LVII.— L'abolition de l'absolutisme et de la corruption
Nous avons donc demandé aux puissances de supprimer, si possible, la zone neutre et de nous autoriser à affronter l'organisme de la Vieille-Grèce et à mettre un terme à la division de l'Etat, en reconstituant à temps l'unité nationale. Nous avons, en second lieu, demandé qu'à défaut de cette autorisation, les puissances nous permissent, au moins, à nous, de supprimer provisoirement cette zone neutre, afin de régler la question de Thessalie. Car, d'un côté, nous ne voulions pas laisser à la disposition du Gouvernement d'Athènes les céréales de Thessalie, et, de l'autre, nous savions que notre avance à travers cette région et notre progression jusqu'à l'CEta feraient déchoir encore plus bas le régime athénien et le Gouvernement des canailles, et
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que cette déchéance entraînerait, sans de grands troubles, l'extension de notre autorité à l'autre Grèce aussi. Les puissances n'ont accepté ni l'une ni l'autre proposition — à savoir : ni la suppression de la zone neutre, ni l'extension de notre pouvoir en Thessalie. Elles ont seulement admis d'envoyer leurs propres troupes en Thessalie. Mais, saisissant, je suppose, l'occasion de notre demande, elles ont revisé leurs décisions concernant la question grecque; sachant déjà que la Nouvelle- Grèce qui luttait avec elles, qui avait organisé à Salonique tout un Etat, ne pouvait plus tolérer le roi Constantin, elles ont abouti aux résolutions bien connues. Elles ont décidé d'intervenir en vertu des traités et de la garantie qu'ils ont donnée à l'Etat grec en tant qu'à un Etat constitutionnel, et de demander l'éloignement du roi Constantin. Et c'est ainsi que se sont accomplis notre retour à Athènes, l'unification de toute la Grèce et la reprise du pouvoir par le Gouvernement de Salonique.
Un des orateurs s'est plaint, du haut de cette tribune, de l'intervention des puissances et a laissé croire que, si cette intervention n'avait pas eu lieu, l'Etat d'Athènes aurait été capable de résister contre l'Etat de Salonique, même si la zone neutre venait à être levée et si les deux organismes s'étaient trouvés l'un en face de l'autre. A l'époque où notre retour a eu lieu, l'Etat de Salonique avait une armée de 60.000 hommes parfaitement organisée en trois divisions, et une quatrième division, celle des Cyclades et des Iles Ioniennes, sur le point d'être organisée ; ces hommes étaient prêts à affronter tous les sacrifices pour atteindre les buts élevés qu'ils poursuivaient, alors que l'Etat d'Athènes disposait à cette époque d'une force qui n'était pas, fût-ce de loin, comparable à la nôtre. L'État d'Athènes avait réussi, par ses propres fautes, à dissoudre l'armée. Mais il avait
surtout réussi à inspirer à la plupart de ses soldats l'idée qu'il n'y a pas, pour un citoyen, de malheur plus grand que le sacrifice de son « moi » au profit des intérêts plus généraux de la patrie. Dans ces conditions, toute personne impartiale avouera que la défaite du régime athénien et de son Gouvernement de canailles politiques, était pour le régime gouvernemental de Saionique l'affaire d'une simple promenade militaire.
J'ai dit cela, parce que je ne veux pas qu'on puisse croire ici, fùt-cc pour un moment, que si ce profond sentiment faisait défaut, je pourrais me trouver à Athènes conduit par une puissance étrangère, dùt-elie être la plus amicale, la plus protectrice, la plus garante. Mais nous sommes venus à Athènes ; la révolution a triomphé ; nos adversaires eux-mêmes se sont vus obligés de le reconnaître. Mais ils nous disent : « Pourquoi avez-vous amené la Chambre du i3 juin? » Ils nous acceptent comme gouvernants, ils nous reconnaissent, ils nous supportent, si vous voulez, mais ils nous disent : « Pourquoi avez-vous amené la Chambre du i3 juin? Pourquoi ne gouvernez-vous pas sans Chambre aucune? » Et ils s'étonnent comment, puisque le Gouvernement des canailles politiques soutirait de gouverner sans Chambre, nous n'admettons pas, nous aussi, de gouverner de même. Je ne pouvais pas admettre, Messieurs, de gouverner le pays sans représentation populaire ; je ne pouvais pas non plus songer à faire, pour le moment, des élections immédiates. Personne, du reste, n'a eu l'idée de soutenir la possibilité de procéder immédiatement, en ce moment, à des élections. Dans ces conditions, la convocation de la Chambre du i3 juin était la seule solution de la question gouvernementale de Grèce, qui s'indiquait et qui s'imposait. Si le présent Gouvernement se trouve, avec raison, aujourd'hui à son poste, la présente Chambre aussi, de laquelle
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émana ce Gouvernement, se trouve avec raison à sa place. Et je rappelle que le parti libéral s'est toujours refusé à reconnaître le coup d'Etat royal de La dissolut ton de la Chambre du i3 juin. Nous ne nous sommes pas présentés aux élections du 19 décembre ; et, tout en jugeant plus tard qu'il était. de notre devoir de participer aux élections complémentaires, nous déclarions formellement à nos électeurs que, par notre participation aux élections, nous n'assumions pas l'engagement de nous rendre à la Chambre, que nous ne reconnaissions point. Nous avions donc gardé toujours intact le droit de considérer la dissolution de la Chambre du i3 juin comme un acte illégal, comme un acte inconstitutionnel, comme un acte par lequel le roi, mettant de côté la souveraineté populaire, entendait concentrer entre ses mains tout le pouvoir, pour devenir monarque par la grâce de Dieu. La convocation de la Chambre du i3 juin ne sera pas jugée comme on juge les affaires dans les tribunaux. Elle ne sera pas jugée judiciairement, mais en tant qu'acte politique. La Chambre fut convoquée parce que les deux régimes, en décidant l'unification de l'Etat, ont formellement stipulé que c'est sous ces conditions que l'unification se ferait.
