I. — Déclarations de MM. Notaras, Carapanos
Canaris, Zavitsianos, Carpétopoulos et Pnevmatikos,
députés de l'opposition
Le Président. — Je prie MM. les députés inscrits dans le débat de renoncer à leurs discours, après celui de M. le président du Conseil. Nous prononcerons, en ce cas, la clôture du débat.
Plusieurs députés. — Nous renonçons.
Le Président. — Le débat est clôturé.
G. Notaras. — Je déclare qu'à la suite des déclarations de M. le président du Conseil, je voterai en faveur du Gouvernement.
A. Carapanos donne lecture d'une déclaration approuvant la politique du Gouvernement.
À. Canaris. — Je souscris entièrement à la déclaration faite par M. le député d'Arta (M. Carapanos). J'ai été, en effet, de l'avis, depuis le début de la guerre européenne, que l'intérêt de la Grèce lui ordonne d'unir son sort à celui des puissances de l'Entente. J'ai soutenu cette opinion au sein du Conseil des minisire-, lorsque j'ai eu l'honneur d'en faire partie. Une fois que la Grèce est déjà intervenue dans la guerre, je dois déclarer que je voterai l'ordre du jour de confiance an Gouvernement. (Apphtudisscmen (s.)
C. Zavitsianos. — Depuis la fin de l'été 1916, je suis en désaccord, sur certains points, avec le parti libéral.
Je me sens néanmoins obligé de déclarer que, du moment qu'il s'agit d'une question de confiance, je vais de grand cœur donner ma voix au Gouvernement. Ainsi, dune part, j'approuve la politique étrangère que je regarde comme tout indiquée, depuis le début de la guerre européenne, et de l'autre, j'appuie, dans son œuvre, le seul Gouvernement compétent pour l'application de cette politique, en présence de l'état des choses définitif créé au cours de cette guerre.
Il serait souhaitable, Monsieur le président, que la nation tout entière appréciât profondément et sincèrement tout ce que les circonstances, qui nous entourent, ont de grave et d'exceptionnellement critique. Ceci fait, nous nous persuaderons tous que le moment est venu où il faut travailler sans répit, oublier le passé et faire quelques concessions. Ce n'est que par ce moyen que la nation saura, Monsieur le président, affronter les dangers qui pourraient résulter de la situation actuelle.
C'est ce qui autorise, d'ailleurs, l'espoir que la Grèce sortira victorieuse de la grande lutte qu'elle a entreprise. Applaudissements .) En donnant aujourd'hui ma voix au Gouvernement, j'entends me solidariser avec lui, en ce qui concerne sa politique étrangère et sa politique de guerre, ce qui n'influencera nullement l'indépendance de mes opinions.
G. Carpétopoulos. — Dans mon discours d'hier, j'ai longuement développé, Monsieur le président, mes opinions sur la situation intérieure et extérieure. J'ai conclu en déclarant que, tout en restant député indépendant, je me sens cependant obligé de concourir, de toutes mes forces, à la lutte où s'engage l'Etat. Je suis en conséquence tenu à donner au Gouvernement un vote de confiance. (Appla iidissements.)
Styl. Pnevmatikos. — A la suite du débat poursuivi depuis hier soir et après le discours de l'honorable pré-
sident du Conseil, je déclare, moi aussi, Monsieur le président, que je me range aux côtés du Gouvernement. Je lui prêterai, en ce qui me concerne, tout mon appui, en vue du triomphe de sa politique qui seule est dé nature à servir les intérêts de l'Etat. (Applaudissements.) Chr. Meïtanis. — La Chambre sait, Monsieur le président, que j'appartiens au parti de M. Zaïmis dont je partage les opinions et les principes politiques. Ces principes me dictent le devoir d'accorder ma confiance sans réserve au Gouvernement, car j'estime que toute réaction contre son œuvre militaire serait un crime contre la patrie. (Applaudissements.)
i\. — Déclarations de MM. Colonias et Floros
Colonias. — J'appartiens à l'opposition, mais ne suis pas responsable des fautes commises. J'ai le droit de dire que j'ignorais le caractère obligatoire de casus foederis de l'alliance gréco-serbe. Il m'était, du reste, impossible de le savoir, la publication du traité n'ayant pas pu se faire. Car, autrement, je dois le déclarer, Monsieur le président, je n'aurais été nullement de l'avis de sacrifier l'honneur de l'Etat pour sauver notre peau. (Applaudissements.)
