‹ Cinq ans d'histoire grecque, 1912-1917Chapitre 39 sur 71 · LX. — L'avenir de la nation grecque · texte numérisé non relu

LX. — L'avenir de la nation grecque

Mais, demandera-t-on : « Peut-on encore appliquer cette politique dans les conditions où elle se présentait au début? »

DISCOURS DE M. E. VENIZÉLOS 141

Je ne m'aveugle pas, Messieurs, pour ne point voir le tableau qui se déroule devant moi. Tout ce que je craignais, en abandonnant le pouvoir en octobre 1910, fut, hélas! réalisé. La Grèce de 1917 ne ressemble pas, fût-ce de loin, à la Grèce de 1910, telle que nous la leur avions livrée. Ceux qui ont pratiqué la politique allemande peuvent se vanter des succès vraiment étonnants qu'ils ont remportes.

Je vois notre alliée, la Serbie, détruite, sa destruction dui-elle être provisoire, comme j'en suis certain, et être suivie de la restauration de sa complète unité nationale. (Applaudissements prolongés.) Je vois la Bulgarie démesurément agrandie, prête à foncer demain sur nous pour nous écraser et nous soumettre. Je vois la dépravation politique intérieure qui a pu renaître de ses cendres avec un nouvel élan et une nouvelle vigueur. Je vois les ruines financières; je vois l'armée royale de Grèce presque désagrégée.

La Grèce de 1917 ne ressemble ni territorialement, ni moralement, ni financièrement, ni militairement, ni politiquement, à la Grèce de 1910.

Et pourtant, malgré toutes ces conditions d'infériorité, mon optimisme ne m'abandonne pas. (Applaudissements.)

Une nation, qui a passé par tant d'épreuves durant trente siècles, sans disparaître; une nation qui a marqué hier encore les triomphes de 1912 et de I9i3; une nation qui, bien que trahie par ses gouvernants, a réussi à trouver en elle-même assez de force morale pour créer un nouvel Etat, pour constituer une nouvelle armée et pour écrire, comme je l'ai souvent dit, quelques-unes des plus brillantes pages de notre histoire militaire, une telle nation, j'en suis inébranlablcmcni convaincu, renferme encore en elle-même assez de vitalité pour, même en cet ultime instant, réussir à se sauver. (Applaudissements.)

Messieurs, la nation sait que je ne lui ai jamais promis l'impossible. La nation sait que je n'ai jamais été inférieur à mes promesses. Participant à la guerre universelle aux côtés des nations démocratiques, qui entreprirent une lutte commune et conclurent une alliance vraiment sacrée pour combattre les prétentions à l'hégémonie mondiale de l'Allemagne, dont nos deux ennemis héréditaires sont les clients, — nous ne reconquerrons pas seulement nos territoires nationaux perdus; nous ne rétablirons pas seulement notre honneur national; nous ne protégerons pas seulement avec efficacité nos intérêts nationaux au Congrès de la Paix : nous ne garantirons pas seulement notre avenir national, mais encore nous constituerons un digne membre de la société des nations Libres que ce Congrès organisera, et nous livrerons à nos enfants la Grèce telle que l'ont rêvée les générations disparues, dont nous ne saurions nous montrer les héritiers indignes, et telle que nous nous la sommes nous-mêmes tracée par nos récents triomphes de 19T2 et de t<)i3. (Salve d'applaudissements et acclamations de la Chambre et des tribunes.)

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