XXX. — La seconde démission de M. Venizélos
Il est à noter, Messieurs, que le débarquement des troupes anglo-françaises, dont on disait tant de choses et qui servit de grand argument entre les mains des « sauveurs », a commencé de s'effectuer après ma démission. Nombreux sont ceux qui l'ignorent ou qui l'ont oublié. C'est un lundi qu'a eu lieu le débat de la Chambre, au cours duquel j'ai communiqué la protestation que j'avais faite samedi; or, c'est le lendemain, mardi, que je fus appelé par le roi et obligé de démissionner de nouveau. Mardi matin, j'ai remis ma démission: mardi, dans l'après-midi, s'est formé le nouveau Gouvernement sous M. Zaïmis, et ce ne fut que mardi à 6 heures du soir qu'a commencé le débarquement des troupes anglo-françaises à Salonique.
Si j'en parle, ce n'est pas pour prouver que j'avais le consentement du roi. Affirmer cela, n'eût pas été digne de ma fonction. Je dois, d'ailleurs, avouer que le roi — alors que la presse disait qu'il était tenu dans l'ignorance du débarquement — a donné une interview où il affirma qu'il en était au courant. Mais je veux dire seulement que, par rapport à ma politique, l'arrivée des Anglo -Français était un appoint des plus précieux. Je marchais vers une guerre contre la Bulgarie et j'avais décidé de combattre si la Bulgarie attaquait la Serbie. Mon intérêt était d'avoir, en dehors des ioo.ooo baïon-
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nettes grecques et des 200.000 serbes , encore iSo.ooo baïonnettes de troupes anglo-françaises. En conséquence, ma démarche auprès de l'Entente était absolument nécessaire pour l'application de ma politique. Son résultat constituait, certes, un obstacle gênant pour la politique de mes adversaires. Mais je n'avais pas le devoir de m'en préoccuper, et j'étais d'autant plus dans mon droit que, après mon éloigncment du pouvoir et puisqu'ils avaient, eux, une politique opposée, ils auraient pu appeler le général Moschopoulos et dire, par son entremise, aux Anglo-Français : « Les choses ont changé. Venizélos est parti. Nous n'allons pas secourir la Serbie. Vous n'avez plus rien à faire chez nous. Nous vous prions de ne pas débarquer. » Au lieu de cela, M. Zaïmis leur a promis de leur accorder toutes les facilités. Et si M. Zaïmis n était que le chef apparent du Gouvernement — le véritable Gouvernement c'était l'état-major — pourquoi l'état-major n'a-t-il pas agi de la sorte, puisqu'il était dans l'intérêt de l'Allemagne que les Anglo-Français ne débarquassent point? Mais, absorbés uniquement par la politique, les officiers de l'état-major ne pensaient même plus aux affaires militaires et personne ne se souciait, après le départ du Gouvernement libéral, de ce que devenait le navire au milieu de la tempête.
{Interrompu à 20 h. $5, le discours de M. Venizélos est j*epris à 21 h. $5.)
XXXÏ. — Pourquoi M. Venizélos n'a pas fait de révolution en octobre 1915
E. Venizélos. — Avant de poursuivre mon discours, je voudrais, Messieurs les députés, me reporter à tout
ce que j'ai dit et ajouter une chose, que l'honorable député de l'Attique, M. Rhactivan, membre, alors, du Conseil des ministres, m'a rappelée; c'est que, lorsque j'avais assumé le pouvoir en août io,i5, j'avais soumis, par écrit, au roi les déclarations que je devais faire à la Chambre sur ma politique : elles m'avaient été retournées, lues et approuvées.
Vous vous souvenez du débat qui fut provoqué à la Chambre par suite justement de la protestation que j'avais formulée contre le débarquement imminent des Anglo-Français. Au cours de ce débat je fus obligé de répondre à une question de M. Théotokis, député de Corfou, qui me demandait ce que je ferais si, en courant au secours de la Serbie, je rencontrais des troupes allemandes; j'ai donné la seule réponse logique, ce qui rendit impossible mon plus long maintien au pouvoir.
