IX. — Le respect des traités et le dogme de l'efficacité
Cette rectification faite, j'ai le devoir, Messieurs les députés, de protester énergiquement contre la théorie développée hier du haut de cette tribune par l'honorable député d'Etolie et d'Acarnanie; celui-ci, plaidant pour des tiers, nous a parlé du mode d'application des conventions internationales. Je dis « plaidant », car je ne sais pas encore, à l'heure qu'il est, si M. le député exprimait là ses opinions personnelles, ou s'il mettait la Chambre au courant des opinions de tiers non présents dans cette salle. Je l'ai interrompu à deux reprises pour lui poser cette question. 11 n'a pas plus répondu •à ma seconde qu'à ma première interruption. C'est pourquoi je dis de lui qu'il « plaidait ». Cette théorie contre
laquelle se révolte ma conscience de juriste et d'homme civilisé...
Nombreuses voix. — La nôtre aussi.
Politis... c'est la théorie de l'efficacité. (Applaudissements prolongés.) M. le député nous a dit qu'en appliquant et en interprétant le traité d'alliance le Gouvernement libéral a établi cette théorie, dès le début de la guerre.
Stratos. — J'ai dit que...
Politis. — Voici vos propres paroles : « Cette signification du traité fut établie, aussitôt la guerre européenne déclarée, par M. Venizélos lui-même qui s'est refusé, comme on sait, à accorder à la Serbie plus que la neutralité bienveillante de la Grèce ». Et plus loin : « Dans la question de l'application du traité défensif entre la Grèce et la Serbie, c'est la théorie de l'efficacité qui a prévalu. » Je proteste non seulement parce que cette théorie ne fut jamais appliquée par le Gouvernement libéral, mais aussi parce qu'il n'est pas permis qu'on puisse dire, sans que personne proteste dans cette Chambre, qu'une pareille théorie saurait être jamais en vigueur en Grèce. (Applaudissements et approbations.)
En interrompant M. le député, je lui ai fait immédiatement observer que c'est là la même théorie que celle invoquée par l'ex-chancelier d'Allemagne. C'est la théorie des « chiffons de papier ». (Nouveaux applaudissements.) Il ne m'a pas expliqué quelle est la différence ; cette différence, je ne la sens pas. J'ai au contraire le sentiment que, par les renseignements qu'il a communiqués à la Chambre, il s'est efforcé de couvrir la honte que nous a value la violation de nos engagements : c'était là son intention, quand il disait que l'engagement d'alliance était conditionnel; qu'il avait été
assumé sous la réserve de l'efficacité de l'alliance. Mais au point de vue des intérêts de qui? De la Grèce? De la Serbie? Ou bien, des intérêts communs? Il ne l'a pas expliqué. Et aujourd'hui où nous savons quelle eût été l'efficacité du concours de la Grèce, si le peuple grec avait couru en armes au secours de la Serbie aussitôt après que celle-ci fut attaquée par la Bulgarie, comment pourrait-on contester, fût-ce à ce point de vue-là, la nécessité où nous étions d'appliquer le traité?
Mais je dis encore qu'il n'est pas vrai que le Gouvernement libéral ait jamais songé à appliquer une pareille théorie. En télégraphiant de Munich sa façon de voir sur l'application du traité, M. le président du Conseil observait dès le début, en ce qui concerne notre participation à la guerre contre l'Autriche, qu'il réservait son opinion pour examiner, en vertu du droit et du devoir qu'il avait, si le souci des intérêts de la Grèce et des intérêts communs de la Grèce et de la Serbie autorisait en ce moment-là l'application du traité.