‹ Cinq ans d'histoire grecque, 1912-1917Chapitre 48 sur 71 · XI. — Les fausses promesses données à la Serbie · texte numérisé non relu

XI. — Les fausses promesses données à la Serbie

Mais je veux ajouter encore une remarque. Non seulement aucun doute, de nature soit juridique, soit pratique, n'existait au sujet de la signification et de l'étendue de l'obligation d'alliance, mais encore des promesses réitérées ont été données, comme j'ai eu l'honneur de le dire à la Chambre en déposant le Livre blanc. A dix reprises, depuis le début de la guerre, les divers Gouvernements qui se sont succédé en Grèce ont promis qu'en cas d'agression bulgare contre la Serbie, la Grèce courrait à l'aide de son alliée. Et ces promesses furent données, Messieurs, alors qu'on avait la certitude que la Bulgarie avait conclu une alliance avec l'Autriche et avec l'Allemagne, alors qu'il était certain que, si la Bulgarie sortait jamais de la neutralité, elle le ferait en tant qu'alliée des puissances centrales.

Et il faudrait être naïf au point d'être indigne de s'appeler un homme politique, pour supposer qu'en décidant la guerre contre la Serbie, la Bulgarie, qui avait déjà signé une alliance avec l'Autriche et avec l'Allemagne, ne demanderait pas l'appui militaire de ces Etats pour vaincre son ennemi plus facilement. Comment pouviez-vous supposer, en promettant au Gouvernement serbe d'une façon officielle, d'une façon

formelle, de rester fidèle à l'alliance, que la Bulgarie partirait, seule, en guerre contre la Serbie, et que la Grèce se trouverait en face de la Bulgarie toute seule? Et quand ces promesses furent-elles données pour la dernière fois? Vous avez du voir dans le Livre blanc un télégramme de protestation que le premier ministre, M. Gounaris, a envoyé, sous forme de circulaire, aux légations de Grèce, pour démentir le bruit selon lequel un facteur irresponsable aurait promis à la Bulgarie que la Grèce ne bougerait pas, même si la Serbie était attaquée par elle. M. Gounaris s'empressa alors, ignorant peut-être encore la chose, car je ne puis supposer que sa malhonnêteté était si complète...

Plusieurs députés. — Il le savait.

Politis. — Je n'en ai pas la preuve et je ne veux rien dire que je ne sois prêt à prouver. Je ne veux pas dire de lui qu'il avait l'impudence de mentir et je dis que j'ignore s'il connaissait les promesses données par les militaires et par le facteur irresponsable. Mais, le i août, alors qu'au su de l'état-major l'expédition allemande dans les Balkans était décidée, il réitéra sa promesse de secourir la Serbie. Et, après ces faits concrets, vous venez aujourd'hui soutenir devant la Chambre la théorie de l'efficacité et le caractère balkanique de l'alliance, sous le double prétexte qu'elle avait été conclue en prévision qu'un Etat balkanique combattrait contre notre alliée et, encore, que cet Etat balkanique n'aurait pas d'autres alliés, non balkaniques?

Stratos. — Vous assistiez au débat et vous avez dû vous apercevoir que je n'ai rien soutenu de pareil.

Politis. — Je l'ai vu publié.

Stratos. — Ce fut une erreur du procès-verbal et j'ai immédiatement demandé que cela fût corrigé.

DISCOURS DE M. NICOLAS POLITIS iTï

Politis. — Je m'en réjouis. Après ces assurances réitérées, à supposer même que le traité n'avait aucun sens, que ses signataires ne savaient pas ce qu'ils disaient, que son style et sa teneur étaient totalement dépourvus de clarté, que le lecteur ne pouvait pas savoir s'il impliquait ou non d'engagement, je demande, Messieurs, après ces promesses réitérées, la Serbie n'avait-elle pas le droit absolu d'attendre, pour le cas prévu, notre appui illimité? Tout doute n'avait-il pas été dissipé, si tant est qu'il y en avait jamais eu, en ce qui concerne notre devoir de courir à l'aide de la Serbie, au cas où celle-ci serait attaquée par la Bulgarie? En conséquence et après que le cas, tant de fois prévu, s'est présenté et après que la promesse, tant de fois donnée, ne fut pas tenue, la Serbie n'avait-elle pas le droit de s'en plaindre, de pousser un cri de douleur et de regret contre la Grèce et de faire entendre ce cri an bout du monde?

C'est donc avec raison qu'elle a dit : « Voilà un allié qui a signé un traité, qui a demandé, alors qu'il était en danger, mon concours que je lui ai promis sans réserve ; voilà un allié qui, aussitôt la guerre déclarée, m'a dit qu'en ce qui concerne l'Autriche il estime ne pas devoir m'aider pour le bien de nos intérêts communs, mais qu'en ce qui concerne la Bulgarie je peux être tranquille. Et les Gouvernements succédèrent aux: Gouvernements, les ministres des affaires étrangères aux ministres des affaires étrangères, me donnant successivement, tous, les assurances les plus formelles. Et au moment critique, à l'heure du danger, les promesses sont violées ! »

L'unanimité de la Chambre. — Infamie! infamie?'

Page 1