Je fus appelé le lendemain par le roi ; il me déclara ne pas partager ma politique. Je lui répondis que je lui remettrais ma démission, car je croyais ne pas pouvoir soulever, en ce moment, une lutte constitutionnelle. On m'a critiqué, Messieurs les députés, pour avoir alors démissionné. On m'a considéré comme co-responsable de la violation des libres institutions du pays. On a cru que, du moment que la Constitution confie sa sauvegarde au patriotisme des Hellènes, les hommes politiques sont les premiers à devoir la défendre ; que, par conséquent, j'avais le devoir, au moins à cette époque, puisque je ne l'avais pas fait au mois de mars, de résister ; que je devais ne pas démissionner mais considérer le roi comme hors la Constitution, hors la loi et hors les libertés, et assumer, par conséquent, sous ma responsabilité la défense des libertés du pays et la guerre contre la tyrannie. Mais, avant tout, ceux qui formulent cette accusation ne paraissent pas être de bons psychologues. Un homme, Messieurs, ne se
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change pas en quelques instants, ni même en vingtquatre heures, de gouvernant d'un pays régi par un régime régulier en un chef de révolution.
Avant que dans l'esprit ou dans l'âme du gouvernant l'idée de la révolution ait mûri, une certaine évolution est indispensable, qui ne s'accomplit pas, en tout cas, en quelques instants. Mais même si on pouvait me lancer le reproche de n'avoir pas été un homme aux résolutions rapides, j'aurais eu, Messieurs, à répondre qu'en ce moment, il m'était impossible de pratiquer une politique autre que celle que j'ai pratiquée. Il m'était impossible d'assumer, en ce moment, la lutte pour les libertés du pays. Une pareille lutte, éclatant à cette date, eût provoqué la guerre civile. Je ne dis pas que la guerre civile, dût-elle constituer un grand mal, est un mal plus grand que la suppression des libertés d'un peuple et qu'elle n'est pas le digne prix de la défense des libertés d'un pays. Mais je prétends qu'en ce moment-là le parti libéral était dans l'impossibilité d'allumer la guerre civile; nous étions mobilisés, la Bulgarie était, elle aussi, mobilisée. Si nous avions divisé l'armée mobilisée en armée royale et tyrannique et en armée nationale et si nous avions entamé la guerre civile, ce qui serait advenu est manifeste. La Bulgarie, profitant de la guerre intestine, aurait envahi la Macédoine , aurait écrasé notre armée, en train de s'entrebattre, aurait occupé toute la Macédoine orientale, et, ensuite, dépourvue de toute inquiétude du côté du sud, elle se serait tournée vers la Serbie pour compléter son œuvre; elle aurait détruit ses adversaires balkaniques et établi sa complète hégémonie.
Il eût, par conséquent, été criminel de ma part de provoquer, en ce moment-là, une lutte intestine. Je ne l'ai pas fait, car j'aurais simplement contribué à préci-
piter les catastrophes, qui, en tout cas, même sans cela, devaient survenir. La responsabilité du désastre nalional serait retombée, aux yeux de l'opinion publique, sur le parti libéral. Tout le monde aurait dit : « Voyezvous ce qu'a fait Venizélos? Que ne restait-il tranquille, la Constitution dùt-elle être violée ! La situation était critique, et il devait se tenir sage. Voilà ce qu'il a provoqué par sa hâte. Les Bulgares, profitant de la guerre civile, ont envahi la Macédoine et nous ont enlevé nos lerritoires, après avoir écrasé notre armée! »
XXXII. — M. Zaïmis est responsable de la violation de l'alliance gréco=serbe
Je ne pouvais pas devenir la cause d'un crime pareil et précipiter cette catastrophe, bien qu'elle dût survenir sûrement, même sans cela. Au Gouvernement libéral succéda alors le Gouvernement des « présidents », celui des « sauveurs », présidé par M. Zaïmis. J'avais toujours parlé de M. Zaïmis avec déférence, et je ne veux pas, aujourd'hui encore, méconnaître les mérites dont il est doué, dans un pays qui malheureusement, n'en déplaise à personne, souffre d'une disette passagère d'hommes d'État. Mais la responsabilité de M. Zaïmis, qui acceptait en ce moment le pouvoir pour violer le traité avec la Serbie, est colossale. Dans l'histoire grecque, M. Zaïmis conservera malheureusement pour lui, le nom de celui qui a trahi la signature de la Grèce !
Je n'ai pas besoin de vous absorber longtemps, Messieurs, avec la question du traité. La Chambre a déjà été complètement éclairée par suite de tout ce qui fut dit, avant moi, par mes honorables collègues, et
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par suite des interruptions que je fus forcé de faire pendant le discours de l'honorable député d'Etolie et d'Acarnanie (M. Stratos). La Chambre sait déjà que le traité était d'ordre général et non seulement balkanique ; que, par conséquent, ceux qui ont soutenu que nous ne pouvions, ni ne devions courir au secours de la Serbie, parce qu'elle était attaquée par la Bulgarie, et que la Bulgarie était l'alliée de l'Allemagne et de l'Autriche, ont cherché, en connaissance de cause, à souiller le nom de la Grèce. C'est en connaissance de cause que les responsables voulaient inscrire cette tache sur notre front.