Mais j'ai le devoir, Messieurs, d'informer la Chambre que, même si je considérais possible la réalisation immédiate des élections, j'aurais quand même persévéré à demander comme condition sine qua non de mon retour au pouvoir, que la Chambre du i3 juin fût convoquée, poursuivit ses travaux, et continuât, pour ainsi dire, la séance du i3 novembre 1910. (Applaudissements.) J'aurais réclamé avec insistance qu'elle travaillât au moins pour un certain temps, aiin que nous eussions dans l'histoire politique de la Grèce un précédent incontestable qui put servir aussi de ieçon dans l'avenir. (Appluudissements .)
i36 CINQ ANS D'HISTOIRE GRECQUE
LVHI. — Charles Ier, roi d'Angleterre,
et Constantin Ie roi de Grèce
Messieurs, tous ceux d'entre vous qui ont visité le palais de Westminster, où les deux Chambres anglaises tiennent leurs séances, doivent se rappeler qu'après avoir traversé la grande entrée, à gauche, on voit une plaque sur laquelle sont gravées avec des lettres écrites en relief et en évidence, les paroles suivantes, — je ne me souviens pas du texte précis, mais tel est leur sens : « Ici fut décapité le roi Charles d'Angleterre, pour avoir mis en péril et usurpé les libertés du peuple anglais ». (Bravo! bravo! Applaudissements prolongés.) Chaque fois que le roi d'Angleterre se rend au palais de Westminster, pour inaugurer ou clôturer les travaux des Chambres, il traverse justement l'endroit où se trouve cette plaque et, en passant devant elle, il lit les paroles qui y sont inscrites. C'est là une coutume religieusement observée depuis deux siècles et demi, car les peuples qui sont dignes de leur liberté, comme il en est du peuple anglais, ne veulent pas oublier les enseignements de leur histoire ; ils les utilisent pour les générations futures. Quant à moi, j'ai l'intention de proposer à l'Assemblée nationale qui sera convoquée, que, sur une plaque qui pourrait être placée là (// montre), en face des sièges de la Présidence, ou n'importe où la commission formée à cet effet le jugerait opportun, de manière toujours à ce que cela se trouvât en face du chemin par lequel entre le roi quand il vient prononcer l'ouverture de la Chambre, soient écrites les paroles suivantes à peu près : « Le roi Constantin ayant dissous la Chambre à deux reprises en 191.0, afin d'imposer sa politique personnelle, fut
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déclaré déchu du trône, alors que la Chambre dissoute, convoquée de nouveau, poursuivit ses travaux constitutionnels. ).
Messieurs, ceux qui adoptèrent la politique allemande en Grèce ont cherché à persuader le peuple que leur désaccord avec la politique du parti libéral consistait en ceci : ce parti demandait soi-disant à appliquer une politique radicale, qui poursuivrait la réalisation des aspirations nationales, mais qui comportait aussi des dangers; tandis qu'eux', ils demandaient soidisant à appliquer une politique conservatrice, abandonnant, pour le moment, l'idée de réaliser nos aspirations nationales, mais assurant tout ce qui était acquis et évitant la guerre.
Non, Messieurs ; ce n'est pas là ce qui séparait l'une politique de l'autre. Combien peu révolutionnaire fut la politique du Gouvernement libéral, je l'ai déjà prouvé au début de mon discours; et combien peu conservatrice était la politique allemande qui fut suivie, les événements eux-mêmes l'ont prouvé. Par cette politique, rien ne fut conservé. Nous n'avons pas sauvé les territoires acquis en Macédoine orientale et dans l'Epire du Nord. Nous n'avons pas maintenu l'équilibre balkanique qui fut rompu à notre préjudice et en faveur de notre adversaire héréditaire; et nous n'avons pas évité les horreurs de la guerre.