XXXVII. — Le Gouvernement de M. Scouloudis
On forma donc le Gouvernement des « vieillards » — on lui donna ce surnom, qui, répété par moi, ne
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saurait avoir aucun mauvais sens, puisque, étant, hélas ! moi-même un vieillard, je ne puis le dire dans un sens injurieux (Rires). On appela ce Gouvernement pour appliquer la politique dite neutraliste. Et M. Scouloudis, pour jeter de la poudre aux yeux des Francs, a tait ses déclarations bien connues, consignées dans la circulaire télégraphique suivante adressée le 8 novembre 1910, aux ministres de Grèce à Londres, à Paris, à Rome et à Pétrograd : « Veuillez donner à M. le président du Conseil (ou à M. le ministre des affaires étrangères) l'assurance, de ma part, la plus formelle de notre ferme résolution de continuer notre neutralité avec le caractère de la plus sincère bienveillance vis-à-vis des puissances de l'Entente. Vous voudrez bien ajouter que le nouveau cabinet fait siennes les déclarations réitérées de M. Zaïmis au sujet de l'attitude amicale du Gouvernement royal vis-à-vis des troupes alliées de Salonique, qu'il a trop conscience des vrais intérêts du pays et de ce qu'il doit aux puissances protectrices de la Grèce pour s'écarter le moins du monde de cette ligne de conduite et que, dès lors il espère que les sentiments d'amitié de ces puissances pour la Grèce ne pourront, en aucun moment, être influencées par les nouvelles malveillantes et tendancieuses qu'on met à dessein en circulation dans le vain but d'altérer les bons rapports de l'Entente avec la Grèce. » On dirait que c'est là une déclaration d'amour ! (Rires.)
Mais à ces premières déclarations succédèrent bientôt les gaffes de M. Scouloudis. Quelques jours s'étaient à peine écoulés, lorsque, l'armée anglo-française battant en retraite, la question fut posée de savoir qu'estce qu'il adviendrait quand les Serbes aussi reculeraient en territoire grec. Et M. Scouloudis de dire au cours d'une de ses entrevues avec un des ministres de l'Entente : « Si les Serbes battent en retraite, nous serons
obligés de les interner. » Et le ministre de lui dire : '<. Est-il possible? Ce sont vos alliés et vous êtes tenus à garder vis-à-vis d'eux une attitude de très bienveillante neutralité. D'ailleurs, les Serbes sont nos alliés et nous autres, nous sommes venus ici avec votre consentement. » Et M. Scouloudis de répliquer: « Nous aurions dû faire la même chose avec vous! » Une discussion fut soulevée pour savoir s'il a dit « nous aurions dû faire la même chose », ou bien « nous ferons la même chose », mais vous comprenez l'importance du fait, quoi qu'il en ait dit. Je vous laisse imaginer l'impression produite et combien devaient empirer les relations du Gouvernement des « vieillards » avec les Gouvernements de l'Entente, envers lesquels, comme je viens de vous en donner la preuve, ce Gouvernement promettait de maintenir une attitude de très sincère bienveillance. Et lorsqu'on lui a fait remarquer que sa déclaration à propos des Serbes, de même que sa politique ultérieure ne se conciliaient nullement avec la bienveillante neutralité qu'il avait promise, M. Scouloudis oublia tout ce qu'il avait dit au début et s'écria, en colère : « Que me parlez-vous de neutralité bienveillante? Moi, je ne connais pas des neutralités de plusieurs espèces. Je n'en connais que deux : la neutralité volontaire et la neutralité obligatoire. » Et il oubliait qu'il n'avait pas promis la simple neutralité, ni même la neutralité simplement bienveillante, mais la neutralité très sincèrement bienveillante. Il a cru qu'il lui suffisait de l'avoir dit le premier jour pour pouvoir faire ensuite ce qui lui plaisait; il supposait, probablement, que ces premières déclarations seraient oubliées et que son revirement n'entraînerait aucun résultat nuisible.
Il ne comprenait pas que de ce fait la Grèce s'abaisserait dans l'estime des grandes puissances jusqu'au
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point où elle s'est abaissée sous le Gouvernement des « vieillards ».
G. Popp. — C'était là la neutralité de la vieillesse! {Rires.)