‹ Cinq ans d'histoire grecque, 1912-1917Chapitre 36 sur 71 · LVI. — La purification · texte numérisé non relu

LVI. — La purification

Un peu plus tard, la mobilisation étant devenue possible, la force militaire de la Nouvelle-Grèce fut constituée: j'ai dit d'elle qu'elle formait une armée telle que la Grèce n'en avait jamais vu de plus belle. (Applaudissements.)

En disant cela, Messieurs, je ne m'étais jamais imaginé que, dans une âme grecque, mes paroles pourraient causer un sentiment d'amertume et de regret. Je croyais que tous les Grecs, indépendamment de leurs opinions politiques, auraient été fiers en apprenant que la nation, malgré sa division et malgré le virus de la propagande allemande, avait réussi à former une armée de Oo.ooo hommes, telle que la Grèce — je le répète — n'en avait jamais vu de plus belle. Et pourtant un îles « sauveurs », le député d'Altique (M. Rhallys), a voulu hier, de cette tribune, avec son esprit de petit politicien, exploiter mes paroles, pour semer, si possible, la discorde entre les troupes de la Vieille et de la Nouvelle- Grèce, qui forment aujourd'hui l'armée unique de la Grèce unique. Certes, tant que l'armée de la Vieille-

DISCOURS DE M. E. VENIZÉLOS 131

Grèce avait momentanément oublié son caractère national pour s'abaisser jusqu'à devenir une armée dynastique, la division des deux armées était inévitable. Mais, même en ce moment, il ne s'agissait pas de deux armées, composées d'hommes enrôlés dans des régions différentes; l'armée de la Nouvelle-Grèce comprenait un grand nombre de volontaires de la Vieille-Grèce. Il ne s'agissait pas, par conséquent, d'une division locale, mais d'une division, elle-même passagère, entre les conceptions des deux parties de l'armée nationale. Car personne n'a jamais pensé contester ou déprécier la gloire et les lauriers cueillis par l'armée de la Vieille- Grèce sur les champs de bataille de nos guerres glorieuses de 1912 et de i<)i3. Et justement parce que j'étais persuadé que l'armée serait facilement soustraite à l'influence malsaine que les hautes sphères exerçaient sur elle; justement parce que j'étais convaincu que la nation armée, que la Grèce armée pourrait prendre part de nouveau à la guerre, aux cotés des grandes nations amies, animée d'une pleine confiance en ses troupes, — justement pour ces raisons, je n'ai pas hésité à devenir révolutionnaire. J'ai organisé une nouvelle armée et je poursuis déjà la réorganisation de l'an*cienne, formée de combattants éprouvés, avec la conviction que, aussitôt affranchie des influences malsaines, elle accomplira de nouveau, comme pendant les récentes guerres, de grands exploits de bravoure, écrira des pages de nouvelle gloire et exécutera des actes, grâce auxquels nous pourrons, malgré toutes les catastrophes, sauver tout ce qui peut encore être sauvé et faire de la Grèce un digne membre de la société des nations. {Applaudissements prolonges de la Chambre et des tribunes.)

Nous avons donc constitué notre armée et avons recherché et obtenu que notre mouvement pût s'étendre aux autres îles. Mais nous apprenions tous les jours

que, malgré l'intervention des puissances et malgré la mise en liberté de nos amis qui avaient été poursuivis et qui avaient été écroués dans les prisons tels des vulgaires conspirateurs. — à travers toute la Grèce nos amis subissaient quand même les tortures d'une véritable persécution. Or, ayant déjà de notre côté la force non seulement morale, mais aussi matérielle — la force militaire — , il nous était impossible d'admettre plus longtemps l'idée de laisser, dans toute la Grèce, nos amis exposés, telle une proie, aux persécutions du despotisme établi, à l'action de ce Gouvernement formé de canailles et de ne pas chercher à courir à leur secours. Nous voyions, d'ailleurs, qu'avant de rétablir notre unité nationale, nous ne pourrions malheureusement pas, en dépit de l'admirable activité des troupes de la Défense, sauvegarder nos intérêts sur toute la ligne et sur toute l'étendue de nos revendications nationales.

Page 1