Aujourd'hui que mon pays a retrouvé la voie de l'honneur, je déclare que je vais accorder sans réserve ma confiance au Gouvernement; je vais assumer tout effort pour le soutenir de toutes mes forces dans l'heureux accomplissement de sa tâche. {Bravos et appla udissemen ts . )
P. Floros déclare qu'il fut, qu'il est et qu'il restera venizéliste, malgré certains anciens malentendus. Le Président. — L'ordre du jour suivant m'a été
soumis pour clôturer le débat (Il lit) : « Le débat sur la réponse au Discours du Trône ayant été clôturé,
« La Chambre, « Proclame le caractère sacré des conventions internationales et des obligations d'alliance de la Grèce à l'égard de la Serbie;
« Adresse un salut fraternel à l'héroïque nation serbe ;
« Est convaincue que la nation tout entière est prête à tout sacrifier afin que, en participant à la guerre universelle pour la liberté des peuples aux côtés des Etats alliés, elle rétablisse son honneur national, elle reconquière les territoires nationaux perdus et sauvegarde, en général, les intérêts nationaux:
« Approuve la réponse au Discours du Trône rédigée par la commission de la majorité, et passe à l'ordre du jour. »
E. Venizélos. — Monsieur le président, le Gouvernement ne peut accepter l'ordre du jour ainsi formulé. Il a besoin d'un vote de confiance pour sa politique intérieure aussi, car n'oublions pas qu'il s'agit de la réponse au Discours du Trône. Ceci n'empêche pas ceux des députés qui ne sont pas d'accord avec nous en ce qui concerne la politique intérieure, mais qui approuvent notre politique étrangère, de voter pour la seconde partie seulement de l'ordre du jour, qui serait modifiée d'une façon appropriée.
III — Déclaration de M. Popp, député de l'opposition
G, Popp. — Messieurs et chers collègues. Du temps où cela menaçait d'être regardé comme un crime de
hante trahison, j'ai eu le courage de proclamer du haut de cette tribune et aussi dans la presse que, si la Grèce devait jamais intervenir dans la lutte, le Gouvernement tout indiqué pour conduire ses destinées serait celui que formerait le parti libéral. J'avais, en effet, moi aussi la conviction inébranlable que les partis politiques constituent, dans les Etats parlementaires, des capitaux nationaux. Quant aux services rendus par le parti libéral et combinés avec ceux que la nation pouvait, selon lui, offrir à nos grands alliés, ils étaient tels crue la récompense ne devait pas atteindre ceux qui les ont rendus, mais leur patrie, en faveur de laqnelle ils les avaient du reste rendus. La voix que je donnerai en faveur de la poursuite de la guerre par ce Gouvernement, est donc un vote de conscience : c'est la voix d'honneur d'un citoyen vertueux. Mais personne ne doit plus ignorer que les membres de l'opposition, qui étaient jusqu'ici présents et qui ont déserté aujourd'hui leur poste, ne représentent plus rien. Personne, excepté les responsables et les accusés (applaudissements), ne devrait, dans une période aussi critique pour la patrie, refuser sa confiance au Gouvernement qui dirige légalement les destinées de l'Etat. Si l'abstention d'une partie de l'opposition avait le sens qu'a, en matière de procédure, la sortie des accusés qui rentrent bientôt dans la salle des audiences pour entendre leur condamnation ou leur acquittement, en ce cas les accusés ont certes bien fait en ne se présentant pas ici. Mais l'autre opposition, dont je fais moi aussi partie, et dont certains membres ne peuvent malheureusement pas assister ce soir au scrutin — dussent-ils, pour cela, être regardés comme s'étant abstenus en signe de désapprobation ou par répugnance à voter la confiance — cette opposition qui, en vertu d'un mandat spécialement donné par nos amis absents, est en ce moment
représentée par moi, considère de son devoir de proclamer, que le peuple grec tout entier n'aspire qu'à une chose : à la victoire, à la grande et prompte victoire, que vont donner les sacrifices moraux et matériels consentis par le peuple grec {applaudissements); à cette victoire que, — les très émouvantes révélations faites Mer par M. le ministre des aifaires étrangères et aujourd'hui par M. le président du Conseil, l'ont bien prouvé — nous aurions pu atteindre plus vite et au devant de qui nous devons maintenant courir, tout en proclamant à nos grands alliés et à ceux de nos alliés aux malheurs desquels nous avons contribué, que nous réparerons notre retard par nos grands sacrifices et par notre enthousiasme. {Applaudissements.)
