XXXVIII. — Uu coup d'État et une nouvelle trahison
E. Venizélos. — Et le Gouvernement des « vieillards » procéda à la dissolution de la Chambre. Les orateurs de l'opposition ont cherché à justifier cette dissolution. Ils vous ont dit : « Pourquoi cette dissolution ne pouvait-elle pas se faire? » — Mais, répliquaije, est-ce que la Chambre fut dissoute, à cause de quelque désaccord réellement manifesté entre elle, l'élue de la veille, et l'opinion publique?
Point n'est besoin de m'occuper longtemps de cette question, qui fut épuisée hier par mon honorable collègue (M. Répoulis). J'ai seulement besoin de dire que lorsque, le haut-commissaire des puissances (M. Jonnart) déclarait dans sa note à M. Zaïmis que la Chambre fut à tort dissoute à deux reprises, en un laps de temps très court, il n'entendait pas que dissoudre la Chambre pour la seconde fois peu après sa première dissolution c'était violer la Constitution; on viola, selon lui, le régime, en dissolvant la Chambre pour imposer la même politique qui motiva précisément la première dissolution et qui échoua parce que le peuple s'est prononcé dans un sens opposé. L'exemple de 191 o n'a certainement rien de commun avec le cas actuel. En 1910, la dissolution de la Chambre a eu lieu parce que, à la suite de l'accord intervenu entre tous les facteurs du pays, — les facteurs populaires et le facteur royal, — sur la formation de la double Chambre chargée de la revision du régime, les élections n'ont
pas fourni un Parlement capable de donner un Gouvernement viable. Et le Gouvernement, après avoir obtenu un vote de confiance, a dissous la Chambre afin que les élections permissent la formation dune nouvelle Chambre avec laquelle il put collaborer. Quel rapport y a-t-il entre ce cas et l'insolente atteinte commise contre les libertés populaires, en novembre 1910? Dans ce dernier cas, le roi ne voulait pas appliquer le traité gréco-serbe et ne voulait pas nuire -à la politique allemande; il décida de dissoudre la Chambre pour la seconde fois, dans l'espoir que, par -de nouvelles élections, il réussirait à obtenir l'approbation de sa politique; car, pensa-t-il, les élections devant avoir lieu en temps de mobilisation générale, l'autorité aurait entre ses mains tous les moyens propres à imposer sa volonté. Et quels étaient ces moyens? Le Gouvernement, ou plutôt l' état-major, c'est-à-dire le véritable Gouvernement, tenait à sa disposition 3oo.ooo électeurs, c'est-à-dire la moitié des citoyens grecs participant aux élections ; ayant cet atout en main il nous invitait à nous présenter aux élections, alors qu'il avait décidé de ne donner des permissions, le jour des élections, qu'à ses amis pour exercer leur droit électoral et de consigner les nôtres dans les casernes pour les empêcher de voter. Il est évident, que ces élections seraient, dans ces conditions, une véritable comédie; et le parti libéral avait le droit de le dire et le devoir de s'abstenir d'y participer.