V. — M. Zographos semble avoir gain de cause
Les gouvernants occultes du pays savaient que la condition de la participation bulgare était irréalisable. Quant aux puissances, elles s'aperçurent, hélas! tout de suite de la connivence. Elles ont fait remarquer que nous tournions dans un cercle vicieux. Cette observation fut faite par une personnalité de grand poids, qui est un chaleureux philhellène.
« La Bulgarie, a-t-il dit, formule comme condition de sa coopération que la Grèce consente à lui accorder des compensations territoriales; et, en même temps, vous autres, vous persistez à faire dépendre votre coopération de l'intervention de la Bulgarie. » Et nos amis ajoutaient : « Profitez de l'occasion qui sera de courte durée ; prolitez-en tant que le concours de la Grèce est vraiment utile. Pendant ce temps, vous trouverez les puissances disposées à garantir votre intégrité territoriale, votre extension territoriale sur une grande partie de l' Asie-Mineure et leur plein concours financier et militaire. »
Un député. — Sous quelle forme cela fut-il formulé?
Politis. — C'était le conseil qu'un grand philhellène donnait au Gouvernement. Cette communication a sincèrement ému M. Zographos qui, le Ier avril, soumit un mémoire au roi. Je n'ai pas, malheureusement, conservé la copie de ce mémoire, dont M. Zographos possède l'original. Je l'ai lu cependant et j'ai gardé un vif souvenir du style aussi bien que du fond du document.
M. Zographos disait à peu près : « Vous savez que j'ai assumé le pouvoir avec des idées et un programme déterminés. J'ai seulement consenti à me montrer
opportuniste et à attendre le moment propice. L'échéance est arrivée et il n'est plus permis aux défenseurs des intérêts nationaux de poursuivre la politique de la neutralité. Cette politique n'est plus praticable, du moment que les intérêts vitaux de l'Hellénisme sont en jeu et que des événements se créent qui mettent en danger l'intégrité de notre territoire, l'avenir de la nation et aussi — ajoutait-il en prophète — la tranquillité intérieure de pays.
Cet avertissement, qoi était tellement clair, a produit, je le dis à regret, un résultat contraire à celui qu'on pouvait attendre. Je fus le témoin des railleries, des traits ironiques, des critiques dont M. Zographos devint l'objet. Ces Messieurs de l'état-major n'ont plus cessé de le blâmer et de dire que son opinion n'a aucune valeur, puisque c'est l'opinion d'un idéaliste indigne d'attention. Cependant les puissances occidentales désiraient si fermement pousser la Grèce à une politique de laquelle l'Hellénisme recueillerait de grands profits et qui leur procurerait, à elles aussi, un grand avantage militaire, qu'elles ont procédé, le Ier avril, à une communication d'immense importance. Elles ont déclaré au Gouvernement grec qu'elles étaient prêtes à garantir à la Grèce, en échange de son concours dans la guerre contre la Turquie, les compensations promises dans le vilayet de Smyrne. Et lorsque M. Gounaris, président du Conseil, demanda aux ministres ce qu'ils entendaient par cette phrase, ces derniers lui répondirent : « La ville de Smyrne et un important interland. » C'est alors qu'eut lieu la démarche à laquelle M. Stratos fit allusion dans son discours.
Un haut personnage est arrivé à Athènes porteur de propositions ou de conseils émanant d'un grand homme d'Etat d'une puissance amie. Il a suggéré au Gouvernement l'idée de procéder à une nouvelle démarche inter-
ventionniste. Le 14 avril, après de multiples conciliabules, dont l'honorable député doit avoir gardé comme moi le vif souvenir, un long document fut rédigé et adressé aux trois grandes puissances. La Grèce y proposait de sortir de la neutralité.