Mais, peut-être, pourrais-je, moi personnellement, parmi tous ceux qui avaient des doutes et des hésitations, me plaindre, Messieurs, de ce que c'est à notre intuition politique seule que nous avons été livrés, moi ©t d'autres citoyens, pour suivre le chemin de la vérité. C'est cette intuition qui nous poussait à appeler le mouvement salutaire de Salonique, mouvement antibulgare, alors qu'il était qualifié de trahison. C'est cette intuition qui nous poussait à considérer la Grèce combattante comme livrée à un mouvement anti-bulgare, dans l'espoir que nous pourrions sauver ce que le Gouvernement de Salonique voulait lui aussi sauver jusqu'au 2'décenibre. Je pourrais, au nom de tous ceux qui pensent comme moi, formuler le reproche que tout ce qui fut dit ce soir aurait dû être exposé avec clarté plus tôt; je suis convaincu qu'en ce cas, tous les citoyens grecs, jusqu'au dernier, se seraient empressés de renverser au besoin tout ce qui fut renversé, pour accomplir plus vite leur devoir patriotique. {Applaudissements.) Il est ainsi encore une fois prouvé par l'histoire que la vérité nie jaillit qu'au sein d'un régime par-
lementaire et libre, et que seules les périodes postrévolutionnaires offrent la vraie liberté de pensée et d'opinion. Car le peuple fut vilement trompé, ainsi qu'il fut révélé ces deux derniers jours. Mes yeux, mes oreilles, mon àme et ma raison ne furent pas, eux non plus, sans entrer en contact avec les fameux milieux de la Cour et j'avoue avoir vu plus d'une fois la bassesse apparaître sous le couvert de la familiarité, l'insolence revêtir la tunique toute brodée d'or de l'héroïsme, l'humiliation se donner les apparences du dévouement. J'ai vu aussi la source inépuisable de la corruption arroser bien des caractères, détruire bien de jolies fleurs, étouffer bien d'idées nobles et hautes. Mais j'avoue n'avoir jamais cru en un abaissement moral tel, que des citoyens grecs — prolecteurs du trône et de la couronne, qui touchaient celle-ci de près et se donnaient des airs d'ardents partisans de l'unité nationale — puissent s'avilir à un point aussî honteux et aussi écœurant, au point d'oublier qu'ils sont des citoyens grecs. Tout cela fut révélé devant nos yeux et sera connu demain du peuple grec tout entier. 11 doit donc d'ores et déjà être prolamé que, la Grèce devant être aidée par tous ses enfants dans la lutte, il n'y a ni majorité, ni minorité, ni gouvernement, ni opposition. Il n'existe qu'une idée : l'idée de la victoire, de la victoire de nos grands alliés et aussi de nos alliés qui se trouvent près de nous; l'idée du rétablissement de toutes les libertés populaires; l'idée de l'unité nationale de la race grecque, pour le bien de laquelle nous autres, nos frères et nos enfants sommes prèts.; depuis aujourd'hui, à tout sacrifice, matériel et moraL (Applaudissements prolongés de la Chambre et des tribunes.)
IV. — Déclaration de M. Sidéris, socialiste. Vote de l'ordre du jour de confiance
A. Sidéris. — Messieurs les députés. Du moment qu'il s'agit d'une question de confiance, je suis tenu à justifier mon vote ainsi que celui d'un de mes collègues. On connaît la divergence qui sépare nos idées et nos conceptions de celles du Gouvernement, en matière économique et politique. Cependant, comme nous lavons déjà affirmé, la question qui prime aujourd'hui toute autre c'est la question du régime. Depuis la fameuse dissolution de la Chambre, nous avons déclaré que, considérant les élections comme inconstitutionnelles, nous n'y participerions pas. Plus encore. Nous avons protesté contre ces élections. Nous avons lutté contre le monarchisme défunt et nous avons, hélas! reçu de lui des coups très durs.
Notre vote d'aujourd'hui ne signiiie pas l'approbation, en général, delà politique du Gouvernement ; nous lui accordons quand même notre confiance, afin de renforcer et de faire triompher le nouveau régime, en remplacement du régime déchu qui fut condamné pour son absolutisme, et afin de donner notre appui à la lutte de défense nationale que la Grèce poursuit aujourd'hui avec les autres nations démocratiques. Car, si nous sommes les ennemis de l'asservissement des individus à une classe sociale, nous le sommes encore plus quand il s'agit de la soumission de nations entières à une caste dynastique ou militariste, telle l'Allemagne qui veut aujourd'hui asservir l'univers.
Ainsi, tout en nous réservant, en ce qui concerne les mesures économiques et fiscales propres à la poursuite de la guerre et aussi au sujet des buts de celte guerre,
nous accordons au Gouvernement unvote de confiance, afin de le soutenir dans sa lutte pour la défense du pays et pour le triomphe des grands principes démocratiques, en faveur desquels combattent les grandes nations occidentales. {Applaudissements.)
Le Président. — L'ordre du jour amendé est conçu en ces termes 11 lit) : « Le débat sur la réponse au Discours du Trône ayant été clôturé,
« La Chambre,
« Proclame le caractère sacré dfes conventions internationales et des obligations d'alliance de la Grèce à l'égard de la Serbie ;
« Adresse un salut fraternel à l'héroïque nation serbe ;
« Est convaincue que la nation tout entière est prête à tout sacrifice afin que, en participant à la guerre universelle pour la liberté des peuples, aux côtés des Etats alliés, elle rétablisse son honneur national, elle reconquière les territoires nationaux perdus et elle sauvegarde en général les intérêts nationaux ;
« Approuve la réponse au Discours du Trône rédigée par la commission de la majorité et exprime sa pleine confiance au Gouvernement. »
Ceux qui acceptent l'ordre du jour ainsi conçu disent : Oui. Ceux qui ne l'acceptent pas disent : Non. Je fais appel à deux députés scrutateurs.
{Le scrutin a lieu par apjpel nommai sous la surveillance des deputes MM. Xiros et Farmakis, scrutateurs.)
Le Président. — Le résultat du scrutin est le suivant : sur 198 députés présents, 188 ont voté pour l'ordre du jour, o contre. Il y eut 10 abstentions, celles des ministres. La séance est levée. {Il est trois heures du matin.)