Car le roi savait tout. C'est sous sa présidence, qu'avait été réuni le Conseil des ministres qui a décidé de se soumettre à l'exigence serbe. Quant aux autres, et notamment à M. Zaïmis, président du Conseil et ministre des affaires étrangères, je ne puis laver sa responsabilité par son ignorance. Car un homme qui sait est assimilable à celui qui devrait savoir, mais qui n'a pas su parce qu'il ne voulait pas savoir.
Je sais que, lorsque le service du ministère a cherché à éclairer M. Zaïmis et à attirer son attention sur tous les textes en vigueur, il a demandé « de ne pas perdre son temps en s'occupant de choses pareilles », car, disait-il, à quoi cela servirait, puisqu'il était venu au Gouvernement justement pour ne pas appliquer le traité.
La responsabilité de ceux qui ont violé le traité serait terrible, même si notre obligation de courir à l'aide de la Serbie n'était que celle émanant du traité.
Les grands Etats peuvent, peut-être, sans danger avoir l'audace de violer les traités; mais pour les petits Etats formuler la théorie des « chiffons de papier » est une chose défendue, comme M. le ministre des affaires étrangères l'a développé. Il n'est pas permis aux petits
Etats de faire de grandes infamies. Or, la plus grande infamie qu'un Etat puisse commettre, c'est violer l'obligation de secourir un autre Etat, puisque en échange de cette promesse il a reçu de lui une promesse de réciprocité.
XXXIII. — Les neutralistes ne faisaient pas l'économie d'une guerre
Les « sauveurs » pourraient à la rigueur se présenter devant l'opinion publique avec cette immorale et vile justification que les vulgaires débiteurs osent souvent formuler, lorsqu'on leur rappelle leurs promesses écrites : « J'ai écrit, j'ai effacé », disent-ils, et je ne sais quoi encore. Mais cette justification immorale et vile elle-même ne peut pas être mise en avant, devant le peuple grec, par ceux qui ont gravé sur son front la tache de l'infamie. En trahissant la Serbie, ils trahissaient en même temps la Grèce. En trahissant la Serbie et en permettant à la Bulgarie de l'anéantir et d'établir son hégémonie dans les Balkans, ils trahissaient en même temps l'Hellénisme.
Ils savaient bien que si, au cours de la guerre, l'empereur d'Allemagne pouvait décider, en paiement des services que le roi de Grèce lui avait rendus, d'empêcher une agression bulgare contre nous, ayant pour but de nous enlever la Macédoine, aucune force humaine n'existait cependant, capable d'empêcher les Bulgares, une fois agrandis — et ils seraient agrandis en écrasant la Serbie — de nous refouler non seulement jusqu'à la Strouma, mais même jusqu'à l'Œta. Ils le savaient, car aucun d'eux n'aurait pu sérieuse-
ment et de bonne foi prétendre, devant la Chambre et devant le pays, qu'ils croyaient que les Bulgares, agrandis au préjudice de la Serbie et, peut- être aussi de la Roumanie et de la Turquie, auraient été assouvis et auraient désormais vécu fraternellement avec nous, se transformant de loups en agneaux candides. Personne ne peut le dire à la Chambre et la convaincre qu'il le croit lui-même.
Ceux qui ont trahi le traité avec la Serbie ont donc trahi en même temps les intérêts grecs et ont toléré que dans la péninsule balkanique fût créée une situation équivalant à l'enterrement de l'Hellénisme.
J'irai plus loin encore. On pouvait peut-être penser que ces hommes malhonnêtes auraient dit, raisonnant comme des vulgaires chenapans : « Mais que voulezvous que nous fassions? Du moins, par ce moyen, nous évitons la guerre. » C'eût été un argument horrible, qui aurait renversé, aux yeux de l'opinion publique, l'homme politique grec qui eût osé le formuler aussi impudemment, mais c'eût été enfin un argument; et à supposer que l'empoisonnement causé par la propagande allemande eût réussi à corrompre tout ce qui est grec, cet argument eût pu avoir une certaine valeur aux yeux du monde.
Mais cela, non plus, n'est pas vrai. Ceux qui ont pratiqué cette politique savaient qu'ils ne faisaient pas l'économie d'une guerre. Ils savaient qu'ils n'en obtenaient que l'ajournement; car ils ne pouvaient pas réduire moralement la nation au point qu'elle cédât aux Bulgares sans guerre tout le pays jusqu'à l'QEta. Ils savaient donc qu'ils ne faisaient pas l'économie d'une guerre, qu'ils en prorogeaient l'échéance, pour quelques années seulement, et que cette guerre devrait être entreprise plus tard dans les pires conditions pour la Grèce et dans les meilleures pour nos adversaires.
