VIII. — La Serbie a toujours respecté le traité d'alliance
Voici, Messieurs les députés, ce que j'avais à révéler à la Chambre. J'exprime à nouveau mon regret que M. le député d'Étolie et d'Acarnanie n'ait pas saisi luimême l'occasion de faire ces révélations, pour désavouer le passé et pour se dégager de la responsabilité morale qu'il porte. C'est tout ce que j'avais à dire sur la première question qu'il a traitée.
Le second objet de mon discours c'est la question du traité gréco-serbe. Je ne fatiguerai pas la Chambre en faisant de nouveau la démonstration juridique de l'obligation résultant de ce traité pour la Grèce. Notamment après tout ce qu'en a dit M. le président du Conseil,
je crois qu'insister davantage serait discourir inutilement. M. Venizélos a, d'ailleurs, rappelé à l'orateur que ce dernier faisait, lui-même, partie du Gouvernement quand le traité fut négocié et qu'il assista au Conseil des ministres, au cours duquel furent examinées la signification et l'étendue de l'obligation assumée par la Grèce en vertu de ce traité. Je me bornerai, par conséquent, à réfuter un renseignement que M. le député d'Etolie et d'Àcarnanie a donné, certainement de bonne foi.
Il a dit que la Serbie a invoqué la fatigue de son armée pour justifier son refus de prêter, en juin 191^ son concours militaire à la Grèce, qui se serait vue, de ce fait, obligée de céder à la Turquie dans la question des réfugiés. Telle n'est pas la vérité. Il n'est pas vrai que la Serbie ait refusé de tenir ses engagements. Voici brièvement l'historique de l'affaire. Les persécutions contre les Grecs avaient atteint en Turquie un degré dangereux; le Gouvernement grec était sur le point d'adresser à la Turquie un ultimatum pour demander des garanties, quitte à aller jusqu'à un conflit et jusqu'à une guerre, si satisfaction ne lui était pas donnée. En prévision de cette hypothèse, il avait le devoir d'informer l'Etat allié, la Serbie, au sujet des perspectives possibles et de demander son avis. C'est ce qui eut lieu le 12 juin 1914- H nie semble que l'honorable député de Messénie (M. Coumoundouros) avait réclamé que ces documents fussent déposés. Aussitôt l'autorisation du Gouvernement serbe reçue, j'aurai l'honneur de les déposer.
Stratos. — Vous avez eu la bonté de m'en parler, c'est pourquoi je me suis borné à de simples allusions.
Politis. — C'était une accusation.
Stratos. — Vous interprétez mal ma pensée. J'ai dit que la Serbie n'a pas prêté son concours militaire.
Pour ce qui est de sou concours politique, je savais qu'elle avait procédé à des représentations à Constantinople.
Politis. — Notre démarche auprès du Gouvernement serbe a eu lieu le 12 juin. Le Gouvernement grec faisait appel à la Serbie, lui demandant de garder une attitude bienveillante et de lui prêter son appui moral dans la question qui nous séparait de la Turquie. Il annonçait encore à la Serbie qu'il invoquerait le casus fœderis pour le cas où la Bulgarie interviendrait contre nous, alors que nous serions en guerre contre la Turquie.
Le 16 juin, la réponse suivante était donnée : « Le Gouvernement serbe considère comme son premier devoir d'accomplir toutes ses obligations résultant du traité d'alliance qui a un caractère défensif. Il doit cependant déclarer d'ores et déjà que la question des persécutions des Grecs de Turquie serait dans une voie dangereuse si l'on n'épuisait pas les moyens pacifiques employés en pareilles circonstances. Il espère, en conséquence, qu'un conflit militaire pourra être évité, pour les motifs suivants : » — suivait rémunération de ces motifs, regardés tous comme très graves et qui portaient sur l'état de l'armée, la situation économique du pays, etc. — Quant aux engagements politiques auxquels elle était en ce moment tenue, la Serbie s'en est acquittée avec un zèle et un empressement dont le Gouvernement grec reconnut immédiatement le mérite. La Serbie a fait une démarche diplomatique auprès des puissances, les priant d'intervenir auprès de la Porte. Elle a encore procédé à une démarche auprès du Gouvernement ottoman, lui recommandant de prendre des mesures énergiques pour faire cesser les persécutions des Grecs. Le grand-vizir demanda au représentant de la Serbie : « En quoi cela regarde-t-il
votre pays? » Et le ministre répondit : « Tout ce qui intéresse la Grèce intéresse également la Serbie en sa qualité d'alliée. » (Applaudissements répétés.) Et le grand-vizir promit de prendre les mesures énergiques que le Gouvernement serbe recommandait.
Je crois que, dans ces conditions, il ne serait pas permis, il serait injuste de dire que la Serbie a refusé de tenir ses obligations d'alliée. Cela serait d'autant plus faux que le 22 juin, c'est-à-dire aussitôt qu'il eut connaissance des démarches de la Serbie, le Gouvernement grec s'est empressé de charger le ministre de Grèce à Belgrade d'exprimer sa profonde satisfaction sm Gouvernement serbe pour la démarche à laquelle celui-ci s'était livré à Constantinople et qui « témoignait une fois de plus de la fermeté de l'alliance et des liens cordiaux unissant les deux peuples ».