‹ Cinq ans d'histoire grecque, 1912-1917Chapitre 3 sur 71 · IV AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

IV AVANT-PROPOS

lards » étaient des traîtres asservis à V Allemagne. Ils ont empoisonné, par leur impudence et par leur mauvaise foi, les relations si cordiales entre la Grèce et les puissances garantes de ses libertés; ils n'ont pas hésité à livrer aux Germano-Bulgares des territoires grecs, des forts grecs, des armes grecques, des troupes grecques, pour affaiblir leur pays et pour rendre plus profond encorde l'abîme le séparant des puissances de l'Entente. Et lorsque la légitime indignation des puissances garantes et du peuple grec menacèrent d'abolir complètement ce régime illégal et abominable, les « vieillards » ne furent éloignés du pouvoir que pour y être remplacés non point par un Gouvernement constitutionnel, mais par un certain nombre de vulgaires personnalités que M. Venizélos a si sévèrement mais si justement surnommées « les canailles politiques ». Le peuple grec ne tarda pas à s'apercevoir que ses idéals et ses intérêts étaient confiés au caprice de quelques hommes vaniteux, imbéciles et intéressés, qui, professeurs germanophiles, fonctionnaires insignifiants ou officiers en retraite, n'étaient que des marionnettes entre les mains du Gouvernement occulte.

Lorsque les affaires nationales ont atteint ce degré d'avilissement; lorsque, le cœur saignant de douleur pour l'opprobre national, le grand homme d'Etat grec a quitté Athènes pour sauver l'honneur de son pays par une lutte surhumaine; lorsque, courant vers la frontière grecque, il a voulu montrer au monde entier que la conscience du pays est intacte, toujours courageuse et toujours héroïque ; lorsque sa parole ne Jut plus entendue à Athènes, et que ses réquisitoires ont, nécessairement, cessé de fouetter les misérables gouvernants de sa patrie, il était naturel que les « canailles politiques » reprissent courage et s'avançassent sans frein sur la pente de l immoralité et de la trahison! La nation Jut entraînée

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jusqu'au seuil du gouffre, là ou cette sinistre journée cTvl jer décembre igiô Va menée. M. Répoulis, dans sor± beau discours, a vigoureusement flétri toutes ces inf&mies et a tracé, par des traits éloquents, le tableau de tout ce qui fut perpétré par le roi, devenu chef de parti r « Il était naturel, a-t-il dit, que ce despotisme dégénérât en un régime de violence et d'arbitraire. Ce sont les méthodes habituelles et éternelles de la tyrannie- Nous avons vu des régiments entiers d'espions; noueavons vu des citoyens innocents tomber victimes de la? calomnie et de la persécution pour avoir soi-disant insulté le roi; nous avons vu les pires procédés de chant— tage ; nous avons vu la police devenir l'instrument inconscient de l'arbitraire tyrannique ; nous avons vu la justice se transformer en une basse et vile esclave de la volonté dynastique ; nous avons vu le clergé parfaire ce misérable tableau par ses odieux anathèmes. »

Quant à l'analyse précise de la politique extérieure pratiquée par les cabinets inconstitutionnels qui ont succédé à celui de M. Venizélos, elle est faite, avec une logique implacable et documents officiels à l'appui, par le ministre des affaires étrangères, M. Politis, dan& son clair discours où, à côté de ses qualités bien connues de juriste eminent, il eut l'occasion de révéler pour let première fois les mérites d'un véritable homme d'Etat- M. Politis a donné à son discours cette conclusion irréfutable : « Ceux qui ont commis cette infamie, a-t-il dit, paillant de la violation du traité gréco- serbe, croyaient pouvoir exploiter le patriotisme des Grées; ih pensaient que le patriotisme imposerait le silence par lequel leur crime serait couvert. Il s'est pourtant trouvé des hommes, ayant la liberté de parler ou d'écrire, qair bien que Grecs, ont immédiatement dénoncé V infamie commise. »

Tels sont le courage et la sincérité qui régissent lem

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paroles et les actes des collaborateurs du grand chef, qui, avec son génie politique et son incomparable force morale, a su toujours concilier l'énergie et la loyauté. Et, s'il existe vraiment un phénomène naturel qui veut que les gens honnêtes et bons se sentent toujours attirés vers ceux qui sont également bons et honnêtes, il est non moins vrai que le souffle de droiture et de patriotisme qui émane de lame du chef politique de la nation grecque se répand en son entourage , depuis ses collaborateurs immédiats jusqu'au plus humble citoyen libéral.

Cette droiture et ce patriotisme, ces nobles vertus de l'homme d'Etat grec, apparaissent, dans le discours de M. Venizélos, éclairés par la lumière éclatante de sa haute, large et claire intelligence. Seule la majesté de l'immense crise nationale, politique et sociale que traverse actuellement V humanité, pouvait provoquer une aussi puissante manifestation de clarté et de critique, d' imputation et de qualités descriptives, de courage et de vertu. Il est heureux, pour le sort de la Grèce, que ses générations futures puissent constater qu'une aussi admirable prédication politique fut le fruit d'une intelligence et d'une âme grecques. Le discours de M. Venizélos ne saurait être ni commenté, ni analysé ; il doit être lu tout entier, et non seulement lu, mais étudié, médité, approfondi.

Malheureux furent , certes, les hommes politiques qui, co-responsables de toutes les infamies commises contre la nation grecque, durent assister aux séances de la Chambre et qui, aux discours justiciers qui y furent prononcés, durent, tels des accusés comparaissant devant le tribunal de l'opinion nationale, défendre ou excuser le régime aboli. L antique Némésis les obligea de tenter la justification d'actes injustifiables et la défense d'actes infâmes et illégaux. Leur expérience et leur habileté parlementaires n'ont pas diminué la vanité totale de

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