Mais examinons à présent, Messieurs, lamanière dont ils ont pratiqué cette politique, qu'ils ont dissimulée sous le nom de la neutralité et qui était effectivemeut une politique d'abandon des intérêts nationaux destinée à servir tout simplement les tendances de l'Allemagne à l'hégémonie mondiale. Voyons comment ils ont appliqué cette politique qu'ils présentaient publiquement comme une politique de neutralité, qui était funeste au point de vue de ses résultats définitifs s'ils avaient l'intention que la Grèce demeurât neutre jusqu'à la fin de la guerre, mais qui était une politique de laquelle il était possible de recueillir, tout de suite, et aussi pour l'avenir des conséquences bien moins mauvaises que celles qui furent recueillies.
Vous vous souvenez, Messieurs, de la comparution du Gouvernement devant la Chambre. Vous devez vous souvenir aussi de certains conseils à Démonique que j'ai adressés au Gouvernement comparu devant vous.
Messieurs les députés, permettez-moi, je vous prie, de vous lire une partie de ce que j'ai dit alors. Puisque, vingt-deux mois après, nous avons l'occasion de discuter les grandes questions nationales, je crois de mon devoir de m'expliquer sur tous les points, car je m'adresse aussi bien au peuple grec qu'à vous : je désire l'éclairer et jeter partout la lumière complète.
Je vais vous lire ce que je leur ai dit, ce jour-là, après avoir communiqué les vues de la couronne et après leur avoir dit qu'ils avaient cessé de former une Chambre pour ne former qu'une association de notables ; — c'est seulement à présent que nous formons une vraie Chambre et l'honorable député de Psarra (M. Popp) veut même faire de nous une Constituante. — Je leur ai expliqué les dangers menaçant le pays et j'ai ajouté :
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XXXIV. — Ce qu'aurait pu être la politique de la neutralité grecque
« Si l'on admet que, dans l'évolution actuelle des événements, le Gouvernement ne juge pas de son devoir de participer à la guerre, même au cas de participation de la Bulgarie, je recommande ceci : Notre neutralité peut se présenter comme étant plus amicale envers l'un des groupements, sinon pour une autre raison, du moins, à cause de l'existence de notre alliance avec la Serbie, envers laquelle notre neutralité ne pouvait de tout temps qu'être amicale et bienveillante. Mais si notre neutralité armée continue d'être bienveillante dans ses intentions, d'accord avec l'àme grecque, envers l'une des parties, pratiquement cependant et de par ses résultats notre neutralité n'est qu'exclusivement utile au groupement opposé. Nous n'aurions pas eu, Messieurs, de sincères dispositions à la neutralité — celles que je ne conteste nullement chez le Gouvernement — ; nous aurions même voulu éventuellement accorder à l'autre groupement un plus grand concours, — que nous n'aurions pu faire quoi que ce soit de plus que ce que nous faisons. Je dis cela pour montrer combien grand est le service que la Grèce, par son insistance éventuelle à maintenir la neutralité jusqu'au bout, offrirait au groupement austro-allemand, et qu'il est logique et naturel que ce service entraine des compensations correspondantes.
« J'ai entendu dire qu'il ne nous est pas permis de tendre à une entente avec l'autre groupement, car nous serions ainsi exposés à la colère du premier. Je ne suis pas du tout d'accord. Si nous nous exposerons à la colère du premier groupement, en conservant une neu-
tralité bienveillante jusqu'au bout et en n'allant pas au secours de la Serbie, nous ne nous y exposerons pas parce que, en offrant ces services involontairement à l'autre groupement, nous aurons pris soin de recevoir des compensations ; la colère n'aurait pas pour cause notre désir de retirer un certain profit de cette politique, que nous regardons, suivant les conceptions du Gouvernement, comme imposée par nos intérêts nationaux. Par conséquent, si vous croyez que la force des choses nous obligeait à déterminer jusqu'au bout la politique du Gouvernement telle que vous l'établissez, l'Etat devrait au moins retirer les profits que peuvent lui valoir les services qu'il offre; ceci, non parce qu'il veut être utile à l'un des groupements, mais parce qu'il croit servir ses propres intérêts. Tous les jours on voit des États qui, au milieu d'une guerre, demeurent neutres pour le bien de leurs propres intérêts; ils s'assurent des compensations, rien que pour leur neutralité. Mais quelles seraient les compensations qu'en ce cas nous devrions, selon moi, prendre soin d'assurer?
