‹ Cinq ans d'histoire grecque, 1912-1917Chapitre 34 sur 71 · LIV. — Le loyalisme de M. Venizélos · texte numérisé non relu

LIV. — Le loyalisme de M. Venizélos

J'ai alors cherché à voir aussi l'amiral Coundouîïotis, dont je connaissais les idées par les communications de certains amis communs, de INI. Embirikos entre autres. L'amiral Coundouriotis me dit que non seulement il était disposé à prendre part à la lutte, mais qu'il en était encore le chaleureux partisan. Ayant fait partie des deux derniers cabinets, sur l'ordre du roi qui était aussi commandant en chef de l'armée et de la flotte, l'amiral affirmait avec autorité sa conviction que la Grèce était trahie, que la politique pratiquée était allemande et que c'était honteux pour nous et pour le peuple de l'accepter jusqu'au bout sans protester. Or, cette opinion de l'amiral et sa collaboration ont levé mes dernières hésitations. J'ai assumé tout effort pour qu'à notre mouvement ne fût donné le caractère ni d'une lutte civile immédiate, ni, surtout, d'un mouvement antidynastique. Hier, Messieurs, onze mois s'étaient écoulés depuis le jour où je partais de Phalère; et aujourd'hui il y a onze mois que la révolution fut proclamée en Crète. J'ai pris soin, étant encore en Crète, de proclamer que nous étions prêts, fût-ce en ce dernier moment, à devenir les arrière-gardes de la couronne, si celle-ci voulait suivre la politique tracée par la nation. Il est inutile de vous dire, Messieurs, qu'en agissant ainsi et en ne voulant pas donner au mouvement un caractère antidynastique, je n'envisageais pas l'intérêt de mon parti ; je ne le faisais pas parce que cela me servirait dans les régions où j'allais proclamer l'évangile de la révolution. Au contraire, tous ceux qui m'ont suivi ont vu que là où je devais réprimer tout élan antidy-

nastique, je diminuais l'enthousiasme de mes auditeurs. Et pourtant, j'estimais que j'étais obligé de le faire, car, dans aucune circonstance critique de ma vie et moins encore dans celle-ci, je n'ai pensé à moi comme à un chef de parti prenant soin des intérêts de son parti; je n'ai pensé qu'au chef de parti prenant soin des intérêts généraux de la nation.

Je ne veux pas vous dire que je conservais beaucoup d'espoir en l'assagissement possible du roi, même en ce dernier moment. Mais je ne pouvais pas exclure cet espoir non plus; je pensais aux affirmations de son entourage qui l'assurait que le parti libéral avait été déraciné, enterré, qu'il n'avait plus de force; je me disais que c'est peut-être pour cette raison qu'il s'obstinait jusqu'à ce moment à suivre sa politique personnelle; mais, songeais-je, après que les événements auraient prouvé d'une manière péremptoire que le parti libéral représentait encore dans le pays une force colossale, il ne serait pas improbable qu'il s'assagit, sinon pour d'autres raisons, du moins à cause de son intérêt dynastique. Et, si mes renseignements qui émanent de source bonne sinon officielle sont exacts, il y eut effectivement, parait -il, des moments où une pareille idée a prévalu, ou, du moins, a traversé l'esprit du roi et fut discutée par ce dernier. En agissant de la sorte, je voulais obtenir la prompte unification de l'Etat et la poursuite de la lutte extérieure par un Etat unifié. Je savais très bien que l'heure de la lutte intérieure viendrait, mais je pouvais parfaitement l'ajourner et l'entreprendre après que l'unité nationale aurait été rétablie et que nous nous serions tous unis sous l'impulsion de la lutte extérieure. Le fait que l'esprit du roi fut traversé par l'idée qu'il pourrait adhérer à une pareille politique, je le déduis de ce que mon ami, M. Diamantidis, député d'Attique et de Béotie, m'envoyait, deux ou

trois jours après mon arrivée en Crète, par l'entremise d'une légation, un télégramme confidentiel, me disant que le colonel Scoubourdis, aide de camp du roi Constantin et du roi actuel, lui avait rendu visite et lui avait tenu ce langage : Il n'était pas délégué par le roi, mais il estimait nécessaire d'apprendre et priait M. Diamantidis de lui dire ce que je penserais, moi, au cas où le roi déciderait de former un nouveau Gouvernement, en vue de l'intervention de la Grèce aux côtés de l'Entente. Exigcrais-je, demandait le colonel Scoubourdis, la présidence du Gouvernement, qui, disait-il, serait un cabinet de coalition? Ou bien me contenterais-je d'y participer par quelques-uns de mes amis? J'ai répondu par M. Diamantidis au colonel Scoubourdis que, si le roi voulait suivre la politique qui fut approuvée par le vote du i3 juin et par les scrutins successifs de la véritable Chambre (non par ceux de la Chambre inconstitutionnelle), moi-même, non seulement je n'exigerais pas la présidence du Gouvernement qui serait formé dans ce but, mais encore jugerais-je opportun de ne pas être représenté dans ce Gouvernement par mes amis non plus. Car je pensais pouvoir offrir de plus grands services, en restant hors du pouvoir, comme chef de l'opposition, tout en accordant sans réserve mon appui au Gouvernement, qui serait formé n'importe comment, pour l'application de la politique nationale. (Applaudissements.)

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