

XXV. — La dernière déclaration de M. Venizélos à Berlin

E. Venizélos. — C'est, Messieurs, dans ces circonstances ignorées naturellement de moi et dissimulées par le roi, que j'ai assumé le pouvoir. Je me suis empressé, comme je l'ai dit, de faire mes déclarations à la Chambre; j'ai, de plus, parlé dans ce sens à la Serbie, aux puissances de l'Entente, et aussi à l'Allemagne. J'ai télégraphié au ministre de Grèce à Berlin : « L'hypothèse de l'attaque éventuelle des forces austro-allemandes combinées contre la Serbie ne cesse de préoccuper vivement le Gouvernement royal, étant donné le rapprochement de plus en plus manifeste de la Bulgarie avec les empires centraux. Si ce rapprochement avait comme seul résultat d'assurer le libre passage des forces

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allemandes à travers la Bulgarie, nous n'aurions aucune raison de nous en alarmer. Mais si, profitant de l'arrivée des forces allemandes, la Bulgarie tentait d'attaquer la Serbie, nous ne saurions rester spectateurs impassibles de l'écrasement possible de notre alliée par la Bulgarie. Abstraction faite de l'étendue de nos obligations découlant de l'alliance, notre intérêt vital nous oblige de faire tout pour prévenir la victoire bulgare, de laquelle ensuite, tôt ou tard, nous serions les premières victimes. En décidant la campagne à travers la Bulgarie, le Gouvernement allemand envisage certainement ces diverses éventualités. Il est cependant utile que vous profitiez d'une occasion propice pour exposer de nouveau ces idées, en tant que vos opinions personnelles, en disant qu'elles représentent l'opinion dominante du pays. Nous pensons que le Gouvernement allemand n'a pas d'intérêt à ce qu'une guerre balkanique éclate et désirera toujours que la Grèce ne sorte pas de la neutralité. Nous pouvons, dans ces conditions, espérer qu'à n'importe quel moment et au cas même où la campagne d'Orient serait organisée, il exercera toute son influence pour retenir la Bulgarie, lui déconseillant d'attaquer la Serbie, et assurera ainsi le maintien du calme à nos frontières. »

Vous comprenez combien M. von Jagow a dû se moquer de nous en prenant connaissance de ce télégramme, si tant est que notre ministre lui-même n'était pas au courant de ce qui se tramait et qu'il l'a communiqué à son destinataire.

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