XL. — L'infâme propagande de l'état=ma]or
E. Venizélos. — On ne donnait pas de réponse parce qu'on n'avait pas à en donner; on ne pouvait pas avouer les buts pour lesquels la mobilisation était maintenue.
La mobilisation générale était nécessaire, parce que c'est elle qui justifiait la distribution aux officiers des soldes supplémentaires et parce que nos adversaires espéraient, par ce moyen, gagner la bienveillance de ceux qui formaient l'armée. Ils m'ont dit qu'en l'écrivant, j'insultais les officiers, mais ce grief était tellement bas, tellement vil, que je n'ai pas cru nécessaire d'y répondre. Ce n'est pas tout. Ayant décrété la mobilisation générale, ils avaient le droit d'appliquer, à chaque moment, la loi martiale.
Ils avaient l'intention de le faire, mais il y avait une certaine difficulté : les puissances n'ont pas paru disposées à admettre que la loi martiale s'imposait par des raisons extérieures ou militaires ; elles ont dit aux « sauveurs » qu'ils feraient bien de ne pas l'appliquer: c'est donc la peur des puissances qui les empêcha de l'appliquer. Us la tenaient cependant toujours en réserve comme une menace, et ils l'auraient appliquée aussitôt entrés en conflit avec les puissances. Mais la mobilisation tendait encore à un autre but. Elle accordait à l'étatmajor le droit de s'emparer, à chaque moment, des officiers et de les lancer d'un bout de la Grèce à l'autre. Quand il n'y a pas de mobilisation, les déplacements sont opérés par le conseil des généraux, et c'est là une garantie que personne ne peut être arbitrairement déplacé. Tandis qu'en temps de mobilisation générale,
le grand état-major a entre ses mains, telle une arme, le droit de renvoyer loin d'Athènes, aux plus lointaines extrémités de l'État, tout officier qui oserait manifester une certaine indépendance d'esprit. Mais ce n'est pas tout. Ces hommes abominables, les « vieillards » et l'état-major, voulaient encore, par la prolongation de la mobilisation, faire fléchir physiquement et moralement le peuple grec pour le rendre incapable de pouvoir jamais se révolter pour leur demander des comptes. C'est ce qu'ils poursuivaient en prolongeant pendant dix mois la mobilisation. Ils cherchaient encore à utiliser la mobilisation pour l'infâme enseignement qui était fait dans les casernes dans le but de séparer, si possible — comme je l'ai déjà dit — le peuple de son élu et du parti auquel il restait si longtemps attaché. Au lieu d'enseigner aux soldats des sentiments courageux et la nécessité du sacrifice individuel à l'autel des hauts idéals de la patrie, on leur enseignait — suivant les ordres de l'état-major — la pusillanimité; on leur enseignait d'éviter l'accomplissement de tout devoir élevé ; on leur enseignait la répugnance à tout acte courageux ; on leur enseignait constamment et sans cesse que, s'ils restaient dans leurs casernes, c'est parce que Yenizélos les avait appelés, qu'ils devaient le bien comprendre et en bien pénétrer leur àme de façon à s'en souvenir et à en convaincre leurs parents et leurs frères, aussitôt qu'ils les rejoindraient après leur libération. Tel était le travail qui se faisait dans les casernes. Il y avait, certes, des exceptions, mais telle était, d'une manière générale, la tâche poursuivie suivant l'ordre de l'état-major. Ce point de vue intérieur est peut-être suffisant pour expliquer la prolongation de la mobilisation. Mais ceux qui appliquaient la prétendue neutralité, qui n'était effectivement qu'une politique allemande, poursuivaient encore autre chose : ils
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savaient que la guerre pouvait être longue; ils savaient que, malgré tout le mal souterrain qu'ils imaginaient avoir fait au parti libéral, celui-ci gardait encore des racines très profondes dans l'âme du peuple grec. Ils craignaient donc que, d'un moment à l'autre, quelque changement de circonstances ne survînt, et que la Grèce ne put participer à la guerre; or, ils voulaient, en appliquant la politique allemande, mener la Grèce si bas que. dans n'importe quelles circonstances, fût-ce les meilleures, elle ne put pas, physiquement et moralement, participer à la guerre. Ils voulaient offrir ce dernier service à l'empereur allemand et à ses alliés, nos ennemis héréditaires.