LV. — La rupture entre la couronne et le parti libéral
Malheureusement cette pensée, si elle a sérieusement traversé l'esprit du roi, fut cependant tout à fait passagère; nous sommes revenus de nouveau, ou plutôt nous
DISCOURS DE M. E. VENIZÉLOS 129
nous sommes tenus aux fermes conceptions de ia politique allemande jusque-là appliquée. Le Gouvernement de M. Calogéropoulos n'était plus de mise, car on ne pouvait pas jouer plus longtemps avec les puissances de l'Entente. C'est alors que fut opéré le nouveau changement gouvernemental, à la suite duquel sont venus au pouvoir — passez-moi le mot, je l'ai dit encore une fois — ces chenapans qui ont souillé la vie politique de la Grèce et qui ont provoqué les scènes du ier et du 2 décembre. (Applaudissements .)
Je ne dirai rien, Messieurs les députés, de ces événements. Je veux seulement déclarer que, depuis le jour oîi ils furent connus à Salonique, un changement essentiel intervint dans la ligne de conduite de la révolution. Jusqu'à ce jour, nous étions disposés à tolérer encore le roi, qui avait abandonné son trône pour devenir le chef d'un parti, et à ajourner la solution des questions intérieures pour l'après-guerre. Mais, depuis les événements du 2 décembre, il nous était désormais impossible de tolérer et de continuer à reconnaître comme roi celui qui, non seulement était descendu du trône pour devenir un chef de parti, mais avait encore admis, en établissant un Gouvernement composé de canailles politiques, que la Grèce tombât dans la honte qu impliquaient les événements du 2 décembre. (Applaudissements et acclamations de la Chambre et des tribunes.)
Et, comme j'ai eu toujours, Messieurs, pour principe d'être sincère, dans mes rapports avec la couronne aussi bien qu'avec le peuple, avec mes amis politiques aussi bien qu'avec l'étranger; et comme, d'autre part, j'avais, auparavant, donné des assurances réitérées aux Gouvernements étrangers que notre mouvement n'avait pas un caractère antidynastique, j'ai adressé une protestât ion officielle à toutes les puissances où je désa-
vouais non plus le Gouvernement, mais les « gouvernants » d'Athènes. Je me suis aussi empressé, par un télégramme particulier adressé à tous les ministres des affaires étrangères, de faire connaître que tout lien entre nous et le roi Constantin était rompu et qu'il nous était impossible de le reconnaître désormais comme roi des Hellènes, étant donné qu'il s'était abaissé jusqu'à devenir un chef de parti se révoltant, de concert avec les autres pouvoirs, pour écraser et anéantir le parti adverse!