X. — L'honneur est le bouclier des faibles
Pour ce qui est de la seconde question, à savoir si la Grèce aiderait la Serbie contre la Bulgarie, la réponse, qui fut donnée tout de suite, était claire, catégorique, dénuée de toute restriction. C'était un « oui » absolu. Quel était l'intérêt commun? C'était que la Grèce restât sur le qui vive et privât la Bulgarie de l'occasion de s'armer et d'attaquer la Serbie. L'intérêt commun nous dictait l'obligation de rester dans l'expectative, avec des troupes suffisantes pour défendre nos frontières et pour attendre la tournure des événements. Cela est si vrai que le Gouvernement serbe s'est empressé de re
connaître aussitôt, que c'était là l'attitude tout indiquée que devait observer un État véritablement ami et allié. Il a remercié M. le président du Conseil de la conception que celui-ci a eue de l'intérêt commun, et de la fermeté avec laquelle il a déclaré que la Grèce interviendrait contre la Bulgarie et que l'intérêt commun imposait à la Grèce le devoir de rester, face à l'Autriche, dans l'expectative.
Nous n'avions donc à invoquer la moindre théorie pour éviter d'appliquer le traité. Il n'y a eu qu'une interprétation, qu'une conception de l'intérêt commun, qui fut acceptée et approuvée par le Gouvernement allié. Mais, en octobre ic>i5, en fut-il de même? Si réellement les gouvernants du pays avaient, en conscience, la conviction que le traité était applicable seulement dans le cas où il y aurait efficacité, pourquoi le Gouvernement ne s'est-il pas empressé de déclarer que l'intérêt commun excluait l'application du traité, en réponse à la question que lui avait posée la Serbie craignant qu'elle ne pliât sous le poids des puissantes armées ennemies?
Il me suffit, Messieurs, de comparer les deux réponses données à la Serbie, l'une signée par le président du Gouvernement libéral en juillet 1914, et l'autre adressée en octobre iqi5 par le Gouvernement non parlementaire de M. Zaïmis, pour que tout homme de bonne foi discerne tout de suite où est la différence. La violation d'un traité est un coup formidable porté par les gouvernants d'un pays, quels qu'ils soient, contre l'honneur, la dignité et le prestige de l'Etat. Le coup est dur pour n'importe qui. Et si l'État est grand, il en supportera les conséquences. Mais, quand il s'agit d'un petit État, celui-ci doit prendre encore plus soin de son honneur et doit témoigner d'un beaucoup plus grand respect envers les engagements qu'il assume. Car, si les grands États sont forts et matériellement riches,
les petits Étals, eux, n'ont qu'un seul capital inaliénable et n'ont qu'une seule chose qui leur permette de vivre dans la Société des Nations, de progresser, de revendiquer leurs droits nationaux et de réaliser leurs rêves patriotiques : c'est l'honneur! (Applaudissements prolongés et approbations enthousiastes de la Chambre et des tribunes.)