I. — La justification des deux guerres balkaniques
E. Venizélos (président du Conseil). — Pour rendre I opinion publique hostile à mon égard, mes adversaires ont profité des événements militaires des trois dernières années et ont essayé de présenter, aux yeux du peuple hellène, le chef des libéraux comme un homme, qui possède peut-être d'autres mérites, mais qui, malheureusement pour le peuple grec, est belliqueux, se plaît à l'effusion du sang et se laisse entraîner par ses illusions : je crois pouvoir facilement, selon eux, par un petit effort, obtenir de grands résultats. Lorsqu'on m'accusait, jadis, d'avoir fait la guerre contre la Bulgarie malgré moi, j'avais saisi, Messieurs les deputes, cette occasion pour avouer que non seulement
cette guerre était contraire à mes vœux, — bien qu'elle n'eut certainement pas lieu, ni sans que je m'y attende, ni sans que je m'y prépare, — mais qu'il en fut de même avec la guerre contre la Turquie. J'avais alors profité de l'occasion pour exposer à la Chambre jusqu'où j'avais reculé pour obtenir le règlement de la question la plus brûlante de celles qui nous séparaient de la Turquie, — la question Cretoise. J'avais reculé jusqu'au point de proposer à la Porte qu'au lieu de ses droits nominaux de suzeraineté, le paiement d'un tribut lui fût consenti; je pensais qu'elle reconnaîtrait ainsi aux députés crétois le droit de siéger dans cette Chambre. Je cherchais alors à éviter la guerre, non point parce que je n'admettais pas, pour les nations, l'obligation d'entreprendre une guerre quand il s'agit dune restauration nationale, mais parce que j'estimais que la Grèce n'était pas encore, à cette époque, suffisamment préparée pour affronter en toute sécurité les hasards d'une lutte. Je n'oubliais pas que sa renaissance datait d'à peine deux ans.
Mais la guerre eut lieu : il était impossible de régler la question crétoise; les autres Etats balkaniques avaient, d'autre part, décidé la guerre contre la Turquie, ce qui nous interdisait d'en rester les spectateurs impassibles.
Mais la seconde guerre aussi eut lieu, en dépit de mes vœux, Messieurs les députés. Je me suis très sincèrement efforcé de l'éviter, tant et si bien qu'on m'en a faitun reproche, dans cette Chambre même, à plus d'une reprise. Et l'on m'a dit : « L'honneur des succès de la seconde guerre ne vous appartient pas ; vous êtes étranger à cette guerre. » On oubliait que je l'avais préparée, au point de vue diplomatique et militaire, de telle façon qu'une fois devenue inévitable, elle aboutit, selon toute probabilité, à une issue heureuse.
DISCOURS DE M. E. VENIZÉLOS