« Avant d'y répondre, qu'on me permette d'observer que la demande de ces compensations est, selon moi, désirable pour encore une autre raison; les pourparlers nécessaires seraient poursuivis par la voie régulière et sous la responsabilité des personnes compétentes : il est toujours juste que la responsabilité de pareilles ententes et de leurs résultats éventuels incombe au Gouvernement, et je sais que le Gouvernement actuel n'aurait pas voulu éluder de pareilles responsabilités pour les rejeter sur d'autres. Il serait donc indiqué qu'une entente intervint avec le groupement que, fût-ce involontairement, nous servirions par une pareille politique. Cette entente nous permettrait, en premier lieu, d'apprendre quelles sont les compensations que la Bulgarie doit recevoir par suite de sa participation
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à cette guerre; ce renseignement peut nous être utile en tant qu'élément certain, susceptible de montrer si les inquiétudes et les craintes que j'ai sont aussi fondées que je les considère, ou bien si elles sont exagérées. En second lieu, nous pourrions, grâce à cette entente, déterminer plus sûrement les compensations que nous devons, nous autres, recevoir, c'est-à-dire notre extension vers l'Albanie du Sud et la cession des clefs stratégiques que constitue la région Doïran- Guévgéli; j'ajouterai même qu'à mon avis nous devons nous empresser d'occuper cette région à temps, sans retarder son occupation jusqu'au lendemain de la guerre. Eu troisième lieu, j'aurais demandé que la garantie de l'intégrité dn pays ne se bornât pas seulement à la durée de la guerre, ce qui n'aurait qu'une très petite valeur, mais quelle s'étendit aussi à un certain nombre d'années, disons : dix ans; de cette manière nous n'aurions pas, au lendemain de la paix, à redouter la menace d'une troisième guerre, la menace du duel que la Bulgarie provoquerait. Nous aurions ainsi le temps de développer et organiser les ressources de nos nouvelles possessions aussi bien que nos forces militaires, de façon à pouvoir affronter ce duel, soutenus toujours par des amis et des alliés. Il serait encore, selon moi, juste et proportionné aux services que nous rendons en gardant jusqu'au bout la neutralité, de demander l'intervention de l'Autriche et de l'Allemagne, en vue de l'échange des populations des deux pays, qui devraient désormais rester limitrophes sur une étendue de plusieurs centaines de kilomètres. Ainsi les populations bulgares qui vivent encore en territoire grec seraient transportées en Bulgarie, et les populations grecques qui vivent encore, malgré toutes les persécutions dont elles sont l'objet, en Bulgarie, seraient transportées en territoire grec. Cet échange constituerait,
Messieurs, une des meilleures garanties de ce que le statu quo balkanique, tel qu'il émanerait de la présente guerre, serait sincèrement reconnu par les États intéressés. Notre adversaire serait, du moins, privé de son grand argument qu'il lutte pour réaliser des exigences soi-disant fondées sur une base ethnologique.
« Permettez-moi, Messieurs, de dire que, si cela ne se faisait pas non plus, si nous nous laissions mener par les événements et si nous arrivions, après cette guerre, à un règlement des affaires balkaniques tel que, moi, je le prévois comme certain, avec l'équilibre du traité de Bucarest renversé et avec une Bulgarie essentiellement plus forte que la Grèce, nous plongerions l'âme nationale dans un état d'agonie, créé par nous et qui rendrait la vie de ce pays insupportable. C'est dans une inquiétude mortelle qu'il attendrait l'issue du conflit inévitable.
« Je ne veux pas, Messieurs, en un moment aussi solennel, être amer pour personne ; je ne veux pas être mal interprété en vous disant : « Prenez garde ! Voyez la Grèce telle que le parti libéral l'a reçue de vous; voyez la Grèce qu'il vous livre ; prenez garde que vous ne la rendiez, à votre tour, diminuée. »
Mais ces exhortations. Messieurs, s'adressaient à des oreilles de sourds. S'ils pratiquaient réellement une politique neutraliste, ils seraient obligés de prendre en considération toutes ces recommandations. S'ils ne l'ont pas fait, c'est justement parce qu'ils ne pratiquaient pas une politique neutraliste : ils pratiquaient une politique simplement allemande. Et il est incompréhensible non seulement qu'ils n'aient pas suivi mes recommandations : mais encore qu'en trahissant notre allié et en permettant à l'ennemi héréditaire de l'écraser et de s'agrandir démesurément, ils n'aient
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pas non plus pourvu à assurer au moins, en un moment où nous étions armés de pied en cap, l'inviolabilité absolue du territoire grec.